Bilan lectures #21 – octobre 2018

Comme je vous avais déjà dit le mois dernier, je n’ai lu que des essais ! Ma soif d’apprendre me fait mettre les romans de côté pour le moment. (mais ne pensez pas que c’est définitif, loin de là) Sans avoir été convaincue par tout ce que j’ai lu, j’ai aussi appris pas mal de choses. Ces lectures m’obligent aussi à exercer mon esprit critique, et c’est pour ça que, en plus de ne pas avoir envie de lire des romans, je ne suis pas du tout dans l’optique de les lire, je les jugerais avec des arguments un peu trop froids, et ce n’est pas comme ça qu’on juge la littérature.

Bref, voici mes lectures du mois !


le-cauchemar-pavillonnaire-coverLe Cauchemar pavillonnaire (Jean-Luc Debry)

Je crois bien que c’est le premier essai de l’année qui m’a déçue ! Pourtant, vu le sujet, ça aurait carrément pu fonctionner entre nous. Comme son nom l’indique très bien, l’auteur nous parle des pavillons, de ce rêve de la classe moyenne, ou des classes moins élevées qui aimeraient en faire partie. L’acquisition d’un pavillon est une façon de signer sa place dans la société, société qui est individualiste, et dont le rêve principal, qui englobe cette acquisition d’un pavillon, est d’acquérir le plus de marchandises possible. La société est extrêmement limitée, dans le sens où il n’y a qu’une seule façon de se réaliser, une seule façon de réussir sa vie. La solidarité entre individus ? Tout aura été fait pour qu’elle disparaisse du champ social. Au-delà de cette analyse très pertinente, j’ai apprécié qu’il nous parle de l’historique des classes moyennes, comment elles sont apparues, et surtout… pourquoi. Voilà une partie du livre qui échappe d’ailleurs à ma critique principale. Il parlera aussi d’autres structures, comme l’autoroute et les chaînes hôtelières, qui participent d’autant plus à cette organisation de notre société contemporaine qui n’a qu’un seul but : la consommation, saupoudrée de compétition par-dessus le marché. Une véritable entreprise d’individualisation et de formatage, qui s’en ressent donc aussi sur notre environnement sensiblement identique où qu’on aille. Après tout ça, vous vous dîtes sûrement que c’est un sujet qui me plaît. Exact, c’est en effet quelque chose qui me parle et j’ai apprécié certains aspects de cet essai, là n’est pas la question. Non, le problème, c’est la forme. Ce ton pamphlétaire, cette façon d’avancer ses arguments de manière caricaturale, c’était obligé ? J’ai trouvé ça tout bonnement insupportable par moments, ce mépris des bourgeois, certes, mais aussi de cette classe moyenne qu’il dénonce et pourtant, il raconte bien comment les gens sont englués dans cette vision des choses. (il n’aime pas les sportifs, ça, j’ai bien compris) Je n’ai vraiment pas apprécié, j’ai levé les yeux au ciel de nombreuses fois, malgré un propos qui aurait pu être pertinent. Mais avec cette façon de s’exprimer, ça décrédibilise le propos. (surtout au début du livre) Pourtant, il offre une analyse vraiment intéressante, mais bon…

Drawdown (Paul Hawken) Lire la chronique

Un pavé, que dis-je, une brique XXL qui m’aura pris plus d’un mois à lire ! Dans cet essai, un écologiste, Paul Hawken, nous expose 80 solutions validées par des recherches scientifiques pour diminuer le réchauffement climatique. Un avis mitigé malgré des choses intéressantes.

Happycratie (Edgar Cabanas et Eva Illouz) Lire la chronique

Les deux auteurs, travaillant en sociologie et en psychologie, ont étudié les effets de la psychologie positive sur notre société. La question est surtout : à qui cela profite vraiment ? Malgré quelques petites réserves, les critiques des auteurs sont loin d’être dénuées de fondement.

le-peuple-des-abattoirs-coverLe peuple des abattoirs (Olivia Mokiejewski)

Ce livre pourra en étonner certains qui ont une très mauvaise image des végétariens/vegans et se disent que pour nous, il n’y a que les animaux qui comptent. C’est vrai pour certains, la souffrance des ouvriers des abattoirs leur passe au-dessus car ils estiment que quand on a vraiment une conscience, on ne fait pas ce métier… Mais ce genre de propos viennent d’une minorité (qui vocifère fort en plus) car justement, le sort des ouvriers m’intéresse ! Je sais que ça vient de notre culture, mais aussi d’un monde du travail qui met la précarité au centre de notre vie. La souffrance des animaux n’est pas omise dans ce livre, mais il s’agit de parler de ces personnes qui font ce métier… méprisés par celles et ceux qui mangent de la viande. C’est balot, c’est grâce à eux que vous vous nourrissez ! Sans eux, vous n’auriez pas votre steak chéri dans votre assiette ! Bref, ils souffrent souvent d’un très gros manque de considération, à la fois de leurs supérieurs et des consommateurs, de la société en général, mais aussi de problèmes de santé physiques… et psychologiques. Oui, on y pense rarement à ces derniers, mais un tel métier ne peut pas ne pas laisser de traces sur notre psyché… Sans nier l’évidence et la cruauté de la pratique de leur métier envers les animaux, les ouvriers sont aussi des êtres humains qui méritent un minimum d’empathie, ce qu’ils n’ont même pas vraiment… Leurs témoignages en disent long. Je pense que c’est un livre à lire, pour voir ce qu’ils font vraiment, comment ça se passe, les conditions très précaires de leur métier, pour réaliser la réalité de leur métier.

