Le mythe de la virilité, d’Olivia Gazalé – les livres féministes #18

le-mythe-de-la-virilité-coverJ’aurais dû faire cet article plus tôt mais le manque d’envie et de temps se sont ligués contre moi. Dans cette chronique, bien que je l’ai fait dans d’autres, la différence homme-femme qui pourrait sembler essentialisante l’est dans ce livre, mais c’est une composante de l’essai, nous en reparlerons.

Je l’ai trouvé, comme la majorité d’entre vous, très bien… mais aussi avec ses défauts. Je préviens d’avance, cette lecture aura besoin d’une certaine prise de recul ! Et ce ne sera pas toujours facile, comme on va le voir.

L’autrice amène le concept de la virilité et de sa construction de façon chronologique. On ne sait pas vraiment quand est-ce que ce qu’elle appelle le viriarcat (et non le patriarcat) a commencé mais on en a une idée. La période grecque antique est souvent avancée. Auparavant, il était très probable que les sociétés aient été matrilinéaires (à ne pas confondre avec le matriarcat) où la transmission du nom et de privilèges se faisaient par la mère. Là encore, aucune preuve, même si on aurait apparemment retrouvé des statuettes de femmes enceintes de cette époque antérieure, ce qui laisserait entendre que les femmes avaient une meilleure place du fait de leur capacité d’être enceintes.

Et on en vient au premier défaut de ce livre : l’autrice formule souvent les choses comme si ça coulait de source, que ça avait été démontré, alors que pas forcément ! Je l’ai vu avec cet exemple : une théorie prétendrait que la différence de taille aussi grande entre les hommes et les femmes viendrait d’une alimentation inégalitaire entre eux. Tous pour les hommes, ce qui reste pour les femmes (et pas les meilleurs morceaux, évidemment). Nutritionnellement, les hommes auraient donc été avantagés et des millénaires de cette logique se seraient inscrits dans les gênes.

Ok… Sauf que ce n’est qu’une théorie ! (difficile à prouver selon moi d’ailleurs) Et Olivia Gazalé la présente comme si c’était la vérité vraie ! Pour avoir vu la première diffusion du documentaire sur le sujet sur Arte il y a quelques années, cette prise de liberté m’a déplu.

Mais bon, j’attaque direct alors que vous ne savez rien sur ce livre ! L’autrice essaie de relater comment s’est passée la création du concept de virilité et comment les femmes sont devenues de simples objets au fil de l’histoire. Elle décrit ce qui a été fait pour légitimer cette différence de traitement entre les sexes, et ça ne dépend pas forcément de la force physique ! (ou de manière très minime) Cette inégalité est surtout passée par le domaine politique mais aussi social.

Cela s’est d’abord traduit par le maintien du pouvoir entre les mains des hommes et l’éviction de la femme de la place publique (pas moyen de faire de la politique si on reste dans la sphère privée). Bien évidemment, le système de transmission du nom (ainsi que les privilèges, le clan, etc) par la mère ne pouvait pas survivre et a été vite remplacé par le nom du père. De plus, comme je l’ai dit, la femme devient objet… et donc propriété des hommes qui, eux, sont sujets !

Cette infériorisation ne pouvait se faire sans que les femmes elles-mêmes n’y souscrivent. On pourrait se dire que c’est absurde mais la politique, la religion, les idéologies en tout genre, ont été de sacrés atouts pour convaincre les femmes qu’elles n’étaient que des instruments du diable, impures et tout le bazar qu’on connaît encore aujourd’hui (encore d’actualité dans certains pays). Cela a aussi justifié cette fameuse séparation des sexes avec les sphères publique et privée que j’ai mentionné plus tôt, mais aussi la fameuse séparation genrée du travail lui-même.

Par la suite, l’histoire n’arrangera pas forcément les choses pour les femmes (histoire de démystifier le fameux « progrès » qui se fait automatiquement avec l’écoulement du temps, coucou la Renaissance). Au contraire, Olivia Gazalé va montrer le renforcement de cette séparation homme/femme à travers ce qu’elle appelle la trinité vierge-mère-pute. Chaque rôle a ses injonctions plus ou moins contradictoires et la vierge est très clairement la plus valorisée, alors qu’il ne faut surtout pas qu’elle le reste, mais qu’elle devienne mère ou putain, elle y perdra dans les deux cas. Les femmes sont donc condamnées à être méprisées, violentées, non dignes de respect.

Mais on parle beaucoup des femmes alors que le sujet, c’est quand même la virilité ! Où sont les hommes ? Pas de panique, l’autrice va y venir.

Et il y a de quoi dire ! Car si les hommes ont imposé une manière d’être (passive) aux femmes, ils s’inculquent eux aussi la façon d’être un homme, et celle-ci consiste à être viril. Si un homme ne l’est pas, il n’est pas un homme, ou pas vraiment. La violence n’est pas seulement subie par les femmes, même si elles en sont les plus grandes victimes (ce que certains ont tendance à oublier quand ils viennent se plaindre – oups, c’est moi qui le dit, ça) : les hommes s’infligent aussi des contraintes.

Vous connaissez sûrement la célèbre phrase de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient » ? On pourrait dire la même chose pour les hommes : ils deviennent des hommes, ils ne sont pas nés virils.

