Bilan lectures #32 – octobre 2019

Bon… Ce mois n’a pas été terrible sur tous les plans. L’avantage de toute cette merde, c’est que j’aurais – normalement – plus de temps pour lire, m’occuper de mon blog, etc. Oui, parce que côté lecture, ça n’a pas été très glorieux. Vive les livres courts, quoi, sinon mon bilan ne ressemblerait à rien.

bilan-lectures-octobre

nos-richesses-coverNos richesses (Kaouther Adimi)

Ce petit roman a la qualité de présenter un travail de recherche de la part de l’autrice. Je vais expliciter : dans ce livre, on se trouve en Algérie, à deux époques différentes. La nôtre et celle en plusieurs dizaines d’années de la vie d’Edmond Charlot, de sa librairie Les Vraies Richesses (nom inspiré d’un livre de Jean Giono) et de sa période en tant qu’éditeur. On sera aussi amené à voir les troubles qui traversent l’Algérie grâce aux notes d’Edmond Charlot, inventées par l’autrice. Dans le présent, la librairie est devenue une bibliothèque de quartier très peu fréquentée qui a été rachetée pour être transformé en… un magasin de beignets. Pour débarrasser l’intérieur, Ryad est embauché (au titre de stagiaire) pour faire le travail. Il rencontrera Abdallah, un habitué des lieux… Ce petit roman est une déclaration d’amour faite aux livres (et puis on voit vite fait Camus, j’étais aux anges bien sûr), même si la fin ne me satisfait pas car elle comporte tout le fatalisme de ce monde selon moi (mais on ne peut pas lui reprocher d’être irréaliste). J’ai bien apprécié ce roman, qui aurait pu être un tantinet mieux selon moi.

qui-a-tué-mon-père-coverQui a tué mon père (Édouard Louis)

Ceci est un récit autobiographique où Edouard Louis raconte comment il retrouve son père, avec qui il avait pris ses distances car l’auteur n’était pas assez viril, trop gay selon sa famille, blablabla, bref (je crois que c’est abordé dans son livre En finir avec Eddy Bellegueule mais je ne l’ai pas lu). Mais quand il revient le voir, il est frappé par ce corps détruit déjà si jeune par le travail, corps vigoureux qui ne peut finalement même pas profiter de sa fin de vie parce qu’il était occupé à enrichir quelqu’un. Plus exactement, Edouard Louis pointe du doigt les politiques sur le travail de ces 30 dernières années, toutes en faveur du patronat. Il nomme très clairement les accusés, les anciens et actuel présidents, mais aussi ceux qui ont grandement participé à ces politiques. Il explique aussi en quoi les valeurs virilistes ont finalement contribué en partie à la destruction de cet homme, de ce qui aurait pu être bon en lui. J’ai trouvé ce livre assez touchant, j’ai reconnu en partie l’environnement d’où l’auteur vient, même si je n’ai pas connu la pauvreté. L’auteur recrée un lien avec son père, mais était-ce vraiment celui-là qu’il souhaitait ? Certains pourront ne pas apprécier un parti pris aussi partisan, j’avoue avoir légèrement grimacé mais j’ai trouvé que souvent, il visait juste. Un livre avec une vision politique très à gauche pour les renfrognés du coin, qui a eu le mérite de me parler.

10-jours-dans-un-asile-cover

La personne qui a fait le bandeau est une grosse merde.

10 jours dans un asile (Nellie Bly)

