Libérées, de Titiou Lecoq – les livres féministes #13

Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale

libérées-titiou-lecoq-coverCertaines personnes m’ont dit qu’à la couverture, elles craignaient un livre pas si sérieux que ça. Alors si vous vous attendez à un essai universitaire, en effet, passez votre chemin. Par contre, j’ai trouvé ce livre très intelligent dans sa construction et son argumentation.

Pour commencer, comme vous avez déjà dû le comprendre, on va parler du ménage quotidien. Pas celui de s’installer à deux ou à plus dans un logement (quoique…), mais plutôt le ménage de ce même logement. Passer le balai, faire la vaisselle, bref, vous avez compris.

La situation est grave, les amis. Ne ricanez pas, c’est important ! En effet, on n’arrête pas de nous dire que ça y est, on a obtenu l’égalité, les hommes et les femmes sont traités pareils, youpi, on sort le champagne.

Range-moi cette bouteille tout de suite.

Nous aussi, les femmes, on y croit pour certains domaines. Le ménage en fait partie. On pense qu’on fait partie de la génération qui est éveillée à toutes ces problématiques, que les hommes participent aux tâches ménagères au même titre que les femmes, d’ailleurs la preuve, c’est que c’est mon ressenti aussi en tant que femme.

Tu as activé ma carte piège, Kaiba.

Pour revenir à un ton plus sérieux, il n’en est rien. La part des hommes aux tâches ménagères n’a pas sensiblement augmenté, et c’est encore pire quand un couple a des enfants. Plus un couple en a, moins un homme s’investit. Ah, j’ai oublié de le dire, mais l’autrice prévient aussi : cet essai se concentre sur des couples hétérosexuels. Et il y a un fort déséquilibre qui se joue entre l’homme et la femme pour des raisons diverses et variées, qui n’ont pas toujours de rapport avec les couples homosexuels.

Pas la peine de protester, c’est statistiquement prouvé. Pourquoi les femmes (certaines en tout cas) ont l’impression que ça va ? Parce qu’elles ne veulent pas foutre la merde, ne veulent pas déranger, parce que, que ce soit elle ou l’homme avec qui elle vit, ils comparent toujours comment ça se passe au sein de leur foyer aux générations précédentes. Ah ben forcément, de cette manière-là, on est meilleurs que les autres, c’est sûr. Alors qu’on est plutôt sur du 35/65% dans le meilleur des cas.

Bien évidemment, des problèmes bien différents d’éducation et de respect font que ce sont les femmes qui font le plus le ménage, et qui pensent même que ce sont à elles de le faire la majorité du temps. Quand les hommes s’y mettent, ils font les tâches qui leur sont les plus agréables et les plus valorisantes, comme le bricolage ou le jardinage. C’est pas eux qui vont laver les chiottes, quoi et c’est pas moi non plus qui vais faire la poussière. Les femmes sont donc reléguées à des besognes pas très reluisantes, qui sont considérées comme du travail bas de gamme, sans aucun intérêt, juste chiant. Parce que, comme elle le dit, on comprend les hommes, y a mieux que de passer la serpillère, c’est sûr. Mais pourquoi c’est nous les femmes qui avons le devoir de le faire ?

Passons à un autre sujet qui doit faire chier nombre de femmes que je connais sans qu’elles mettent forcément le doigt dessus tellement c’est inconscient et invisible la plupart du temps : la charge mentale. Qu’est-ce que c’est ? C’est le fait que la femme pense à tout. Payer les factures, s’occuper de payer la cantine du gosse, penser à prendre rendez-vous chez le docteur quand il est malade ET l’amener… C’est tout simplement s’occuper de la gestion du foyer, des petites choses qui, en réalité, prennent une grande place. Certains hommes vont dire « Ben vous n’avez qu’à nous demander de vous aider, hein » (ça, c’est le meilleur scénario), mais en fait, on vous demande plus que ça, on vous demande de penser à ces choses-là vous-mêmes en tant qu’autre membre adulte du foyer. C’est stressant et épuisant, et plus qu’une double journée, c’est même une triple journée à mes yeux. (oui, n’oublions pas qu’en plus du ménage et de la charge mentale, il y a aussi l’emploi)

