Bilan lectures #47 – avril 2021

Beaucoup plus satisfaite de ce mois-ci. Je ne sais pas si cette bonne pente est exceptionnelle ou si elle va durer mais dans tous les cas, je profite du moment présent. J’ai eu une période compliquée où j’ai lu quelques romans pour me soulager un peu, et je pense qu’il va falloir que je fasse comme ça à l’avenir. Je ne peux pas rester uniquement dans une optique sérieuse à ne lire que des essais (bien que j’adore ça) car, à côté, il y a l’actualité déprimante (ou enrageante, c’est selon).

De plus, sur le plan personnel, je fais des conneries, je ne me respecte pas. Je vais essayer de mieux gérer à l’avenir, de m’écouter un peu plus, même si je suis une putain de grosse introvertie.

En tout cas, je suis contente de mon mois de lectures. Je vous les présente !

Les nouveaux prolétaires (Sarah Abdelnour)

Comme je m’en doutais, ce livre permet d’éclaircir les choses sur le sujet. En effet, le terme prolétariat renvoie souvent à un imaginaire obsolète des ouvriers d’une époque révolue. Seulement, ce n’est pas le cas dans la réalité et le prolétariat existe toujours bel et bien, il est juste différent aujourd’hui. Plus fragmenté, diront certains, et ils n’auront pas tort. On parle aujourd’hui plus souvent de précarité. Femmes de ménages, livreurs, toujours les ouvriers, certes moins nombreux… Je ne vais pas pouvoir vous en faire une liste exhaustive. Le livre non plus mais il définit assez bien les choses pour que vous puissiez cerner les métiers que ça concerne. Généralement, quand on a une situation de travail instable, on y est. L’autrice n’oublie pas de rappeler que certaines catégories de la population sont plus touchées que d’autres : les femmes, les personnes racisées, les personnes immigrées. Elle sont beaucoup plus sujettes à des CDD, des temps partiels, des métiers dangereux, mal payés, etc. Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est qu’elle mentionne bien un groupe de personnes : les chômeurs, les personnes sans travail. Parce que s’il y a des enjeux sur le « nouveau » prolétariat actif, les gens sans emploi font aussi partie d’une dynamique de société, d’autant plus qu’ils sont encore plus nombreux qu’auparavant. La méfiance et le mépris auxquels iels ont toujours fait face doit cesser. De plus, la précarité doit-elle vraiment cesser aux yeux de l’État ? Est-ce qu’il nous aide ? Est-ce que le précariat est, dans le fond, institutionnalisé ? Cet essai va permettre de clarifier la situation. Peut-être ne vous apprendra-t-il pas grand-chose non plus si vous connaissez le sujet, mais si c’est encore flou pour vous, il est bénéfique de le lire.

Les nouveaux anarchistes (Francis Dupuis-Déri)

J’ai trouvé ce livre très intéressant (mais en même temps, je m’y connais vaguement sur le sujet). D’abord, ce livre va passer en revue la situation de l’anarchisme ces dernières années (surtout les années 2000, j’ai l’impression). Il va parler de quelque chose qui se développe un peu et par laquelle je suis à moitié convaincue, ce sont les groupes d’affinités. L’auteur s’attache à les définir, comment ils se développent, à quoi ils servent, quels sont les avantages et les inconvénients de ces groupes. Ensuite, il décrit les modes d’actions utilisées par des personnes anarchistes (il n’y a pas que la tactique du black bloc dans la vie) et celles-ci sont tellement diverses qu’il est impossible de les réduire à un cliché. Une tactique en particulier m’a surprise (bien qu’elle ne le soit pas tant que ça mais laissez-moi être ignorante), celle de la clownerie, qui permet de dénoncer dans l’humour tout en étant sarcastique, de se réapproprier soi-même et de sortir du carcan habituel de la communication, souvent entravé par les codes capitalistes. De plus, des évènements comme des camps, bien que dressés souvent provisoirement pour différentes raisons, permettent de voir ce qui est applicable, les forces et les faiblesses de certaines mesures, de remettre en question des réflexes et des automatismes car on vient tou·te·s de la même société capitaliste et avec une mentalité dominatrice. Bref, si vous ne vous y connaissez pas sur l’anarchisme, ne commencez pas forcément par celui-là car il ne vous expliquera pas les bases mais une fois que vous les aurez, ce sera un des suivants.

