La ferme des animaux, de George Orwell

orwell-ferme-des-animaux-coverQuatrième de couverture

Un beau jour, dans une ferme anglaise, les animaux décident de prendre le contrôle et chassent leur propriétaire. Les cochons dirigent la ferme comme une mini société et bientôt des lois sont établies proscrivant de près ou de loin tout ce qui pourrait ressembler ou faire agir les animaux comme des humains. De fil en aiguille, ce microcosme évolue jusqu’à ce qu’on puisse lire parmi les commandements :  » Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres.  »
Le parallèle avec l’URSS est inévitable quand on lit cette fable animalière. A travers cette société, c’est une véritable critique du totalitarisme d’état que développe Orwell.

Critique

J’ai envie de rajouter au résumé qu’il n’y a pas qu’avec l’URSS qu’on peut faire un parallèle, mais je mentionnerai mes réflexions sur le sujet plus tard.

Je commencerai par dire, sans même expliquer d’abord pourquoi, que La ferme des animaux doit être absolument lu pendant les cours, au lycée si possible. Il est, à mes yeux, un livre essentiel au même titre que Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie, un récit plein de leçons nécessaires et d’avertissements, en particulier pour exercer un certain esprit critique face à la pensée dominante.

Du même auteur, j’avais lu le célèbre 1984 il y a quelques années, lui aussi une histoire nécessaire. S’il vous fait peur pour une quelconque raison, il faut savoir que La ferme des animaux, bien que ne traitant pas de la même chose (de plus, il n’est pas un roman d’anticipation), est beaucoup plus accessible. Il se lit plus facilement au niveau du style et est aussi beaucoup plus rapide à terminer. C’est pour ça que je disais plus haut qu’on pouvait largement le donner à lire à des lycéens : il est non seulement porteur d’un message important, mais est largement compréhensible par le plus grand nombre.

Dans ce récit, Orwell met en scène la révolution menée par les animaux d’une ferme contre le joug du fermier humain qui les exploite. Ils reprennent donc en main eux-mêmes la ferme et ses ressources. Le pouvoir au peuple opprimé, bref, on connaît la chanson.

Bien évidemment, l’auteur va nous montrer que ce n’est pas si simple que ça. La première chose qui saute aux yeux, c’est que les animaux ne possèdent pas tous une intelligence et des capacités égales – et c’est là que tout commence. Les plus malins (les cochons) vont donc commencer, sur la base d’un régime qui était sensé être égalitaire et choisi et déterminé par tous, à se justifier une certaine légitimité pour prendre des décisions à la place des autres, jusqu’à ne plus leur demander leur avis du tout. Jusqu’à s’octroyer des privilèges grâce à cette même légitimité que les autres n’ont pas. Jusqu’aux mensonges. Jusqu’à cet ajout fatidique, sur le mur des Sept Commandements (auquel d’autres ajouts ont été aussi effectués au préalable quand ça les arrangeait) :

Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres.

Allez hop, circulez, y a rien à voir.

Ce qui m’a frappé, c’est de voir à quel point les animaux étaient manipulables, que la mémoire s’effrite bien vite et que cela arrive toujours aujourd’hui ! Que les politiques usent de cette faiblesse à foison pour se maintenir à leurs fonctions, endormir la suspicion des gens. Ce parallèle est applicable à n’importe quel régime, même à une démocratie, qui n’en a d’ailleurs sûrement aujourd’hui plus que le nom. (et ça ne peut pas s’empêcher de balancer ses opinions politiques…)

D’une manière générale, la manipulation des esprits bat son plein, notamment sur la valeur travail. Les ficelles sont tellement grosses de nos jours, mais elles l’étaient sûrement moins à l’époque, et certaines personnes cherchent à utiliser les mêmes de manière plus ou moins subtile à notre époque contemporaine. Après tout, quand une recette marche, pourquoi s’en passer ?

C’est quand même assez effrayant de voir qu’il y aura toujours une personne pour chercher à tirer profit de la situation pour son intérêt seul. Que d’autres personnes l’y aideront pour bénéficier d’avantages moindres, mais d’avantages tout de même. Que tant qu’on a les armes (ici, en l’occurrence, les chiens), on a le pouvoir. C’est désespérant de se dire, et de voir que ce schéma se répète encore et toujours et de ne pas savoir comment l’endiguer. Les animaux ont cru se rebeller mais ils se sont finalement retrouvés dominés à nouveau par un des leurs, qui leur fait justement croire que c’est mieux ainsi quand c’est un de leurs camarades qui est aux manettes. Que cela justifie leur situation qui n’est finalement pas si bonne qu’ils l’espéraient. Voir les choses se construire et s’instaurer est absolument passionnant. (si on met de côté le côté extrêmement angoissant de tout ceci)

Si, à l’époque, l’auteur critiquait clairement l’URSS et les régimes totalitaristes en général, certains procédés me font quand même beaucoup penser à notre démocratie actuelle, avec l’illusion de penser qu’on participe à la vie de notre pays, alors que notre prise sur les décisions est très faible.

