Bilan lectures #35 – janvier 2020

On pourrait appeler ce mois « Le mois spécial BD » mais c’est une pure coïncidence ! Et puis je n’ai pas lu que ça mais il faut bien reconnaître leur très forte présence dans ce bilan. Est-ce que le fait que j’ai fait un stage d’une semaine dans une librairie de BD y est pour quelque chose ? Hmm…

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Un mois que des mauvaises langues diront léger mais je ne suis pas d’accord : j’ai appris plein de choses ! Et puis il n’y a pas de mal à se faire plaisir. Il y aura de toute façon une flopée d’essais dans les mois à venir…

univers-expliqué-petits-enfants-coverL’Univers expliqué à mes petits-enfants (Hubert Reeves)

Le titre et la couverture indiquent très bien de quoi ça parle mais ça ne me dispense pas de décrire le livre malgré tout. Il s’agit d’un livre de vulgarisation sur l’Univers, sous forme de dialogue avec la petite-fille de l’auteur. Je suis une quiche sur le sujet, notamment pour tout ce qui se rapproche de ce qu’on a pu étudier en cours de physique-chimie (le pire ? Les mathématiques). L’auteur a bien su m’éclairer sur des questions sur lesquelles j’avais des préjugés (vous saviez que le Big Bang n’était en réalité pas une explosion ? Ben pas moi, je suis tombée de haut en apprenant ça). Ok, ça m’est arrivée de relire des passages une deuxième fois… Ce livre est accessible aux adolescents de 14 ans mais je crois qu’à ce niveau, je suis bien plus ignorante ! Ça sera parfois révélateur, au point que j’ai refermé le livre pendant deux heures avant de le reprendre. Comme vous le savez, ce sujet est bien plus grand que nous. D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé la manière de penser de l’auteur : on ne saura probablement jamais tous les secrets de l’Univers car certains éléments dépasseront notre compréhension… La science ne peut pas tout expliquer car elle est humaine. Un appel à l’humilité. Et puis, comme Hubert Reeves le dit lui-même, on a déjà fort à faire sur notre propre planète avec la destruction de l’environnement perpétrée par nos propres mains…

du-sentiment-de-la-nature-dans-les-societes-modernes-coverDu sentiment de la nature dans les sociétés modernes (Elisée Reclus)

J’en attendais beaucoup. J’ai bien aimé ma lecture mais je m’attendais clairement à mieux. Certes, l’auteur appelle à une exploration de la nature, de son admiration, de sa compréhension mais c’est insuffisant quand on voit le reste. Quand les femmes sont invisibles et que l’auteur parle de remettre en valeur des « qualités viriles » (il signifie par là de se fortifier musculairement), difficile de ne pas y voir un soupçon de sexisme. Pareil pour le racisme : il a très clairement des préjugés sur les habitants de certaines nations, mais tant qu’elles restent occidentales, ça va (j’espère que vous êtes anglais ou allemand, vous êtes les meilleurs d’après lui). Par contre, possible que les Chinois se soient pris une pique dans la tronche. Et je n’ai plus les détails en tête mais dans une de ses réflexions, il donnait l’impression de ne pas être contre une certaine forme de colonialisme. Bref, je vous laisse deviner que je n’étais parfois pas dans de très bonnes dispositions à son égard. J’ai aussi trouvé que l’auteur avait parfois une vision très occidentalisée de la beauté de la nature (qu’on retrouve d’ailleurs dans le concept de wilderness chez les Américains). Il y avait des choses intéressantes mais je ne comprends pas trop l’engouement de certaines personnalités envers lui.

goupil-ou-face-coverGoupil ou face (Lou Lubie)

Vous ne savez pas ce qu’est le trouble cyclothymique ? Je n’en savais pas plus que vous avant ! Et je ne savais pas que c’était considéré comme une forme de la bipolarité… Beaucoup de personnes ont des clichés sur cette maladie donc certaines personnes vont apprendre énormément en lisant cette BD. Je l’ai d’ailleurs trouvé excellente ! L’autrice y parle de son expérience personnelle, ponctuée de clés pédagogiques. Elle a réussi à bien structurer son propos, à bien l’imager (les deux couleurs utilisées, le noir et l’orange, ainsi que la métaphore du renard, qui a l’air à la fois sympathique et terrifiant), tout ceci est bien rythmé et rend le récit vivant. On a un mélange d’humour, de poésie, de sensibilité. Je ne saurais en dire plus sans en dire trop mais je vous conseille vivement sa lecture !

le-chat-aux-sept-vies-coverLe chat aux sept vies, tome 1 (Gin Shirakawa)

