Non, c’est non, d’Irene Zeilinger – les livres féministes #10

Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire

non-c'est-non-coverVoici bien la preuve qu’il y a bel et bien des initiatives des féministes pour se défendre soi-même et qu’on ne fait pas juste que chouiner. Bien qu’on préfèrerait aussi que les situations conflictuelles et violentes du genre n’arrivent tout simplement pas, mais apparemment, la vie n’est pas facile, il y a des cons partout, c’est comme ça, il faut apprendre à se défendre au lieu de chialer.

… Bon, ben d’accord.

Je rassure bon nombre de gens faibles comme moi, il ne s’agit pas d’apprendre à se défendre physiquement dès le début en mode karateka, genre l’autre vient me faire chier en m’insultant de connasse et se prend un kick dans les bourses vite fait bien fait. Non non non, la vie ne fonctionne pas comme ça. (et heureusement !)

Il est d’abord sujet de se détacher des normes sociales pour chaque genre. Si les hommes n’auront aucun mal, si le besoin en est, de se battre, ce n’est clairement pas le cas des femmes. (bien que dans chaque groupe, il y ait des exceptions !) Si, en effet, on est vite conditionnées à ne pas utiliser la violence et même à la réprouver, ce n’est pas forcément le cas pour les hommes. Pensée à ces bagarres entre cousins auxquelles tu ne pouvais participer sans être sévèrement punie tmtc (alors que les garçons ne s’en sortaient finalement pas si mal !).

L’objectif de l’autrice, elle-même professeure d’autodéfense, est donc de donner un grand coup de pied dans nos apprentissages stériles, qui nous font plus de mal que de bien. Attention, il n’est nullement question d’aimer pratiquer la violence : il s’agit surtout de prendre confiance en soi, et ça commence par détruire ce qu’on a appris et intégré, au point que ça devienne des réflexes de non-violence physique… mais aussi verbale ! Voilà tout d’abord où l’autrice veut en venir. Avant d’être capable de se défendre physiquement (et il vaut mieux s’entraîner avant), il faut être capable de se défendre verbalement. Mais pas en sachant balancer une insulte (ça, tout le monde sait faire) ou en ayant un sens de la répartie du genre « aha j’t’ai cassé ! » car vous risquez surtout d’envenimer la situation. Non, le principe, c’est : la désescalade.

Il s’agit de savoir donc faire en sorte que la situation n’empire pas, et dans le meilleur des cas, d’échapper à une situation conflictuelle. On ne parle pas ici que d’une agression dans la rue, mais ça peut se passer dans la vie de tous les jours. Comme elle l’a rappelé, les agressions de femmes ne se passent pas majoritairement dans l’espace public par des inconnus… Les solutions proposées ne s’appliquent donc pas à tout, mais sont d’une grande diversité. Irene Zeilinger a su tout de même me rassurer sur une chose : la fuite peut être une option. Moi qui me trouvait pitoyable en repensant à certains moments, je me rends compte que c’était surtout la moins risquée. L’autrice vous en déroule toute une liste, auxquelles je n’avais pas du tout pensé, petite impulsive que je suis.

Toute situation n’implique pas de casser la gueule à son agresseur. L’agression peut simplement en rester au stade verbal, et c’est ce qu’on espère. Si l’autrice donnera par ailleurs des conseils pour réagir à une agression physique, la réaction de la même proportion ne doit se faire qu’à ce moment-là, en dernier recours, et pas avant. Il faut d’abord voir si on peut désamorcer la situation par nos mots, nos comportements. Si ça dégénère violemment, il est fort possible que ce ne soit pas suffisant.

Et après seulement vient la défense physique. Certes, elle donne là aussi des conseils mais rappelle surtout l’évidence : il faut vous entraîner ! Les conseils ne sont qu’à titre indicatif, rien ne vaudra des cours de self-défense et la prise de confiance en soi. Elles donnent d’ailleurs des conseils pour trouver un bon cours et donnent aussi quelques adresses. (en gros, t’es foutue si tu n’habites pas dans une grande ville…) L’autrice nous file aussi quelques lieus du corps à frapper pour être sûr de faire mouche, et il y aura peut-être des endroits auxquels vous n’auriez pas pensé ! Quant au fameux « coup de pied dans les roubignoles », ce n’est pas le plus fiable, et donc pas le plus efficace… Elle en explique les raisons et nous indique donc là où il vaut mieux viser…

Je vous avoue que j’ai un peu grimacé à l’idée de faire mal, et là aussi, l’autrice a su dire ce qu’il fallait : la considération qu’on aura pour notre agresseur, ce dernier n’aura pas la même pour nous et s’en tamponne d’ailleurs le coquillard. Donc envolé le respect, il faut savoir faire du mal à son agresseur comme lui-même n’hésitera aucunement à nous en faire.

