Bilan lectures #31 – septembre 2019

A la fin du mois, j’ai eu peu de temps, mais globalement, mon bilan n’est pas si mal. Certes, je me suis pas mal énervée, mais dès que je lis Camus, ça va mieux (même s’il m’a sacrément agacée par moments lui aussi).

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faillir-être-flingué-coverFaillir être flingué (Céline Minard)

Je ne vais pas avoir grand chose à raconter sur ce livre car… je l’ai abandonné. Je m’ennuyais pas mal durant ma lecture et après m’être spoilée volontairement, j’ai bien vu que je n’allais pas obtenir un scénario plus intéressant pendant la seconde partie de ma lecture, que cela n’allait pas amener à grand chose. Et après une lecture déplaisante, j’avoue que je n’avais pas la patience ni la force de me forcer à aller plus loin. Si vous l’avez lu, dîtes-moi ce que vous en avez pensé car je ne compte pas le reprendre un jour.

la-pensée-écologique-coverLa pensée écologique (Timothy Morton)

Vous me voyez venir avec un tel titre car en effet, c’est un des sujets majeurs qui m’intéressent en ce moment. Et il y avait plutôt intérêt à ce que ça m’intéresse car c’est un livre… de philosophie ! Plus accessible que les autres, certes (c’est vulgarisé), mais ça reste de la philo. Et donc, je n’ai pas tout compris dans cet essai, j’avoue. Il y a vraiment des fois où j’avais envie de me taper la tête contre un mur, tiraillée entre « Je suis nulle, je comprends rien », « C’est complètement tiré par les cheveux » et « … Je ne comprends vraiment rien« . Bon, avant que ça ne vous fasse définitivement peur, oui, il y a des références qui m’échappaient, je ne comprenais pas toujours où il voulait en venir, mais certaines de ses réflexions sont nécessaires aujourd’hui, dans ce magma de pseudo-réflexions écologistes. Difficile d’en ressortir une structure précise (il y en a une) car je vais surtout vous faire part de ce qui m’a paru le plus pertinent, mais surtout, le plus compréhensible. L’auteur parle d’abord de penser grand, de manière plus distante (ce qui peut sembler dangereux, mais ce n’est pas dans ce sens-là qu’il l’entend), de voir les choses de manière plus globale afin de les considérer réellement pour ce qu’elles sont et pour tout ce qu’elles représentent (j’ai l’impression de parler comme lui d’un coup…), que nos actions, petites ou grandes, ont leur influence sur le monde. Il a choisi le mot « maillage » pour l’interconnectivité qu’il y a entre les êtres et les non-êtres, et celui de « étranges étrangers » pour les êtres et non-êtres qui ne sont pas humains (bien sûr, il y a une réflexion derrière ces choix). Il faut prendre en considération tout le monde, ne pas agir comme si les autres n’existaient pas. La Nature avec un grand N, son image idéalisée, le « c’était mieux avant », « la nature est bienveillante », tout ça n’a jamais existé. Je le savais déjà mais ça fait du bien de le lire quelque part parce que normalement, on a plutôt droit à la sauce Kaizen (le magazine pro-Rabhi, ahem). Et merci de pointer le capitalisme du doigt, on n’y croyait plus ! Pour son analyse de l’art écologique, euh… On tombe pile sur ce que je n’ai pas compris, alors on va éviter. Bref, ce livre permet une réflexion profonde, avec une ouverture d’esprit qui va plus loin que ce qu’on a l’habitude, au point qu’il ose parler de dark ecology (écologie sombre). Et non, ce n’est pas aussi terrible que ça en a l’air, sans non plus tomber dans un espèce d’optimisme à outrance. Malgré mes difficultés, ça m’a fait réfléchir.

perdre-la-terre-coverPerdre la Terre (Nathaniel Rich)

