Les personnes que j’admire #1

On admire tous des personnes. On en admire peut-être plus qui soient fictionnelles, je vais vous parler de celles qui ont existé ou existent.

Je suis très attirée par les personnes humanistes, qui ont à coeur d’améliorer le monde ou d’y participer, plutôt. On peut se dire que je dois avoir des coups de coeur assez nombreux, c’est une erreur. Je ne vais pas tomber sur le charme du/de la premier·ère venu·e, juste parce qu’iel prétendra ceci ou cela. Je suis du genre méfiante, j’observe de loin d’abord et j’en tire ensuite les conclusions.

Il se peut donc que les personnes que vous admirez me laissent de marbre, et puis il y a un aspect très subjectif derrière tout ça. Peut-être qu’iels rencontreraient une grande partie de mes critères (oui, je suis exigeante) mais que voulez-vous, parfois ça ne matche pas.

Les personnes que j’admire sont donc très rares. De plus, ce qui contribue à cette rareté, c’est aussi mon exigence : selon l’époque à laquelle a vécu la personne, le lieu géographique où elle a vécu, son origine sociale, etc, je vais être plus ou moins clémente. Bref, je suis relou, n’essayez pas de comprendre le procédé car il y a une bonne dose d’instinct derrière tout ça.

Je vais maintenant vous présenter cinq personnes que j’admire. Il y en a plus que ça mais je ne les connais pas encore très bien pour certaines, alors je vais attendre. La première n’étonnera pas les habitué·e·s. C’est parti !

Albert Camus

Forcément, se diront certain·e·s. Ah ben oui, il avait forcément sa place dans cet article. J’avais déjà écrit un article sur lui, donc je ne vais pas approfondir ici, mais je vais quand même en dire quelques mots.

J’admire énormément cet homme (c’est un peu mon number one). Pas que je sois aveugle sur ses défauts (ses relations aux femmes étaient problématiques et la colonisation avait plus d’emprise sur son esprit qu’il ne le croyait) mais son humanisme sincère (parce que des personnes qui s’autoproclament humanistes alors que ce n’est que du vent, bah y a foule de ces gens) et sa franchise (quitte à s’attirer pas mal d’ennemis) m’ont séduite.

De plus, si on parle de son écriture fictionnelle, on lui reproche justement que c’est une écriture trop sèche, trop blanche. Je peux carrément le dire pour certain·e·s écrivain·e·s (notamment contemporain·e·s de notre temps) mais pour lui, c’est différent. Il arrive à faire passer des émotions et les messages qui vont avec, il réussit à être touchant (je pense à Noces et L’été surtout, mais pas que). Il m’a souvent émue aux larmes, c’est pas n’importe quel gugusse avec une écriture blanche qui va réussir à faire ça. Il est solaire dans sa façon d’écrire parfois et dans sa manière d’être aussi, c’est quelqu’un qui est optimiste (en apparence, car il avait aussi ses moments de pessimisme).

Il était très gentil, solidaire quand il faut, intransigeant mais pas dans un sens négatif (s’il estimait que quelque chose était injuste, il n’en démordait pas, il s’est d’ailleurs fait virer du PCF dans les années 30 pour ça) et il cherchait la vérité, quitte à devoir changer d’avis. Une qualité énorme, ça ne court pas les rues, celleux qui arrivent à dépasser leur orgueil sont très rares.

Bref, vous l’aurez compris : je l’adore. Tout en étant capable d’être nuancée à son propos.

Aaron Swartz

Pourquoi je ne l’ai pas connu plus tôt, lui ? Sûrement parce qu’on ne m’en avait pas parlé de la bonne manière : « c’est un génie de l’informatique », « il sait super bien coder », « il adore les ordinateurs et est super doué avec ». Ok, il a participé à créer le flux RSS et la licence Creative Commons, a contribué au site Reddit, c’était une personne très douée, admirable, mais c’est pas trop mon domaine et vu comment on m’en parlait, ça me paraissait un peu technique.

Laissez tomber les geeks et lisez la biographie de Flore Vasseur avec laquelle je l’ai découvert. Vous pouvez aussi regarder le documentaire The Internet’s own boy que vous trouverez sur YouTube en vostfr. Je l’ai adoré à ce moment-là mais il me manquait un déclic. Ce déclic-là, je l’ai eu en lisant certains de ses textes, réunis dans le livre Celui qui pourrait changer le monde (ce titre est naze). Lui-même disait que l’informatique n’était pas le domaine dans lequel il voulait se retrouver, qu’il avait d’autres projets, particulièrement l’écriture.

Dans ses textes, on voit rapidement qu’il souhaite plus de motivation générale pour des valeurs qu’il considère essentielles, dont une qu’on a en commun : l’honnêteté. Beaucoup le trouvaient trop chiant car intransigeant. Personnellement, je dis que si vous n’êtes pas prêts à vous plier à vos propres valeurs alors que vous les gueulez super fort et que vous en tirez des bénéfices (sociaux, la plupart du temps), il vaut mieux fermer sa gueule. Il dit la même chose aussi. Et c’est un gars qui avait fait ses preuves. Tirez-vous, les white gauchos, ce blog n’est pas pour vous.

