Une bouche sans personne, de Gilles Marchand

une-bouche-sans-personne-coverQuatrième de couverture

Un homme vient tous les soirs dans le même bar pour y retrouver ses amis. Personne ne sait rien de lui, si ce n’est qu’il cache une cicatrice derrière son écharpe. Lorsqu’un jour, il décide de raconter son douloureux passé, la fantaisie prend le relais et nous emmène à la rencontre d’une galerie de personnages improbables : un éléphant dégonflé, une mouche qui danse, un voisin spéléologue, un trapéziste, un orchestre tzigane. Pourquoi ces détours et ce besoin d’imaginaire ? Que cachent cette écharpe et cette cicatrice ? Un premier roman pudique, poétique, humain, amical, drôle et douloureux aussi, servi par une plume allègre et ciselée.

Critique

Merci à Une vie, des livres pour la lecture commune ! On est à peu près sur la même longueur d’ondes pour ce livre, mais je vous conseille quand même d’aller lire sa chronique.

Encore une fois, Gilles Marchand me fait apprécier la lecture du genre de récits qui m’ennuie d’habitude et dont je me méfie comme de la peste. Avec lui, je crois qu’il n’y a pas besoin de prendre cette précaution !

On suit l’histoire du narrateur, un homme, qui va tous les soirs rejoindre Sam, Thomas et Lisa, la tenante du bar, et qui, il s’en rend compte durant un accident, sont devenus ses amis au fil des années. En effet, celui-ci porte toujours une écharpe, et d’habitude, on lui pose des tas de questions indiscrètes, on le juge, bref, il a fini par cacher cette cicatrice, sa différence et son histoire. Eux ne l’ont jamais vraiment embêté avec ça, ne faisant que discuter vite fait et jouer à la belote, mais un soir, il renverse du café sur son écharpe, qui devient trempée, et la soirée s’écourte ainsi car il doit rentrer chez lui, il ne peut pas rester ainsi et ne veut pas la dévoiler. Mais cette fois-ci, ils insistent un peu… Ne sont-ils pas amis après tout ?

A son travail, il a finalement appliqué les mêmes principes qu’à l’extérieur, hormis les trois pré-cités. Il n’a créé de lien avec personne, reste distant avec tout le monde, ne participe pas aux pots communs. De plus, il a un métier qui ne doit sûrement pas arranger les choses, mais qui l’arrange, lui : il est comptable. Sa journée est somme toute banale, métro-boulot-dodo presque, et se compose socialement parlant de ses collègues, de ses amis au bar et de la boulangère, ainsi que d’une femme qui balade son chien à qui il n’a jamais vraiment parlé.

Mais après cet incident, il commence à raconter des bribes de qui était son grand-père, Pierre-Jean (un sacré gaillard plein de tendresse, de joie et de souffrance dissimulée), et attire un public extérieur de plus en plus dense. Au fil du récit et au fil des journées du narrateur donc, l’auteur nous fait assister à des scènes qui nous font nous interroger sur des sujets divers, toujours en rapport avec le rapport social qu’on a avec les gens, notre manie de ne pas intervenir dans quoi que ce soit (le coup des poubelles, exaspérant au début, mais ça devient très drôle), cette individualisme étrange et malvenue (je pense à toi, la femme au chien !)… Bref, c’est vous qui y pensez, l’auteur ne dit rien, ne juge rien, c’est vous qui assistez à ces scènes qui vous évoqueront peut-être quelque chose ou vous feront réfléchir – ou pas, ce n’est pas une obligation. Des petites réflexions parsemées.

Sinon, ça avait commencé tout doucement, sans plus. Contrairement à Un funambule sur le sable, je n’ai pas accroché tout de suite et j’ai mis un peu de temps à entrer dans l’histoire. Après, ça allait mieux, j’avais l’impression de rentrer dans le vif du sujet tout en restant à la lisière. En plus, l’auteur m’a fait rire à de nombreuses reprises, fait rare pour moi en littérature. Il y a un côté loufoque, magique et absurde qui fait que l’auteur est souvent comparé à Boris Vian, mais comme je l’avais déjà dit, c’est un autre style, pas tout à fait la même chose. Donc si vous vous attendez à une pâle copie de Boris Vian, non, ce ne sera pas le cas. Je trouve qu’il y a un côté plus léger à ce qu’il écrit et ça me convient. Le côté poétique rajoute une tendance agréable à un récit qui n’est pas qu’humoristique et qui peut même se révéler assez triste par moments.

Avec son deuxième roman, j’avais déjà remarqué qu’il me faisait du bien, et c’est pareil avec celui-là. C’est une lecture apaisante, un savant mélange entre joie et tristesse. Pas de prise de tête mais pas banal et bête non plus. Et surtout beaucoup d’amour. Et je ne parle pas de l’amour dans le sens où on l’entend. D’ailleurs, le narrateur aime Lisa mais il ne souhaite rien de plus, voilà enfin une histoire où il n’y a pas de romance et c’est très beau/bien comme ça ! Non, je disais, l’amour est à chaque coin de page sous diverses formes, on est ému sans arrêt, avouez, vous voulez signer direct.

Pour en revenir à l’histoire, si vous n’accrochez pas tout de suite comme moi, dîtes-vous que ce sera mieux après (ce qui est assez rare pour être souligné !). Gilles Marchand nous présente une galerie de personnages assez particuliers, qui vous plairont à leur manière sans aucun doute.

Ce livre parle aussi et surtout de la mémoire (enfin, j’en parle !), de nos manières de composer avec elle, de la retrancher quelque part. Comment le narrateur s’y prend-il ? Drôle de rapport avec ses écharpes et ce qu’il en a fait, du symbole qu’elles représentent et de l’indépendance qu’elles ont prise vis-à-vis de lui car on n’y échappe jamais complètement. Sans compter le sublime poème qui retranscrit toutes les qualités réunies de ce roman.

De plus, la musique est assez présente, et en particulier les Beatles. En particulier l’album blanc. Je ne suis pas une fan des Beatles mais j’avoue que celui-ci, comme disent les Anglais, is a masterpiece (moi aussi, je remercie cet album). Je conclus cette courte chronique avec le titre que j’ai vu au moins revenir deux fois dans cette histoire, Dear Prudence :

Bon, ok, je ne résiste pas à While My Guitar Gently Weeps (ceci n’est pas une chronique musicale) :

Bref, écoutez l’album blanc des Beatles. Et lisez ce roman.

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4 réflexions sur “Une bouche sans personne, de Gilles Marchand

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