Le syndrome de l’autruche, de George Marshall

Pourquoi notre cerveau veut ignorer le changement climatique

le-syndrome-de-l'autruche-coverQuatrième de couverture

Dans cet essai, le sociologue et philosophe américain George Marshall propose une nouvelle approche à l’une des plus épineuses questions de notre temps : alors que le réchauffement climatique se manifeste par un nombre croissant de signaux, comment se fait-il que nous puissions encore ignorer son impact sur notre planète ? Il a découvert que nos valeurs, nos opinions, nos préjugés ont leur vie propre. Par le biais d’histoires vécues et sur la base de longues années de recherches, Marshall soutient que ce qui nous amène à nier notre responsabilité dans les changements climatiques repose sur la manière dont nos cerveaux sont formatés. Après avoir assimilé ce qui stimule et menace notre intellect et nos motivations, l’auteur nous amène à envisager le changement climatique comme un problème soluble.

Critique

La problématique, vous l’avez compris, c’est pourquoi on ignore encore le changement climatique comme s’il n’existait pas alors que des tas d’études scientifiques prouvent le contraire ? Ce livre, je tournais autour depuis quelques mois sans l’acheter. J’avais peur d’être déçue (pouvons-nous aussi parler du prix des livres Actes Sud ?) et de regretter cet achat. Finalement, j’ai craqué et si je ne regrette pas cette lecture, je comprends un peu mieux mon hésitation.

Ça n’a pas été un livre agréable à lire. J’ai été de nombreuses fois en colère, je l’ai aussi trouvé à de nombreuses reprises intéressant. Bref, des sentiments parfois mitigés. Mais du coup, ce livre m’a fait m’interroger sur moi-même et ma conception du monde. Je ne me considère pas écolo mais je réagis souvent comme eux, me confrontant donc à l’incompréhension face aux opinions opposées. C’est un peu ce que reproche l’essai parfois. A raison ou à tort ? C’est la question que je me pose encore, bien que je penche plus pour la première réponse que la deuxième aujourd’hui.

Ce livre aborde plusieurs points (41 au total, le 42ème étant la conclusion) qui peuvent sembler clairs pour certains, très flous pour d’autres. Mais une fois qu’on a lu ces derniers, le propos s’éclaire.

Au tout début du livre, j’ai freiné des quatre fers. A part le chapitre où il dit que les victimes de catastrophes naturelles sûrement imputables au changement climatique sont aussi celles qui se préoccupent le moins de ces questions car elles sont trop occupées à créer un récit commun qui favorise l’entraide, j’avais l’impression que l’auteur cherchait des excuses à ceux qui n’y croyaient pas. En fait, j’étais en plein dans le schéma qu’il dénoncera en partie plus tard. Mais pour en revenir au début de ma lecture, je commençais déjà à grogner. Je n’étais même pas sûr de continuer ! Mais j’ai bien fait de m’obstiner car en-dehors de ce qui me perturbait, il y avait aussi des analyses très intéressantes, ça aurait été bête de passer à côté.

Bon, je ne vais pas mentir, il y a des points (surtout au début, donc) où je garde toujours l’impression que l’auteur enfonce des portes ouvertes. Tout ne s’explique pas, mais il faut aussi que je garde en tête qu’une explication n’est pas une excuse (sinon, je vais finir comme Manuel Valls, non merci). Mais même en me répétant ça, je ne voyais pas exactement où il voulait en venir : pour moi, c’était une description des réactions auxquelles on avait droit, même pas forcément une explication. Il y aura des commentaires sur des causes psychologiques, mais tout n’entre même pas dans ce cadre, et d’ailleurs, il n’a pas hésité par moments à utiliser le mot « déni », et vous allez dire « mais c’est psychologique, ça », à part que, parfois, j’avais envie de crier « Egoïïïsme » ou « Cyniiisme » (plutôt pour les riches, celui-là). Bref, dans mon esprit, comme dans celui de bien d’autres, c’était encore bien simpliste.

