Letter Bee, de Hiroyuki Asada

letter-bee-tome-1-cover.jpgQuatrième de couverture

Dans des territoires peuplés de monstres-insectes et plongés dans une nuit éternelle vivent et travaillent, au péril de leur vie, des agents postaux très spéciaux : les Letter Bees ! Le jeune Lag porte sur lui un bon de livraison : Lag est le premier colis que Gauche, le Letter Bee, doit livrer ! L’aventure ne fait que commencer !

Critique

Je suis sûre que les amateurs de seinen et ceux qui sont réfractaires aux mangas en général se sont dits en lisant le résumé « Encore un shonen… » en ne pouvant dissimuler un soupir. Vous vous fourrez le doigt dans l’oeil : on est bien sur un shonen, mais si vous commencez déjà à le comparer à Naruto, Bleach ou tout autre gros shonen très populaire, vous êtes à côté de la plaque !

Ce manga n’est clairement pas assez connu, et c’est bien dommage, il mérite largement plus que sa réputation actuelle, qui ne dépasse pas de beaucoup le minimum nécessaire. On doit être quelques rares fans dans le coin, proclamant ce manga comme un des meilleurs de tous les temps. Vous trouvez que j’exagère ? Peut-être mais c’est parce que vous ne l’avez pas encore lu. Mais selon mon point de vue, ce n’est pas une exagération, et je vais vous le prouver tout de suite. Vous aussi, vous aurez envie de découvrir ce manga magnifique et méconnu. (qui comporte 20 tomes, une moyenne correcte)

Tout d’abord, le résumé laisse deviner un scénario de shonen tout ce qu’il y a de plus classique : un gamin qui, en admirant un autre, va définir son objectif sur ce même type et prendra pour prétexte ses livraisons de courriers pour aller bastonner de l’insectarmure. (monstres gigantesques dont on ne connaît pas vraiment l’origine mais qui se trouvent être des êtres sans « coeur » et qui vont vouloir vous voler les vôtres) Ça, c’est grosso modo ce qui en ressort quand on lit la quatrième de couverture, mais je vous ai déjà dit que ça n’était pas aussi gros que ça. (et à aucun moment ça ne le sera)

D’ailleurs, qu’est-ce que le « coeur » ? C’est tout bonnement ce qui vous sert à vivre, à ce que votre être existe de façon pleine et entière, avec tous vos sentiments et vos souvenirs. Une fois votre « coeur » disparu, vous n’êtes qu’une coquille vide sur le point de mourir. Les insectarmures en raffolent (ils les mangent pour espérer récolter un « coeur » à eux, doux espoir) et les Letter Bees ne sont pas là que pour te livrer ton colis de magazines porno : ils livrent certes des lettres, mais qui sont elles-mêmes remplies de « coeur », et qui attirent donc les insectarmures… Ils attaquent donc nos chères « abeilles » sur leur chemin, et le seul moyen pour ces dernières de les terrasser est d’utiliser des balles-coeur (à l’aide d’ambre spirituelle et à base de leur « coeur ») avec une arme de leur choix en visant leur point faible. Ils ont un « dingo » pour les aider, un animal ou tout autre créature surnaturelle qui les accompagne dans leurs tournées de livraison.

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Une des premières scènes.

Mais la baston n’est clairement pas ce qu’il y a de plus important dans cette histoire, cette perspective est même carrément inexistante. (ce qui expliquerait en partie le peu de succès que ce manga a récolté) L’histoire entre Lag Seeing, le protagoniste principal, et Gauche Suede, le Letter Bee qui le prend en charge durant le premier tome pour le livrer, est vraiment très touchante, et leurs chemins vont se révéler bien plus liés que ça en a l’air au premier abord. Au début, et encore un peu après, on a les histoires très émouvantes des personnes auxquelles Lag livre des courriers. Personnellement, je n’arriverai pas à dire quel tome ne m’a pas arraché une larme tellement c’est mignon, triste et touchant, les histoires de ces gens ont tiré une flèche en plein dans mon coeur. Je trouve ça quasiment impossible de ne pas être ému à la lecture de ces différents « coeurs ».