L’identité virile passe par le dressage des corps et par la prise de risques (je vous laisse donc imaginer que se mettre en danger est viril, tant pis si on peut en mourir, tant que c’est viril…). La musculation, comme le relève le premier point, est essentielle. Prouver son autorité (grâce au fascisme qui écrase tout le monde sauf les personnes viriles), la pédagogie qui rentre parfois dans le cadre de la pédérastie (tant que celle-ci reste discrète et à visée d’apprentissage seulement)… Les hommes apprennent à aimer les hommes, et sûrement plus que les femmes qu’ils doivent marier, vu qu’on leur apprend à les mépriser.

Mais il manque quelque chose ! Dans un chapitre, l’autrice va parler de 6 points importants pour prouver sa puissance virile : il faut prouver, dresser, entrer, mouiller, fanfaronner et sublimer. Hmm, oui, mais encore ? Vu certains verbes, vous l’avez sûrement déjà deviné : c’est en rapport avec le sexe. Montrer qu’on est dominateur, c’est être fort sexuellement selon ces six critères. Ils se mettent une de ces pressions…

Il faut prouver qu’on n’est pas un « sous-homme » ou les conséquences en seront sévères. C’est quoi un « sous-homme » ? Un pseudo-homme qui se rapproche sur certaines aspects des femmes. Révélateur… Un autre point aussi qui révèle à quel point les hommes se sentent menacés tout le temps : la crise de la masculinité… dure depuis le début du viriarcat. Les femmes ont toujours eu trop de libertés, à n’importe quelle époque. Sans compter que les valeurs viriles n’ont jamais été complètement les mêmes et ont évolué au fil du temps. Il n’y a pas de « c’était mieux avant » avec les arguments nostalgiques énoncés car ils sont souvent faux ou à nuancer.

Mais ce n’est pas tout. Trois évènements ont contribué à la crise de la masculinité contemporaine : le fait que l’homme se soit rendu compte qu’il n’était pas le centre de l’univers (merci Galilée et Copernic), ni en haut de l’échelle de la hiérarchie des êtres vivants (merci Darwin et sa théorie de l’évolution des espèces), ni qu’il contrôlait vraiment tout chez lui (merci Freud et sa découverte de l’inconscient). La découverte du totalitarisme n’y est pas pour rien. Vous découvrirez aussi (ou pas) que la crise de la masculinité actuelle est aussi… une crise de la modernité.

Ce mythe de la virilité fait du mal aux deux genres masculin et féminin et ce ne sont pas les femmes toutes seules, à travers le féminisme, qui vont le remettre en cause. Une remise en question de la part des hommes  et de leur manière de fonctionner serait salutaire pour tout le monde. La conclusion de l’essai y est d’ailleurs dédiée.

Si j’ai déjà fait part d’un défaut plus tôt dans cette chronique, j’en ai esquissé un dans le premier paragraphe en vous laissant dans le suspense : l’essentialisation. Sans rentrer dans les détails, je vais juste aborder un exemple. Olivia Gazalé part du principe que les hommes ont eu peur de nous à cause de notre capacité à enfanter. Probable. Sauf qu’une nouvelle fois, elle nous présente cet argument comme avéré ! (alors que c’est plus un argument vraisemblable) Et on en vient à l’essentialisation : être une femme passe donc forcément par l’utérus ? Les personnes transgenres apprécieront… Et ce n’est bien sûr pas le seul exemple. Les personnes pro-prostitution risquent de ne pas apprécier un certain passage non plus…

Pourquoi je mets ce livre dans ma série de livres féministes malgré ça ? Cet essai est intéressant dans le sens où il est très fouillé, que des argumentations sont vraiment pertinentes et qu’elles ont leur lot d’exemples. Vraiment, j’ai beaucoup aimé le lire (il y a des choses bigrement instructives, j’ai d’ailleurs l’impression de n’avoir rien écrit sur ce livre), il détaille beaucoup de choses, permet de clarifier certaines choses et de formuler un plan de raisonnement difficile à contrecarrer sans de solides preuves derrière.

Néanmoins, certaines théories avancées comme la vérité m’incitent à vous dire de vous méfier et de prendre ce que vous allez lire avec des pincettes. Cela m’énerve d’autant plus que si je n’avais pas su certaines choses, j’aurais avalé ce livre et ses arguments sans broncher. Je préfère donc vous prévenir de ne pas tout prendre pour argent comptant dans la mesure du possible.

Un essai qui remet pas mal de croyances à leur place mais dommage qu’il en crée d’autres.

5 réflexions sur “Le mythe de la virilité, d’Olivia Gazalé – les livres féministes #18

  1. Je l’ai lu aussi et j’en ai vraiment la même opinion que toi, wow! Il y avait des affirmations assez étranges et des choses que je pensais pas trouver dans un livre féministe mais j’ai beaucoup appris et je suis contente de l’avoir lu. Ça m’a donné envie de lire le livre de Louis-Georges Tin sur la culture hétérosexuelle qu’elle cite à un moment.

    Aimé par 1 personne

    • Je me souviens que tu m’avais parlé d’autres points qui n’allaient pas mais que j’étais incapable de décrire.

      En fait, ce livre est bien si on sait qu’on ne peut pas se raccrocher à tout !

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    • Une fois, j’avais lu (mais je ne le retrouve pas) un article où un mec disait que ça n’arriverait pas car il y a finalement plus d’avantages que d’inconvénients à être viril… J’avais trouvé ça déprimant. Mais les hommes n’ont peut-être pas tous le même avis…

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