De sang-froid, de Truman Capote

de-sang-froid-coverQuatrième de couverture

« Il était midi au coeur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l’harmonica. Dick était debout au bord d’une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l’intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d’entre eux ne s’arrêtait pour les auto-stoppeurs… Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l’argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert. »

Critique

Celui-là ne fut pas une mince affaire ! Quand je me suis rendue compte que je m’étais ennuyée pendant 300 pages, ça m’a rappelé un des autres livres du mois spécial polar/thriller qui ne m’avait pas forcément convaincu par la suite. J’avais donc très peur de subir un bis repetita avec ce roman aussi. C’est aussi ce fait qui m’empêche de le considérer comme un très bon livre à titre personnel. Forcément, s’ennuyer pendant une grosse partie du livre, ça n’aide pas à voir ce livre d’un très bon oeil, malgré l’appréciation de la suite. Mais d’abord, rappelons le contexte de ce livre.

Truman Capote, qui publia De sang-froid en 1966, s’est basé sur un fait divers qui fit grand bruit à l’époque aux États-Unis. En 1959, à Holcomb (Kansas), dans un milieu rural, deux jeunes tuent sans mobile apparent une famille de quatre membres, dont le père est un fermier assez aisé. L’auteur s’y est intéressé et a fait de multiples recherches sur cet évènement, ce qui l’a ensuite mené à ce roman. (genre qui sera appelé true crime)

Si Capote s’inspire très largement des faits, il a aussi romancé pas mal de choses. Ça ne m’étonnerait pas que certains détails soient sortis tout droit de sa tête, intuition largement confirmée par les protestations de certains témoins à la suite de cette publication. Cependant, ce n’est pas si important car… il s’agit avant tout d’un roman (avec des éléments fictifs, donc) et qui respecte quand même les grandes lignes (et même plus) de ce fait divers. On suit le quotidien de la famille Clutter, et puis la vie quotidienne de la petite ville américaine après le meurtre, en parallèle de celles de Perry et Dick, les deux assassins. Ils ne nous sont pas présentés ainsi au début, mais il n’est clairement pas difficile de deviner qui ils sont.

Il n’y a pas à dire, l’auteur a quand même su y faire pour analyser et nous décrire les ressorts psychologiques des protagonistes. Ce qui prime, c’est justement la description de ce qui a pu mener deux simples délinquants à effectuer un quadruple meurtre. Bien évidemment, chacun a ses démons, mais qu’est-ce qui a pu mener ces deux-là en particulier à commettre l’irréparable ? Capote nous offre la réponse au fur et à mesure du roman, et qu’elle réussisse à vous convaincre ou pas n’est pas la question. J’ai personnellement ressenti un grand malaise à plusieurs reprises. Bien que mon empathie pour ces personnes ait été limitée pendant un moment, elle a bien fini par ressurgir à certains passages, et effectivement, difficile de se sentir en paix avec soi-même. Ce fut particulièrement vrai quand ils ont été condamnés à mort par pendaison (la peine de mort effectuée au Kansas).

L’auteur a fait de même en décrivant les réactions des gens extérieurs, plus ou moins proches de la famille abattue. Peu de surprises à mon sens car les attitudes, en surface ou intériorisées, ne sont plus vraiment étranges aujourd’hui. En tout cas, ça permet de voir que rien n’évolue vraiment, une impression de déjà-vue assez tenace à cause de l’omniprésence des faits divers à notre époque.

