Quartier perdu, de Patrick Modiano

quartier-perdu-coverQuatrième de couverture

Un dimanche de juillet, Ambrose Guise arrive à Paris. Personne. Sauf les statues. Une ville fantôme, lui semble-t-il, après un bombardement et l’exode de ses habitants. Auteur de romans policiers anglais, il vient rencontrer son éditeur japonais. Mais il va profiter de ce voyage pour élucider les mystères de son passé, du temps où il était français et s’appelait Jean Dekker, il y a vingt ans. Il fait alors surgir dans un Paris crépusculaire, halluciné, des lieux étranges : une chambre secrète rue de Courcelles, en face d’une pagode ; un grand rez-de-chaussée donnant sur un jardin, place de l’Alma. Il réveille les spectres de Georges Maillot, au volant de sa voiture blanche, de Carmen Blin, Ghita Wattier, des Hayward… Tout un quartier perdu de la mémoire est ainsi revisité, et délivre le secret de ses charmes, et de ses sortilèges.

Critique

Je suis très embêtée.

J’ai aimé ma lecture… mais sans plus.

Ma chronique sera assez courte car je suis encore dans l’incompréhension, la gêne la plus totale.

J’ai commencé à lire Modiano car il entrait tout à fait dans le cadre du #BookChallengeNobel. (il a obtenu le prix Nobel de littérature en 2014) On me l’avait conseillé sur Twitter et l’homme me paraissait très sympathique. (on aura l’occasion d’en reparler) Les sujets de ces livres en général me semblaient très intéressants. Et j’ai lu ce livre et… je n’ai pas compris.

Pas que je n’ai pas compris l’histoire et les réflexions, entendons-nous bien : on y parle de la mémoire, de la nostalgie, de la déchéance, dans un cadre parisien que l’auteur sait nous décrire… ou plutôt, mentionner. Je comprends à quel point ce doit être agréable pour un habitant de Paris de voir autant de références à sa ville. Là, on reste sur des quartiers précis, ceux que le narrateur a fréquenté – ou n’a pas fréquenté, justement, comme cet hôtel où il réside, loin de ce qu’il connaît. Pour une provinciale qui a mis les pieds une seule fois dans sa vie à Paris pendant… une journée, je n’arrivais pas forcément à jouer là-dessus pour l’émotion.

Le lieu en lui-même n’est d’ailleurs pas forcément un problème. Sans même le connaître, on peut trouver ça beau, comme ça a été mon cas en lisant Noces d’Albert Camus. (toujours lui) En fait, il manquait quelque chose sur lequel je n’arrivais pas à mettre mon doigt dessus en lisant Quartier perdu mais que j’ai réalisé en prenant du recul : une description plus étoffée de certains lieus. Il y en a eu, ne croyez pas qu’on soit face à quelque chose de complètement froid (et puis je ne demandais pas des descriptions à la Zola, il n’y a pas besoin de ça), mais… Je ne sais pas, je n’ai pas réussi à être touchée.

Et un autre problème m’est venu, tout à fait personnel : je ne suis pas du genre nostalgique. Bien évidemment, on a tous quelques pointes de nostalgie de quelque chose, et j’ai pu quand même m’identifier avec le narrateur quand il ne reconnaît plus Paris en y retournant après une vingtaine d’années. Juste en retournant dans les deux villes où j’ai pu y passer mes études, j’ai déjà l’impression que ce n’est plus la même chose. Il est vrai que sans les personnes qu’on a connu, on n’a plus vraiment les mêmes impressions, le même rapport. Là-dessus, je reconnais que l’auteur a su viser juste.

Mais globalement, je suis restée assez neutre. Pas forcément d’empathie avec les personnages, mais quand j’y réfléchis, je me dis que ce n’était pas forcément un problème. Accumulé au reste par contre, ça rentre quand même dans le cadre des choses qu’on peut reprocher.

Bref, soit je n’ai rien compris (c’est tout à fait possible), soit je n’ai pas été touchée (et ce sont des choses qui arrivent). Je suis quand même mal à l’aise, car c’est un prix Nobel, et on se dit qu’il ne l’a sûrement pas eu pour rien. Ce livre n’est pas moyen, il est bon, j’ai bien aimé le lire, mais je m’attendais clairement à autre chose.

Du coup, pour celles et ceux qui ont lu Patrick Modiano et qui l’aiment bien : est-ce une mauvaise pioche ? Lesquels me conseillerez-vous ? Je n’ai pas trop envie de rester sur un « échec » avec cet auteur.

Modiano disait dans son passage à La Grande Librairie jeudi soir qu’il aurait aimé que son œuvre soit un peu comme une carte du métro, avec des correspondances, mais que c’est difficile. Il ne doit sûrement pas s’en rendre compte, mais sans même connaître son œuvre, ça m’avait l’air d’être le cas vu ce qu’avait l’air d’en dire François Busnel. Peut-être faudrait-il que j’explore plus sa bibliographie, que je prenne des « correspondances » moi aussi ?

