Aux Cinq Rues, Lima, de Mario Vargas Llosa

aux-cinq-rues-lima-coverQuatrième de couverture

Le carrefour des Cinq Rues, qui donne son nom à l’un des quartiers les plus fréquentés de Lima, est ici le décor d’une brillante comédie de moeurs aux multiples rebondissements, dont le centre étoilé est occupé par un gigantesque scandale politique, médiatique et sexuel. Quelques photos compromettantes, un maître chanteur, un crime crapuleux : la presse à sensation ne pouvait rêver mieux. Le respectable et riche ingénieur Enrique (« Quique ») Cárdenas, mais également des figures de la finance, du show-business et même des plus hautes instances du pouvoir se retrouvent éclaboussés par cette affaire.
Une vaillante journaliste surnommée « la Riquiqui » va essayer de démêler le vrai du faux, dans une enquête où l’on croise aussi un poète malheureux, un sulfureux directeur de magazine people et le chef de la police politique du dictateur Fujimori. En coulisses, loin des rumeurs qui parcourent la ville, l’épouse de l’ingénieur Cárdenas et sa meilleure amie ouvrent un rideau indiscret révélant l’autre affaire derrière l’affaire, celle qui peut-être ne sortira jamais sur la place publique et dont nous, lecteurs, les seuls témoins, devrons garder le secret.

Critique

C’était pourtant bien parti et… ce fut une déception.

Je pose ça là, juste comme ça :

Mon-commentaire-pic

Il y a des moments où l’on se dit qu’on ferait mieux de se taire. Cette lecture est la dernière de mon challenge (j’ai donc fini ! Champagne !) et j’aurais préféré terminer sur une bonne note. Manque de chance, ce livre n’a finalement pas été à la hauteur de mes espérances, qui n’étaient pourtant pas très élevées, ne sachant pas à quoi m’attendre avec cet auteur.

Comme vous avez pu le voir avec ce commentaire, je partais plutôt positive sur ma lecture. Et le « Je verrai avec la fin » était également prémonitoire.

En fait, je pensais que l’auteur donnerait à cette histoire à priori vue et revue dans nombre de contextes différents mais similaires une touche d’originalité.  En effet, un scandale sexuel, médiatique et politique impliquant des riches et des puissants, rien de bien nouveau sous le soleil. Par contre, le lieu où ça se déroulait et le contexte ont pas mal éveillé mon attention : une dictature au Pérou. (toute ressemblance avec la réalité passée serait purement fortuite)

L’histoire se déroule durant les années 90 au Pérou, à l’époque où le dictateur Fujimori sévissait au pouvoir. J’ai aussi appris, en faisant quelques recherches sur l’auteur, que celui-ci s’était présenté en tant que candidat aux élections de 1990 face à ce même Fujimori ! Je ne sais pas trop quoi en penser…Bref, l’auteur nous dépeint une situation économique et sociale plutôt réaliste : un gouffre immense entre quelques riches et beaucoup de pauvres, une liberté d’expression très restreinte, une corruption extrême… D’ailleurs, le gouvernement de Fujimori était connu pour ça, jusque-là, rien d’étonnant.

C’était très intéressant d’avoir plusieurs angles de vues avec différents protagonistes : « Quique », l’ingénieur millionnaire, Rolando Garro, directeur d’un magazine à ragots (et une sale petite ordure), « La Riquiqui », sa journaliste préférée dans sa rédaction, et Marisa et Chabella, les deux meilleures amies (dont la première est mariée à Quique). Sans oublier Juan Peineta, personnage finalement trop vite effleuré, qui connaîtra un sort qui reste pour tout le moins réaliste, peinture de ce qui peut arriver aux gens lambda dans un tel pays corrompu.

Je me suis dit qu’avec le scénario qu’il nous offrait, Mario Vargas Llosa pouvait nous offrir quelque chose de bien plus complexe qu’il n’y paraissait. Les personnages pouvaient se révéler intéressants, les rebondissements ne devaient sûrement pas manquer avec cette intrigue policière et médiatique, et les mœurs bien traditionnelles du pays étaient très intéressantes à voir en contraste avec celles très permissives des plus riches. L’écriture était fluide sans être remarquable, j’avais hâte d’en savoir plus. Seulement, comme j’étais à cent pages de la fin, je me rendais bien compte que Vargas Llosa n’allait jamais avoir le temps de m’offrir ce que j’attendais. Qu’est-ce qui pouvait bien m’attendre alors ? Je pensais encore avoir droit à une bonne surprise.

En réalité, l’auteur ne fut tout simplement pas au rendez-vous, surtout venant de quelqu’un qui a obtenu le prix Nobel. Le jugement peut paraître sévère mais il est finalement à la hauteur de ma déception.

Une fois la deuxième partie entamée (et particulièrement la fin), j’ai trouvé le tout très stéréotypé et simpliste. Jamais les personnages n’ont réellement évolué (ou plutôt, clairement pas comme je m’y attendais). Le déroulement de l’intrigue s’est finalement révélée plus que facile à deviner, c’était attendu, mais pas de la part d’un auteur avec une telle aura.

Il faut dire qu’avec une autre de mes lectures en cours, je pensais bénéficier de quelque chose d’un tantinet plus complexe. J’étais (et suis toujours) en train de lire La stratégie du choc de Naomi Klein et au moment où je lisais le roman en même temps, l’autrice mentionnait le « cône sud » de l’Amérique, comment des dictatures et des systèmes corrompus ne bénéficiant qu’à un petit nombre se sont installés dans des pays socialistes. (indice : le sous-titre est « Un capitalisme du désastre », quelque part, vous avez déjà la réponse) Logiquement, je me voyais avoir droit à quelque chose de similaire (pas à un essai non plus, je ne suis pas exigeante à ce point) avec cette histoire au Pérou, mais je l’ai eu de manière un peu trop simple, pas fouillée, rien de vraiment détaillé. Ça restait en surface, le dénouement était finalement très cliché. Je m’attendais à quelque chose de tellement mieux ! Finalement, sans même avoir lu énormément de livres policiers, j’ai été déçue. Même la différence de vie (sur beaucoup de plans) entre les riches et les pauvres est restée banalement exploitée.