J’ai donc trouvé mon intérêt ravivé au bout de 300 pages (je ne vous raconte pas comment je suis fatiguée de ça, aha). Au bout de ces 300 pages, Perry et Dick sont arrêtés. S’ensuivent l’interrogatoire, le procès, leur temps en prison… et leur pendaison. J’ai trouvé que ces moments-là étaient bien plus intéressants, j’ai appris plein de choses et la description de la psychologie des personnages est monté d’un cran. A partir de là, j’ai eu envie de continuer à lire bien plus rapidement qu’auparavant. Les réflexions sur la peine de mort ont été assez inévitables, et je parle de moi, pas de l’auteur qui n’a pas mis son grain de sel dans l’histoire sur le sujet. Je ne connais pas son avis sur la question (bien que je m’en doute) car le ton est resté assez neutre, mais la simple constatation m’a juste fait hurler intérieurement à l’injustice. C’est terrible d’assister à leur attente d’une date pour l’exécution, et ils ne sont d’ailleurs pas les seuls. D’autres personnes condamnées elles aussi à mort sont présentes dans les cellules voisines aux leurs, et si elles n’attirent franchement pas la sympathie (certaines ne semblent pas avoir de remords vis-à-vis de ce qu’elles ont fait, mais là encore, des éléments psychologiques l’expliquent en partie pour quelques-uns), il y a de quoi froncer les sourcils face à leur condamnation. Bref, ce roman m’aura finalement bien secoué sur la fin.

Mais venons-en au fait : vous n’oubliez pas que je me suis bien ennuyée à la base. Et quelles en sont les raisons ? Elles me sont tout à fait personnelles, donc n’en tenez pas compte pour vous faire un avis avant lecture, mais prenez-le plutôt comme un avertissement. En cause : l’écriture de l’auteur. En raison du principe même de son roman, c’était à prévoir. J’ai trouvé que le ton était très clinique, journalistique par moments, et ça a gâché mon immersion dans l’histoire. De plus, je n’étais pas très passionnée par ce fait divers pour être tout à fait honnête, et ces deux éléments combinés m’ont pas mal rebuté durant un temps. Je pense que je n’étais simplement pas ouverte à ce genre d’écriture lors de ma lecture, et je le relirai peut-être un jour je pense, histoire de ne pas finir sur cette note mitigée pour un livre qui mérite quand même bien mieux, objectivement.

Mais je ne vais pas finir cet article sur ce paragraphe : il y a un personnage qui m’aura bien touché malgré lui, malgré moi. Je parle bien évidemment, pour les personnes qui l’ont lu, de Perry Smith. Il paraît que l’auteur est tombé en dépression suite à sa rencontre avec cet homme, et je le comprends tout à fait, ça a dû être terrible. Je n’en dirai pas plus sur le monsieur, mais il m’a bouleversée et parfois même exaspérée, une ambivalence pas facile à gérer. Ce mec aura réussi à me faire monter les larmes aux yeux, malgré tout le mal qu’il aura fait. Et Dewey, l’inspecteur en charge de l’enquête et qui les a arrêté, n’en menait pas large à la fin. Tous dans le même bateau, finalement. La condamnation à mort, sortons les grands mots, c’est de la merde.

Je vous conseille donc ce livre, assez fort, cruel et émouvant, malgré ma peine à le lire sur les 300 premières pages. Si vous êtes obstiné comme moi, ça devrait passer crème (ahem). Il vaut le coup pour plein de raisons, mais j’ai déjà spoilé bien comme il faut, je n’en dirai donc pas plus. Donnez-lui donc sa chance à l’occasion, et j’espère que vous l’apprécierez du début jusqu’à la fin !

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24 réflexions sur “De sang-froid, de Truman Capote

    • Merci ! Je vois de façon très objective ce qui peut plaire (après tout, j’ai beaucoup aimé les 200 dernières pages) mais il n’empêche que le début m’a bien ennuyé. Je ne mettrai pas ce livre sur un piédestal car il m’aura causé trop de difficultés, mais il est mieux de reconnaître qu’il a aussi ses qualités. Je suis passée en grosse partie à côté, et comme tu le dis, tant pis !

      Merci pour ton commentaire ! 🙂

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  1. Tu peux pas savoir à quel point je meuuuurs d’envie de lire ce livre 😀 déjà parce que Capote est quand même l’auteur de Breakfast at Tiffany’s (et si j’adore surtout le film, j’ai vraiment apprécié la nouvelle aussi), ensuite parce que je suis très curieuse de le découvrir dans un style et un univers aussi différents, et enfin parce que le traitement a l’air assez dingue 🙂 j’ai entendu pas mal de gens rebutés par cet aspect analytique, du coup je suis un peu préparée mentalement haha alors ça devrait bien se passer !