le-petit-guide-des-alternatives-coverLe petit guide des alternatives (Sébastien Vilnat)

Je crois qu’on aura compris que, même si je lis des essais sur plusieurs sujets en ce moment, un en particulier m’obsède : l’écologie. Du coup, j’achète plein de livres en rapport avec le sujet. Je ressens une urgence qui fait que je considère que je dois (et on doit) faire quelque chose : juste commenter les nouvelles en mode « oh mais c’est terrible » et passer à autre chose, à sa petite vie tranquille pépère, je l’ai assez fait dans ma vie, il est temps de prendre ses responsabilités. Si ce livre n’a pas répondu à toutes mes attentes, il est plutôt bien pour celles et ceux d’entre vous qui ne savent pas par où commencer : il retrace tous les sujets concernés par ce problème (de l’alimentation au transport, en passant par la prison), et si chaque partie semble relativement courte, j’ai tout de même appris des choses (si vous partez de nulle part, il se peut qu’en lisant ce livre, vous ayez envie de prendre une batte de baseball et de foncer à l’Élysée ou tout lieu susceptible d’accueillir des lobbies). L’auteur, un simple citoyen comme nous, fait un point sur l’état des lieux et si les conseils sont, de mon point de vue, insuffisants, ce livre comporte un gros plus : sur chaque sujet, si vous comptez le développer plus, vous avez des ressources, autant au niveau des livres, des documentaires que des sites Internet. Ça, j’ai vraiment beaucoup apprécié, car on ne sait jamais où chercher.

notre-empreinte-cachée-coverNotre empreinte cachée : tout ce qu’il faut savoir pour vivre d’un pas léger sur la Terre (Babette Porcelijn)

Un des meilleurs essais que j’ai lu ce mois-ci. Il se démarque par son utilité sur le sujet, mais pas seulement ! Celui-ci est rempli d’infographies très pertinentes (en même temps, c’est son métier, à l’autrice, et elle l’a exploité à bon escient) et qui nous permettent de suivre sur un sujet plutôt lourd et difficile à appréhender dans notre société de consommation. Mais quel sujet ? Celui de notre empreinte écologique cachée. En effet, comme l’autrice nous l’apprend ou nous le rappelle, notre vision de la pollution est basée sur des choses visibles, dont on est souvent responsables directement : les émissions de gaz à effet de serre quand on conduit une voiture, les déchets de la vie de tous les jours qu’il faut trier, etc. Mais ce n’est malheureusement pas tout et il y a de fortes chances que les quelques petits actes que vous pensez faire pour le bien de la planète ne soient pas suffisants. Qu’en est-il de la production de nos biens de consommation, n’est-elle pas une source de pollution elle aussi ? Et le transport de ces mêmes biens de consommation ? Dans ces cas-là, l’impact augmente considérablement, et au-delà de notre imagination… Les biens de consommation sont d’ailleurs numéro 1 du top 10 des impacts dressé par l’autrice, à l’aide d’organismes très sérieux sur la question. (les statistiques ne sortent pas d’un chapeau magique, quoi) Le deuxième, c’est l’élevage intensif… (la végétarienne que je suis le sait depuis longtemps) Et en troisième position, la voiture… Pour des raisons qu’elle explique très bien, des sources de pollution évidentes comme l’avion sont un peu plus loin dans le classement. Pour chaque élément de ce top 10, elle explique en quoi il est polluant, ses effets dévastateurs sur l’environnement et ce qu’on peut éventuellement faire dans la vie de tous les jours pour y remédier un tant soit peu. Si certaines solutions sont un peu trop « développement durable » pour moi, il y a des conseils qui sont loin d’être idiots… De plus, en dehors de ce top 10, elle analyse les conséquences sur la planète, sur nous les êtres humains… comme je l’ai déjà dit, à grand renfort d’infographies et de chiffres. J’ai vraiment beaucoup apprécié ma lecture, c’était très bien expliqué et illustré, et croyez-moi, j’en suis au stade où j’en apprends encore ! Comme nous tous, je n’étais pas au courant de mon empreinte cachée, ou alors de façon très vague. (sauf pour la viande et le poisson, le seul domaine où je peux me la péter avec mes connaissances) Je vous le recommande vivement si vous vous intéressez au sujet !

Sapiens (Yuval Noah Harari)

J’attends d’avoir lu Homo Deus du même auteur pour vous en parler.


