La porte des Enfers, de Laurent Gaudé

la-porte-des-enfers-coverCe livre a été lu dans le cadre du mois relecture.

Premier livre que je lis de Laurent Gaudé à l’époque. Gros coup de coeur. Je suis désolée (surtout pour moi-même) d’annoncer que la relecture de ce roman ne l’a pas été, par contre. On a même failli se diriger vers la déception : ça a assez mal commencé.

Situons le contexte : nous nous trouvons face à deux époques différentes. En premier lieu, on découvre la date avant de commencer à lire : 2002. Cette année, Filippo Scalfaro met à exécution sa vengeance. Celui-ci kidnappe un homme exécrable dans un café et le force à fouler le sol devant une tombe. Il lui fait lire l’inscription (son nom – tiens tiens ?), l’homme ne semble pas comprendre. Il lui coupe finalement les doigts des mains et le laisse gisant sur le sol du cimetière où il l’a trainé.

Ensuite, vient 1980. Que s’est-il passé ? Le fils de Matteo et Giuliana meurt lors d’une fusillade dans une rue alors que son père le mène à l’école. Ce dernier, Matteo, qui était présent et a tenté de faire de son corps un bouclier pour son fils, n’a finalement rien pu faire. Les parents ne se remettent pas de la mort de leur fils. Giuliana réclame vengeance, Matteo obtient le nom du responsable mais lors d’une nuit, est incapable de lui tirer dessus. Il revient tout penaud à leur appartement et il n’a rien besoin de dire, Giuliana sait rien qu’en regardant son visage qu’il a été lâche. Elle le quitte et laisse les souvenirs de son mari et de son fils derrière elle.

Mais durant cette nuit, quelque chose d’autre s’est passé. Alors qu’il rumine sur sa lâcheté dans sa voiture de taxi, une cliente imprévue rentre dans la voiture. Il la conduit en pleine nuit pour qu’elle se fasse confesser dans une église (était-il sceptique ? Oui, et moi avec) et lui dit de l’attendre dans un bar juste en face. Là aussi, il va rencontrer un drôle d’énergumène : un professeur qui prétend qu’on peut accéder aux Enfers, là où se trouve les âmes des défunts…

A partir de là, tout va s’enchaîner. Matteo va descendre, en compagnie du prêtre de l’église, aux Enfers, afin de retrouver son fils. Toute cette imagerie autour des Enfers est bien connue de nous, Occidentaux : les esprits qui souffrent de la mort, les différentes zones des Enfers à traverser comme des sortes d’épreuves, une ambiance sombre et même carrément glauque… Mais c’est tout ça qui m’a fait tenir. Venons-en à ce qui a failli se passer.

En commençant la relecture de ce livre, j’avais peur, très peur que ce soit une déception, qui a d’ailleurs failli avoir lieu. En-dehors de l’action en 2002, c’est celle de 1980 qui, à la base, m’ennuyait profondément. C’était d’un cliché ! Franchement, je ne veux pas passer pour une connasse (mais quand même, je vais passer pour), mais l’histoire de la souffrance et de la volonté de vengeance de Matteo et Giuliana m’indifférait complètement. J’ai trouvé, pour la première fois avec Laurent Gaudé, que celui-ci tombait dans l’écueil qu’on aurait pu craindre avec ce genre d’histoire. Sa façon de raconter leurs réactions, leurs sentiments, c’était terriblement stéréotypé. J’en étais à la cinquantième page et j’ai failli lâcher le livre !

Mais j’ai continué parce que bon, quand même, c’est de Laurent Gaudé qu’on parle et j’ai lu d’autres livres de lui bien plus récemment pour ne pas me dire qu’en fait, tout était décevant chez lui. C’est bien parce que ce n’était pas le cas que j’ai tenu le coup. En l’honneur de ces autres lectures de l’auteur, j’ai continué mon chemin, tout en me maudissant d’être aussi difficile.

Et quelques pages plus loin, ça allait mieux. Finalement, l’aspect fantastique de ce récit, qu’on ne retrouve nullement dans ses autres ouvrages, c’est ce qui a justement sauvé la mise à ce roman.

C’est cette histoire un peu mystérieuse et sombre autour des Enfers qui m’a fasciné. Bien qu’il y avait encore certains des défauts que j’avais reproché au début du roman, je me suis laissée embarquer comme n’importe quelle lectrice naïve. Je crois que c’est le plaisir de retrouver un auteur que j’aime beaucoup qui l’a aussi emporté. Son style d’écriture, que je lui ai étrangement reproché dans les défauts de ce départ loupé à mon sens, est sorti de l’impasse vers lequel il se dirigeait.

J’ai beaucoup aimé cette ambiance calfeutrée dans le bar de Garibaldo. En plus du prêtre et du professeur à cause de qui la vraie histoire commence, on compte ce personnage ainsi que Grace, la prostituée que Matteo a cueilli contre son gré la nuit du meurtre manqué. Tous les quatre ont chacun leur charme, leurs particularités et si on peut reprocher à l’auteur d’avoir créé des stéréotypes à travers eux, il n’empêche que ça fonctionne.