Il était aussi doué pour la pédagogie ! Il aimait apprendre aux autres. Etait-il efficace, pas élitiste ? Je pense mais en suis-je certaine ? Non. Mais ça a l’air de par ses textes dans la partie « Non-scolarisation ». Il était persuadé (à raison) qu’on ne nous enseignait pas vraiment les choses, que l’école était une excuse pour autre chose… Il était, en plus de ça, d’une gentillesse mal reconnue et doté d’une capacité de compréhension impressionnante. Sans parler qu’il était capable de se remettre en question… Est-ce que j’ai pleuré en lisant le recueil de ses textes ? Naaan, vous n’avez aucune preuve.

Simone Weil

La meilleure ! Pourquoi n’est-elle pas plus connu que ça ? A cause de son homonyme (l’ancienne ministre de la Santé Simone Veil) ? Ou parce que ses idées dérangeaient trop de monde ? Probablement un peu des deux.

Je l’ai connu en lisant La Condition ouvrière, elle m’a impressionnée de par sa gentillesse et la justesse de ses propos. Idem lors de petits textes que j’ai lu d’elle. Sa générosité ne l’empêchait pas de se mettre en colère (de façon mesurée mais en apparence seulement, ça bouillonnait forcément quelque part) pour des causes qui lui paraissaient justes. Elle aussi réclamait l’honnêteté et une certaine intransigeance envers ses propres valeurs (je crois que les trois premiers de la liste ont ça en commun, ça en dit long sur moi). De plus, elle a le sens du sacrifice (vraiment pas pour les white gauchos, cet article).

Elle était très intelligente, elle était philosophe, certes, mais ce n’est pas une garantie de quoi que ce soit. Elle n’hésitait pas à aller sur le terrain, et pendant un long moment, comme pour son livre La Condition ouvrière (plusieurs mois à travailler en usine). Elle n’avait pas, malgré ses origines sociales, de mépris, de sentiment de supériorité et d’arrogance envers les classes sociales populaires. Normal, diront certain·e·s, mais surtout très rare.

Ce qui ne me parle pas forcément en tant que personne athée (elle est catholique), c’est que sa croyance fait partie intégrante de ses raisonnements. C’est un peu perturbant au début (parfois, ça met mal à l’aise), mais au fur et à mesure, même si on n’est pas forcément d’accord avec elle, il y a quand même une partie du fond qui a sa pertinence. Et on finit par applaudir mentalement. C’est dire la validité de ce qu’elle avance, leur bien-fondé. Vous croyez que c’est trop fort de parler de « génie » ?

Bref, je l’adore, je ne vais pas monter un autel pour elle non plus mais si vous y tenez… (non, je déconne, elle aurait détesté ça en plus)

James Baldwin

Un auteur que je ne m’attendais pas à adorer ! A la base, j’achetais juste un recueil d’interviews pour en savoir plus sur les pensées de Martin Luther King et Malcolm X. Il y avait aussi James Baldwin mais je ne le connaissais pas. Résultat des courses : c’est lui dont j’ai le plus aimé l’entretien ! Je m’étais promis d’en apprendre plus sur lui, et j’ai donc commencé par le documentaire de Raoul Peck, I am not your negro.

Par la suite, j’ai lu deux romans de lui et quelques essais. Ses romans sont sensibles et intelligents, tout comme la non-fiction. Hâte d’en lire plus de lui, j’ai l’impression d’être à la rue côté fiction. Par contre, j’ai lu pas mal d’essais et tout y est : justesse, intransigeance, intelligence du propos et de l’analyse, gentillesse. Sévère mais juste.

Étant une personne noire, il a forcément vécu le racisme et a soutenu largement les mouvements noirs militant pour les droits civiques. Il n’était pas dans un camp : il appréciait les deux positions de MLK et Malcolm X (il préférait ce dernier ceci dit). Et en tant que personne blanche, j’ai appris sur le sujet, et surtout l’humilité, le respect, l’effacement s’il y a besoin. Il m’a souvent amené les larmes aux yeux : même en étant carré, il réussit à émouvoir.

C’était un grand homme, doté d’une forte lucidité, qui a dû beaucoup le faire souffrir. Il était aussi homosexuel : je vous laisse deviner que ses ennuis ne s’arrêtaient pas au racisme… Il était pourvu d’une grande sensibilité qui l’éveillait à la souffrance des autres, notamment celle des femmes. Je le précise car ce n’est pas courant chez un homme. Ça le rend un minimum digne de confiance et aussi digne de l’écouter. Les autres…

Bref, je l’aime beaucoup, j’ai beaucoup d’affection et d’admiration pour lui. (son sourire est magnifique, on est d’accord ?)

