La Condition ouvrière, de Simone Weil

La_condition_ouvriere.qxd:La condition ouvriere.qxdQuatrième de couverture

En décembre 34, Simone Weil entre comme « manœuvre sur la machine » dans une usine. Professeur agrégé, elle ne se veut pas « en vadrouille dans la classe ouvrière », mais entend vivre la vocation qu’elle sent être sienne : s’exposer pour découvrir la vérité. Car la vérité n’est pas seulement le fruit d’une pensée pure, elle est vérité de quelque chose, expérimentale, « contact direct avec la réalité ». Ce sera donc l’engagement en usine, l’épreuve de la solidarité des opprimés – non pas à leurs côtés mais parmi eux.

Critique

Vous voici devant l’essai d’une grand dame comme il y en a très rarement en un seul siècle. Simone Weil est une philosophe et autrice du début du XXème siècle, malheureusement décédée assez jeune en 1943. (à l’âge de 34 ans !) Et non, ce n’est pas une faute d’orthographe, Simone Weil et Simone Veil ne sont pas les mêmes personnes.

Celle-ci décide, en 1934, de vivre la vie d’ouvrier dans toute sa dureté, et ceci pendant un an. Elle veut savoir ce qu’il en est réellement, elle veut se rapprocher le plus possible de la réalité souvent minimisée des travailleurs en usine, ne pas se barricader dans une aura d’élitisme propre à son milieu. Pour elle, il faut le vivre pour le comprendre et l’analyser. De plus, il y a un trait de sa personnalité qui m’a sacrément impressionnée pour une intellectuelle. On en reparlera car cela fait d’elle une personne à part. Ses écrits ont d’ailleurs été publiés dans la collection Espoir de Gallimard par un certain Albert Camus. (je vous assure que je ne le fais pas exprès)

Ce livre se compose de plusieurs choses, ce n’est pas juste un texte d’un bloc. Après une introduction qui m’aura paru assez laborieuse, on passe à plusieurs contenus écrits par l’autrice : des lettres envoyées pendant sa période à l’usine, son journal d’usine, ainsi que d’autres lettres (notamment à un chef d’entreprise, vraiment dommage qu’on n’ait pas ses réponses à lui) et des articles disséminés de par et là.

Le plus frappant rien qu’avec les lettres de son temps d’ouvrière, c’est la souffrance engendré par un tel métier. Elle est bien évidemment physique car les cadences sont infernales, mais aussi psychologique. Que devenons-nous quand ce que nous faisons n’a aucun sens (pourquoi construisons-nous cette pièce ? Dans quel but ?), que le métier est extrêmement monotone, qu’on n’a pas le temps de juste penser ? Que personne ne nous demande notre avis ? Qu’on est traité comme des moins que rien, comme une pièce interchangeable par les supérieurs ? (hé oui, les machines ont plus de « valeur ») Et la douleur physique est tel qu’elle empire cet état : quand on rentre chez soi après des journées pareilles, a-t-on envie de se révolter ? Les ouvriers n’en ont même pas les capacités, et Simone Weil explique très bien pourquoi dans ce livre.

Son journal d’usine peut sembler un peu rébarbatif de par ses détails techniques, mais ce n’est pas le plus important. Il est assez intéressant d’explorer ses journées quotidiennes, qui toutes se ressemblent par l’angoisse ressentie par la philosophe. Combien va-t-elle gagner par pièce ? (oui, le salaire est fixé selon sa production) Arrivera-t-elle à produire ce qu’on lui demande dans le temps imparti ? (ce qu’on appelle un bon coulé ou non coulé) Et surtout, pourra-t-elle manger à sa faim ? L’épuisement peut être tellement fort qu’il empêche de dormir ! Le temps de récupération est important pourtant…

Mais ce n’est pas tout. Elle pensait pouvoir rencontrer au moins la solidarité, l’amitié dans ce milieu. Elle a vite déchanté. Il n’y a strictement pas de place pour ce genre de choses, les salariés étant plongés dans leurs tâches qu’ils doivent absolument terminer dans les temps s’ils veulent être payés correctement. C’est à peine s’ils lèvent la tête. La jalousie et la concurrence remplacent plutôt ces choses, savamment entretenus par les supérieurs que ça arrange beaucoup. Pas de cohésion, pas de rébellion.

