Bilan lectures #38 – mai 2020

Ca y est, on est déconfinés ! Ça vous angoisse ? Moi, oui, bien que je sois en zone verte. J’ai repris le cours de ma vie et égoïstement, ça fait du bien.

Le bilan de ce mois est plutôt pas mal il me semble, certaines lectures m’ont fait plaisir. Je vous laisse le constater !

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abolition-de-la-prison-coverL’abolition de la prison (Jacques Lesage de la Haye)

Personnellement, je fais partie des personnes qui n’y connaissaient rien sur le sujet, tout en ayant quelques doutes. En ayant marre de me ramasser des « Ta gueule, t’y connais rien » de la part des pro-prison (qui sont très nombreux) et voulant en avoir le cœur net, j’ai décidé de lire ce petit livre d’introduction sur le sujet. Cet essai écrit par un ex-tolard est très bien construit. Chaque chapitre est très bien structuré, les sujets s’enchaînent de manière fluide et cohérente (après, vous me direz qu’il en est pas à son premier livre). Il a su expliquer ce qu’était la prison, à quoi elle était supposée servir, ce qui ne va pas avec cette institution. Plein de choses : le taux de récidives dont la moyenne au premier emprisonnement est de 50%, le fait que les 3/4 des peines soient des délits, commis souvent par des personnes pauvres ou précaires, la destruction physique et psychologique des détenus, l’incohérence de la « punition » utilisée comme moyen de prévention (inefficace), le manque d’affection et de sexe qui peuvent amener justement à des désordres psychologiques. L’auteur aborde aussi deux chapitres sur les alternatives. J’avais deux questionnements en commençant ce livre. Le premier : qu’est-ce qu’on fait des criminels multirécidivistes ? Le deuxième : les violences envers les personnes habituellement opprimées (les femmes, les personnes racisées, les personnes transgenres, les personnes qui ne sont pas hétérosexuelles, etc) ne vont pas s’arrêter d’un coup, leurs assassinats non plus. On fait quoi de ces criminels ? Ai-je été convaincue par les réponses ? Moyennement, disons que cela reste théorique à mes yeux. Et de toute façon, ce livre, qui reste donc une introduction comme je l’ai dit, doit être complété par d’autres lectures. Il parle d’autres ouvrages dans le livre, je pense que vous avez l’embarras du choix. En tout cas, cette lecture était très intéressante et ça fait vraiment réfléchir sur notre société ! (si ce n’était pas déjà le cas…)

éloge-de-l'abeille-coverÉloge de l’abeille (Sylvie Corré et Christophe Gatineau) Lire la chronique

Le titre est un peu trompeur car il ne s’agit pas de faire des compliments aveugles à l’abeille. Et encore moins à l’apiculture ! Un essai honnête et sérieux qui permettra d’en savoir plus sur l’abeille et de démonter des idées reçues. De temps en temps, les auteurs parleront rapidement d’autres animaux afin d’illustrer la situation de l’agriculture, et donc de l’abeille.

le-bleuet-une-histoire-de-bleu-coverLe bleuet, une histoire de bleu (Sylvie Corré)

Il s’agit d’un livre que je n’ai pas réussi à référencer sur Livraddict (hmm…). L’autrice parle, comme l’indique le titre, du bleuet, la fleur. On a d’abord un petit historique de la couleur bleue, de sa symbolique, puis de la fleur. Là encore, comme dans Éloge de l’abeille, je trouve que l’autrice démonte pas mal certaines idées reçues sur cette fleur, dont certaines de ses vertus. Elle explique comment celle-ci peut être cultivée, quels sont les endroits qui lui plaisent, etc. Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce livre, ce sont les photos ! Pleiiin de bleuets tous plus magnifiques que les autres, dans différentes situations, avec parfois des petits visiteurs (comprendre : des insectes). Puis vous allez être surpris : le bleuet… n’est pas que bleu. Il peut aussi avoir d’autres couleurs, ce sera à vous de les découvrir. Un beau et petit livre que j’ai apprécié lire, de bonne qualité.

insolente-veggie-mort-à-la-viande-coverInsolente Veggie : mort à la viande ! (Rosa B.)