Et en parlant de larmes, Lag Seeing, gamin de 12 ans, est pas mal dans le genre pleurnichard. On se dit que c’est vraiment insupportable de lire un manga avec un héros pareil, et c’est aussi la réflexion que je me suis fait au début. Les gens qui chialent, ce n’est pas mon truc, j’ai déjà assez à faire avec moi-même. Je n’avais pas commencé ce manga pour supporter ça, je voulais du changement. Et en réalité, c’est un très bon personnage, très attachant ! Il passe son temps à pleurer ? C’est pas grave, c’est mignon, et puis nous aussi on passe notre temps à tirer les mouchoirs de leur boîte les uns après les autres. L’empathie est l’élément principal du caractère de notre héros, et celle-ci est essentielle dans un monde qui part un peu à vau-l’eau, et cela rend les choses tellement plus belles !

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Gauche Suede, la classe.

Mais ça ne s’arrête pas qu’aux histoires des gens à qui Lag apporte des lettres. Le monde dans lequel nos protagonistes se trouvent s’appellent l’Amberground et est éclairé par un soleil artificiel. Plus on en est éloigné, plus les terres sont obscures, et plus la région est pauvre. La végétation est quasiment inexistante, ce qui rend de possibles récoltes impossibles à faire dans les régions les plus pauvres. Un vrai système de classes a été établi, une impératrice est vénérée par les habitants de l’Amberground et gouverne le pays, ces derniers vivent chichement, et plein de mystères entourent d’ailleurs ce système politique… mais aussi le soleil artificiel. Et les insectarmures. Et Niche. Et Steak. Et… bref. Vous serez bombardés de tas de questions dès les premiers tomes, auxquelles vous trouverez d’ailleurs majoritairement des réponses en temps et en heure. Le rêve de Lag sera d’ailleurs de devenir Head Bee comme Gauche Suede, le seul Letter Bee présent à Akatsuki, la capitale, et qui est bien sûr le meilleur Bee possible. Je vous laisse deviner que c’est loin d’être rose derrière tout ça. Il y a bien d’autres mystères mais je ne vais pas vous prémâcher le travail.

L’amitié est évidemment un thème central de l’histoire. Mais comme c’est un shonen, j’ai l’impression d’enfoncer des portes ouvertes en le mentionnant…

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Niche, Connor Culf, Lag Seeing et Zazie Winters.

Les personnages sont tous très intéressants, avec leur personnalité propre. Certains sont assez stéréotypés, et c’est parfois fait exprès. (pour celles et ceux qui ont lu ce manga, ils sauront de quoi je parle si je cite Jiggy Pepper – je me suis d’ailleurs fait avoir autant que Zazie et Largo Lloyd car c’est un de mes personnages préférés) D’ailleurs, ces derniers sont parfois un ressort scénaristique humoristique pour l’auteur, et qui fonctionnent à merveille quand on connaît bien les clichés des shonen. En-dehors de ça, l’humour est présent en général dans ce manga à plusieurs reprises et étant assez bon public, j’ai ri plusieurs fois. L’humour est de toute façon nécessaire dans un récit souvent tragique, il permet de souffler un peu.

Et le style de dessin, n’oublions pas une des caractéristiques les plus importantes ! Très clairement, Hiroyuki Asada est sûrement un des mangakas actuels qui dessinent le mieux, il suffit de voir les planches que j’ai égrainé tout le long de mon baratin. Planches couleur, planches en noir et blanc, ce mec dessine magnifiquement bien, sa façon de construire chaque trame renforce l’aspect touchant et fantastique de ce manga. Il a tellement bien représenté le « coeur », dans n’importe quel contexte… Ça reste mon opinion personnelle mais je trouve que l’animé s’est planté à ce niveau-là. Le dessin était grossier dedans, la représentation de ce monde hors normes qu’est l’Amberground est vraiment très moyenne. Quand on voit la finesse avec laquelle Asada dessine, il était de toute façon difficile d’être à la hauteur.

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Aria Link et ses balles-coeur régénératrices.

