No et moi, de Delphine de Vigan

no-et-moi-coverQuatrième de couverture

« Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur. »

Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu’au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu’elle. No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n’est à l’abri…

Critique

Je partais légèrement sceptique en ouvrant ce livre. Auparavant, j’avais déjà lu Un soir de décembre et Les heures souterraines de la même auteur et je les avais trouvé plaisants à lire, mais sans plus. J’avais donc peu d’espoir en commençant No et moi mais ce récit s’est avéré finalement une bonne surprise.

Le début commence avec Lou qui fait la bêtise d’improviser son sujet d’exposé en prenant pour thème les sans-abris. Et en plus, elle en rajoute une couche en prétendant vouloir faire une interview d’une femme SDF. Heureusement, elle a croisé No, une jeune fille à la rue, dans une gare et un lien se tisse entre elles, qui va aller beaucoup plus loin que le besoin de Lou de faire son exposé.

Les deux protagonistes sont très attachantes : Lou, partie intégrante d’une famille dysfonctionnelle (sa mère est en dépression et son père fait comme si tout se passait bien), est aussi une surdouée et on est invité à partager ses réflexions, toujours très pertinentes, notamment sur le fait que « la vie est ainsi » et c’est un constat que ni elle, ni moi n’arrivons à accepter et à comprendre. (bonjour, j’ai 12 ans) Et No, pour laquelle on ressent énormément d’empathie et même ses conneries nous semblent pardonnables. On suit l’évolution de sa situation avec angoisse et espoir, avec compréhension et appréhension.

Il se peut que le style d’écriture vous surprenne car, il faut bien l’avouer, celui-ci est très simpliste. Si vous recherchez quelque chose de travaillé au niveau du style, cette auteure n’est clairement pas votre cible. Il serait cependant réducteur de réduire son style d’écriture à ça car en-dehors de ce détail, elle fait passer beaucoup d’émotions, malgré la distance que peut engendrer sa narration.

C’est d’ailleurs ce dernier point qui met aussi en valeur la sombre réalité qui est présente dans tous ses livres que j’ai lu jusqu’à présent : les dénouements sont très réalistes, sans ambages, ce qui peut en rebuter certains. Delphine de Vigan aborde des sujets sociétaux (les doutes amoureux, la pression au travail, l’individualisme poussé à son paroxysme…) et ce livre ne fait pas exception à la règle, en abordant la situation désastreuse et les difficultés des sans-abris, l’indifférence des gens envers eux, l’incompatibilité de « leur » monde avec celui des gens actifs, le manque d’empathie, l’incompréhension des adolescents face à l’univers et la façon de fonctionner des adultes, etc. Et tout cela avec beaucoup d’intelligence.

Et la fin de No et moi n’échappe pas à la règle instaurée par les deux autres récits que j’ai lu : elle est réaliste, passer la pommade n’y est clairement pas une obligation et cela est à double-tranchant d’après les commentaires que j’ai lu un peu partout. Et je dois avouer être moi-même mitigée : est-ce réellement une fin bâclée comme certains le prétendent ? N’est-ce pas plutôt l’intention de l’auteure de ne pas nous vendre licornes et paillettes, tout à fait consciente que tout ne peut pas forcément se terminer complètement bien ? Est-ce que des situations pareilles, où on s’attache aux personnages, demandent forcément un dénouement positif sur tous les plans ? En quoi une nuance (et aussi une certaine logique) serait-elle forcément une fin gâchée ?

Je vous laisse répondre à ces questions vous-même une fois que vous aurez lu cette œuvre et peut-être les deux autres que j’ai mentionné. En ce qui me concerne, j’ai été ravie de cette lecture et je n’en attends que du meilleur pour ses autres livres car il est évident que ma découverte de Delphine de Vigan ne s’arrête pas là, bien au contraire.

8/10

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2 réflexions sur “No et moi, de Delphine de Vigan

  1. Je ne peux que te suggérer la lecture de « Rien ne s’oppose à la nuit », 1er livre de l’auteur que j’ai lu (et qui m’a poussée par la suite à lire « No et moi », sans regrets), résolument autobiographique. Je viens d’acheter son dernier « D’après une histoire vraie ».

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