Ainsi, son journal est agrémenté de réflexions que nous pouvons avoir par nous-mêmes, mais aussi les siennes. Cette expérience l’aura marqué à vie, elle va donc souvent donner son avis (parfois sous pseudonyme) par la suite. A un moment, elle entretiendra une correspondance rapide avec un directeur d’usine, usine dans laquelle elle est sensée rentrer en tant qu’ouvrière (il sera clair assez rapidement que ce ne sera pas possible) puis pour seulement rencontrer cet homme. On n’a donc pas les réponses de ce monsieur, mais à mon avis, ça n’a pas dû toujours être cordial de son côté. Simone Weil, au contraire, fera preuve d’une bienveillance extraordinaire. Mais les choses doivent être dites aussi, est-ce ça que ce directeur a eu du mal à comprendre ? Car oui, tout en restant gentille, calme et compréhensive, l’intellectuelle n’hésite pas non plus à être franche. Il a dû la prendre pour une révolutionnaire classique… Ce qu’elle est, à part qu’elle est loin d’être habituelle, justement.

Dans le reste de ses textes au sein de l’ouvrage, nous nous trouvons confrontés à ses réflexions pleines de pertinence, d’objectivité, d’honnêteté et d’empathie. Oui, ce qui marque avec elle, c’est qu’elle fait preuve, avec les qualités nommées précédemment, d’une sensibilité très juste et d’une sincérité assez étonnante, et de manière quasi permanente. On le constate dans chacun de ses textes. J’ai été assez soufflée par ça, comme quoi on peut allier la pensée et l’émotion ! Elle est aussi d’une grande intransigeance, ce qui n’a pas plu à tout le monde, notamment dans son propre camp. Elle n’hésite donc pas à critiquer s’il y a lieu de reprocher quelque chose, quel que soit le parti dénoncé. (le populisme, ce n’était pas trop son truc) Je vous laisse deviner que ses amis étaient rares…

Et ça donne du coup des remarques très intéressantes. Elle analyse avec perfection les mécanismes qui permettent d’entretenir ce système, qui entraîne la mort de l’âme (je n’aurais peut-être pas utilisé ce terme, mais elle est croyante, alors…). Elle n’hésite pas à louer les grèves de 1936 (s’attirant ainsi les foudres des patrons), tout en critiquant les initiatives complètement vaines des ouvriers et de leurs syndicats (notamment par un rapport de force inversé, fait qu’elle dénoncera). Mais ça ne s’arrête pas là : elle n’hésite pas à proposer de nouvelles actions (notamment la création d’un syndicat unique et obligatoire – la CGT et les autres ne sont probablement pas d’accord -, idée à relire d’ailleurs) et à critiquer les non-avancées des politiques françaises, par manque de volonté et de lâcheté. (n’ayons pas peur des mots)

Mais elle ne parle pas que des ouvriers, bien qu’ils soient les salariés dont la souffrance et la détresse la préoccupent le plus. Elle parle aussi… du travail. De manière générale. Elle va montrer du doigt tout ce qui est toxique dans le système, elle est loin d’être naïve et de ne s’en tenir qu’à un domaine. Le système entier est un problème. Elle parlera de Frederick Taylor, un ingénieur américain qui aurait mieux fait de se taire à jamais si vous voulez mon avis. J’avais croisé son nom rapidement en cours d’économie, mais assez brièvement. J’ai été soufflée de voir le culot de ce type (oui oui, tout à fait !) qui ne pense que « rationalisation », technique, production, plus, toujours plus. Au cas où mon enchaînement de mots n’était pas très clair, le mec a voulu ré-organiser le travail avec les meilleurs gestes, les meilleures techniques, afin d’obtenir le meilleur rendement, quitte à sacrifier le bien-être des travailleurs. Elle a aussi parlé d’Henry Ford (encore un dont on se serait bien passé), l’inventeur du travail en chaîne, continuation du taylorisme en somme. Du profit, encore du profit, toujours du profit. (ça vous rappelle le « Rien ne prime que le travail, encore le travail, toujours le travail » d’Henry David Thoreau ? C’est fait exprès)

Elle déplore aussi le fait que les ouvriers n’ont strictement pas le temps (ni même l’envie) de développer leurs autres compétences personnelles car ils sont épuisés par leurs journées et que de toute façon, on ne les y encourage pas ! Ils ne peuvent pas penser réellement à eux-mêmes et à leur bien-être : il faut gagner de l’argent pour vivre. Mais vivre juste pour vivre… est assez triste et vain, non ?

Il y a profusion de réflexions dans ce livre, comme le monopole des connaissances par les supérieurs qui n’encourage pas une implication sincère et forte des ouvriers dans leur travail, la non-reconnaissance des conditions de travail et de vie de ces mêmes ouvriers, l’incompatibilité entre une France « forte » et les droits des travailleurs… Je vous en mentionne que trois, mais il y en a bien plus que ça. Difficile de les prendre à part, ces réflexions sont ancrées dans leurs textes et sont presque indissociables les une des autres, elles forment un tout cohérent et il me semble presque idiot de les en séparer. C’est dire l’intelligence de cette femme. C’est dire le génie. Oui, carrément.