Les enchaînés (Franck Chanloup)

Ce roman est celui de ce blogueur que vous connaissez sûrement. L’histoire débute en 1868, en Sarthe, où Victor se fait emprisonner pour meurtre à la place de son frère. D’abord au bagne à Toulon (il y rencontrera des communards par la suite, dont un en particulier), il sera ensuite transféré en Nouvelle-Calédonie. Un projet d’évasion va naître là-bas… J’ai bien aimé lire ce roman. Je ne me suis jamais ennuyée, j’ai aimé avancer dans ce récit. J’ai appris des choses (la vie des prisonniers, surtout à cette époque, m’est encore inconnue en partie). Malgré la dureté, la cruauté de certaines scènes, j’ai bien encaissé. Je n’étais pas sereine à la fin : c’est ce qu’on appelle le suspense. L’écriture est fluide et si le style m’a paru hésitant au début, je le trouve plus affirmé dans la deuxième partie du roman. Le langage peut être assez familier (quelqu’un connaissait l’expression « la boîte à dominos » ? Moi pas, je prends des notes) mais ça colle au récit, à l’ambiance dans laquelle on est. A deux reprises, l’auteur nous a montré qu’il fallait aller au-delà de l’apparence physique et j’ai trouvé ça intéressant car ça contraste avec les pensées parfois binaires que tout un chacun peut avoir. J’ai bien aimé cette lecture, ça m’a fait d’ailleurs du bien par rapport à ce que je lis d’habitude. Merci Franck de m’avoir envoyé ton livre !

Naoto, le gardien de Fukushima (Fabien Grolleau et Ewen Blain)

Cette BD sans prétention raconte l’histoire de ce monsieur japonais, Naoto, qui habitait (et habite toujours) dans la zone aujourd’hui irradiée de Fukushima. Malgré le danger, il a décidé de rester dans cette zone pour s’occuper des animaux domestiques et d’élevage, malgré leurs faibles chances de survie. Il ne les a pas laissés à l’abandon, à subir les conséquences de la catastrophe par la faute humaine (mon analyse va plus loin que « C’est à cause du tsunami »), de voir leurs vies être bouleversées à cause de l’irresponsabilité humaine, de leur fuite (imposée) et à être à la merci des équipes d’humains en combinaison blanche venues les tuer parce qu’ils sont irradiés. Ce monsieur est d’une grande humanité et sensibilité, je l’ai beaucoup apprécié. Cette BD est dispensable (aïe) mais les auteurs ont eu l’ingénieuse idée de nous faire découvrir l’histoire de Naoto pour les 10 ans de Fukushima. Ça change des récits techniques…

20th Century Boys Perfect edition, tome 6 (Naoki Urasawa)

Que voulez-vous que je vous dise ? Kanna est géniale, voilà.

Écologie sans transition (Désobéissance Ecolo Paris) Lire la chronique

Un manifeste surprenant dans le sens où il va clairement à contre-courant de ce qui nous est dit très souvent sur l’écologie dans les grands médias ou par les associations écolo mainstream. Contrairement à beaucoup, le collectif ne se met pas d’oeillères et ne vous en mettra pas non plus.