Svetlana Alexievitch

C’est celle que je connais le moins parmi ces cinq personnes. Mais je n’ai aucun doute sur le fait que mon embryon d’admiration va se confirmer et continuer à grandir.

Je sais que tout le monde pense à son livre La guerre n’a pas un visage de femme mais il est encore dans ma PAL. J’ai lu d’abord La fin de l’homme rouge et ensuite La supplication, je les conseille vivement tous les deux. Je les ai adorés, je me suis prise une claque à chaque fois, j’ai bien chouiné aussi.

L’œuvre de l’autrice est décrite comme « polyphonique », elle retranscrit avec un ton poétique plusieurs témoignages (très divers, comme on le voit dans La fin de l’homme rouge), ce qui restitue, de par leur diversité, de par les différents profils des témoins, en grosse partie une situation donnée. Bref, elle cherche une forme de vérité (oui parce que LA VÉRITÉ en majuscules, c’est plus difficile) et j’apprécie ça.

Je pense qu’en cherchant la vérité, elle veut aussi que les gens puissent s’exprimer et leur rendre en petite partie justice (sûrement la raison pour laquelle Loukachenko, le président de la Biélorussie, ne peut pas la piffrer quitte à avoir censuré ses livres). Elle est aussi très critique envers les opposants du gouvernement et j’apprécie particulièrement car ça prouve qu’elle n’est pas hypocrite, qu’elle ne veut pas faire tomber son gouvernement à n’importe quel prix.

Bref, je l’aime beaucoup et je pense que ça va continuer sur cette voie.


Je sais ce que vous allez dire : que des écrivains ou presque (Aaron Swartz a un profil un peu hybride). Quand j’aurais la foi d’écrire le deuxième article (comptez pas avant quelques mois), il y aura au moins un sportif, ça changera.

Je ne sais pas si j’ai réussi à retranscrire mon admiration pour ces personnes, j’espère que oui. Dîtes-moi ce que vous en avez pensé ! Il y a une personne en particulier que vous kiffez ?

11 réflexions sur “Les personnes que j’admire #1

  1. Je ne « connais » que deux personnes.. Albert et Svetlana.. Bien que j’aie des romans d’eux dans ma pile, je n’en ai lu aucun !
    Merci pour cet article qui permet de mettre en lumière certaines personnes qui le méritent, tous à leur niveau.
    Bon week-end.

    Aimé par 1 personne

    • Merci à toi surtout !
      C’est déjà pas mal ! Je peux pas encore conseiller trop de romans pour James Baldwin mais je pense qu’il est sûrement intéressant pour beaucoup, tu peux tenter je pense.
      Bon weekend !

      Aimé par 1 personne

  2. Coucou Ada ! Je trouve la démarche très intéressante ! Mais je ne la partage vraiment, je n’admire pas des gens que je ne connais pas personnellement.
    Par exemple, dans mon métier et ma passion, l’édition et la lecture, je me garde bien d’admirer les auteurices, car après on est toujours déçu·e. D’autant plus qu’on ne peut pas s’expliquer avec elleux pour mieux comprendre leur vie intérieure et leur parcours. En revanche je vais « piédestaliser » des oeuvres, des créations 🙂
    J’adooore les travaux de Svetlana Alexievitch, ils sont dans mon panthéon des livres à lire ❤ J'ai rarement senti autant d'humanité que dans ses textes, j'ai rarement autant pleuré qu'en la lisant ❤
    Ton article est tout de même pour moi une super invitation à lire : je note de lire La Condition ouvrière de Simone Veil (elle a un piercing au nez ?) et James Baldwin (je ne savais pas qu'il avait aussi écrit des romans) !!
    Au plaisir de te lire,
    Lysiane

    Aimé par 1 personne

    • En fait, je comprends ton avis car je suis très méfiante, donc j’ai très rarement des coups de coeur, ou alors j’admire après observation. Et puis les personnes que j’admire ne sont pas parfaites (Camus ne l’était pas contrairement à ce que certains de ses fans prétendent ou sous-entendent), je pense que l’important, c’est d’en être conscient car ça doit être plus facile de s’en « débarrasser » après (c’est un peu cynique la façon dont je le dis mais tu vois l’idée).
      Je crois pas que Simone Weil a eu un piercing au nez… Je suis pas sûre… Sinon, oui, Baldwin a écrit des romans ! C’était d’ailleurs sa principale activité.

      J'aime

  3. Magnifique, cet article ! J’ai mis du temps à le lire, désolée, mais j’adore la démarche ! On sent vraiment ton admiration pour ces personnes et ton article me laisse à penser qu’il est incontournable de les lire un jour (parce que je n’en ai lu aucun·e !).
    Le documentaire I am not your negro est dans mes « A voir » depuis sa sortie, mais là, tu rends le visionnage urgent !
    Merci beaucoup pour ce partage !

    Aimé par 1 personne

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