(et avant qu’on ne me sorte que les hommes ne sont pas tous comme ça, j’en connais que deux qui font beaucoup de choses niveau ménage et… c’est tout. Je ne connais pas que deux hommes dans ma vie, me semble-t-il)

Tout ça, c’est la base. Mais Titiou Lecoq ne va pas s’arrêter là. Elle m’a personnellement fait découvrir un peu plus de détails historiques sur l’avènement des femmes en fées du logis, pourquoi, comment. De quelle manière nous sommes conditionnées à ça, et, aussi féministes que nous voulons l’être, ça nous rattrape forcément. (c’est là où je me rends compte que je suis très loin d’être une femme au sens où on l’entend sur plein de plans, je crois que le conditionnement n’a pas totalement fonctionné sur moi, aha) On est aussi influencées sur nos rêves de « vraie » vie de femme, et ça inclue forcément de rester faire la popote à la maison, entre autres, un rêve bien creux et qui limite notre esprit.

Et ça continue en dehors du foyer. Les femmes dehors ! Sauf que… On nous apprend souvent que ce n’est pas notre place, et dans les faits, c’est aussi une réalité. Dehors, nous sommes indésirables, c’est un monde exclusivement masculin. Oui, ok, il y a des femmes dehors, mais on sait qu’on ne peut pas vraiment y circuler comme un homme, en particulier la nuit… Notre façon de s’y mouvoir est aussi analysé à l’aune du sexisme. On nous l’assène, d’une manière ou d’une autre : notre place est au foyer, dans la vie privée, l’intérieur.

Pourquoi parler de ça ? Pour montrer qu’on n’est jamais réellement sereines nulle part.

Vous avez là un aperçu très généraliste de ce que propose l’autrice dans son livre. Les parties peuvent sembler courtes individuellement, mais elles abordent toutes un sujet spécifique qui est, ma foi, bien explicité, bien argumenté. Pas besoin d’en rédiger trois tonnes sur un sujet simple et compréhensible à tous, surtout qu’il s’agit vraiment de notre vie quotidienne en-dehors du cadre formaté de l’emploi. (et qui nous montre que même notre vie personnelle est régie par des règles bien précises selon notre genre)

C’est un essai très abordable, Titiou Lecoq aborde certes le sujet avec sérieux, mais n’hésite pas à employer un langage plus familier. J’aime bien lire son ras-le-bol exprimé en des termes comme « et merde », ce qui peut sembler assez déplacé, mais moi, je ne trouve pas. Au contraire, cela exprime notre désenchantement commun, notre colère, cela appelle à une compréhension que l’on partage toutes.

Et si vous pensez qu’elle tape sur les hommes… La réponse est non ! Au contraire, tout le monde doit participer ! Les femmes doivent remettre certaines choses en question, mais il est vrai que ce sont les hommes qui ont le gros du boulot, car c’est un système qui leur bénéficie. Mais les deux genres doivent bouger. C’est juste que si les femmes seules font des efforts sur elles-mêmes, ça ne fonctionnera pas.

Je vous invite d’ailleurs, vous les hommes, à vous procurer ce livre. Je pense que vous pouvez bien comprendre les problématiques abordées dedans, et ce n’est pas un essai écrit sur un ton qui vous paraîtrait trop théorique. Au contraire, l’autrice vous parle droit dans les yeux, avec familiarité et compréhension. (et la couverture n’est pas rose, ne croyez pas que j’ai pas compris que ça vous posait problème)

Vous aussi, tendez le poing !

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10 réflexions sur “Libérées, de Titiou Lecoq – les livres féministes #13

  1. Je crois que j’ai vraiment beaucoup de chance, parce que je fais probablement partie des rares cas dans lesquels c’est en effet 65/35… mais inversé! Mon copain en fait nettement plus que moi à la maison. Parce que contrairement à moi, il a du plaisir à faire la cuisine et le jardinage. Qu’il est plus organisé et donc plus à l’aise avec la paperasse. Mais surtout parce que ni l’un ni l’autre on ne considère que c’est particulièrement aux femmes de s’occuper de tout ça.
    Et là je te rejoins sur le conditionnement inefficace: perso, je n’ai jamais fait de lien entre « être une femme » et « garder l’appartement propre ». En plus, j’ai un seuil de tolérance élevée au désordre, on va dire. Résultat: je ne vais pas plus me mettre à nettoyer spontanément que mon copain. Donc, pour que ménage se fasse, il faut qu’un des deux finisse par en avoir marre (ou qu’on aie des invités, le truc qui marche à tous les coups), suite à quoi on se met d’accord et on prend un moment pour le faire ensemble…

