Lontano, de Jean-Christophe Grangé

lontano-coverQuatrième de couverture

Éminence grise du pouvoir, Grégoire Morvan a connu ses heures de gloire en Afrique dans les années 80, en arrêtant au Zaïre « l’Homme clou », tueur en série au rituel atroce, inspiré des plus violents fétiches africains.
Quarante ans plus tard, en France, les cadavres mutilés, criblés de ferraille et de tessons s’accumulent : la marque de « l’Homme clou », totem de la folie meurtrière née au plus profond de l’Afrique. Le passé trouble de son père – fantôme menaçant de sales affaires enterrées – rattrape alors Erwan Morvan, le meilleur flic de la crim’.
Saga familiale, roman psychologique et roman noir, Lontano est une plongée verticale dans les ténèbres de l’âme, roman paroxystique et vertigineux, dérangeant comme ces rites primitifs qui nous fascinent et nous effarent.

Critique

Ce thriller m’aura tenu en haleine un moment. (bien que j’ai eu une petite baisse de régime en plein milieu) Il est vraiment très rapide à lire je trouve, Jean-Christophe Grangé sait comment tenir le rythme pour qu’on en veuille toujours plus, qu’on souhaite toujours savoir le fin mot de l’histoire, mais juste pour un élément, qui en fait apparaître d’autres… Sur 950 pages, il y a de quoi faire.

Et alors, ça a l’air de me surprendre, c’est pourtant le propre d’un bon thriller… Oui, mais n’oublions pas une chose : je découvre complètement ce genre littéraire. Et j’avais prévenu que j’allais être un bon public, et je l’ai été du début jusqu’à la fin. Ça n’a pas forcément été le cas avec tous, mais j’en reparlerai dans mon bilan lectures du mois, où vous serez confronté à ma sévérité habituelle concernant un bouquin qui me sera resté en travers de la gorge, alors que vous l’avez globalement bien aimé. Mais passons.

Pourtant, Lontano n’est pas exempt de défauts. Le premier et le principal, c’est que ce roman est très cliché. La famille Morvan, composé du père Grégoire, ancien barbouze recyclé chez les flics, son fils Erwan, flic de chez les flics, le deuxième fils Loïc, trader toxicomane, et Gaëlle, sa fille prostituée sous couvert d’une inexistante carrière d’actrice, sans oublier la mère Maggie, femme battue, qui sera à la fois très facile et difficile à cerner. Rien que ce tableau devrait vous mettre la puce à l’oreille.

Et ce n’est pas fini : le cadre de l’enquête et les autres protagonistes ont tous représenté un stéréotype que je m’attendais à retrouver. Il n’y a pas à dire, l’auteur a su comment rassembler le tout et en faire quelque chose de pas trop dégueulasse.

Comme je l’ai dit au début, Jean-Christophe Grangé a su conduire la barque et j’ai tourné les pages sans trop me poser les questions critiques habituelles, l’écriture fluide m’embarquant dans son sillage. Alors que ce qui semble être le fil conducteur du thriller est finalement relégué au second plan au début, une enquête policière nous est offerte, qui était très agréable et très prenante, le temps que le reste se mette en place. Et puis paf, retournement de situation, et ce sera comme ça pendant tout le reste du roman. Je crois que l’auteur ne connaît tout simplement pas le répit. J’ai fait une pause 50 pages avant la fin, et ce n’était pas faute de vouloir connaître la suite, mais il s’était passé trop de choses pour que je puisse continuer l’air de rien. Je suis une petite âme sensible, vous comprenez.

Je confirme aussi la rumeur qui tourne : oui, c’est quand même assez choquant. Le meurtrier recherché tue ses victimes d’une façon épouvantable, on peut donc même dire que cela va au-delà du sanglant pur, d’autres éléments rentrent en compte, et pas forcément les moins glauques. (avec une grosse inspiration d’une superstition congolaise sortie des bas fonds obscurs) Si vous aimez ce genre de choses, vous êtes servis.

Tout s’enchaîne de manière logique, et de façon complètement inattendue : Erwan, qui mène l’enquête, n’a pas semblé apprécier, et je n’en menais pas large non plus.

Et surtout, le point le plus important : on est sur une histoire familiale. Le père Morvan est au centre de tout, tout ce qui se passe est lié au temps où il a arrêté le tueur en série qui sévissait à l’époque dans une région du Congo, l’Homme-Clou. Je ne vous décrirai pas en détails son rituel bien évidemment… Grégoire Morvan est un vieux lascar de son temps, avec les méthodes qui vont avec : tu fermes ta gueule, sinon tu vas te prendre un gnon. De plus, on voit bien à quel point la violence conjugale qu’il exerce sur sa femme a eu un impact sur ses enfants. Une belle famille au bord de l’implosion.

On observe aussi en filigrane les liens de la France avec l’Afrique, le Congo. S’ils n’étaient plus forcément à l’honneur sur les dernières pages, on a un bon aperçu de ce que ça peut donner. Les Blancs et les Noirs, affrontement inévitable du fait du passé colonial et du présent néo-colonial. Tout est histoire de corruption, de jeux de pouvoir. Même si on ne voit pas autant de choses qu’on pourrait le croire, ça n’en reste pas moins tendu, et plutôt dangereux. Ça sera peut-être plus visible dans le deuxième tome, Congo Requiem, que je vais bien évidemment me procurer dès que possible. On voit le travail de recherches sur plein de sujets, c’est là qu’on constate que l’auteur ne s’est pas foutu de nous.