Un manga dont la collection se composera seulement de trois tomes. Je ne prends donc pas trop de risques à la commencer ! Je pense que le titre en dit assez long mais je tiens à préciser qu’il n’y aura pas un seul chat mais plusieurs ! En effet, Nanao, le protagoniste principal, et Machi, son ami, font partie d’une bande de chats errants qui galère à trouver de quoi manger et où dormir à l’abri du froid. Nanao est dénigré par certains à cause de son origine domestique, c’est-à-dire qu’il a d’abord été élevé par des hommes avant d’être abandonné. Nanao et Machi vont faire la rencontre de la gérante de bains (il se peut qu’ils se soient abrités là un soir et je les comprends…) et de son frère. Un contact avec des humains dont on ne sait pas encore ce qu’il va ressortir. Un premier tome très touchant, un aspect réaliste à travers la vie difficile des chats sauvages et les dangers qu’ils vivent, j’ai beaucoup aimé.

charge-émotionnelle-emma-coverLa charge émotionnelle et autres trucs invisibles (Emma)

Cette BD est une pépite de pédagogie. Beaucoup trouvent le style d’Emma « moche » mais… au pire, on s’en fiche ? Je veux dire, cette BD n’est pas faite pour ça. Ou plutôt, devrais-je dire plusieurs BDs. Si ça vous intéresse, je vous mets le lien du blog d’Emma, qui s’est d’abord fait connaître en ligne pour ce même genre de dessins explicatifs. Vous pensez qu’elle ne parle que de féminisme ? En effet, elle adresse le sujet de la culture du viol, #MeToo, la charge émotionnelle, tout ceci en ne manquant pas de descriptions, de sources. Elle est d’une franchise qui pourra sembler assez déconcertante à certains, elle ne dissimule pas les raisonnements égoïstes qui imprègnent les têtes de ces messieurs, ni l’aliénation, l’éducation genrée qui font que hommes ET femmes participent à ces problématiques (mais pas de manière égale et pour le même résultat pour chacun, ce que certains ont du mal à comprendre). Mais ce n’est pas tout. La dessinatrice retranscrit aussi une histoire d’un ancien policier qui a tenté de faire bouger les lignes (de la corruption, du racisme, etc) dans son métier et qui s’y est cassé les dents. Bref, bien qu’on retrouve une thématique commune dans la majorité des BDs de ce recueil, on voit bien la fibre empathique d’Emma, sa volonté de lutter contre les injustices sociales. J’ai beaucoup aimé cette BD, j’en lirai sûrement d’autres d’elle ! (vous avez des conseils ?)

la-fille-dans-l'écran-coverLa fille dans l’écran (Lou Lubie et Manon Desveaux)

Vous avez reconnu ? L’une des deux autrices est aussi celle qui a dessiné Goupil ou face ! Mais ce n’est pas ça qui m’a attiré : on m’avait conseillé aussi cette BD. On est sur un registre plus léger, une amitié qui se crée sur Internet entre deux jeunes filles à travers un échange de mails. Mais ça va évoluer bien plus loin comme en témoigne la couverture. Je sais ce que vous allez dire : normalement, les histoires d’amour, j’aime pas du tout. Ça joue dans mon jugement et effectivement, je pense que c’est pour ça que je n’ai pas trouvé cette BD excellente. Ceci dit, elle a aussi un indéniable point fort qui m’a beaucoup plu. Il ne s’agit pas de sexe comme de nombreuses romances finissent par donner à cet élément une importance trop primordiale à mon goût. Les autrices ont développé un lien fort entre les deux femmes, avec de l’honnêteté, de la compréhension mutuelle, de l’acceptation de l’autre, de sa personnalité, de ses goûts et ses choix, et on ne voit pas ça assez souvent, très clairement. Bien sûr, l’histoire a aussi ses couacs entre les deux protagonistes, ne le nions pas, mais je trouve que cette BD rappelle l’essentiel. Je ne sais pas si je peux vraiment utiliser ce terme correctement dans ce cas : les dessinatrices ont utilisé la bichromie pour séparer les récits des deux protagonistes. Un récit en noir et blanc, l’autre en couleur. Procédé qui met les choses au clair et a son charme selon l’histoire qu’on suit. Bref, j’ai beaucoup apprécié ma lecture.

conflit-israelo-palestinien-bd-coverLe conflit israélo-palestinien (Vladimir Grigorieff et Abdel de Bruxelles)