Mais certaines choses se sont éclairées par la suite. Malgré ce que je dis, j’ai bien compris ce qu’était le biais de confirmation (avoir tendance à ne rechercher et lire que ce qui va dans le sens de notre opinion) et tout le monde, même moi, le fait ! Ça justifie que les gens du Tea Party (il a beaucoup de références américaines, en même temps, il est britannique) soit comme ça, dans le déni et le rejet de nos opinions… Et on ne fait rien correctement ! Je l’avais déjà remarqué sur Twitter, certaines conversations sur Twitter entre deux personnes aux avis diamétralement opposées n’ont aucun sens car chacun s’appuie sur une vision que l’autre ne partage pas ou utilise un vocabulaire qui n’est strictement pas employé par l’autre et qui est même vu comme antagoniste. George Marshall va souligner des manquements au niveau de la communication et je trouve ça très pertinent. Sur certains sujets, je suis toujours désespérée et je ne trouve pas qu’il aide énormément… Mais il a clairement raison de le souligner, à nous de voir ce qu’on peut faire !

Bien évidemment, le fait de créer des histoires communes revient. J’ai l’impression d’en parler à chaque fois, alors je ne développerai pas. Il y a aussi le fait que le cerveau émotionnel est négligé. Dans un bouquin que je n’ai pas terminé de lire, il y a l’explication du fonctionnement du cerveau émotionnel et rationnel, et désolée de vous l’apprendre, parler au cerveau émotionnel est indispensable. Et pour l’instant, quels sont les principaux arguments pour lutter contre le changement climatique ? Des faits, des chiffres. Le cerveau rationnel rentre en jeu. A part qu’il n’est pas tout seul… Et ceci a une très grande importance. La communication est importante. Et pourtant, elle est négligée parce qu’on a appris aux scientifiques que les émotions n’avaient pas lieu d’être dans leur métier et dans aucune circonstance.

Il y a aussi une tendance qui revient chez énormément de personnes, les personnes lambda… comme les militants ! Avoir l’impression que ce qu’on fait comme bonnes actions pour l’environnement va compenser nos mauvaises actions qui polluent… Et la prise de l’avion est un parfait exemple de ça ! Les torts sont partagés : les militants qui prennent l’avion devraient y réfléchir à deux fois mais les gens qui le leur reprochent ne devraient pas oublier qu’ils sont eux aussi imparfaits… Je vais essayer de me souvenir de ça car je suis le genre à reprocher les voyages en avion (en fait, j’aime pas qu’on donne des leçons et qu’on prenne l’avion… Si ce n’est pas le cas, je suis indulgente). Rappelons aussi que rien n’est certain au niveau temporel. Souvent, on me pose la question : quand est-ce qu’il y aura un effondrement ? Sous quelle forme ? Euh… Il faut accepter cet état incertain des choses. (bien que le côté pernicieux du changement climatique rend les choses extrêmement compliquées et est une partie de la problématique soulevée par l’auteur)

George Marshall utilise des études véridiques, des faits prouvés, ce qui peut rentrer en contradiction avec ce qu’il dit sur le cerveau émotionnel, mais sans ça, comment le conclure ? Et puis il fait aussi preuve de clairvoyance, d’empathie, il n’a pas hésité à aller voir des contradicteurs, bref, je trouve qu’il a été honnête et qu’il a su prendre du recul. En ça, son livre est très intéressant !

Il y a plein de causes et de problèmes abordés (raisons psychologiques, évolutives, économiques, communicationnelles…), mais cette chronique est évidemment non exhaustive. J’ai trouvé sa conclusion géniale, il parle de solutions à prendre, qui sont à la fois faciles et difficiles, surtout quand on a un avis tranché. Et du coup, ça a calmé directement mon scepticisme. Gardez en tête que des éléments ne vous plairont peut-être pas, pire (mieux ?), que ça vous mettra en face de vos propres défauts. L’avantage de cet essai, c’est que je ne suis pas obligée de tout relire, il est structuré en plusieurs thèmes qui peuvent parfois être courts (autour des 4-5 pages au minimum) donc je me repenche sur le thème qui m’importe.

