Les femmes et le pouvoir, de Mary Beard – les livres féministes #14

les-femmes-et-le-pouvoir-coverCeci est un petit livre, donc vous aurez une petite chronique. Mais c’est un livre très intéressant, qui remonte à la grande période grecque et romaine. Le pouvoir masculin qui entraîne la soumission féminine, et aussi l’incongruité et l’inexistence du pouvoir féminin, ça ne date pas d’hier.

Mary Beard est une universitaire britannique travaillant à l’université de Cambridge où elle est professeur d’humanités ainsi que professeur de littérature ancienne. Elle est connue dans son pays pour être l’une des grandes personnalités féministes du Royaume-Uni. Elle a connu le succès avec S.P.Q.R., un livre qui retrace l’histoire de l’ancienne Rome, de sa fondation à sa chute.

Personnellement, je n’ai rien lu d’elle et n’en avait jamais entendu parler jusqu’à ce que ce livre fasse parler de lui. (si vous êtes dans les cercles féministes, la couverture vous dit au moins quelque chose)

Ce livre est très court, il recense deux conférences de l’autrice, « La voix publique des femmes » et « Les femmes et le pouvoir ». Elle va démontrer comment les femmes sont toujours tenues à l’écart du pouvoir dans notre monde contemporain mais aussi que ça date de bien plus longtemps que ça (la fameuse période grecque et romaine) et que les réflexes et structures s’inspirent toujours d’aussi loin pour faire comprendre aux femmes qu’elles doivent fermer la bouche, que leur parole n’est pas crédible et, par définition, moins valorisée et valorisante que celle d’un homme.

Elle a mentionnée certaines choses qui m’ont pas mal parlé : par exemple, le fait qu’une idée brillante par une femme sera ignorée mais reprise par un homme qui, lui, sera applaudi. Classique, et surtout du vécu. On pourrait d’ailleurs faire un parallèle avec l’humour selon moi, mais là n’est pas le sujet.

En parallèle, l’autrice va nous parler de certains mythes (que je ne connaissais pas du tout !) datant de l’époque ancienne mentionnée. Les façons de faire taire les femmes étaient parfois ignobles… mais souvent encore courantes de nos jours pour certaines d’entre elles ! C’est parfois assez effrayant de voir que certaines choses, certaines méthodes, n’ont pas changé à l’heure actuelle… Ça date d’il y a plus de 2000 ans pourtant ! Quand on me dira que notre société a évolué, j’aurais beaucoup de « lol » à sortir, je crois. (comprendre : des exemples qui montrent bien que non)

Seulement, l’autrice ne va pas en rester au stade du constat.

Bien sûr, conclure notre plaidoyer sans nous prononcer sur ce que nous pourrions faire à ce sujet est tout à fait insuffisant. Comment agir en vue de rétablir la place des femmes à l’intérieur de la sphère du pouvoir ?

Loin de moi l’idée de vous spoiler, mais il faut bien que cette chronique ait aussi un peu de matière. En quelques pages, l’autrice va énumérer ce qui ne va pas et en quoi les femmes sont toujours à la lisière du pouvoir. Comme je l’ai dit, je ne compte pas rentrer dans les détails, mais il y a un point que j’ai trouvé pertinent : les avantages cités de la présence de femmes dans les organes de pouvoir… soulignent que les sujets qui « intéressent » les femmes sont enfin abordés. On n’est pas là que pour ça pourtant ! Et du coup, notre autorité repose souvent que sur ces « sujets de femmes ». Sérieusement ?

Je ne vais certainement pas me plaindre de ce que les problèmes de gardes d’enfant reçoivent l’attention qu’ils méritent, mais je ne suis pas sûre que ces choses-là doivent continuer à être perçues comme des « sujets intéressant les femmes » ; je ne suis pas sûre non plus qu’ils constituent les raisons principales pour lesquelles nous voulons davantage de femmes dans nos parlements. L’enjeu est plus élémentaire que ça : il est clairement injuste de maintenir les femmes à l’écart, quels que soient les moyens inconscients que nous employons à cette fin ; et nous ne pouvons tout simplement pas nous passer de l’expertise des femmes, qu’il s’agisse de technologie, d’économie ou des services sociaux.

Une femme aura tendance à adopter des codes masculins (ça, malheureusement, je l’ai bien constaté, que ce soit dans l’habillement, la voix, etc) pour se faire respecter et acquérir une forme de pouvoir. Je vous en mentionne quelques-unes : Angela Merkel, Hillary Clinton, Marine Le Pen, etc. On a vu la façon dont les femmes qui ont gardé des indices féminins dans leur exercice du pouvoir (je pense notamment à Cécile Duflot et la robe qui lui a valu des sifflets à l’Assemblé Nationale) se font repousser, rabrouer, moquer. Il faut donc aussi changer notre perception des choses (et à nous aussi, les femmes !), notamment dans la structure du pouvoir… qui n’est pas exclusivement masculine.

Une dernière chose (enfin, quelqu’un le dit !) : l’autrice a l’air de penser que si Theresa May est à son poste à l’heure actuelle, c’est qu’il y a de grosses chances qu’un échec pointe le bout de son nez derrière le Brexit et que les hommes ne veulent pas en prendre la responsabilité… Comme ça, ils pourront dire que Theresa May était incompétente en sa qualité de femme alors qu’ils n’ont pas bougé le petit doigt. (je vous vois aussi, l’opposition de gauche !)

Un livre un peu court, certes, mais qui a le mérite de relever des problèmes, mais aussi des solutions quant à la place des femmes au pouvoir, et en quoi notre présence sera toujours non souhaitée. A nous de changer notre vision des choses, la structure du pouvoir !

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11 réflexions sur “Les femmes et le pouvoir, de Mary Beard – les livres féministes #14

  1. Cela me fait très plaisir de lire ton billet ! Ton avis m’a fait relire mon billet et, pour une fois, j’ai aimé ce que j’ai lu (j’ai horreur de relire mes billets par la suite), témoin que ce livre m’a marqué et qu’il me fait toujours réfléchir.
    Désolée pour mon silence ; je te maile un mot très court.

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  2. Intéressant la réflexion sur Theresa May et le Brexit. Ca peut aussi correspondre au phénomène de la « falaise de verre »: il y a des études qui ont montré que dans des situations de crise, les entreprises ont plus tendance à nommer à leur tête des femmes, parce qu’elles symbolisent le changement par rapport aux hommes qui ont mené l’entreprise à la crise. Avec tous les risques que ça implique pour elles, notamment de servir de bouc émissaire…

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  3. Je l’ai vu dans ma librairie mais avant de le lire j’aimerai être plus au fait de la question de genre et de ce qu’elle soulève. J’aimerai avoir de certaines bases pour m’approcher de ce livre court même si je ne doute pas qu’il est accessible mais j’ai besoin de réfléchir dessus.

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