Voilà, c’est tout, mais n’oublions pas que ce n’est pas toujours facile à lire, alors c’est déjà pas mal ! Le mois de novembre risque d’être identique en termes de genre de lecture.

J’ai aussi recommencé ma série sur les livres féministes avec Sorcières de Mona Chollet. Le rythme pour cette série d’articles risque d’être un peu plus décousu à l’avenir, mais je ne l’abandonne pas !

J’ai aussi publié la suite des lectures marquantes de ma vie, cette fois-ci durant l’adolescence.

A dans un mois pour un prochain bilan lectures !

Publicités

16 réflexions sur “Bilan lectures #21 – octobre 2018

    • Pour Le Cauchemar pavillonnaire, si t’arrives à passer outre le ton, comme d’autres lecteurs (j’ai lu d’autres critiques qui sont bien moins sévères que moi), ça peut passer.

      J'aime

  1. J’aime toujours autant tes articles, car tu résumes les idées des essaies et comme ça je peux réfléchir dessus sans les lire haha. Je suis aussi en pleine réflexion sur mon impacte écologique, mais aussi de la société et comment on oublie beaucoup trop les différentes catégories sociales quand on parle d’écologie. On est pas tous égaux financièrement, culturellement, etc. face aux questions de l’écologie.

    Aimé par 1 personne

    • Tu as complètement raison pour les catégories sociales ! Ca m’intéresse d’ailleurs, si tu as une suggestion, car peu de livres écolo abordent le sujet, à croire qu’on peut tous faire les mêmes choses, mais non.

      Aimé par 1 personne

      • J’ai lu un article sur Slate, je pourrais te l’envoyer si je le retrouve. Après c’est surtout, sur le forum madmoizelle où il y a une veille permanent classiciste qui m’a fait prendre conscience de ça et m’a obligée de remarquer autour de moi. Et du coup par exemple au boulot, je vois beaucoup de personnes mais qui sont dans une telle galère que franchement ce genre de questions ça leur passe par dessus la tête. Et au-delà de ça, suffit que je vois la plupart de mes collègues qui me considère comme la bobo écolo de service, car je suis végétarienne.

        Aimé par 1 personne

      • Ah oui, ben c’est justement ce forum qui m’a initié au sujet ! Oui, je vais dans une association pour les personnes en difficulté psychologiquement, et c’est pas leur préoccupation première, et je ne leur en veux pas. Quant aux gens avec qui tu bosses… N’ont-ils pas les moyens de s’en occuper, eux ? 😛

        Aimé par 1 personne

      • J’ai l’impression qu’il y a un choc générationnel avec mes collègues. Les questions de féminismes, d’écologie, etc. pour eux sont réservés aux militants. Ils vont avoir une vague opinion politique qui reposent sur pas grand chose. Par exemple, quand une personne connue est accusée de viol, les victimes sont forcément des menteuses qui en veulent après l’argent du mec. Pour eux un viol ça se passe dans une ruelle sombre, pour eux les mecs qui harcèlent sexuellement sont des malades et sont minoritaires, c’est pas Monsieur tout le monde. Internet a permis un développement de la réflexion, des idées et aujourd’hui ces questions ne sont plus réservées aux militants. Il y a un vrai choc générationnel. (Après tous les gens de notre génération ne sont pas non plus intéressé par ces questions, mais j’ai l’impression que c’est plus présent.)

        Aimé par 1 personne

  2. Je dois dire que j’adore tes bilans qui proposent des titres très originaux et différents des lectures que je vois passer habituellement. Après, je ne me fais pas d’illusions, je ne lirais très certainement jamais ces titres car j’ai trop besoin de la fiction, mais il est passionnant de lire tes chroniques.
    Plein de bonnes lectures pour novembre !

    Aimé par 1 personne

  3. Ho mais c’est un bilan plus qu’honorable ! 7 essais en un mois chapeau 🙂 ! Moi je n’ai pas le courage de lire autant d’essais comme ça, c’est plus en décousu sur plusieurs mois en alternant avec des romans. Du coup c’est toujours un plaisir et très instructif de lire tes chroniques et résumés détaillés, merci !

    Le peuple des abattoirs à l’air très intéressant. C’est vrai qu’on a tendance à invisibiliser la souffrance ouvrière dans ces milieux là…. Et puis plus facile de dire « change de métier » que de le faire en vrai. D’ailleurs, est ce que dans leurs témoignages ils évoquent une envie de changer totalement de métier justement par conscience ou c’est plutôt un appel à plus de reconnaissance et de meilleurs conditions de travail ?

    Aimé par 1 personne

    • Quand je bosse, je fais comme toi, c’est décousu, faut avoir la force aussi… Ca peut être fatigant d’en lire certains selon leur ton ! Et merci beaucoup !

      Plutôt un appel à la reconnaissance et de meilleures conditions de travail. En même temps, c’est logique, eux ne voient pas le mal à tuer des animaux… Comme la majorité de la société. Après, s’ils pouvaient changer de métier, ils ne se gêneraient pas, beaucoup l’ont dit.

      Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s