Donc là, vous vous dîtes que ça ressemble à un livre de développement personnel… Développer sa confiance en soi, savoir se défendre… Bah oui, c’est ça en fait. Alors que je déteste ça. Mais celui-ci n’avait pas cet air didactique que je reproche à la majorité d’entre eux. Le seul vrai bémol que je vois, c’est les passages où elle balançait des faits et des statistiques que je connais déjà par coeur. Je dois vous avouer n’être pas trop d’humeur à relire des choses que je sais déjà, c’est un peu redondant et j’ai eu parfois du mal à avancer. (n’hésitez pas à sauter des pages si c’est le cas) Mais pour quelqu’un qui débute ou qui pense en avoir encore à apprendre, ce livre est parfait. Les conseils ne sont pas dénués de bon sens et nous permettent déjà de réfléchir à comment on est, comment on réagirait, à se faire des « films mentaux », un peu comme elle le conseille d’ailleurs. Ça remet un peu en question nos réflexes, malgré notre manque de pratique. C’est un bon début. L’autrice l’a de toute manière déjà dit : il faut commencer par modifier en partie son mental. Sans ça, point de salut.

Si vous vous sentez un peu mal à l’aise sur le sujet et que vous considérez que vous ne sauriez pas réagir durant une agression, ce livre peut vous plaire. Personnellement, je me suis rendue compte que je ne savais pas du tout m’y prendre correctement. Je relirai ce qui m’intéresse à l’occasion.

Toutefois, je vous conseille de le feuilleter en ligne ici, histoire de voir si ça peut vous plaire. C’est le genre de livres, qui, de mon point de vue, ne fera pas l’unanimité avec tout le monde, que ce soit par la forme, le ton, les conseils donnés, etc. A vous de voir, donc !

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17 réflexions sur “Non, c’est non, d’Irene Zeilinger – les livres féministes #10

  1. Je trouve ça vraiment chouette comme livre ! Après le truc des livres de développement personnel c’est qu’un livre peut être très bon et très bien écrit, il ne conviendra pas à tout le monde pour autant. Je vais lire le livre avec le lien, voir si cela vaut le coup que je me penche plus dessus, mais je trouve que c’est une chouette initiative, merci de l’avoir présenté !

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    • De rien ! Oui, voilà, c’est pour ça que j’ai donné le lien de la lecture en ligne. Si je ne l’ai pas trouvé transcendant, je ne l’ai pas non plus trouvé moyen, donc je pense qu’il peut plaire ou non à certaines personnes 🙂

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  2. Oh bah je vais fouiner le lien que tu as passé parce qu’en bonne parano que je suis ça pourrait bien m’intéresser ! Je me fais déjà pas mal de « films mentaux » pour savoir comment réagir, et j’ai quelques vagues points du corps en tête si je n’ai pas d’autres choix que la violence (genre oreilles, yeux, et l’intérieur des bras au niveau des biceps, c’est dingue de savoir qu’en pinçant fort tu peux faire une déchirure musculaire quand même ! ) Si ça peut apaiser ma parano sur ce côté je ne dis pas non !

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  3. Je suis trop contente de pouvoir lire ta chronique sur ce livre ! Il me tente bien, comme toute femme le moindre truc qui se passe dans la rue (quelqu’un -surtout un gars on va pas se mentir- trop proche de moi ou juste le simple fait de voir un groupe de mecs et de devoir passer devant par exemple) me fait peur donc bon pourquoi pas ! Je suis fortement intéressée en tout cas 🙂

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  4. Ça a l’air très intéressant, j’essaierai de voir pour le chopper à la bibliothèque, merci pour ta chronique !
    (J’ai troooop envie de faire des cours d’autodéfense ou même plus largement un sport de combat depuis des années mais je n’ai toujours pas sauté le pas, si ça se trouve ça me motivera :p)

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