Apatride (Shumona Sinha)

Dans ce roman, on a deux voix qui ne se rencontreront jamais, même si elles sont originaires du même pays : l’Inde. Esha, expatriée en France, vit en tant que professeure d’anglais à Paris. Mina est activiste près de Calcutta pour défendre les droits des paysans. Elles sont différentes mais elles laissent à voir leurs difficultés propres. De plus, en tant que femmes, elles ont plus en commun qu’elles ne le croient en étant pourtant dans deux pays différents. Le sexisme, la misogynie ont largement leur influence sur la vie de ces jeunes femmes. Comme nous toutes, je dirais. On se reconnaît un peu, je trouve… On comprend leurs difficultés, les sentiments qui peuvent paraître basiques mais qui nous sont communs, comme la vigilance constante que quelque chose nous arrive quand on croise un homme, ce que beaucoup d’hommes prendraient pour de la parano. Mais il n’y a pas que cet aspect-là qui est évoqué. Esha subit le racisme à plusieurs reprises, à de multiples niveaux, allant du dénigrement à l’agression physique (et même de la part de personnes « ouvertes d’esprit »). Concernant Mina, c’est plutôt le classisme qui est à l’oeuvre, l’hypocrisie et l’opportunisme politique. Une femme a un lien avec chacune des protagonistes : Marie, nom chrétien mais origines indiennes aussi, elle a été adoptée par une famille française blanche. Elle navigue entre Paris et Calcutta. Si elle est parfois difficile à cerner pour Esha, elle l’est aussi pour les lecteur·ice·s malgré qu’on ait plus d’éléments qu’elle. C’est un personnage que j’ai trouvé intéressant, qui m’a aussi émue à sa façon. L’écriture n’est pas exceptionnelle mais a son petit charme qui fait de ce roman quelque chose de plus grand qu’il ne l’aurait été autrement. L’autrice a réussi à me toucher. Les réflexions soulevées par les différentes histoires sont intéressantes. Je m’attendais à une lecture moyenne, j’ai passé au contraire un très bon moment. Merci à Femmes de lettres de me l’avoir fait découvrir ! Lu dans le cadre du challenge Lire des autrices des 5 continents.

Tsubaki (Aki Shimazaki)

Par contre, là, on passe à un roman que j’aurais dû plus apprécier si j’en crois ce qu’on m’avait dit. Finalement, j’ai trouvé que c’était juste sympa, sans plus. C’est l’histoire d’une fille japonaise (Mariko) qui découvre que sa mère (Tsukiko) cachait un secret durant sa vie. Elle l’a su à la mort de sa mère car dans son testament, une lettre lui était adressée. Sa mère raconte que non, son arrière-grand-père n’est pas mort à cause de la bombe atomique, larguée sur Nagasaki le 9 août 1945, mais parce qu’elle l’a tuée… Il y a aussi une autre enveloppe, adressé à un certain Yukio Takahashi… Mais qui est-il ? Vous le sentez venir, le secret de famille ? Pas pour rien que cette saga s’appelle « Le Poids des secrets »… Pas encore lu les autres tomes et j’espère qu’ils seront meilleurs. Je n’ai pas trouvé l’écriture remarquable du tout, j’espère que ça s’arrangera par la suite. On m’a dit qu’il y avait une sorte de poésie dedans… Ben j’attends toujours de voir. Ce n’est pas en faisant tout un truc avec les camélias (tsubaki, d’où le nom du roman) que ça va me convaincre. C’est une histoire sympathique à lire mais qui ne restera pas dans mes annales.


J’espère continuer de façon aussi positive que ce mois-ci mes lectures. A bientôt !

16 réflexions sur “Bilan lectures #47 – avril 2021

  1. Apatride pourrait me plaire, je pense. Si un jour je manquais d’idées de romans… ^^
    J’avais lu les différents tomes du Poids des secrets, il y huit ou neuf ans et… je n’en ai aucun souvenir… (Ce qui en soi n’est pas signe de non qualité, vu que j’oublie tout.)
    C’est chouette que tu aies pu lire différentes choses, c’est un joli bilan ! Je te souhaite la même chose pour mai !