Simone Weil nous offre donc des observations censées et très justes, des pensées tout à fait rares sur certaines choses, l’honnêteté et l’objectivité n’étant pas des qualités très courantes de nos jours (j’en profite pour dénoncer). Elle m’aura énormément impressionnée par la pertinence et l’intelligence de ses remarques, par son intransigeance. Elle a eu ses admirateurs, mais aussi ses détracteurs…

Au total, vous pouvez compter 27 post-it accolés lors de ma lecture ! La Condition ouvrière m’a passionnée. Et j’espère qu’il vous passionnera tout autant et que cette femme vous touchera comme elle m’a touchée. Cette lecture m’a vraiment chamboulée et j’en garderai sûrement un souvenir assez vivace. Il me conduira (et me conduit déjà en fait) à m’orienter vers des sujets similaires.

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17 réflexions sur “La Condition ouvrière, de Simone Weil

  1. « la mort de l’âme (je n’aurais peut-être pas utilisé ce terme, mais elle est croyante, alors…).  » C’est vrai que dans note société judéo-chrétienne on rattache forcément l’âme à la croyance, mais le double sens ici – notamment par la position de philosophe de la madame – est intéressant. Dans les idées philosophiques l’âme c’est aussi la pensée, ou même chez Aristote tu as l’âme végétative ( naître, croître et mourir ), sensitive ( se mouvoir ) et intellective ( tout le reste grosso modo haha ) ce que le travail ouvrir au final t’accord la première strate d’âme mais les deux autres sont coupées à la racine je dirais… Puis hop sans âme = aliénation = pas d’hommes, etc etc etc. C’est l’alternative pour esquiver la croyance même si philo et religion peuvent être intimement liées.

    « il faut gagner de l’argent pour vivre. Mais vivre juste pour vivre… est assez triste et vain, non ? » j’irai plus loin dans le propos personnellement, vivre est positif tandis qu’ici il est davantage question de survivre à mes yeux… Mais peut-être que j’ai trop mis mon pessimisme. 😉

    Sinon ton article fait preuve d’une grande intelligence ( je ne dis pas ça que pour te louer, je suis vraiment sincère ) et de ton engagement. Et ces essais forgent ta culture, personnellement ça m’ébahie, je suis assez ignorante face à tout ça ! La preuve, je considère presque que c’est « pour les grands », je trouve que je n’ai pas la maturité encore pour lire ce genre de choses, peut-être pas la culture par rapport au contexte aussi. Puis, honnêtement, ça me flanque la frousse, la peur de pas piger et de ne pas parvenir à rester intéressée jusqu’au bout du propos… ^^’

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    • Aah, tu as sûrement raison ! Avec mon petit passif de catholique, j’ai forcément relié ce mot à la croyance, mais je ne connaissais pas cette définition philosophique, ça correspond beaucoup plus à son propos !

      Oui, je vois ce que tu veux dire. Pour moi, survivre était trop fort car il y a pire que nous… (oui oui, je sais) Mais dans un sens, tu as raison, il s’agit de survivre en ayant de quoi payer nourriture, loyer et vêtements. Pas très glorieux…

      Oh, merci ! Alors par contre, les essais, c’est pour tout le monde, tu peux essayer d’en lire ! T’en prends des pas compliqués au début (perso, je les feuillette souvent) parce que si tu tombes sur des mastodontes qui vont parler dans leur langage d’experts, laisse tomber. Et puis on pige jamais vraiment TOUT. Et puis c’est en forgeant qu’on devient forgeron ! (j’utilise cette expression alors que je la déteste, bravo Ada pour cet exploit nullissime) Moi aussi, parfois, j’ai peur (surtout que je suis tombée sur de gros trucs parfois… dont j’ai suspendu ma lecture pour le moment) mais c’est pour ça que j’enquête toujours avant pour être sûr. Ca peut être cher les essais quand il n’y a pas de format poche… Autant bien choisir celui pour lequel on va dépenser une vingtaine d’euros !
      Il faudrait que je fasse un petit article sur le sujet un jour, tu m’y fais penser !

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      • Non mais t’inquiète pas je pense que sauf les philosophes en herbe, c’est ce rapport là qui nous vient tous en tête ! Si j’avais pas fait cette année de philo j’aurais pas pu t’apporter ce petit point.. ^^’

        Oui je comprends que ce soit trop fort. On devrait dire durvivre au pire haha. Ou plutôt moinsvivre parce que c’est pas vraiment vivre quoi.