Et les Enfers étaient bien sombres, bien flippants aussi, tout en ayant exercé une certaine fascination. Et puis… Je l’ai déjà dit dans un autre article, mais j’ai un faible pour les histoires de famille. D’ailleurs, que ça finisse bien ou pas, je verse toujours une petite larmichette d’émotion, et ça n’a pas loupé sur ce récit. (je suis faible)

L’autre point positif de ce roman, c’est que, que ce soit banal ou pas, on ressent bien les émotions des personnages. En l’occurrence, la souffrance est très présente au sein de cette histoire et on ne fait pas que l’effleurer ou la deviner. On la ressent de plein fouet, surtout avec le personnage de Giuliana et sa colère sourde, mais palpable. Pour le reste, pareil, même si certains pourraient regretter le manque de développement de certains personnages, mais je n’ai pas ressenti d’utilité à ça personnellement. (sinon, écrivez une fanfiction)

Mais j’ai toutefois trouvé ce livre moins bien que dans mes souvenirs, et même si je l’ai finalement apprécié, ça reste une gifle donnée à ma nostalgie. J’ai finalement trouvé ça assez attendu, trop simple, surtout par rapport aux autres romans que j’ai lu de cet auteur. (ne commencez pas par celui-ci, donc)

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27 réflexions sur “La porte des Enfers, de Laurent Gaudé

  1. Le début donnait envie mais, en dépit de ce que tu dis, le trip avec les enfers et la religion (?) ça me botte nettement moins. J’ai l’impression que c’est toujours très noir avec Gaudé, non ? (je n’ai lu que La mort du roi Tsongor que j’avais bien aimé sans pour autant avoir envie de remettre ça).

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    • Ah oui ? C’est étrangement ce qui m’a fait tenir personnellement ! Oui, parfois un peu sombre, je me souviens que j’avais pas du tout rigolé pour « Le soleil des Scorta » mais il vaut le coup 🙂

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      • Disons que le thème ne me botte pas en soi je crois (ou c’est juste la mention du curé qui me fait fuir). « Un peu sombre » : rien qu’en lisant les présentations des livres de Gaudé, j’ai envie de me faire l’intégrale des Bisounours (et pourtant, je ne lis pas des bouquins très « feel good »). Je me demande si tu n’aimerais pas La dame n°13 de Somoza.

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      • Oh, justement, le curé est un peu spécial, pas tellement intégré comme le voudrait ses confrères à la religion.
        C’est vrai que c’est pas gai chez Laurent Gaudé, mais il y a une humanité dans ses romans qui m’ont aidé à ne pas fuir, aha.
        On m’a justement offert « La dame n°13 », je l’ai dans ma PAL, je suis prévenue que ça pourrait me plaire xD

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  2. J’ai lu cet ouvrage en première L, il y a quelques années de cela et j’avais été complètement envoûtée par le récit. J’en garde un souvenir marquant, et le relire m’avait effleuré l’esprit…cela dit, je me pose quelques questions, après avoir lu ton article. Personnellement, je n’aime pas spécialement la plume de Laurent Gaudé et ai toujours déçue de ses livres, à part celui-ci, justement. Je me demande donc si mon regard sera bien le même…je souhaite garder mon souvenir et mes ressentis intacts, je crois que je n’enclencherai pas ma démarche de relecture… Merci pour cet article, en tous cas !

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    • Ah, dans ce cas-là, il vaut effectivement mieux rester sur un bon souvenir ! Surtout qu’il nous avait bien marqué toutes les deux, donc si l’une de nous peut y échapper un tant soit peu, aha… Merci pour ton commentaire en tout cas !

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  3. C’est vrai que j’aime bien garder un souvenir des livres que j’ai lu et que j’ai bien aimé. Et du coup, en les relisant, j’ai peur d’être déçue. Après, il y a des livres que je sais instinctivement que je n’aimerais plus maintenant. Au fil de nos lectures on évolue et on change donc c’est normal. Cette chronique était intéressante.

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    • Ah mais tu le sais quand un livre ne te plaira pas à la relecture ? Quelle chance ! J’avais peur mais je ne m’attendais pas à vivre une semi-déception avec « La porte des Enfers »… snif…

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  4. ce roman est dans mes projets de lecture! j’ai beaucoup aimé « Le soleil des Scorta » donc j’ai envie de lire tous les livres de L. Gaudé 🙂
    à propos de relecture, j’ai adoré « L’assommoir » de Zola à l’adolescence et j’ai tenté de le relire car je voulais lire les « Rougon Macquart » dans l’ordre et je l’ai reposé à mi-parcours… il faut dire que j’avais enchaîné les 6 premiers tomes à la suite alors indigestion simple ou déception réelle ? 🙂

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  5. Je vous rejoins totalement. Je l’avais lu à mes 23 ans et je l’avais trouvé à cette époque très bien. Pour autant quand j’ai voulu le relire il y a peu, à mes 30 ans, je me suis sentie dépassée dès les 30 premières pages. Je me suis simplement ennuyée et je n’ai plus compris l’intérêt que j’avais ressenti à l’époque. Il faut croire que notre attrait pour telle ou telle lecture à un instant T est énormément lié à notre état d’esprit du moment 🙂

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