Beauté fatale, de Mona Chollet – les livres féministes #3

Je ne trompe personne avec la couverture actuelle de mon blog, j’avais déjà annoncé indirectement que cet article viendrait un jour.

 » – Et Le Deuxième Sexe alors ? – Plus tard, plus tard. »

Toujours pas lu.

beaute-fatale-cover

Ce livre de Mona Chollet, journaliste franco-suisse au Monde Diplomatique, sorti en 2012 aux éditions Zones, a fait grand bruit lors de sa publication. Ou plutôt, il a fait parler de lui dans la sphère féministe en particulier car des réfractaires au féminisme, qu’ils aient des raisons ou pas de l’être, il n’y en a pas eu beaucoup pour le lire. Bref, passons. Si j’ai commencé cette série d’articles, c’est aussi pour faire découvrir à celles et ceux qui ne savent pas vers quoi s’aiguiller des petites recommandations en fonction de leur avancement (ou non) sur le sujet.

Mais revenons-en au sujet qui nous intéresse ici : Beauté Fatale est, de mon humble avis, un des livres phares de la génération féministe d’aujourd’hui. Il aborde un sujet qui nous touche absolument toutes en tant que femmes et qui est très actuel : la place de la beauté dans notre société et les injonctions sociales et systémiques à être parfaite selon la définition de tout-un-chacun, et surtout du monde de la mode et des cosmétiques. (tout en vous faisant croire que vous êtes une femme libre, le marketing est admirable d’efficacité)

Hep, je vous vois au fond à dire que vous savez déjà tout sur le sujet ! Certes, des choses vont allumer la petite ampoule dans votre cerveau et vous allez vous dire « Mais oui, c’est vrai, je le savais déjà ! » et d’autres sont tout simplement glaçantes. (et généralement peu reprises dans les journaux ou n’ayant que peu d’effets par la suite) A part si vous êtes un.e habitué.e des sites féministes, certaines anecdotes et certains faits vont vous faire ouvrir les yeux grands comme des soucoupes. (et on peut toujours apprendre des choses) Et malgré la recrudescence des horreurs dans le milieu de la mode et du show business, il ne faut pas croire qu’on est invincibles et pas concernées : des tas de choses qu’on fait au quotidien sont à questionner. (épilation, je crie ton nom)

Mona Chollet explore donc des sujets divers mais aussi très proches, car extrêmement liés. Tout d’abord, elle interroge la place de la femme dans l’espace public et privé, ce qu’elle a le droit (ou plutôt le devoir) d’y faire, où elle a le droit de se trouver ou non… Elle développe ce sujet un peu plus profondément dans un autre de ses livres, Chez soi, mais qui n’est pas uniquement en lien avec le féminisme car il interroge notre rapport à notre espace intérieur en général. (j’en profite pour le recommander) De plus, elle regarde de plus près la façon dont on s’habille, dont on s’apprête, pour quelles raisons on fait comme ceci et pas comme cela. Elle a d’ailleurs une réflexion très intéressante sur le sac à main, devenu un accessoire de mode incontournable.

Mais si seulement c’était tout ! Malheureusement non, le sujet est bien vaste. Notre rapport au corps est très malsain et ne procure aucun plaisir. On n’est jamais satisfaites car quoi qu’on fasse, il y a de fortes chances qu’on n’atteigne pas le Saint-Graal de la beauté ultime comme on nous enjoint à le faire sans arrêt, à travers les magazines, les séries et les films où se trouvent quantité de bombasses qui ne sont que des exceptions. D’ailleurs, les mannequins sont traitées avec une cruauté inadmissible et ne sont guère mieux considérés que nous malgré leur succès tout relatif : elles ne sont que des objets. (et les fantasmes de certains hommes, je n’en parlerai pas, sinon je vais vomir)

Bref, parvenir à tout ça est impossible et même moi qui ait toujours été plutôt réfractaire à quelque chose d’aussi obligatoire que le maquillage de nos jours, je sais que la contrainte finira par me tomber dessus avec mon futur métier. Qu’on se considère comme indépendantes ou non, la pression est là et elle est très forte. C’est un système bien ancré au niveau social et qui rapporte énormément d’argent pour les entreprises, lutter contre n’est pas simple, mais je trouve que c’est déjà un pas en avant de réaliser son ampleur et les dégâts qu’il cause.

Je salue aussi la critique envers un idéal blanc qui rejette donc une très grosse partie de la population (les noires et les asiatiques en priorité) mais qui n’empêche aucunement les grosses entreprises d’essayer de leur vendre ce modèle en niant leur identité et en leur vendant des produits extrêmement dangereux pour leur santé. (notamment pour blanchir la peau) La chirurgie esthétique est bien évidemment une limite franchie de plus, quand elle est suggérée comme solution miracle, en dépit de ses échecs souvent irréversibles.

Tout ce que je raconte peut paraître banal, vu et revu, mais je vous conseille de le lire car Mona Chollet explique bien mieux les choses que moi. (elle use parfois d’ironie, je valide) Tout est très approfondi et surtout, l’argument ultime : il est simple à lire, c’est fluide et sans complication inutile. J’avais d’ailleurs été étonnée à l’époque car en tant que bébé féministe, je me disais qu’un essai allait forcément être lourd, mais celui-là ne l’est absolument pas, vous pouvez vous y diriger sans crainte.

Beauté Fatale est donc un livre féministe contemporain incontournable qui, s’il ne vous apprend vraiment rien, aura au moins le mérite de vous remettre les pendules à l’heure, au cas où vous auriez la mémoire courte. (et il est sorti en poche, donc vous pouvez l’offrir ! #teamradin)

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