Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal

reparer-les-vivants-coverQuatrième de couverture

« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. »

Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

Critique

Vous avez déjà sûrement entendu parler de ce livre car il a rencontré un gros succès, ayant remporté le Grand Prix RTL Lire en 2014, année de sa sortie, et ayant bénéficié d’une adaptation cinématographique, diffusé pour la première fois en novembre 2016. Bref, ce roman a fait parler de lui… et de mon côté aussi, même si je n’ai clairement pas été séduite par celui-ci, à l’inverse des critiques. Je l’ai lu un an après sa sortie… et ce fut à peu près le temps qu’il m’aura aussi fallu pour le terminer. Je pense que ce détail mérite une explication.

C’était pourtant bon signe au début. Quand j’avais lu le sujet du livre, je me suis dit que ça pouvait être intéressant. La transplantation d’un cœur et son histoire autour, c’est le genre de sujets qui peut tout à fait me toucher et je pensais que c’était déjà un pari gagné de l’auteure. La première chose que j’ai remarqué, c’était le style très particulier de Maylis de Kerangal. Ou plutôt, celui que je pensais être seulement réservé à cette première partie de l’histoire et qui me paraissait tout à fait intéressant et approprié. En effet, ce dernier donnait une sensation d’irréalité à l’accident qui eut lieu, une sensation d’être en-dehors de ce qui se passe tout en ne pouvant qu’assister sans rien faire à l’inéluctable. Et je pensais que cette narration, un peu lourde à lire mais tout à fait pertinente dans ce contexte, allait s’arrêter une fois ce moment passé.

Ce ne fut absolument pas le cas… Ces longues phrases étaient difficiles à lire, passant d’un sujet à l’autre, sans queue ni tête, au sein d’une même phrase. Tout cela donnait une sensation de confusion qui contrastait beaucoup avec l’urgence soudaine de la situation. La confusion peut sembler logique quand votre fils est à l’hôpital et à l’article de la mort, je suis d’accord, mais là, ça ne fonctionnait pas. Le problème de cette narration était qu’elle coupait souvent mon sentiment présent à la lecture d’un bout de phrase, m’obligeant parfois à passer à autre chose, à un autre détail qui n’était pas forcément le bienvenu là, tout de suite, maintenant.De plus, cela créait une sorte de distance, vu que je n’arrivais à me concentrer sur rien, et pour qu’une histoire vous émeuve, ce n’est clairement pas le bon plan.

Si je trouvais que ce style-là avait sa place au tout début et donnait quelque chose de différent au récit, il était clair que je n’allais pas pouvoir en supporter la lourdeur bien longtemps. Et c’est bien l’écriture qui m’a fait recommencé ce livre deux-trois fois pour tenter d’en arriver au bout. Et je me suis accrochée car l’histoire avait l’air vraiment intéressante et touchante. Et là aussi, grosse déconvenue.

Peut-être est-ce finalement cette distance que j’ai ressenti qui m’a éloignée des personnages et de leur histoire tragique ? Toujours est-il que si je prends du recul par rapport à ça, j’ai bien peur que ce soit justement le style d’écriture qui aurait dû me plonger dans l’émotion qu’a voulu me faire ressentir l’auteure. Dans le fond, je m’attendais à plus de choses, à un développement plus original. Rien de tout cela ne m’a été présenté et après m’être forcée malgré mon écœurement évident envers le style narratif, j’en suis ressortie avec un sentiment de frustration.

Cependant, je lui reconnais quand même son grand travail de recherche sur les termes médicaux et les procédures à entreprendre pour un don d’organes et une transplantation. Il n’y a pas à rechigner, c’est du sérieux.

Je sais pourtant que le style d’écriture en a ravi plus d’un mais cela a eu l’effet inverse sur moi. Et je pense malheureusement que l’appréciation de ce roman est en grosse partie basée sur ce point et je n’y ai clairement pas été réceptive. Une déception pour ma part.

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10 réflexions sur “Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal

  1. J’ai lu Corniche Kennedy et le style m’a percuté, j’ai beaucoup aimé sa plume atypique même si tu as raison il faut s’accrocher. Je pense que son style fonctionne à double tranchant, soit on aime, soit on déteste. Mais ce titre ne me tente pas beaucoup par contre et de ce que tu m’en dis je passerai volontiers la main.

    Aimé par 1 personne

    • Je pense que si son style t’a plu, Réparer les vivants peut être un roman à tenter de ton côté, j’ai l’impression que les émotions qu’elle veut faire passer se trouvent surtout à travers son écriture. Mais je pense que tu as raison, les livres de cette auteure sont à double-tranchant et ça n’a malheureusement pas fonctionné sur moi.

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