Moi, Malala, de Malala Yousafzaï – les livres féministes #4

moi-malala-coverJe vous entends dire « Non mais celui-là, c’est facile » et retourner à vos bouquins théoriques mais je pense très sincèrement que ce livre reste un témoignage  essentiel de ce qu’une grande partie des femmes vivent dans le monde. (on n’est pas toutes Françaises – et même en France, ça ne casse pas des briques) Par contre, si vous venez avec votre rhétorique habituelle « Ça, c’est les vrais combats, il y a des femmes qui souffrent plus dans le monde, blablabla », vous êtes en tort parce que 1) en tant que femmes françaises, on n’a ni les capacités, ni la légitimité pour intervenir directement, 2) si on doit attendre que toutes les femmes dans le monde voient leurs droits s’améliorer avant de commencer à lutter pour les nôtres restants, on n’avancera jamais. Voilà, maintenant que cette mise au point est faite, on peut commencer.

C’est donc l’autobiographie de Malala Yousafzaï, une jeune fille pakistanaise que les talibans ont tenté d’assassiner quand elle avait douze ans (DOUZE ANS !!!) parce qu’elle militait pour le droit à l’éducation des filles dans son pays. Vous en avez sûrement entendu parler, son histoire a fait grand bruit et en plus, elle a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2014 pour son implication dans ces combats.

Dans ce livre, elle nous raconte son histoire, depuis sa naissance jusqu’au moment où elle vit au Royaume-Uni pour échapper au danger. Ce qui m’a beaucoup marquée dès le début, c’est que le père n’a pas été déçue de voir que son premier enfant était une fille, il l’a chéri comme si ça n’avait aucune importance, alors que dans énormément de pays au monde, les familles sont déçues de voir naître des filles, à cause du nom qui ne perdurera pas et de l’héritage. Les filles n’ont strictement aucune valeur (ou au pire, elles sont considérées comme des fardeaux) et leur naissance est vécue comme une déception, voire un drame. En France, si on ne va évidemment pas aller jusqu’à tuer sa fille juste née comme cela peut se faire dans certains pays, des déceptions réelles subsistent, on est loin d’être parfait. (la mentalité catholique fait encore des ravages, quoi qu’on en dise) Le père de Malala n’a absolument pas réagi de la sorte, ce qui a déstabilisé les autres hommes de son entourage. J’admire la mentalité de cet homme dans un pays qui assume de considérer la naissance d’une fille comme une erreur.

C’est d’ailleurs grâce à ses parents que Malala a pu grandir dans un milieu où elle a pu s’épanouir et s’éduquer correctement. Certaines de ses copines avaient dû quitter l’école parce qu’on le leur a ordonné… mais surtout parce que les talibans faisaient régner leur loi. Si Malala n’avait pas eu des parents aussi compréhensifs, nul doute qu’elle aurait fini comme elles. Continuer à aller à l’école était d’ailleurs un vrai danger, j’admire aussi le courage de cette fille qui connaissait bien les risques mais qui a continué à batailler pour ses droits. (personne ne l’a forcé, c’était son choix)

Avant de continuer, je tiens aussi à dire que j’ai été soufflée d’apprendre la complexité de la situation politique et sociale du Pakistan. Très franchement, les pseudo-experts de la télévision peuvent aller se rhabiller, ils ne prennent absolument pas en compte les différentes facettes et les conflits plutôt nombreux au sein de ce pays. (qui a d’ailleurs été déstabilisé pendant la Guerre Froide, j’dis ça, j’dis rien) J’ai personnellement posé un nouveau regard sur ce pays, à la fois critique mais aussi beaucoup plus indulgent que si je m’en étais seulement tenue à ce qu’on veut bien nous en dire. Ce témoignage est une mine d’informations, je pense que Malala avait à cœur de nous faire découvrir son pays à travers ses yeux à elle et à son histoire qu’elle connaît bien. Rien que pour cette partie où elle nous explique ce qu’il en est, ce livre vaut le coup.

Pour en revenir à son parcours, il faut savoir que son père s’impliquait beaucoup pour une amélioration des droits de chacun au Pakistan, dont le droit à l’éducation. Sa fille a fini par participer, à donner des interviews, à écrire des articles sur sa vie, notamment à des médias étrangers, ce qui a beaucoup déplu aux talibans… qui ont fini par considérer qu’elle était dangereuse. Et on en est venu fatalement au jour de la tentative d’assassinat dans un bus, dont elle a d’ailleurs failli mourir. Elle a reçu les soins les plus décisifs au Royaume-Uni, où elle habite dorénavant avec sa famille, en grand danger de mort.

Son histoire m’a personnellement beaucoup émue, je la trouve d’un courage et d’une force admirables, elle est déterminée à acquérir des droits et à aider les autres filles partout dans le monde à en faire autant. (vous pouvez d’ailleurs donner de l’argent à sa fondation pour la soutenir) Vu la situation extrêmement compliquée de son pays, je ne peux que m’incliner devant le cran qu’elle a eu à lutter pour l’éducation des filles. Elle a failli le payer de sa vie, alors les mecs qui disent qu’on a qu’à aller dans ces pays les aider et arrêter de geindre ici parce qu’on devrait s’estimer chanceuses (excusez-moi, je ne me suis pas inclinée devant nos grands et bons seigneurs), j’ai envie de répondre un truc aussi mature que leur argument : lolilol.

On ne devrait pas risquer nos vies pour des droits fondamentaux, c’est surtout ce que me rappelle son parcours. Et même si elle ne le dit pas et que c’est une autre féministe célèbre qui l’a mentionné (Simone de Beauvoir), ça m’a aussi rappelée qu’on ne devra jamais relâcher notre vigilance car nos droits peuvent régresser à tout moment, la preuve avec la montée des talibans au Pakistan.

J’applaudis sincèrement Malala, elle fait partie de ces femmes exemplaires qui nous instillent du courage dès qu’on lit leurs histoires et nous inspirent à soutenir leurs causes de façon plus ardue. J’étais très émue au point d’avoir eu la larmichette à l’oeil mais j’ai aussi souri car c’est de l’espoir que j’ai pour l’avenir. Un témoignage nécessaire à lire pour toute personne qui s’intéresse au féminisme et à un point de vue non-occidental.

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6 réflexions sur “Moi, Malala, de Malala Yousafzaï – les livres féministes #4

    • Le style est assez fluide, mais rien de transcendant. Ce n’est pas mauvais, hein (pour éviter tout malentendu), et tu n’auras aucun mal à le lire. J’ai trouvé ça passionnant, je l’ai dévoré, j’espère que ce sera ton cas aussi. Merci pour ton commentaire en tout cas 🙂

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