        Hé bien de rien ! Je vois un peu les essais comme « l’étape supérieur des classiques » on va dire, j’ai moins la frousse pour lire un classique mais j’arrive pas encore à détacher ça pour les essais haha. Déjà c’est bien j’en ai lu un sur le sujet LGBTQ+, c’est un bon début. x) Puis y’a ceux que je lis en partie pour les cours on va dire, c’est un peu différent quand même, c’plus du théorique quoi. C’est vrai que j’aimerais bien en emprunter mais c’est quand même un genre qui nécessite un temps autre avec une bonne disposition mentale donc c’est pas toujours facile à trouver. En tout cas merci pour ton encouragement, brique par brique je vais y arriver. 🙂 Enfin pas brique en livres hein…
        Je dis ouiouioui ! Ca m’intéresserait beaucoup !

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      • « Durvivre », j’adore, tu inventes des mots tout à fait pertinents ! C’est vrai qu’entre vivre et survivre, il y a une nuance qui ne peut pas être exprimée par un mot…

        Oui, il faut avoir l’esprit libre en quelque sorte pour en lire ! Et surtout, en choisir un qui t’intéresse vraiment beaucoup 🙂
        Bon, je vais y réfléchir, ça viendra pas avant un bon mois, je pense x)

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  2. Ouuuh, il faut que je le lise celui-là !
    J’avais découvert Simone Weil avec La Pesanteur et la Grâce, mais ce n’est pas du tout le même thème puisque qu’elle parle de foi , et de la manière dont elle réunit ses croyances avec ses idéaux (tout en démolissant les dogmes).
    De mémoire, certains points de sa réflexion ont vieilli mais comme toi, son intelligence m’avait vraiment époustouflée !
    Merci pour ton article, je me note la référence pour plus tard 🙂

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  3. Incroyable, tu as encore parlé de Camus! Est-ce qu’il y a des articles où tu ne parles pas de Camus ou de Guerre et paix :’) ? Tu me donnes vraiment envie de lire ce livre et de découvrir cette femme, que je connais très mal. J’ai bien envie de savoir si elle donne des conseils aux ouvrier pour sortir de cette spirale et s’émanciper, tout en sachant qu’il faut bien gagner sa vie quand même. Je trouve tes chroniques toujours très bien écrites 🙂

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      • Ah oui, mais tu es croyante, non ? Même avec mon passif de catholique, j’ai pas réussi à accrocher du tout à ce passage-là (c’est vers la fin du livre)… Ca devrait t’intéresser je pense !

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    • Guerre et Paix, pas tout le temps, ce n’est pas bon pour ma santé mentale 😀
      Camus, euh… Je ne sais pas comment te répondre, je suis coupable xD
      Elle a une empathie de fou, tu vas voir ! Tout en étant superbement intelligente ! Elle en donne pas qu’aux ouvriers à un moment, mais aussi aux patrons (c’est au moment de la fameuse grève de 1936). Parce que pendant un temps, ce fut un peu n’importe quoi…
      Merci beaucoup, je vais continuer sur cette voie 🙂

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  4. Oh quelle chronique passionnée ! ça me donne très envie de lire ce titre, même si j’ai un peu peur du format le sujet m’intéresse beaucoup. Surtout que j’imagine que même encore aujourd’hui où la classe ouvrière est un peu moins présente, ses réflexions doivent encore tomber juste, tant la question du travail reste une actualité brulante. Je trouve ça très intéressant qu’elle soit vraiment aller sur le terrain, comme une sociologue, et qu’elle n’ai pas seulement posé un raisonnement d’intellectuelle, juste en théorie. Et on a toujours tendance à se demander pourquoi les gens malheureux/exploités ne se révoltent pas mais c’est vrai que le système est assez bien fait pour nous empecher de penser (avoir peur de perdre le peu qu’on a/ ne pas avoir le temps de se parler / être trop fatigué le soir pour « réflechir »…). J’apprécie aussi le fait qu’elle soit objective même envers son camps, c’est important pour donner de la crédibilité à ses dires je trouve.

    En tous cas j’avoue m’être fait avoir sur le nom, je ne connaissais rien de cette « autre Weil », alors merci pour l’éclairage de lanterne et la découverte de cette femme qui a l’air passionnante !

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    • Tu as peur du format, c’est-à-dire ?
      Et sinon, oui, toujours pertinent aujourd’hui, des choses se sont améliorées dans notre pays, mais d’autres restent cruellement inchangées… (t’as d’ailleurs bien compris le gros du gros 😀 ) De plus, je la trouve d’une justesse incroyable sur le sujet, elle n’est pas manichéenne.

      Aha, oui, facile à confondre avec l’autre qui porte le même nom. De rien ! 🙂

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  5. Pingback: C’est le 2, je balance tout ! #18 – Histoires vermoulues

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