C’est un essai qui ne sera peut-être pas agréable à lire (il a eu un caractère anxiogène pour moi) et vous mettrez peut-être un peu de temps à le lire en dépit de sa structure qui facilite la lecture. Mais je le trouve nécessaire afin de cerner les problèmes posés par le sous-titre du livre. Et quand on s’intéresse à l’écologie, il est bien de connaître tout ça pour savoir comment agir – et réagir. Il amène à la réflexion et à la remise en question. Et on en a sacrément besoin.

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8 réflexions sur “Le syndrome de l’autruche, de George Marshall

  1. J’aime toujours autant tes chroniques comme ça j’ai les idées du livre sans lire l’essai ! Je suis d’accord que les actions écolos n’annulent pas les « mauvaises » actions et du coup c’est parfait pour critiquer tous les gens relouds qui prennent l’avion :’D Car souvent ce sont eux qui ont plus facilement les moyens de faire attention à leur impact écologique.

    Plus sérieusement, je trouve que certaines idées (débattre d’un même sujet en utilisant pas le même langage ou acceptant que l’autre a une raison de voir les choses ainsi par exemple), intéressantes !

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    • Merci beaucoup ! Critiquer toutes les personnes qui prennent l’avion, non, mais ceux qui viennent te donner des leçons d’écologie de façon virulente et qui voyagent par avion, alors là, je me frotte les mains par avance !

      Oui, je trouve aussi, je l’ai observé sur Twitter mais de façon assez superficielle on va dire, je ne me l’étais jamais formulé dans ma tête, alors ça m’a frappée !

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  2. Le titre est parfaitement évocateur. C’est intéressant de réfléchir ainsi à nos modes de compréhension et d’échanges autour d’un grand sujet. Je ne suis pas étonnée de certaines des remarques, l’homme cherche toujours à entendre, voir, lire, ce qui  » l’intéresse « , le conforte, le rassure quoi ! En règle général, le changement et se remettre en cause n’a pas bonne presse…

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  3. Le livre à l’air super intéressant!
    Par contre pour l’avion, c’est pas « juste » 2% des émissions de CO2, c’est à dire beaucoup moins que l’industrie de l’habillement ou de l’élevage par exemple? Mais je suis d’accord qu’on ne peut pas compenser une pollution par un autre effort, les gazs émis ne vont pas faire marche arrière ou se dissoudre magiquement si on a pris l’avion puis qu’on décide d’aller au travail en vélo. J’ai l’impression que beaucoup de gens (dont parfois moi) se restreignent sur certaines choses, par conscience écolo (je ne sais pas si je suis écolo, mais j’essaie de faire des choses pour réduire mon impact), mais qu’il y a tellement de tentations et parfois juste pas d’alternatives, que parfois juste une action « détruit » tous les efforts passés. Et y a des choix qui sont de vrais dilemmes, par exemple, je veux acheter une brosse à dents en bambou pour ne plus gaspiller de plastique, mais la dite brosse à dents à fait la moitié du tour du monde pour venir jusqu’à moi, du coup, est ce que c’est vraiment mieux que le plastique?? (moi je pense que oui, mais j’ai pas de vrais arguments derrière…).

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    • Tout à fait d’accord avec toi ! Pour l’avion, je ne sais plus que croire, j’avais lu que c’était 4 tonnes de CO2 par trajet (juste aller simple ou aller-retour, je sais plus) et sur une appli, si j’étais vegan depuis trois ans, j’aurais économisé trois tonnes seulement… Donc si le chiffre de quatre tonnes est vrai, c’est clairement insuffisant…
      Pour la brosse à dents, je me pose les mêmes questions que toi, surtout que j’aimerais bien me procurer une alternative plus écolo. Problème : j’ai cherché et il y a surtout des brosses à dents en bambou (principalement de Chine, voire d’Australie) et localement, on trouve… du plastique recyclé ? Bref, c’est désespérant, il faut vraiment que j’étudie ça, est-ce facilement remplaçable et rentable pour l’écologie ?

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