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  2. Je suis content que tu sois dans une dynamique positive, et l’évasion dans les romans fait aussi du bien entre deux ouvrages qui pointent tout ce qui ne va pas dans notre monde je pense 😅

    (Je n’ai pas pris le temps d’aller en librairie depuis des siècles du coup je n’ai toujours pas pris le tome 6 de 20th Century Boys, bougre de moi !)

    Je te souhaite de passer un bon mois de mai… et que tu fasse ce qui te plaît (oui, on fait ce qu’on peut pour être un peu rigolo même si je ne suis pas convaincu que ça fonctionne…).

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    • Oui, moi aussi ! Faut que je me permette de lâcher du lest parfois…

      (t’avais raison, t’es toujours à la bourre pour 20th Century Boys 😅)

      Bon mois à toi aussi ! (on verra que je fais pas d’effort pour essayer d’être drôle non plus)

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      • Moi j’essaie surtout d’éviter de trop laisser mon humour pourri prendre le dessus car je sais que tout le monde n’y goûte pas forcement.
        Mais c’est dur parfois tant je suis un petit plaisantin par nature.

        C’est pas ma faute pour 20th Century Boys, il y a des imprévus en plus de la vie de papa et professionnelle qui remplissent bien les journées…

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  3. Je pense que Les nouveaux prolétaires pourrait me plaire parce que la thématique m’intéresse et que je suis effarée des conséquences humaines des nouveaux systèmes économiques censés apportés le progrès et la liberté quand ils apportent misère et drames humains…
    Passe un bon mois de mai 🙂

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  4. Coucou Ada ! Le bouquin de Francis Dupuis-Déri me tente bien ! Je viens de lire son ouvrage sur l’abstentionnisme justement 😀
    Effectivement, faut pas se forcer à ne lire que des essais ou des « lectures sérieuses ». Lorsque j’avais été agressée pour me voler mon téléphone, j’ai eu une lecture salvatrice avec Seul dans Berlin, de Hans Fallada. J’étais super mal, du coup ça m’a fait un bien fou de me plonger dans la résistance contre le nazi, de « côtoyer » des personnages qui avaient des défis bien plus grands et plus importants que les miens ! Donc, pour te dire que c’est bien de lire des romans aussi, faut pas se gêner 🙂
    Et puis, beaucoup de choses passent par les romans, par exemple, en ce moment, je me dis qu’un roman qui se déroule pendant la Commune de Paris, ça serait aussi « sérieux » qu’un livre d’histoire à ce sujet et ça m’apprendrait beaucoup de choses. Bref, prends soin de toi et à très bientôt 🙂
    Lysiane

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    • Salut ! Oh bah faudrait justement que j’en lise un sur l’abstention, tiens ! (Ada, pense à ta PAL…)
      Oui, j’essaie de me changer les idées un peu… Je comprends que tu te sois sentie mal dans cette situation ! Parmi mes 4 lectures actuelles (oui oui), y a un Young Adult qui fait réfléchir tout en étant divertissant, c’est cool (le préquel d’Hunger Games, j’aime beaucoup pour le moment). Donc ça rejoint complètement ce que tu dis.
      À bientôt ! Bon mois de mai !

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  5. Je te souhaite de rester dans cette dynamique ! Au-delà des essais en tant que genre, je crois surtout que tu choisis ces lectures / thèmes dans des configurations pas super optimistes donc ça finit forcément par attaquer le moral. Il peut d’ailleurs en être ainsi avec des romans. Depuis l’an dernier, je fais très attention à mes choix, sachant que certains potentiellement excellent sur un plan littéraire vont me plomber humainement et je ne vois pas l’intérêt à en rajouter une couche dans un contexte général déjà pas mal dégueulasse. Mais bon, ça reste mon avis 😉

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    • Oui, tu as raison, on doit rester vigilant tout en préservant notre santé mentale. L’actualité est dégueulasse comme tu le dis ! Entrecouper certaines lectures plus sérieuses avec des lectures « plus légères », ça fait du bien. Je lis un YA (le préquel d’Hunger Games) et « C’est mon corps » de Martin Winckler et ça me fait du bien.

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