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    • Oh bah il devrait te plaire je pense ! Ce qui est étonnant, c’est que je n’ai plus longtemps été rebutée par l’écriture sur la fin, je crois que je ne sais juste pas ce que je veux, aha. En tout cas, j’aimerais bien lire ton avis dessus 🙂

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  2. Je connais cet auteur que de nom, pas encore eu l’occasion d’essayer mais je note.
    Ça ne me choque pas tant ces premières 300 pages pas top, j’ai souvent cette sensation en lisant en fait. Il est rare d’être constamment captivé sur 500 pages…et la mise en place de l’histoire necessite parfois de longues introductions…au final on ne retient que la fin donc il vaut mieux un début décevant qu’une fin décevante 😇

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    • Je crois que ça m’a d’autant plus déçue que j’avais lu peu de temps avant un autre livre où je m’étais bien ennuyée pendant 300 pages. (pas le même verdict sur la fin d’ailleurs)

      Mais tu as raison, vaut mieux un début décevant que l’inverse 😀

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  3. Ça fait un an que je l’ai lu celui là et comme toi je n’y ai pas trouvé mon compte. Pour l’ennui et le style. Dans une histoire pareille on voudrait une plume assez proche des personnages, là c’est tout juste si on ressent quelque chose. Du coup j’étais spectatrice quand je voulais être active. Très très frustrant.

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    • C’est ça ! J’ai trouvé l’histoire plus intéressante sur la fin, je crois qu’on l’aura compris, mais… le style, bon sang ! Après, ça reste assez personnel à chacun, une personne le lit en ce moment et a conclu au bout de 100 pages qu’elle allait beaucoup l’aimer, alors que moi, à ce stade, je commençais à désespérer…

      Mais je rejoins complètement ton avis !

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  4. Je ne me suis pas du tout ennuyée en le lisant mais je comprend complètement !
    Ça m’arrive aussi régulièrement de m’ennuyer pendant quelques centaines de pages à la lecture d’un livre mais de l’aimer quand même au final.
    Bravo d’avoir lu jusqu’au bout en tout cas, quand je n’accroche pas au style d’écriture j’abandonne souvent…

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    • Arrête, j’en ai marre d’être obstinée x) (pour de vrai, c’est un enfer !)
      Plus sérieusement, c’est parce que je comprenais en quoi ce livre était bien que j’étais encore plus frustrée (ça n’a aucun sens, aha)

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  5. Ah j’attendais ta chronique sur ce livre ! 🙂
    Malgré ton léger refroidissement sur les 200 pages d’ennuis, j’ai quand même très envie de le lire (et puis bon surtout je l’ai déjà acheté…). J’aime bien en général les histoires de faits divers (même si ici, comme toi, celui ci ne m’intéresse pas plus que ça), romancées ou non mais c’est vrai que je suis toujours plus touchée quand l’auteur s’implique personnelement, que se soit dans son écriture ou en laissant voir sa subjectivité. Le ton journalistique et distant pourrait moi aussi me freiner. Enfin, dans tous les cas je vais tester !

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    • Sur les 300 premières pages même, c’est encore pire 😀

      Ah, si le ton journalistique peut te bloquer… Mais je pense que cette lecture est propre à chacun, alors je ne prédirai rien te concernant !

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  6. Je l’ai terminé et je comprend ton ennui. J’ai eu des passages comme ça également même si les 100 premières pages m’avaient emballées… Perry est terrible comme personnage ! Un de ceux qu’on oubli difficilement car fait de violentes contradictions.

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    • Ah ben je n’aurais pas cru que ce serait ton cas justement, vu que tu m’avais dit avoir adoré les 100 premières pages, c’est dommage.
      Et Perry est un personnage qui m’a à la fois irritée et attendrie… Je comprends que l’auteur n’ait pas été serein !

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      • Oui j’étais tellement contente au début que ça m’a un peu déçue de m’ennuyer par moment. J’ai trouvé certains passage long. Ce qui a pu jouer dans ce ressenti c’est aussi le fait que j’ai mis plus d’une semaine à le finir car j’avais très peu de temps pour lire. Je l’ai peu-être pas lu dans les meilleurs conditions. Mais je suis très contente d’avoir lu ce livre.

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