Dans ce livre, il s’agit du récit de ce qui s’est passé durant les années 80 au niveau politique pour lutter contre le changement climatique. Et en fait, la constatation devrait s’arrêter là. Seulement, les marketeux ont senti là l’appel du fric (faîtes pas genre) et ce livre, même parmi ceux qui l’ont lu, est complètement surestimé. Le titre qui a été choisi va beaucoup trop loin : Perdre la Terre, ce qui reflète d’ailleurs l’opinion (naïve) de l’auteur. On peut considérer surtout qu’on était déjà en train de la perdre… Oui, il pense vraiment qu’on aurait sauvé la planète si on avait suivi une législation, alors que les entreprises n’allaient certainement pas le permettre. C’est bien de le voir, mais c’est encore mieux de nommer ce système dans lequel on vit qui permet ce cynisme et ce je-m’en-foutisme : le capitalisme, bordel de merde ! Sans ça, on croirait simplement avoir à faire à des gens assoiffés de fric, et c’est vrai dans un sens, mais ce n’est pas tout, ce système est une pieuvre dont les tentacules s’étendent à d’autres domaines, et l’auteur, dans sa conclusion, n’en fait pas part. C’est énervant, qu’est-ce qu’ils ont tous à ne pas vouloir sortir ce mot ? CA-PI-TA-LISME. (bon, ok, il se peut que je ne m’énerve pas contre ce seul livre, revenons à nos moutons) On n’aurait certainement pas arrêter le changement climatique dans ces conditions, dans ce système, on l’aurait ralenti, d’où le fait que je trouve que l’auteur est extraordinairement naïf. Pour l’aspect feuilleton policier de la narration, je ne sais pas trop quoi en penser car ça ne me plait pas forcément mais en même temps… Il y a sûrement des risques à cette utilisation que je ne vois pas mais on ne peut pas nier sa grande accessibilité. Ce n’est pas un mauvais livre mais je le trouve moyen sur certains aspects. Prenez-le comme il est : un simple récit des actions et inactions de l’époque à un moment où les études scientifiques sur le réchauffement climatique étaient plus connues du grand public et des politiques. Mais c’est tout. Rien de nouveau sous le soleil, on sait aujourd’hui comment ça fonctionne.

chroniques-algériennes-coverChroniques algériennes, 1939-1958 (Albert Camus)

Je ne vous rappelle pas forcément le contexte en détail, vous vous en doutez avec le titre : c’est les textes que Camus a écrit sur l’Algérie, dans le contexte ou non du conflit dans les années 50 qui oppose certains militants algériens à la colonie française. Quand on dit qu’Albert Camus est un homme contradictoire, je ne trouvais pas ça forcément flagrant (mais venant d’une personne elle-même contradictoire, je ne sais pas si vous pouvez me faire confiance non plus). Par contre, dans ce livre, c’est assez frappant dans son avant-propos, où certains éléments se contredisent avec d’autres mentionnés dans des textes parfois pas si vieux que ça (il dit que c’est la fin de la colonisation dans son avant-propos… alors que dans ses autres textes, il reconnaît son existence et ses méfaits ? J’ai rien compris et sans doute mal compris (ai-je le droit de dire de mon auteur préféré que son avant-propos n’est pas loin d’être mauvais ?)). On note aussi une méconnaissance de certains sujets, notamment la portée du colonialisme, les dégâts qu’il a causé et les « bienfaits » de l’Occident, ce qui l’amène à des raisonnements racistes involontaires. Il est assez influencé par une vision républicaine et idéalisée… Il a cette vision Français/Européens et Arabes qui m’agace particulièrement (distinguo typiquement colonialiste) et qui a une incidence sur certaines de ses réflexions. Par contre, là où je le trouve bien meilleur que beaucoup de penseurs d’aujourd’hui, c’est qu’il reconnaît qu’il peut se tromper et avoue douter parfois encore. Il y a trop d’égo chez certains pour oser dire ça, sans compter que même si c’était le cas, ils rappelleraient que bon, dans le fond, ils ont quand même raison. Cela témoigne chez l’auteur d’une certaine ouverture d’esprit et d’une capacité de discussion. De plus, il y a une différence de traitement qui témoigne de la sincérité de Camus et de sa connaissance pertinente du sujet, c’est qu’il n’est pas du genre à balancer des « Je reconnais qu’on a fait des choses pas correctes/je ne minimise pas la douleur des victimes MAIS… », grande tradition française contemporaine chez tout le monde, histoire de dire qu’on prend bien ça en compte mais pas tant que ça vu qu’on va écrire des lignes et des lignes sur l’inverse. Camus n’est pas du tout dans cet excès-là : il détaille parfaitement les défauts de chaque camp à égalité et rappelle surtout qu’il faudrait éviter les victimes innocentes des deux côtés de la barrière au lieu de laisser faire l’escalade de la violence. Que ce soit pour dire que Camus soutenait trop les Arabes ou que c’était un gros raciste, les deux conclusions sont fausses. C’était plus nuancé que ça, comme d’habitude avec Camus de toute façon. Il m’a fait de la peine car j’ai bien ressenti sa douleur face à la situation, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des raisonnements biaisés, ou ça les renforce plutôt ? N’était-il pas assez réaliste, trop subjectif, à demander un apaisement de la situation ? Très probablement, mais on ne peut pas l’enfoncer car il ne soutenait personne des deux camps qui s’exprimaient par la violence physique envers des personnes. Il y a des raisonnements qu’il a eu sur lesquels je suis en désaccord (dire qu’il vaut mieux subir des injustices que perpétrer la violence, c’est une pensée de privilégié) et d’autres où j’ai rigolé car, aussi poli soit-il, le gouvernement français métropolitain de l’époque en a pris pour son grade (et la « répugnante tradition policière », pfuahaha). Il connaissait et méconnaissait les « indigènes » : en témoigne son article « Misère en Kabylie » et d’autres articles et parfois, il ne se rendait pas compte, mais on n’arrive pas à douter de sa sincérité. Je vais m’arrêter là en vous partageant un passage qui prouve que Camus n’était pas complètement ignorant :

