Le Journal de mon père, de Jirô Taniguchi

le-journal-de-mon-pere-coverQuatrième de couverture

Moi qui n’étais pas revenu dans ma ville natale depuis plus de dix ans, je découvrais peu à peu des facettes de mon père qui m’étaient inconnues.
Je prenais conscience du fossé que j’avais creusé pour échapper à tout dialogue avec lui.

Critique

Jirô Taniguchi est un mangaka renommé qui est malheureusement décédé le 11 février dernier. Cette nouvelle m’a attristé et m’a donc conduit à cet article, comme vous vous en doutez. Vous trouverez sans problème des hommages – amplement mérités – envers cet auteur qui n’a pas volé son succès, bien au contraire. Son oeuvre est rempli d’humanisme et de bonté et son style de dessin est remarquable. Je n’ai lu que trois livres de lui : Quartier Lointain, Ice Age Chronicle of The Earth et celui-ci. Le premier n’est plus à présenter, étant le plus gros succès du mangaka en France, vous trouverez de nombreuses chroniques à son sujet dans la blogosphère. Je ne voulais pas écrire un article d’hommage car je ne connais finalement que très peu cet auteur mais deux de mes lectures m’ont laissé une très grosse impression. Et si j’ai vraiment beaucoup aimé Quartier Lointain, c’est Le Journal de mon père qui l’a finalement emporté dans mon coeur.

Cette simple chronique va donc essayer de faire honneur à cet ouvrage magnifique. C’est l’histoire d’un jeune homme, Yoichi, qui retourne à sa ville natale pour les obsèques de son père. Il n’a pas vu ce dernier depuis plus d’une dizaine d’années, ayant tout fait pour éviter de retourner voir sa famille. A partir de là, nous allons suivre Yoichi qui redécouvre les paysages de son enfance, sa famille et des connaissances. A travers ces retrouvailles, l’auteur nous donne des flashbacks de la vie de cette famille, brisée par un divorce, souvent appuyé par les récits nostalgiques des personnes présentes à la veillée funèbre.

le-journal-de-mon-pere-plancheYoichi va ainsi découvrir son père qu’il a évité une bonne partie de sa vie sur un malentendu. Jirô Taniguchi nous raconte tout ceci sans fard mais avec tout de même une certaine pudeur. Nous accompagnons le personnage principal dans ces faits que lui-même n’est finalement pas sûr de connaître. J’ai ressenti un certain malaise à être spectatrice de cette vie alors que rien de bien choquant ne s’y déroule mais le mangaka a eu le don de me faire plonger dans cette introspection très émouvante de Yoichi vis-à-vis de sa relation avec son père au point d’en avoir versé quelques larmes.

Mais celui au centre de tout ça avant tout, c’est le père. Celui-ci est un homme qui a un sens aigu du travail et est d’une honnêteté admirable, ce qui ne lui a pas valu que des bonnes choses. Difficile de ne pas nous y attacher. Yoichi va se rendre compte, à travers les souvenirs de chacun, qu’il n’a jamais réellement laissé de chance à son père, le tenant pour responsable du départ de sa mère. Bien évidemment, tout ceci est bien plus compliqué que ça. Yoichi est souvent silencieux, distant en tant qu’adulte alors qu’il est très bavard étant enfant, et on peut voir l’évolution de son comportement au fur et à mesure que le ressentiment envers son père et l’étouffement qu’il ressent à vivre au sein de cette famille l’accablent d’année en année.

C’est une lecture qui est très prenante, en particulier si vous êtes sensibles, car il est impossible que vous puissiez rester neutres. Ces photographies de cette vie de famille sont aussi sublimées par le dessin magnifique de l’auteur, qui peut paraître austère selon certains, mais qui y donne en réalité à mes yeux un certain réalisme et une certaine beauté. De plus, on est aussi dans un cadre particulier, celui des années 50 et de la fin de la guerre et c’est très intéressant d’observer le déroulement et l’évolution de ces relations dans ce contexte.

Bref, vous l’avez compris, si beaucoup conseilleraient Quartier Lointain pour commencer à lire Jirô Taniguchi, je me tournerais plutôt vers Le Journal de mon père, dont le récit familial est d’une délicatesse et d’un charme nostalgique qui ne peut que forcer l’admiration envers cet auteur. Bref, cette lecture vous ravira, j’en suis certaine.

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2 réflexions sur “Le Journal de mon père, de Jirô Taniguchi

  1. Je ne savais pas que l’auteur était mort récemment 😦 J’ai lu les 2 tomes de Quartier lointain il y a bien 6 ans de ça et j’en ai gardé un excellent souvenir. Il m’avait été recommandé par une collègue comme j’étais un peu réfractaire aux mangas. J’avais apprécié le calme qu’on ressent à la lecture de ces livres, tout en délicatesse. J’essaierai donc de me procurer « le journal de mon père ».

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