J’aimerais commencer par dire que Nellie Bly était une sacrée badass de la fin du 19e siècle. En plus d’avoir été une brillante journaliste d’investigation (et elle l’illustre très bien dans ce livre), elle a aussi fait le tour du monde en 72 jours en 1889-1890, battant ainsi le record du personnage du célèbre roman de Jules Verne, Le Tour du monde en 80 jours. Ce dernier se tient d’ailleurs au courant de son avancée et la félicite de son voyage ! Un homme sexiste comme lui a-t-il donc changé d’avis sur les femmes par la suite ? La légende ne nous le dit pas. De plus, devenir journaliste n’était pas trop dans les plans de ses origines sociales et de son genre, mais elle a refusé ce à quoi elle était destinée. Une sacrée force de caractère ! Bref, revenons au livre. Nellie Bly décide d’enquêter sur les asiles et d’en être au plus près… en se faisant interner. Pari assez risqué car elle aurait pu ne pas en ressortir. Ce qui est déjà aberrant, c’est la facilité avec laquelle elle s’est fait enfermer. Beaucoup sont d’ailleurs saines d’esprit ! Et elles vont d’ailleurs rapidement perdre la raison… à cause de l’enfermement mais pas que. L’autrice va raconter les violences psychologiques et physiques que les patientes subissent, à quel point le traitement est inhumain et pire que la prison… Où est l’empathie dans un lieu où on devrait le trouver ? Nul part, les femmes enfermées à l’asile sont traitées comme des moins que rien, des sous-humains. Sachant que Nellie Bly n’était pas dans le pire secteur, on s’inquiète de savoir ce qu’il se passait dans les autres… Heureusement, tous ces sévices n’ont plus lieu dans notre présent. Ceci dit, je trouve que cet esprit de supériorité sur les patientes de la part du personnel soignant est toujours d’actualité. Les moqueries et autres violences psychologiques sont toujours présentes, mais de manière plus discrète. Les violences physiques sont rares, mais ont toujours lieu… Et les sanctions ne sont pas toujours à la hauteur. Cette enquête permet de voir qu’on revient de loin, mais qu’il y a aussi toujours un problème aujourd’hui (après, ce n’est que mon humble avis). Un livre intéressant mais aussi glaçant de par certaines situations.

Braves bêtes – animaux et handicapés, même combat ? (Sunaura Taylor)

Je vous en propose une chronique le mois prochain, see you soon !

la-végétarienne-han-kang-coverLa végétarienne (Han Kang)

On est face à un roman particulier. D’ailleurs, ne vous fiez pas au titre, il ne s’agit pas de végétarisme au sens où on l’entend d’habitude, même si certains protagonistes de l’histoire vont d’abord y croire (leurs commentaires sur la « mode végétarienne » ont glissé sur moi). Non, Yonghye refuse de manger de la viande depuis un rêve… et refusera même de s’alimenter tout court. Elle a un rapport au végétal qui vire à l’obsession et son état est d’ailleurs là-dessus, en dépit de l’incompréhension auquel elle fait face. Les trois parties du roman, racontées selon le point de vue de trois personnes, sont intéressantes car elles n’offrent pas la même vision de Yonghye et on voit son évolution au fil du temps, on pourrait la croire passive mais elle a une détermination de fer. L’ambiance est pesante, tout le contexte est assez mystérieux, ce qui donne à la fois un aspect fascinant et malsain. Si vous voulez mon avis, les hommes ne sont pas sous une bonne lumière… Il n’y a franchement pas de quoi d’ailleurs, bien que le beau-frère ait une mentalité un peu particulière, ce qui le rend ambivalent. Le coup du fantasme sexuel décrit comme il l’était n’est donc pas spécifique aux écrivains japonais… (Han Kang est coréenne) On observe aussi l’inadéquation, la violence et l’inutilité des méthodes psychiatriques sur Yonghye. Même si celle-ci est un cas spécifique, ça n’empêche en rien que cela éclaire sur les autres… Bref, un roman que j’ai trouvé intéressant.


J’ai aussi publié une chronique au début du mois sur un livre lu le mois dernier, Bullshit Jobs de David Graeber.

Bref, le bilan s’arrête là. Sans avoir été remarquable, j’ai apprécié mes lectures, dont celle de Braves bêtes qui s’est trouvé au-dessus du lot.

Comme j’ai été pas mal déprimée et tendue ce mois-ci, pas eu beaucoup de lectures comme je l’ai déjà dit et encore moins d’activité sur le blog. J’espère reprendre un peu la main dessus en novembre.

Croisons les doigts !

19 réflexions sur “Bilan lectures #32 – octobre 2019

  1. J’espère que le mois prochain sera plus heureux pour toi ! 10 jours dans un asile a l’air vraiment chouette comme livre, enfin chouette, dans le sens intéressant ! Je le note dans les idées de lecture, ça doit être difficile, mais super intéressant à lire. Belles lectures pour le mois prochain 🙂

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  2. Je n’ai pas encore lu celui-ci de Han Kang ( je note qu’il est paru en poche ), je savais qu’il était particulier, tu confirmes. J’ai lu un précédent roman, plus politique (  » celui qui revient  » ) et un autre plus délicat (  » Leçon de grec  » ), avec la chance d’une rencontre en librairie.
    Je te souhaite de retrouver le moral et des projets très vite. Bon courage.