Il faudrait ré-inventer tout un système qui permettrait une vraie égalité à la suite d’une révolution (non-violente, mais on me souffle à l’oreillette que c’est dans mes rêves), mais seules des personnes intelligentes pourraient en avoir l’idée tellement ce serait complexe à mettre en place. Mais avec ce livre, on voit bien que les cochons (les animaux plus intelligents, donc) ont profité de cela pour abuser les autres, et qui dit que ça n’arriverait pas encore une fois ?

Bref, vous l’avez compris, difficile de réfléchir sur cette histoire sans remettre en question ses propres opinions politiques. (ou même celles sur nos semblables et la vie en société en général) La ferme des animaux fait énormément cogiter et il y a d’autres éléments que je n’ai pas mentionné, mais ça prouve que ce livre est petit par la taille mais grand par le contenu. (conclusion facile)

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12 réflexions sur “La ferme des animaux, de George Orwell

  1. Toujours pas lu, mais tu le vends bien ! 🙂 j’aime beaucoup la citation sur l’égalité, ça promet quelques moments bien cyniques. Quant à la recette miracle pour un monde politique qui fonctionne, elle n’est pas près de sortir… bon, en Suisse c’est encore bien différent de la France, on vote plusieurs fois par année et nos politiciens sont très peu médiatisés, mais ça ne veut pas dire que tout fonctionne merveilleusement non plus 😉

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    • Ca fait froid dans le dos, oui ! En plus, tu pourrais presque croire qu’avec des animaux, ça va adoucir la chose, mais non, ce n’est pas le but. 😛 Je ne connais pas trop la situation en Suisse (et c’est là que je réalise que ma vision est très franco-centrée…) et même si la situation ne doit pas être parfaite comme tu dis, le fait que l’accent ne soit pas trop mis sur les personnes me plaît davantage 🙂

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      • Un peu comme les enfants dans « sa majesté des mouches », au final c’est bien pire que si c’étaient des adultes…
        En suisse on a le conseil fédéral, composé de 7 politiciens, et c’est eux qui gèrent chacun un secteur. Et il y en a un qui devient « président » pour un an, ensuite il passe la main à son voisin (globalement), il a pas forcément plus de pouvoir que les autres mais c’est pour savoir qui répond aux interview et se déplace pour représenter le pays. Du coup on sait un peu qui sont les 7, mais aucune idée de leur vie de famille ou des scandales ou dieu sait quoi, et comme le passage de relais se fait pas en fanfare je sais jamais trop qui est notre président 😉 (je suis pas la plus au courant non plus, hein, mais c’est pour montrer qu’on en fait pas des caisses)
        Par contre les partis politiques se battent beaucoup vu qu’il y a souvent des votations, alors on est plus parasités par les campagnes de pub et les « votez oui », « votez non » dans tous les coins !

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      • J’ai justement piqué ce livre dans une boîte à livres (je le remettrai, je ne me suis pas servie en mode grosse grognasse qui en profite pour augmenter sa bibliothèque xD) donc je le lirai un de ces jours !
        Aha, je vois, pas forcément le meilleur système, même si je trouve qu’il peut y avoir du bon. (le fait de ne rien savoir sur eux me fait un peu flipper par contre, ils peuvent faire leurs petites affaires tranquillement…)

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      • Au final je me plains pas, on nous demande souvent notre avis et le conseil fédéral fait son job (beaucoup de choses se décident au niveau cantonal – vos départements – et ça a une influence plus directe sur nous que les lois fédérales, qui mettent un temps fou à se décider et à se mettre en place). Ils sont assez discrets, et comme ils sont 7, à moins d’une super alliance maléfique de tout le monde en même temps ils ont pas trop le champ libre pour faire n’importe quoi 🙂

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  2. Je me souviens l’avoir lu mais il y a fort longtemps, je devais être au lycée je pense mais vais certainement m’y replonger comme je l’avais fait avec 1984. Toute ressemblance avec la vie politique française est purement fortuite, hihihi !
    Je ne connaissais pas le système suisse, intéressant d’avoir un avis. Le fait que les médias ne s’en mêlent pas c’est plutôt sain en fait. En France nous sommes carrément dans l’excès et nos politiques l’utilisent comme leur principal vecteur de communication avec toutes les dérives qui vont avec. Les conflits d’intérêts sont trop flagrants entre ceux qui dirigent ces médias (avec une ligne éditoriale bien dirigée qui s’assoie sur la déontologie principale du journaliste – la neutralité) et nos politiques. Et pour manipuler l’opinion, il n’y a pas meilleur vecteur que les infos !

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    • Aha, tout à fait ! Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley est assez effrayant aussi…
      J’ai appris des choses aussi et je plussoie tous les défauts de la vie politique française. L’avantage de ces élections, c’est qu’ils cachent de moins en moins leur soutien évident, donc on peut vite faire le tri… (pour celles et ceux qui m’y réfléchissent pas, c’est plus problématique car ils vont écouter/lire et approuver sans rien dire…)

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  3. Hé, ta conclusion n’est pas une conclusion facile, au contraire ! C’est effectivement incroyable la densité de sens qu’Orwell est parvenu à glisser dans une si petite fable ! Je rajouterais à ta très bonne synthèse que La Ferme des Animaux pose aussi, en dernier ressort, la question de la part animale de l’humain lorsqu’il exploite autrui, et de sa part humaine lorsqu’il se révolte…

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