A propos de courage, de Tim O’Brien

poche og1Quatrième de couverture

Tim O’Brien, jeune homme projeté malgré lui dans le tumulte d’un conflit sanglant, celui du Vietnam, tente, vingt ans après, d’exorciser les fantômes qui le hantent. Devenu écrivain, il se met lui-même en scène au côté de ses compagnons d’armes dont il fait, par la grâce d’un alliage subtil entre sa mémoire et son imaginaire, les acteurs et les victimes d’une guerre absurde. Fragments de vie et de mort, de courage et de lâcheté, de folie et de raison, ses histoires sont autant d’échappées poétiques qui oscillent entre passé et présent, et soulignent l’éternel besoin de l’individu de retrouver la flamme d’une innocence perdue. À propos de courage nous livre une méditation fracassante sur la guerre, la mémoire et le pouvoir de l’imagination.

Critique

Ce livre m’avait été conseillé par une libraire après une requête plutôt vague (« je voudrais un livre sur une guerre mais pas sur les deux guerres mondiales »), mais des guerres, y en a des tas, bravo à elle d’être restée patiente. Comme quoi, les librairies indépendantes, c’est le bien.

Je ne partais pas très confiante non plus et c’est avec un peu d’appréhension que j’ai entamé cette lecture. Il n’y avait pas de quoi, c’est un bon livre. Par contre, si vous cherchez un livre qui vous montre que la guerre en général n’est pas aussi absurde qu’elle en a l’air, passez votre chemin : non seulement celle du Vietnam est probablement une des plus absurdes de l’histoire, mais le récit de cet homme, de son expérience et de celles de ses camarades ne font que confirmer à quel point la guerre est d’une absurdité sans nom.

Je n’ai pas l’expérience des récits de guerre, donc je ne sais pas si c’est un procédé qui a été présent dans des récits de guerre antérieurs. Ici, Tim O’Brien ne fait pas seulement place à son expérience mais aussi à celles de ses camarades de l’époque. (Rat Kiley, Jimmy Cross, Kiowa, Curt Lemon…) Ces histoires sont à la fois réelles et fictives (parce que les souvenirs deviennent flous, bien évidemment), le but de l’auteur étant de nous faire ressentir ce qu’ils ont eux-mêmes ressenti. Et c’est vrai que, que ce soit exagéré ou non, on la ressent de plein fouet, cette absurdité.

Les récits sont divers mais on y trouve assez souvent l’ennui, la culpabilité, la perte de repères, l’horreur, la mort, le non-sens total de leur présence en ces terres. Mais aussi une franche camaraderie qui leur a souvent fait tenir le coup dans cet enfer. Ce livre m’aura fait rire (oui oui) mais certains passages m’ont aussi horrifiée. L’auteur dit qu’écrire sur la guerre (ce n’est pas la première fois) ne lui sert pas vraiment de thérapie mais il est évident que cette expérience est restée gravée en lui, au point d’avoir influencé sa carrière d’écrivain.

Les histoires de ces hommes ont été bouleversées par cette guerre, qu’ils en soient sortis vivants ou non. Ne vous attendez pas à une quelconque dénonciation de la guerre, des responsables, il n’y en a pas. Ce n’est pas non plus larmoyant, si c’est ce que vous craigniez. L’auteur nous laisse juste face à ces récits de leur guerre, de cette fatalité quasi insultante. Il nous plonge dans sa réalité, ce que lui et les autres ont vécu, il nous met face à l’étrange et l’insupportable implacabilité de cette guerre. Comment rester civilisé quand rien autour de nous n’évoque cette même civilisation où on a été élevé ? Quid des valeurs ? La morale existe-t-elle encore ? A-t-elle sa place sur le champ de bataille ? Tant de questions auxquelles les soldats ont essayé de répondre, souvent sans succès.

Et sur ce, je vous laisse avec une citation de l’auteur :

Une histoire de guerre véridique n’est jamais morale. Elle n’est pas instructive, elle n’encourage pas la vertu, elle ne suggère pas de comportement humaniste idéal, elle n’empêche pas les hommes de continuer à faire ce que les hommes ont toujours fait. Si une histoire vous paraît morale, n’y croyez pas. Si à la fin d’une histoire de guerre, vous vous sentez ragaillardi, ou si vous avez l’impression qu’une parcelle de rectitude a été sauvée d’un immense gaspillage, c’est que vous êtes victime d’un très vieux et horrible mensonge. La rectitude n’existe pas. La vertu non plus. La première règle, me semble-t-il, est qu’on peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.

7/10

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