Une petite BD dont j’avais déjà lu celle sur le féminisme de la même collection (La petite bédéthèque des savoirs). L’histoire de ce conflit, même si je connaissais déjà pas mal de choses, restait assez flou à mes yeux. Je voulais un ouvrage un minimum « objectif » sur le sujet car tout me paraît trop partial (si vous avez des suggestions selon ce critère d’ailleurs…). On suit l’histoire avant 1947, car même si c’est l’année officielle de la création d’Israël, ça a commencé avant ! La BD est assez fournie en détails, elle explique bien les choses de façon chronologique. Des termes seront expliqués dans un lexique à la fin du livre, que j’ai d’ailleurs dû consulter à plusieurs reprises, mais ça n’entachait en rien ma lecture : il faut dire que j’étais très concentrée ! Elle est un peu plus longue à lire qu’elle en a l’air car elle contient beaucoup d’informations mais ça ne la rend pas indigeste. La lecture est fluide et le dessin est agréable. Si vous avez l’impression de ne rien connaître sur le sujet, je la recommande, c’est un bon début !

solanin-coverSolanin (Inio Asano)

Il se peut que les connaisseurs reconnaissent le nom de l’auteur car il est en effet très réputé, notamment pour sa série Dead Dead Demons’s Dededededestruction (ne me regardez pas comme ça, c’est bien le nom de l’oeuvre). Personnellement, Solanin est ma première rencontre avec ce mangaka. Et si j’ai bien aimé… j’ai aussi été un tantinet déçue. Certains s’accorderont à dire que ce genre de récits n’est pas là où il excelle le mieux, d’autres adorent. Ça s’annonçait bien pourtant : on suit une bande de potes (dont un couple sur lequel l’auteur s’attarde particulièrement) et on les voit s’interroger sur leur devenir dans un monde du travail dont le moule du conformisme ne leur convient pas (certains sont en plus des musiciens dans l’âme). C’est doux, terrible aussi (on se sent peiné parfois), l’ambiance reste comme suspendue (comprenne qui pourra) à certains moments, bref, un bon manga « tranche de vie ». Le dessin d’Asano est sublime, il est très clairement le point fort de cette oeuvre. Alors, qu’est-ce qui ne m’a pas plu dans ce manga ? Comment dire… On m’a déjà dit que j’ai été ultra sévère en le formulant ainsi mais je ne vois pas comment le dire autrement : l’auteur (ou l’éditeur, qui sait) a manqué de courage. Sans rentrer dans les détails, ça finit par tourner en rond et la fin… rentre dans une case que je pensais qu’on éviterait vu le début. Bref, ça m’a laissé un goût amer en bouche, surtout pour un auteur aussi encensé. On va me prêter la collection dont je parlais plus haut, ça me permettra de voir l’auteur dans un autre style et, il faut l’espérer, être convaincue cette fois-ci !

camus-entre-justice-et-mère-coverAlbert Camus, entre justice et mère (José Lenzini et Laurent Gnoni)

Cette BD retrace l’histoire d’Albert Camus. Elle est très inspirée de Le Premier Homme, œuvre inachevée publiée à titre posthume. S’il y a encore des gens qui n’ont pas vu l’aspect extrêmement autobiographique de ce roman, je ne peux rien pour eux. Bref, revenons à la BD. Chaque partie commence par une partie du discours d’Albert Camus lors de la réception de son prix Nobel en 1957. Et sa vie va se dérouler sous nos yeux du début jusqu’à la fin. L’essentiel est relaté selon moi, ou presque. L’auteur a fait comme moi lors de mon article sur Camus : il a évité le sujet de ses maîtresses. Mais il me semble avoir quand même mentionné leur existence à un moment donné quand on ne les entraperçoit même pas dans la BD. Choix conscient, mais pour quelle raison ? Mystère. Pourtant, quand on connaît l’importance des femmes dans la vie d’Albert Camus, on peut me le reprocher mais au scénariste aussi. La BD est plutôt concentrée sur l’écrivain, ainsi que sa mère (des passages qui m’ont beaucoup émue d’ailleurs). On peut lui reprocher d’autres manques mais c’est surtout parce que je suis une admiratrice inconditionnelle de l’auteur que je les vois. Est-ce très important quand on ne connaît pas très bien Camus ? Ca dépendra de votre degré de curiosité mais c’est une bonne base. Pas besoin de lire une biographie de 1000 pages (ahem) si vous voulez juste connaître l’auteur mais sans plus. Vous passerez un moment agréable… du moins, si vous appréciez le style de dessin. Etant une appréciation toute personnelle, à vous d’en juger. Bref, si vous avez l’occasion d’y jeter un coup d’oeil…

la-passe-miroir-4-coverLa Passe-miroir : La tempête des échos, tome 4 (Christelle Dabos)