En fait, plus que ma chronique pourrie, ce sont effectivement ces planches qui, je l’espère, vous ont convaincu de donner une chance à ce manga. Certes, ça reste un shonen qui exploite des codes propres à ce genre, et certains évènements restent très classiques dans leur traitement. Et si la fin me paraît toujours un peu rapide (les aléas de la publication dictés par le succès commercial du manga en question…), elle reste tout à fait logique et très adaptée à tout ce qui s’était passé auparavant, bien que traditionnelle pour un shonen et peu surprenante.

Mais pour ma part, je trouve qu’il sort du lot car, si certains shonen exploitent bel et bien les bons sentiments, qu’il y a cette dichotomie bien/mal, Letter Bee est le manga qui n’apporte pas le fard des combats pour camoufler ce qui ne devrait pas être honteux : les émotions. Même ce qu’on devrait parfois détester, comme les insectarmures, inspirent parfois la pitié. (ils n’ont pas de « coeur », personnellement, ça titille ma fibre sensible) Le style steampunk ne fait pas tâche du tout dans cet univers particulier, contrairement à ce qu’on pourrait croire.

Ce manga est désespérément beau, tu rallonges ton temps de lecture juste pour admirer le dessin, et vu l’homogénéité de plus en plus présente dans les mangas à ce niveau, c’est très plaisant à lire et à regarder. Pas que ce soit très original dans les traits des personnages, mais les défauts sont peu présents et les yeux sont atypiques en plus d’être magnifiques. Et puis ce n’est pas tous les jours que tu verses une larme pour chaque petite histoire. La mélancolie est très présente, mais l’espoir vient toujours en renforts, et on devient finalement aussi pleurnichard que Lag Seeing. Je suis rodée avec mon passif mangas, mais en le relisant, je me suis encore fait avoir. Tout le monde parle de Barakamon, et je suis tout à fait d’accord. (l’animé est magnifique) Mais avant celui-là, il y avait Letter Bee, dans un autre genre bien sûr, mais si on me demande un manga beau et émouvant, ce sera celui-là qui me viendra en tête le premier.

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10 réflexions sur “Letter Bee, de Hiroyuki Asada

    • J’avoue que le résumé ne donne pas envie ! J’avais quand même été intriguée à l’époque par cette histoire d’agents postaux, mais pas sûr que je lui aurais donné sa chance aujourd’hui. Oui, je te conseille d’y jeter un coup d’oeil avant tout 😉

      Aimé par 1 personne

  1. Coucou Ada ! Alors personnellement le résumé me tente pas mal par contre je suis pas hyper fan des dessins… mais juste parce que c’est toi et que j’adore ce que tu lis, je lui donnerai sa chance ;). Il ne me semble pas l’avoir vu à la médiathèque mais si je le trouve en magasin je feuilletterai ;).

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  2. OH MON DIEU.
    Pas besoin de me convaincre, je suis déjà une grosse fan de Letter bee ! 😀 😀 Quand j’ai atterri sur ton blog et que j’ai vu l’image d’en-tête, j’ai frôlé la crise cardiaque haha, c’est vraiment rare de croiser des gens qui connaissent ce manga !
    Bon j’ai découvert au hasard et lu le début de la série il y a au moins deux ans et à l’époque ç’a avait été un gros gros coup de coeur, pour l’univers mélancolique aux tons bleutés, les dessins sublimes, les personnages (Gauche ♥)… enfin bref tout m’avait plu, et je l’ai trouvé d’une originalité folle ! Malheureusement je n’ai pas terminé la série, et maintenant que j’ai (un peu !) grandi, j’ai peur de recommencer du début et de ne plus apprécier… Mais je reste persuadée que ce manga restera dans mon coeur (du moins, le souvenir que j’en ai), il est tellement excellent ! Ta chronique lui rend tout à fait justice, elle donne très envie de se jeter dessus ne t’inquiète pas 😉

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup pour ton superbe commentaire ! Oui, ce manga n’est clairement pas assez connu, et j’avoue ne pas comprendre, il est tout simplement sublime et émouvant.
      Tu peux peut-être tenter une relecture avec le premier tome et voir si ça te plaît toujours autant, ça ne te coûtera rien.
      Et merci beaucoup, si c’est une fan de Letter Bee qui le dit, ça me fait plaisir 😀

      Aimé par 1 personne

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