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  3. 10 jours en asile me tente depuis un moment. D’ailleurs, tu dis que c’est pire que la prison, et ça me fait penser à Shutter Island, un personnage dit qu’il préfère être en prison qu’à l’asile.
    Ce qui se passe de pire dans les autres secteurs, c’est probablement les lobotomies… Sans même parler du manque d’hygiène, de la sous-alimentation, etc. Je peux confirmer que cet esprit de supériorité a malheureusement encore lieu, et je ne saisis pas en quoi, peut-être pour se rassurer et faire une barrière avec les patient.e.s et ne pas se confondre avec comme beaucoup du personnel dans ce milieu vont souffrir de maladies psy ?
    Oula, c’est quoi ce délire de fantasme sexuel ? Je sais que les pays d’Asie ont beaucoup de délires étranges…

    J’espère que novembre sera plus bienveillant avec toi !

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    • Franchement, je me demande si la prison peut être pire dans ce cas-là. C’était une autre époque mais des choses m’ont rappelé OITNB… C’est dire.
      Cet esprit de supériorité a encore lieu sûrement parce que la société est validiste et le personnel soignant avec.
      Oh bah (je vais spoiler) le beau-frère qui veut baiser sa belle-soeur tout peinturlurés de fleurs et il filme leurs ébats… Voilà.

      Merci, je l’espère aussi.

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  4. J’espère que tu iras mieux par la suite. J’avais vu un reportage sur Nellie Bly et j’étais vraiment impressionnée. 10 jours en asile me tente vraiment même si je pense que je vais attendre un peu, ça doit être absolument démoralisant à lire. Bon courage et prend soin de toi 🙂

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  5. Désolée de n’avoir pas répondu au tag finalement ; j’avais commencé un billet et puis il a fini comme une centaine d’autres, inachevé 😦 J’espère que tu ne m’en voudras pas ; je suis un peu à la masse cet automne, je patauge dans la choucroute et évite de me forcer quand « ça veut pas » (et y’a pas grand-chose qui « veut » malheureusement).
    Bref, je te rejoins largement sur le roman d’Edouard Louis (et j’avais abandonné le Adimi – j’en profite pour te signaler que j’ai attaqué ce matin La confrérie des moines-volants mais je ne suis pas très optimiste quant à son sort ; comme l’autre roman de l’auteur que j’avais voulu lire, je décroche dès le début, peu convaincue par les personnages et le style, ainsi qu’un côté simpliste).

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    • Oh t’inquiètes, ça allait bof le mois dernier, et je suis encore à l’ouest, nous sommes deux.
      (bon, c’est pas bon signe pour « La confrérie des moines volants »… Tu avais abandonné « Nos richesses » pour quelle raison ?)

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      • Pas de raison particulière si ce n’est que la sauce n’a pas pris, aussi bien sur le fond que la forme. Rien à lui reprocher de précis en fait mais je nm’ennuyais (et puis cette année, j’ai abandonné des remorques de bouquins donc c’est moi aussi, pas juste les livres).

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  6. J’avais loupé cet article!
    J’espère que ton mois de novembre se passe mieux qu’octobre… Le livre de Nellie Bly m’intéresse beaucoup, autour pour le sujet que pour l’autrice qui a en effet l’air d’une femme assez exceptionnelle!

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    • Pour l’instant, ça va… Moins le temps de lire que ce que je pensais, mais un livre en cours qui me plaît beaucoup ! Celui de Nellie Bly, je te le conseille, il est court mais il en apprend des choses à lui tout seul !

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  7. Hello,
    Quel beau bilan, j’ajoute 10 jours dans un asile sur ma liste de lectures, ta déscription m’a vraiment intrigué 🙂
    Parmi mes lectures d’octobre la plus marquante est Le Jardin des fleurs secrètes de Cristina Caboni, une histoire de famille compliquée et l’amour pour la nature, j’ai passé de moments agréables en découvrant ce roman.
    Bonne journée et belles lectures !

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    • Merci beaucoup ! Je te conseille en effet ce livre qui n’aura même pas le temps de te lasser. Quant au livre dont tu parles, j’ai honte de dire que je n’en ai jamais entendu parler… Encore beaucoup à apprendre visiblement.
      Je te souhaite aussi de belles lectures 😉

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