Avant de lire ce tome ultime, j’ai d’abord relu les trois premiers tomes afin de tout me remémorer, mais aussi de me replonger dans l’univers qu’on a appris à découvrir et à savourer. Ce fut un voyage bien plaisant, bien que je le connaissais déjà ! Ce quatrième tome a les mêmes qualités que le précédent, dont une écriture superbe et un rythme trépidant… Peut-être trop ? Je l’ai trouvé assez complexe (je l’ai lu plus lentement que ce que je pensais, je pense que ça passerait moyennement auprès d’un public plus jeune), une relecture s’imposera peut-être dans le futur. De plus, certains éléments ont été bâclés selon moi et je n’apprécie pas. La complexité du scénario ne peut pas entièrement camoufler ces manques selon moi. Donc je suis un peu mitigée sur ce tome, bien que j’en ai apprécié la lecture. Mais pas entièrement satisfaite par la fin, que j’ai trouvé un peu expéditive. Ça n’enlève en rien que c’est une des meilleures sagas jeunesse de ces dernières années (avis que je base surtout sur l’opinion de ma soeur vu que ce n’est pas mon domaine) malgré ces défauts. Une lecture bien plaisante même si j’aurais préféré un dénouement un peu mieux que ça, comme vous l’avez compris.

une-promenade-en-hiver-coverUne promenade en hiver (Henry David Thoreau)

Un petit essai dont le titre retranscrit bien ce qu’il s’y passe. On parle donc d’une promenade en hiver mais pas n’importe comment ! L’écriture de l’auteur est très belle, il sait décrire la nature de manière à la sublimer, à lui donner un intérêt, celui de la contempler avec les mêmes yeux que lui. Une-deux réflexions sont aussi intéressantes : elles appellent à l’humilité envers la nature. Ceci dit, quelque chose ne m’a pas plu dans cet essai qui a pris le pas sur les points positifs. C’est le terrain parfait pour les idolâtres de la nature sans prise de recul. Je m’explique : Thoreau prête des qualités à la nature en hiver sans contrebalancer avec les dangers existants. De plus, il ment contre tout fait véritable quand il dit que le froid de l’hiver est pur… et repousse les maladies ? (celles et ceux qui l’ont lu, dîtes-moi que j’ai mal lu) Bref, je me suis dit que les personnes en faveur de l’écologie profonde devaient limite prier tous les soirs en brandissant ce livre (ok, j’exagère, mais vous voyez où je veux en venir). Heureusement, j’ai lu deux autres essais de l’auteur et je ne m’en tiens pas qu’à cette unique lecture. Mais j’avoue être mitigée alors que c’était une belle lecture.

(j’ai aussi relu La désobéissance civile et La vie sans principe du même auteur)


Pas mal de petites lectures par-ci par-là, donc ! Globalement, mon bilan est positif (mon coup de coeur étant très clairement Goupil ou face).

Si vous l’avez raté, j’ai publié mon bilan lectures de l’année 2019 (article moins massif que les précédents, ça peut convaincre celles et ceux qui n’auraient pas envie d’y passer trois plombes, aha).

Et le mois prochain, je reviens à un ancien amour, celui que j’avais pour le Japon ! Je vous laisse lire mon article sur ce mois spécial pour en savoir plus.

A la prochaine, je vous souhaite de bonnes lectures ! Il faut commencer l’année du bon pied.

19 réflexions sur “Bilan lectures #35 – janvier 2020

  1. J’avais assisté à une conférence de Hubert Reeves, j’ai beaucoup aimé le personnage et les messages qu’il transmet !
    Sacré bilan dis donc, pas mal de titres que j’ai vu tourner sur la blogo et qu’il faudra que je tente un de ces quatre 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Tiens, le livre d’Hubert Reeves a l’air bien intéressant !
    Oh, je suis contente que tu aies aimé Goupil ou Face ! La fille dans l’écran s’est naturellement retrouvée dans ma WL, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de mettre la main dessus.
    Je n’ai pas lu cette BD d’Emma, mais j’ai lu un autre volume de la série Un autre regard et je la suis sur son blog. Je trouve toujours ses BD passionnantes et creusées. Son trait est franchement secondaire, je trouve.
    Je comprends ton avis mitigé sur La Passe-miroir. Effectivement, il est bien plus complexe que les précédents même si ce n’est pas ce qui m’a dérangée. J’avoue que la quasi-disparition des personnages secondaires exceptionnels ne passe pas. Je m’étais trop attachée à eux pour les voir oubliés ainsi.
    En ce qui me concerne, je ne le trouve pas léger du tout, ce bilan !

    Aimé par 1 personne

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