Le non de Klara, de Soazig Aaron

le-non-de-klara-coverCe livre a été lu dans le cadre du mois relecture.

Ce livre, je l’ai lu pour la première fois durant mon adolescence, et je connaissais à peine l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je le considère comme une des œuvres majeures qui a traversé mon adolescence. J’avais très peur de le relire car je me suis dit qu’avec le recul, j’allais considérer ce roman plus sévèrement que je ne l’ai fait auparavant.

Et effectivement, j’ai eu plus de recul. Mais les émotions, très fortes durant ma première lecture, ont été une nouvelle fois au rendez-vous lors de cette relecture. Ce roman, c’est toujours la grosse dépression, mais avec un regard adulte et plus distant. Mais bon, même sans avoir pleuré une nouvelle fois, je n’en menais pas large quand même.

(je viens d’apprendre que je suis en réalité face à une autrice, française qui plus est, je ne savais pas)

C’est l’histoire de Klara, racontée du point de vue de sa meilleure amie, Angélika, dans un journal. Donc ne vous attendez pas à de la grosse littérature, mais tout ce qui y sera raconté sera placé sous le signe de la sincérité.

Et qui est donc Klara ? La femme du frère d’Angélika, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. A partir de 1942, Klara est déportée. Elle finira à Auschwitz, qu’elle refuse d’appeler par son nom allemand, et qu’elle désigne sous celui polonais, Oswiecim. (pareil pour dire Birkenau, elle utilisera Brzezinka) On reviendra sur ce refus d’employer l’allemand, même si je pense que vous vous doutez déjà de la raison.

Klara revient donc à Paris, découverte par Angélika à la gare qu’elle visite fréquemment « au cas où ». Son amie décide de l’héberger chez elle et son mari et de confier Victoire, la fille de Klara, à une amie commune. Angélika raconte ses retrouvailles dans son journal, et c’est à travers celui-ci qu’on découvre toute l’histoire. Elle est très heureuse de retrouver sa chère amie Klara, seulement, ce n’est pas vraiment cette dernière qu’elle retrouve. C’est quelqu’un de brisé qu’elle a face à elle.

Mais elle n’est pas forcément détruite de la façon que vous vous imaginez. Pas de lamentations, pas de tristesse apparente. Non, tout ce qu’elle a vécu, tout ce qu’elle a ressenti, elle va l’exprimer avec la force de la colère, avec la couleur de l’amertume. Loin de la victime qu’on s’imagine docile et soumise. Tout le long, elle lâchera des bribes de ce que fut sa vie, avec une froideur dans laquelle perce une colère sourde et un peu effrayante quand on a vécu cette période avec peur, mais dans un certain confort relatif.

Klara refuse de parler allemand car c’est la langue de ses bourreaux, et même si elle est elle-même allemande, peu importe. Rejet massif de tout ce qui peut être lié aux nazis. Facilement compréhensible de mon point de vue. On nous parle sans arrêt du pardon, Klara a choisi une autre route : celle de la rancune. Personnellement, quand j’entends certains témoignages de victimes, je n’y trouve pas les mots de la clémence ni de l’excuse, mais il y manque la colère dont fait preuve Klara dans son comportement, les quelques anecdotes qu’elle veut bien offrir à son amie. C’est un peu surprenant, c’est nouveau, c’est un peu choquant aussi quand on a l’habitude qu’on nous parle de résilience. Parce qu’on nous la vend souvent comme l’effacement de ces sentiments inutiles et contre-productifs que seraient la rage, la violence et le ressentiment. Pourtant, Klara est résiliente, mais juste pas de la façon bien-pensante que tout le monde s’imagine. Au contraire, elle s’en nourrit, c’est ce qui lui permet de tenir encore à la vie.

On voit aussi la difficile réadaptation du corps de Klara à la vie « normale ». Le mari d’Angélika est heureusement docteur et la confie à une de ses collègues, avec qui le courant passe bien entre Klara et elle, afin qu’elle se remplume un peu.

Mais le plus dur reste l’aspect psychologique. Si Angélika pensait retrouver son amie, ce fut une grossière erreur, donc, comme vous l’avez compris. Mais le plus blessant pour Angélika, c’est que Klara a pris des décisions pas très bienséantes : celle de divorcer de son mari (celui-ci est mort de toute façon…) et de ne pas reprendre Victoire, sa fille. Vous le comprendrez plus tard, même si sa décision est logique ou peut sembler révoltante pour certains. Elle compte aussi partir aux États-Unis, afin de refaire sa vie le plus loin possible de ce qu’a été cet enfer.

Bref, je ne vais pas m’attarder sur cette chronique car le livre est court (150 pages). Mais ce roman m’a provoqué un électrochoc alors que je n’étais encore qu’une collégienne naïve. Il m’a fait voir que tout n’était pas forcément aligné selon les principes de la société et que ce n’était pas forcément un mal, à travers l’attitude de Klara. Rien à signaler au niveau de l’écriture, ça reste un journal que vous allez lire de toute façon. Mais l’autrice, en faisant rédiger ce journal par Angélika, a réussi le tour de force de faire passer des émotions pas faciles à transmettre avec une certaine modestie, sans les stéréotypes qu’on pourrait voir accoler à des émotions telles que la rancoeur. De plus, on ne voit pas que Klara : Angélika nous transmet bien évidemment ses sentiments à elle, mais aussi ceux de son mari, de leurs amis, etc, avec une justesse et un réalisme certains.

J’ai donc relu ce livre avec le recul de l’adulte que je suis aujourd’hui, donc il m’a moins marqué qu’auparavant. Mais tout de même, il m’a quand même touché… et rendu assez mal, à nouveau, vous êtes prévenus que ça peut être assez dur. Je ne sais pas si je l’ai lu avec assez de distance car les souvenirs ont aussi reflué, forcément. Mais même aujourd’hui, si je ne le mets plus sur un piédestal, il ne m’a pas déçue.

Ceci dit, vous l’apprécierez peut-être moins si vous avez déjà lu pas mal d’ouvrages avec la Deuxième Guerre mondiale en tant que contexte. Je ne pense pas que les réflexions de Klara vous apporteront quoi que ce soit de nouveau.

3 réflexions sur “Le non de Klara, de Soazig Aaron

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