Une BD dans la même veine que la première de la série (celle-ci est la troisième, je n’ai pas pu me procurer la deuxième pour cause de rupture de stock). Toujours sur le veganisme, certains carnistes qui sont d’une mauvaise foi affligeante (malheureusement, j’en ai rencontré des comme ça aussi, et en nombre…). Je l’ai moins apprécié que la première que j’ai lu, pour la simple et bonne raison que, même si je me suis reconnue à certains moments et que ça m’a soulagé, certaines choses m’ont mis mal à l’aise. Je trouvais déjà la première BD inégalement accessible selon certaines planches pour les personnes qui mangent encore de la viande, celle-ci ne l’est pas du tout. Vous me direz d’ailleurs que ce n’est pas le but. La cible, c’est probablement les végétariens/vegans. Dans tous les cas, je l’ai moins apprécié, bien que si vous êtes concerné, il se peut que vous aimiez bien. Les carnistes, passez votre chemin.

atlas-des-femmes-coverL’atlas des femmes (Joni Seager) Lire la chronique

Un livre rempli de graphiques et d’illustrations haute en couleur pour montrer la situation des femmes dans le monde, par pays et par catégorie. Notre situation est beaucoup moins haute en couleurs, elle…

les-corps-abstinents-coverLes corps abstinents (Emmanuelle Richard)

Si vous pensez que ce livre va parler d’asexualité, c’est que vous n’avez pas compris ce qu’est l’abstinence. Et qu’il vous faudrait lire ce livre du coup. Emmanuelle Richard a cherché des témoignages de personnes qui ont parlé de leur rapport à l’abstinence (parfois douloureux, parfois salvateur), de leur définition de l’abstinence à leurs yeux, des raisons pour lesquels ils sont abstinents et pourquoi ils pensent l’être… Ces témoignages sont très divers ! Ne pensez pas, si vous êtes dans une situation similaire, que tous vont rejoindre votre expérience, ni même votre propre définition. Il se peut même que vous considériez que certains ne sont pas du tout abstinents… Mais au pire, sans vouloir vous vexer, vous pensez bien ce que vous voulez, car c’est d’abord leur vie. L’éloignement, le fait qu’on ne ressente pas d’attirance sexuel si ce n’est pas de l’amour partagé, le ras-le-bol des injonctions patriarcales (pour n’importe quel genre), l’abstinence subie (car elle peut être choisie et c’est le cas de la majorité des constatations), des motifs religieux, des raisons de santé, vouloir être complètement indépendant des gens sur ce plan… Bref, des tas de raisons amènent à cet état d’abstinence. J’ai trouvé toutes ces histoires vraiment émouvantes à leur façon. Si ça ne vous fait pas réfléchir sur votre rapport au sexe, je ne comprends pas non plus ! L’autrice raconte aussi à chaque début de chapitre son expérience personnelle, ce qui peut parfois rapprocher le lecteur s’il a une observation similaire. Bref, j’ai trouvé tous ces récits touchants, très intéressants car ils nous font aussi réfléchir sur l’hypersexualisation de la société, mais aussi tout simplement notre rapport au sexe et à ce que l’on considère comme l’amour. Ce qui m’a étonnement et agréablement surprise, ce sont ces hommes qui témoignent sur un sujet considéré comme féminin (vous savez, la fameuse « femme frigide »). Ça fait du bien de les lire, de voir que oui, c’est possible un homme abstinent. Et que ce n’est ni un échec, ni une fatalité, ni une parodie de tristesse. J’ai beaucoup aimé ce livre de non-fiction qui m’a arraché quelques larmes tout en me rassurant beaucoup.