Mais avant d’entrer dans le détail de la crise nord-africaine, il convient peut-être de détruire quelques préjugés. Et d’abord, de rappeler aux Français que l’Algérie existe. Je veux dire par là qu’elle existe en dehors de la France et que les problèmes qui lui sont propres ont une couleur et une échelle particulières. Il est impossible, en conséquence, de prétendre résoudre ces problèmes en s’inspirant de l’exemple métropolitain.

(extrait du texte « Crise en Algérie »)

a-comme-aujourd'hui-coverA comme aujourd’hui (David Levithan)

C’est un livre jeunesse que je ne m’attendais pas à aimer (d’autant plus qu’on m’a prévenue à plusieurs reprises que cela n’allait pas être le cas). Hé bien je fais démentir tout le monde, dont moi, mais je l’ai franchement bien aimé ! J’ai même eu la larmichette à l’oeil à la fin, c’est dire ! Je ne vais pas en dire beaucoup mais nous suivons le point de vue d’une personne… qui se retrouve dans un corps différent chaque matin. Iel (pas de genre déterminé) vit la vie de quelqu’un d’autre pendant une journée, et ainsi de suite. Ne vous attendez pas à un truc surnaturel, vous ne saurez jamais le « pourquoi » et le « comment ». Par contre, pour les réfractaires, je tiens à signaler que c’est une romance, mais si je n’ai pas trop grincé des dents, vous pouvez tenter (c’est même très touchant et intéressant comme histoire). Des problématiques de l’adolescence sont abordées, celles plus spécifiques de A (c’est son nom) le sont aussi, et j’ai noté, et ce fut une bonne surprise, des questions de genre. C’était rapidement abordé mais comme si c’était normal, accepté d’emblée par le lecteur ou la lectrice. Par contre, j’ai pas su comprendre si ce que j’ai observé à un moment était de la grossophobie de la part de l’auteur ou si ça illustrait juste le point de vue que peuvent avoir des adolescents… Il y a un moment où on angoisse pour le héros, ce qui fait qu’on n’a pas que la romance dans ce récit. Vous l’avez compris, des sujets divers sont présents, ce qui, je pense, m’a aidé à ne pas me focaliser sur l’élément qui aurait pu me déplaire au bout d’un moment. Bref, un livre jeunesse franchement sympa ! Lu pour le challenge 12 mois, 12 amis, 12 livres.

Bullshit Jobs (David Graeber)

Celui-ci, je vous en ferai une chronique car il est bien mieux que ce que je pensais !


Finalement, mes articles du mois n’ont rien à voir avec mes lectures de septembre.

Tout d’abord, j’ai dit tout ce qui n’allait pas avec une lecture du mois dernier, La stratégie de l’émotion d’Anne-Cécile Robert.

Ensuite, comme promis, j’ai continué ma série sur les livres féministes avec Reclaim, un recueil de textes écoféministes d’Emilie Hache. Le genre de lectures féministes dont je n’ai pas l’habitude.

Ce n’est pas comme si j’en publiais un tous les quatre matins, mais quand ça arrive… Un article de réflexions sur le fait d’être « en retard » en tant que lecteur ou lectrice. (notez les guillemets)

Et un petit TAG Liebster Award (un deuxième me concernant) histoire de clore le mois et de se détendre un peu.

Bien, après ce récapitulatif, je dois rajouter autre chose.

Il est fortement possible que je commence un travail prochainement et je ne sais pas si j’aurais le temps ni l’envie de lire (je sens la fatigue s’abattre sur moi par avance). Mon rythme de publication, déjà pas glorieux, risque de diminuer. Vous êtes prévenus…

Au mois prochain !

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9 réflexions sur “Bilan lectures #31 – septembre 2019

  1. J’apprécie vraiment ton regard critique et acéré sur ce que tu lis, sans compromissions, et en même temps quand c’est super tu le dis aussi 🙂 j’ai bien ri au moment de ta digression sur le CA-PI-TA-LISME aha !! En tout cas tu lis des choses vraiment passionnantes, avec tout ça tu connais déjà énormément de choses sur la politique, le féminisme, l’écologisme… je sais que parfois on peut se dire qu’on en connait toujours moins que d’autres et complexer, mais je pense vraiment qu’en l’occurrence, y’a pas de quoi 🙂

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