La chose aussi qui m’a fortement déplue, c’est la relation lesbienne qui finit finalement avec un homme au milieu. Pourquoi est-ce que ce genre de relation n’est possible qu’avec l’adoubement d’un mec ? (qui participe et à qui on cède et pardonne finalement tout) Ça m’a passablement mise en colère, sans compter la malhonnêteté de ce dernier vis-à-vis de son meilleur ami. Le mec a le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, il ne fallait pas s’attendre à ce que j’apprécie un personnage pareil. (je crois que pour la première fois depuis longtemps, je spoile allègrement une partie de l’histoire) Je conçois que, pour ce point, ce soit seulement mon avis personnel, mais je trouve la coïncidence des filles bis et non juste lesbiennes écrites ou mises en scène par des hommes assez étrange… Pour celles et ceux qui seraient allergiques aux scènes érotiques, je vous suggère aussi de passer votre chemin. J’aurais pu personnellement apprécier ces passages sans… ça.

Je ne vais pas rester trente ans sur cette histoire, on aura compris que sa lecture m’aura pas mal énervée sur la fin : trop manichéen, pas à la hauteur des ambitions qu’on est légitimement en droit d’attendre d’un auteur ayant obtenu un tel prix. Une déception cuisante, malgré les qualités que laissait entrevoir le début du roman.

Aux Cinq Rues, Lima, est son dernier livre écrit à l’heure où je rédige cette chronique, peut-être Mario Vargas Llosa avait-il mieux à nous offrir, mais ce sera sans moi.


Il y aura un bilan de ce challenge mais il sera seulement publié après le 1er janvier, date limite de ce challenge.

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18 réflexions sur “Aux Cinq Rues, Lima, de Mario Vargas Llosa

  1. Llosa est notre ennemi! Déjà, il était candidat à la présidence de son pays, ce qui montre qu’il y a quelque chose qui cloche. Ensuite il n’a aucune réflexion profonde sur rien, il a juste un système (l’entrecroisement des récits) qu’il a volé à Steinbeck et c’est tout. Même Dylan a plus mérité son Nobel 😀

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    • T’en as lu de lui ? Aucune réflexion profonde ? A part dans ce livre (je peux en témoigner), ils disent que oui pour ses autres livres… Mais tu as peut-être raison. S’ils sont du même acabit que celui-là, ça ne va pas aller ! J’ai capté l’entrecroisement des récits (mais j’ai pas encore lu Steinbeck…), c’est très prégnant à la fin de son livre. (mais j’étais trop furieuse pour en parler, aha) Même Dylan a plus mérité ? Tu es dur 😛

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    • Oui, je suis toujours déçue. Quant au contexte, il est quand même resté assez neutre, je l’ai su après ma lecture, je n’avais rien deviné avant. Mais dans un sens, tu as peut-être raison, il avait peut-être quelque chose à régler…

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  2. Mais le prix Nobel récompense l’ensemble de son œuvre, fut-elle inégale, alors peut-être a-t-il écrit des chefs-d’œuvre ? Je n’en sais rien car je ne l’ai jamais lu, les synopsis ne m’attirent pas (et en réalité plus généralement je connais mal la littérature latino-américaine).
    Ce que tu décris ne m’encourage pas trop… je crois que j’imagine assez bien l’ambiance. Mais ne sois pas déçue, au moins tu juges par toi-même. Peut-être qu’un auteur qui a beaucoup écrit atteint un jour ses limites ?

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    • Oui, tu as raison, et d’ailleurs, sur Livraddict et Babelio, d’autres livres de lui sont mieux notés, alors qui sait…
      Ah oui, peut-être qu’il a atteint ses limites, c’est tout à fait possible. En tout cas, je ne te conseille pas celui-là pour commencer… Peut-être un de ses romans qui datent un peu ?

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  3. C’est vrai que Vargas Llossa est pour le moins ambigu politiquement. Une sorte de reniement libéral. Cela étant dit, je n’avais pas détesté La tante Julia et le scribouillard. Même si la fragmentation narrative m’avait, dans mes souvenirs, paru un peu artificielle.

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    • Je vois que Femmes de lettres et toi étiez au courant, aha. Je ne trouve pas qu’il soit ambigu dans ce livre-là en tout cas. (ou alors n’ai-je pas lu suffisamment entre les lignes) Merci pour le titre, si je veux quand même lui redonner une chance un jour, mais ça m’étonnerait.

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      • Disons qu’il a abandonné les expérimentations littéraires de sa jeunesse (contrairement à Femmes de Lettres j’aurais dit, pour rester poli) influencées par Fuentes ou Cortazar) pour des récits plus classiques, pour ne pas dire bourgeois. Le genre de mecs à dire que c’est normal d’être de gauche, idéaliste, à vingt ans et que l’on serait ensuite rattrapé ensuite par la réalité. L’argent dans son cas et là plane des soupçons d’ingérences états-uniennes.

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      • Rattrapé par la réalité ou par l’argent ? /tousse/ Plus sérieusement, c’est vrai que c’est dommage d’en arriver là, mais ça veut peut-être aussi dire que ses premières oeuvres sont moins influencées par ce biais-là ?

        Aimé par 1 personne

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