Changer-sa-vie-sans-changer-le-monde-coverChanger sa vie sans changer le monde (Murray Bookchin)

Un essai que j’avais hâte de lire ! Malheureusement, pour plein de raisons, j’étais très déconcentrée et angoissée, je ne suis pas arrivée à le lire comme il faut. J’ai avancé comme une tortue et je n’arrivais pas à me focaliser sur les propos tout le temps. Pourtant, c’était très intéressant et pertinent ! On trouve deux textes dans ce recueil : « L’anarchisme : révolution sociale ou mode de vie ? » et « La Gauche qui fut : une réflexion personnelle ». Dans le premier, l’auteur critique l’impasse de l’anarchisme existentiel, son individualisme, son mysticisme et son anti-technologie. Le problème de l’anarchisme existentiel est qu’avec son individualisme primaire, on ne peut pas avancer sur le terrain du social. Ce n’est d’ailleurs pas son but et c’est bien ça l’ennui. Sans du social (et sans le communisme libertaire comme il en parlera plus tard), il ne peut y avoir de révolution. D’où le titre du livre Changer sa vie sans changer le monde. On aura beau modifié notre mode de vie, ce sera comme pisser dans un violon. De plus, c’est assez égoïste (tout le monde ne peut pas le faire – coucou les collapso) et fantasmer un passé beau comme une carte postale, celui des chasseurs-cueilleurs, qui n’a jamais existé et le vendre comme le terrain de l’abondance… Non, c’est faux. Dans le deuxième texte, Murray Bookchin accuse la gauche de ne plus être ce qu’elle était, d’avoir abandonné ses idéaux et d’avoir été pris dans la spirale de la hiérarchie (moi aussi, j’accuse). Et de ne rien pouvoir faire pour celles et ceux qu’elle prétend(ait) défendre : les classes prolétariennes. Bon, bien sûr, je résume très grossièrement, sa pensée est bien plus limpide, détaillée et complète. Lisez-le juste quand vous arrivez à lire sans problème, conseil d’amie.


Un mois plutôt pas mal niveau lectures. J’avais prévenu que ce serait un nouveau mois essais ! Et même si j’ai encore envie d’en lire d’autres, je craque et je vais lire de la fiction. Je pense relire un livre pour lire la suite (qui se lit indépendamment, peut-on vraiment appeler ça une suite…), je sais que j’aime beaucoup lire l’auteur, ça me fera du bien.

Je vous avoue qu’avec l’actualité, j’ai quand même envie de continuer à lire des essais, même si ce ne sera clairement pas à la même fréquence. Qui n’a pas envie de lire sur la question des personnes noires ? (je parle surtout d’elles car je n’ai pas d’autres livres sur les personnes racisées, notamment les Amérindiens dont l’histoire m’intéresse particulièrement).

J’ai réussi à rédiger un article pour ma série « Tout en musique » mais un peu hors série… Je sens que je ne vais pas me prendre la tête pour cette rubrique et ne pas publier régulièrement, juste quand j’ai envie. J’ai donc mis quelques chansons qui me font du bien pour des raisons différentes.

Même si ce n’est clairement plus très présent sur mon blog, j’ai fait un TAG qui s’appelle « Si je m’écoutais… ». Il m’a beaucoup plu et j’ai eu envie de le faire immédiatement.

Allez ! Je ne sais pas où le mois de juin va m’amener mais… Au mois prochain !

19 réflexions sur “Bilan lectures #38 – mai 2020

      • Aaah ! Ben tu sais, c’est pas qu’une question de temps, faut vraiment être dans l’esprit de lire ça, c’est pas forcément simple. Et puis tu lis déjà beaucoup de mangas, dont tu recenses tes lectures sur ton blog, peut-être as-tu aussi peur que ça te ralentisse ? Plein de raisons font qu’on a parfois du mal à en lire.

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      • Je pense en effet que le fait que ça m’empêche de lire et d’écrire sur les mangas est le frein principal. Avant de faire ce blog, j’avais des lectures un peu plus variées. Je lisais quelques romans, des BD et comics divers et quelques documentaires chaque année, mais là je ne lis plus que du manga. Je vais quand même essayer de varier un peu surtout qu’on a à la médiathèque quelques très beaux bouquins sur les animaux qui m’intéressent, dont un sur comment on a domestiqué les loups pour en faire des chiens !