On pourrait croire que je suis juste passée sur les clichés complètement assumés de l’auteur dans ce thriller, mais pas tout à fait. Ce qui m’a fait brandir le drapeau blanc, c’est que l’écrivain ne semble pas forcément prendre parti pour un de ses personnages. Chacun a son fonctionnement propre et ses défauts qui ne sont pas minimisés par Grangé. Un petit plus pour Gaëlle qui, si elle ne joue pas un rôle prépondérant ni même très utile, m’a touchée par ses opinions. Il aurait très bien pu choisir de n’en faire qu’une écervelée, mais elle est aussi très fortiche en philosophie, et j’ai bien aimé ses déclarations qui ne sont passées que pour celle d’une forte tête auprès de son interlocuteur. Mais elle ne sont pas tombées dans l’oreille d’une sourde… Voilà, chacun ses points forts et ses points faibles.

J’aurais très bien pu aussi m’attarder sur certaines choses à la fin qui semblent complètement ubuesques (c’est très excessif, il faut bien l’admettre), mais je crois que j’étais trop absorbée par ma lecture pour protester, même pour la forme.

Lontano est donc un thriller haletant, qui a certes ses défauts, mais qui a eu le mérite de me sortir la tête de mes soucis, ce qui est très honorable. C’était pile le type de lectures que je recherchais et j’ai passé un très bon moment de lecture. Je conçois tout à fait que ce ne soit pas pour tout le monde car il a ses défauts et que dans un autre contexte, je l’aurais peut-être critiqué plus que ça. Mais c’est mon ressenti sans trop me prendre la tête, et je pense qu’il faut le lire dans cet esprit.

Mais c’est à vous de voir si ça vous correspond ou pas. Personnellement, et je l’ai déjà dit : je vais lorgner dans les rayons des librairies pour me procurer le deuxième tome.

Et encore merci à Anthony et à son concours de m’avoir donné l’opportunité de découvrir ce roman et cet auteur, qui m’aura bien transporté. (et auquel je pensais dès que je me levais le matin tellement j’avais hâte d’en savoir plus /tousse/)

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13 réflexions sur “Lontano, de Jean-Christophe Grangé

  1. Tu as bien résumé le style Grangé. Il n’a pas peur d’être caricatural. Il utilise des raccourcis quand ça l’arrange. Mais il est toujours d’une efficacité féroce! C’est parfois plaisant de tourner les pages frénétiquement sans se prendre la tête!

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  2. La taille me rebute un peu, toujours cette question de temps pour lire de telles briques ( et puis, savoir qu’il y a un tome 2, comme j’ai une mémoire assez courte il faut que j’évite d’espacer de trop les tomes… ça fait pencher du côté « je sais pas »… ) Sinon tu en parles bien, et le côté page-turner est tout de même celui que l’on recherche dans ce genre d’histoire donc j’aimerais me lancer, surtout que le fond a l’air très intéressant en partant d’une superstitiion congolaise. Ecoute, en espérant ne pas le laisser sombre dans ma wishlist interminable, je le rajoute, peut-être que je le sortirais par hasard mais je suis intriguée !

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    • Oui, les 950 pages m’ont fait peur aussi, mais je l’ai dévoré assez vite. (pour un pavé, je veux dire) Le fond avec la superstition congolaise ne dure qu’un temps et ne sera peut-être pas à la hauteur de ce que tu en attends, mais ça a le mérite de changer le contexte, même si les meurtres se déroulent en France.

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  3. J’ai déjà lu l’empire des loups de C. Grangé et j’avais trouvé l’histoire assez géniale même si à mon sens, le style se rapproche plus d’un policier que d’un thriller et j’avais aussi trouvé les personnages féminins assez fascinants. Merci pour cette chronique et j’ai hâte de savoir quel bouquin ne t’a pas plu^^

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    • Je t’avoue que pour moi, il est finalement plus un polar qu’un thriller, mais comme je ne suis pas une experte, j’ai pas osé trop protester… Ce n’est pas le seul de lui qui pourrait être rangé dans les polars plutôt que dans les thrillers ? Faut que l’auteur se décide 😛
      Et merci 🙂

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  4. J’aime beaucoup Grangé, comme j’aime beaucoup Chattam, deux vieux briscards à présent du polar sanguinolent français ! J’avais bien aimé Lontano, pour tout ce que tu racontes, la force de l’auteur de nous faire tourner les pages sans réfléchir. Tous les personnages de Grangé sont dans la même veine que la famille Morvan : jamais tout blanc ou tout noir. Ce que j’apprécie surtout avec cet auteur c’est sa capacité à nous faire découvrir des mondes interlopes, étranges et souterrains en plein cœur de notre beau pays. Pour une fois que cela ne se passe pas aux Etats Unis ! Congo Requiem est dans ma PAL depuis sa sortie !! il faudrait vraiment que je le lise… on pourrait se faire une lecture commune un de ces jours 😉

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    • Je ne connais pas Maxime Chattam (ses romans, je veux dire), il paraît que c’est un bon aussi ! (bien que j’ai cru comprendre que c’était irrégulier chez lui)
      Aaah, si les personnages de Grangé sont généralement comme ça, ça me fait plaisir, j’avais beaucoup aimé leur diversité au sein de la même famille. J’ai Congo Requiem depuis peu, donc j’accepte l’idée de lecture commune 😉 (pas avant le mois prochain, je pense)

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