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    • Oh, il est vraiment cool ton copain ! Sinon, je suis pareil que toi, j’ai un seuil de tolérance assez élevé (par rapport à une fille, je veux dire) à la saleté, mais il y a des limites, ce qui fait que je passe soit pour une grosse crade… soit pour une chiante ! En tout cas, tu as bien de la chance ! (il a du plaisir à cuisiner ? Qui est-il ? Quels sont ses réseaux ? /pan/)

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  2. Ah bah c’est mon mec qui lave les chiottes (et le lavabo)(et la baignoire)(j’aime pas faire ça), j’ai de la chance.
    Mais même en ayant beaucoup de chance niveau répartition des tâches, je sais que la charge mentale, c’est surtout moi qui la porte, et c’est tellement fatiguant !
    Le truc du « bah il faut demander » que j’ai déjà eu de mon frère et de mon mec parfois (avant que je le recadre en féministe castratrice que je suis, évidemment) c’est teeeellement insupportable, à chaque fois je réponds que je suis pas sa mère d’ailleurs. Même quand c’est dit gentiment, c’est juste pas à moi de retenir tout ce qu’il faut faire.
    Après, j’essaye peu à peu de lâcher du lest en arrêtant de rappeler certaines choses et en laissant traîner pour que ce soit à mon mec de terminer par y penser et par le faire (et ça marche de mieux en mieux d’ailleurs). Mais bon, c’est agaçant et ça ne marche que quand le mec dans un couple hétérosexuel est un peu prêt à s’impliquer quand même.
    Après, en plus du fait d’être une fille, je crois qu’être l’aînée joue aussi beaucoup. Ma petite sœur est une vraie quiche niveau gestion de… tout ce qu’il faut gérer en fait. Et j’ai remarqué que c’est un schéma qui se reproduit pas mal dans les foyers où l’aînée est une fille !

    Il faudra que je lise l’essai un de ces quatre en tout cas, ça doit être intéressant (mais rageant), merci pour la chronique !

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    • Il est magique, ton mec :O

      Oui, le problème de lâcher du lest, c’est qu’il faut être sûr de pouvoir faire confiance à 100% au mec pour qu’il fasse quelque chose, sinon on peut laisser la maison brûler. (avec lui dedans) (la vilaine) Et puis quand certains disent que leur meuf est trop chiante et qu’elle est jamais contente quand ils font quelque chose, il faut dire que : 1) des meufs maniaques, ça existe, mais c’est pas la majorité, 2) très souvent, ils sont quand même de sacrée mauvaise volonté, et même moi qui ait une tolérance assez élevée à la saleté, je pèterai un plomb, 3) la COM-MU-NI-CA-TION. Pour discuter des exigences communes.

      Je pense aussi, je fais beaucoup moins de choses que ma soeur aînée niveau ménage (sachant qu’elle aussi n’aime pas ça) et pourtant, j’ai été élevée comme fille unique. (on a beaucoup d’écart) Mais la question se pose quand même…

      De rien, et oui, je pense que ça pourrait t’intéresser, surtout qu’il se dévore !

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  3. Je crois qu’en effet, le conditionnement vient des deux côtés, homme et femme, une definition de la virilite, et qu’en effet, il faut en finir avec ce mot  » aide « , ça change dans l’acte mais pas dans les mentalités. La réflexion sur la vie de femme pleinement me paraît très juste, il est encore inscrit que l’épanouissement passera par la gestion du foyer. J’ai la chance que mon couple ne soit pas du tout  » formaté  » 🙂

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    • Mais vous avez bien de la chance, vous toutes, à avoir un copain qui fait sa part des choses ! Mon ex était comme ça aussi, mais je sais que son cas n’est pas une généralité, loin de là. Et comme tu dis, c’est souvent le mot « aider » qui est employé…

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