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  1. Un beau bilan avec pleins de livres qui donnent envie! 😀
    Celui sur la prison a l’air pas mal! Comme toi, je n’y connais pas grand chose, mais je pense qu’il faudrait se questionner sur des peines alternatives à la prison.
    L’atlas des femmes est dans ma PAL .
    J’avais hésité à acheter « les corps abstinents », mais je ne savais pas quel allait être le ton du livre, merci de m’en donner une idée plus précise! 🙂
    Bon mois de lecture! 😀

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    • Merci ! Oui, c’est un sujet intéressant et un peu délicat dans notre société pro-prison.
      De rien pour « Les corps abstinents » ! Dès que je l’ai vu, j’ai su que je voulais le lire 🙂
      Bon mois de lectures à toi aussi !

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  2. « L’abolition de la prison » peut m’intéresser vu la béotienne que je suis à ce sujet également. En guise d’intro, ça me semble vraiment bien fichu.
    Ton avis sur « Les corps abstinents » fini de me persuader que j’aimerais bien le lire ! D’ailleurs, tu as répondu à la question que je t’aurais posé : si des hommes témoignaient. Ca fait plaisir à savoir que ce n’est pas centré que sur le féminin. Par contre, je chipote sur ton début : « Si vous pensez que ce livre va parler d’asexualité, c’est que vous n’avez pas compris ce qu’est l’abstinence. » Personnellement j’aurais retourné la situation. Là où je voulais en venir, sans trop savoir comment le formuler : c’est l’asexualité qu’on ne comprend pas, et pas l’abstinence. Déjà que le terme d’abstinence est tabou et assez peu compris, ne parlons pas de l’asexualité dont il y a très peu de ressources françaises (à l’époque où je cherchais, du moins, de guerre lasse j’ai un peu abandonné les recherches pour avoir des livres français traitant ce sujet), et que justement, à tort, on pense n’être rien d’autre que de l’abstinence. Alors que l’abstinence tient du « choix » (pas toujours, mais c’est là où il y aurait une sorte de zone grise avec le spectre asexuel je pense), ce qui n’empêche pas de ressentir un désir, juste qu’on ne le réalise pas, tandis que l’asexualité et ses dérivés (greysexual, demi-sexuel, etc) tient sur la question de libido : le désir sexuel n’est pas ressenti, ou à petit degré, ou encore selon certains circonstances et selon où tu te places sur le spectre. Ca m’a plutôt frustrée que tu prennes ça à l’envers du coup. Enfin, c’est bien que tu parles d’asexualité, mais beaucoup encore n’ont même pas entendu ce mot alors bon..

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    • Merci pour ton commentaire ! Je te rassure, j’y connaissais rien à rien sur le sujet de l’abolition de la prison avant ce petit livre.
      Concernant « Les corps abstinents », je ne suis pas bien sûr de te suivre. De ce que j’ai compris (dis-moi si je me trompe), il faudrait plus parler des personnes asexuelles, greysexuelles, etc, parce qu’elles ne sont pas assez connues ? L’abstinence est pas vraiment compris non plus… Ca peut être choisi comme subi d’ailleurs. Il y a de tout dans cet ouvrage, donc on a forcément un témoignage (voire plusieurs) qui nous parle. Je ne suis pas trop sûre de ce que tu voulais dire, alors je ne peux pas te répondre plus…

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      • Ah non, en effet il y a eu incompréhension. Je voulais juste dire que j’avais du mal avec la tournure de ta phrase : je sais que l’abstinence est déjà très taboue, et qu’on ne considère pas certains de ses prismes, notamment qu’elle peut être subie. Mais c’est juste que le spectre asexuel est bien moins connu (rien que par le mot, même si on commence à en parler davantage) que l’abstinence, donc l’image en est encore plus faussée. L’asexualité est plus souvent confondue comme une abstinence.
        Or, comme le terme d’asexualité est moins exposé, le sens inverse de prendre l’abstinence pour de l’asexualité me semble maladroit. L’idée de formulation amène un résultat final assez proche, donc je dois chipoter pour une petite nuance.

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