Si je suis aussi embêtée de ne pas avoir aimé ce livre autant que je l’aurais voulu, c’est parce que j’ai découvert l’auteur avant cette lecture. Je l’ai d’abord écouté à France Culture, et j’avais bien évidemment entendu tout de suite que sa façon de parler était spéciale : très saccadée, cherchant ses mots, ne terminant pas ses phrases. C’est le genre de choses qui a le chic de me faire perdre le fil en temps normal, mais j’ai réussi à tenir. Je ne prétendrai pas que je n’ai pas décroché à certains moments : j’ai un rapport très spécifique avec la radio, je n’arrive pas à tenir s’il n’y a pas aussi un visuel, me contenter de l’auditif seul est une horreur pour moi, je suis obligée d’être très concentrée et de ne surtout pas faire autre chose en même temps. Mais j’ai réussi à me reconnecter au bout de quelques minutes car Modiano est vraiment très intéressant, ce qu’il a raconté avait un intérêt qui a été assez vif pour moi. Certains se moquent de sa capacité orale mais ils feraient mieux de ne pas trop faire les malins car il y a de très grosses chances que je décroche en les écoutant, et que je zappe carrément le podcast alors même qu’ils parlent sur un ton normal ou « fait pour la radio ». On est intéressant ou on ne l’est pas, hein.

Je l’ai ensuite vu à La Grande Librairie et j’ai été frappé par le malaise qu’il avait à être là. Toujours cette même façon de parler… Il avait l’air si timide ! Si l’interview en elle-même n’était pas géniale (mais au moins, Busnel ne lui coupait pas la parole), ce fut encore une découverte pour moi, l’écrivain était toujours aussi passionnant, je l’ai juste adoré. Il m’avait l’air tellement plus authentique que d’autres écrivains que j’ai pu voir sur ce plateau… Et son discours à la réception du prix Nobel était génial. (je lui mets la note de 12/10)

N’hésitez donc pas à me donner des conseils, ça me fait beaucoup de peine pour lui d’être une quiche qui ne sait pas apprécier son livre.

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10 réflexions sur “Quartier perdu, de Patrick Modiano

  1. Tu as tout à fait le droit d’être dubitative devant les oeuvres de Modiano ! c’est également mon cas et pourtant j’ai essayé à de nombreuses reprises. Quand on est insensible à ce type de recherche et d’écriture il est assez compliqué d’apprécier ses romans. Bel article en tout cas et merci, je me sens moins seul tout à coup ! franck

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    • Oui, je sais bien, mais là, ça m’embêtait particulièrement, pas tant parce que c’est un prix Nobel (bien que ce soit frustrant dans un sens), mais surtout… parce que l’auteur est trop choupi, voilà ! (pardon, il fallait que ce mot sorte)
      Et j’en tenterais un autre un jour, oui 🙂

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  2. Il faut absolument que je vois l’émission ! Modiano je n’ai essayé qu’une fois, et c’est pareil pour Le Clezio si tu veux tout savoir. Question de sensibilité peut-être ? De maturité ? Du coup je me sens moins seule 😂 et je me dis que je vais chercher les arguments d’attribution du Nobel… 😘 et bravo pour ce challenge !

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    • Oui, il est vraiment super gentil et intéressant !
      Tu me fais peur, déjà que j’ai de la peine de ne pas avoir été éblouie par ce livre de Modiano, alors Le Clézio… Je l’avais aussi vu à LGL, il m’avait l’air intéressant, même si je n’ai pas eu le même coup de coeur pour lui que pour Modiano. J’espère aimer ses livres à lui aussi un peu mieux que ça… C’est lequel que t’avais lu de Le Clézio ?
      Merci, je progresse petit à petit 🙂

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      • Ça y est j’ai vu l’émission ! C’est vrai qu’il fait vieux monsieur touchant. Mais c’est surtout sa modestie et sa simplicité qui m’ont marquée !
        J’ai lu Lullaby et Mondo de Le Clezio, souvent indiqué en 5e 😂😂😂.
        Je réessaierai dans quelques temps ces 2 auteurs !

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      • Oui, il est vraiment très simple, il n’a pas une once d’arrogance comme on peut parfois la détecter chez certains écrivains, il fait vraiment homme normal !
        En 5ème ? Bah dis donc… 😮
        J’essaierai Modiano à nouveau aussi !

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  3. Parfois on est pas touché par une œuvre, on reste froid par rapport à un style. On trouve parfois un style élégant et on reste pourtant à l’extérieur d’un univers. Pour ma part j’ai lu « Dans le café de la jeunesse perdu » et « Rue des boutiques obscures » et j’ai aimé les deux mais je peux être nostalgique et j’ai un peu étudié le style de l’écrivain en cours ce qui permet de voir certaines choses différemment.

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