Bilan lectures #48 – mai 2021

Ce mois-ci a très bien commencé mais s’est un peu terminé en eau de boudin (trop fatiguée pour lire). Je suis quand même satisfaite grâce à la première moitié du mois, j’ai pu lire un roman (le premier de la liste) auquel je voulais m’atteler depuis un moment !

Hunger Games : La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur (Suzanne Collins)

Je m’attendais à aimer ce livre, mais sans plus. En réalité, je l’ai beaucoup aimé. C’est un préquel de la trilogie d’Hunger Games, donc ce petit avis risque de n’intéresser que celleux qui l’ont lu. Je me souviens que, quand il est sorti, il y a énormément de mécontentement quand le sujet a été révélé : on allait se retrouver de nombreuses décennies avant l’histoire qu’on connaît et le roman allait se centrer sur le méchant de l’histoire, Coriolanus Snow. Quelle est son histoire à lui, comment-a-t-il évolué pour devenir celui dont on a fait connaissance dans la trilogie de base ? Beaucoup de fans n’étaient pas contents : on s’en fiche du méchant, on veut voir Haymitch ! (le mentor de Katniss) Sans partager leur colère, je me disais aussi que j’aurais préféré que ce soit lui, mais Suzanne Collins devait avoir ses raisons d’avoir plutôt écrit sur Snow. Et des raisons tout à fait justifiées et intéressantes ! Pour résumer vite fait ce qu’il en est : Coriolanus Snow, futur président de Panem, était pourtant très mal parti. Une famille autrefois glorieuse qui se retrouvait sans le sou à cause de la guerre face aux districts… Il se retrouve en tant que mentor aux Hunger Games et s’il y voit une manière d’élever son statut, sa joie n’est que de courte durée : on lui donne comme tribut la fille du district 12, Lucy Gray. Je ne vais pas trop en dévoiler plus, juste dire ce que j’ai trouvé intéressant dans ce récit. Sans spoiler, on voit que les adultes à Panem ne sont pas dignes de confiance, dans le sens où si ce sont des personnes insensibles envers les enfants des districts, ils n’ont pas énormément d’égard pour ceux de Panem non plus (je parle de la classe dirigeante). Le cynisme est donc à l’œuvre et pas que sur ce point. Ensuite, ce livre permet de réfléchir (si ça n’a pas déjà été le cas avant de manière plus approfondie) sur la démocratie et la liberté. Coriolanus Snow va faire face à des opinions inverses, à du fatalisme sur la nature humaine, avis qu’il va partager. Je trouve (mais c’est mon avis en tant que gauchiste) qu’on voit bien, à travers Coriolanus et son éducation bourgeoise, qu’on ne peut pas faire confiance aux bourgeois, que leurs valeurs ressortiront toujours pour le pire. Heureusement, sa relation avec Lucy Gray va apaiser un peu les choses, aurait presque pu donner de l’espoir sur le développement de ce personnage, les réflexions abordées à travers ces deux personnages sont dignes d’intérêt… Ça souligne l’ambivalence à son sujet et ça le rendrait presque sympathique. Mais bon, on sait ce qu’il est advenu de lui après. Pas si simple. Bref, je ne vais pas trop m’étendre dessus mais j’ai beaucoup aimé ma lecture, je l’ai trouvé fluide et intéressante. L’autrice a su m’accrocher et je n’ai pas trouvé de longueurs. Aux personnes qui l’ont lu aussi : vous n’avez pas trouvé qu’il était un tantinet mieux écrit que la trilogie de base ? Je ne sais pas si je m’en souviens assez pour juger.

Asadora !, tome 4 (Naoki Urasawa)

Celui-ci était sorti depuis quelques mois mais ce n’était pas ma priorité. Et le cinquième tome ne va pas sortir de sitôt, donc j’aurais même pu l’acheter plus tard. Mais bon, ça fait du bien de lire Urasawa, c’est impressionnant de voir autant de choses s’enchaîner de façon logique et raisonnée. Asa est toujours aussi admirable de par son courage : elle réussit plutôt bien, pour le moment, à alterner entre sa vie lycéenne et sa vie secrète pour abattre le monstre, qui a dévasté son village et tué une partie de sa famille quand elle était petite, avec l’aide des services secrets japonais (qui veulent, eux, faire en sorte que les JO se déroulent sans accroc). Elle a de la chance de ne pas être seule car ces derniers sont assez cyniques et n’hésiteront pas à la sacrifier s’il le faut… L’action va probablement commencer au prochain tome !

C’est mon corps (Martin Winckler)

Un livre dont j’ai été assez satisfaite. Vraiment, c’est le genre de livres qu’on aurait aimé lire en tant qu’ado fille cis (je reviendrai sur ma précision). L’auteur y détaille en plusieurs parties des étapes de notre vie de femme cis : les règles, la contraception, la maternité, la ménopause, etc. Mais ce n’est pas tout : sont aussi abordées les maladies qui touchent spécifiquement l’appareil génital féminin, les relations avec les soignants, et certains clichés sur les différences entre hommes et femmes (cis). Tout ceci est fait avec une grande ouverture d’esprit, une certaine empathie et une application certaine de la déontologie. L’auteur (qui a été médecin) est, certes, un homme cis, mais il connaît quelques trucs, qu’il nous partage, tout en nous rappelant que si on ne veut pas suivre le chemin que veut nous faire prendre un docteur, on en a le droit. Si le médecin en face de vous insiste (et en plus avec condescendance et colère), c’est de la maltraitance, iel n’est plus du tout dans son rôle. C’est un très bon livre pour les femmes cis, il a été très agréable à lire, on y apprend plein de choses, des éléments qu’on croyait acquis ne le sont en réalité pas pour tout le monde, des croyances qu’on a pu avoir ou qu’on a encore sont démontées. Petit bémol (vous l’aviez senti venir à force que je parle de femme cis spécifiquement) : il y a un côté transphobe dans ce livre. Pas forcément volontaire de la part de Martin Winckler, il y a une partie où il parle des personnes trans et des personnes intersexes, c’était très intéressant, vraiment. Mais du coup, je ne sais pas… Quand il parle de femmes, il entend « femmes cis avec un vécu de femmes cis ». Même si les personnes susmentionnées existent bel et bien pour lui, je n’ai pas forcément trouvé que l’angle était assez ouvert pour elles (je pense surtout aux personnes trans). Compliqué à faire pour une personne cis mais loin d’être impossible… Donc pour les personnes transgenres, il faut le dire : il y a sûrement mieux pour vous. En tant que femme cis, je l’ai trouvé très chouette.

Se faire virer (Manon Delatre)

Dans ce petit livre, l’autrice nous raconte comment elle en est venue à se faire virer de son travail : elle était projectionniste dans un cinéma. On lui a refusé une rupture de contrat conventionnelle… A travers son récit, elle décrit ses émotions, à quel point la direction (et même celui dont elle croyait être une sorte d’ami) est obtus dans cette histoire, jusqu’où ça l’a amené psychologiquement (si vous avez été en dépression, vous savez aussi que ça se répercute sur le plan physique). C’est finalement une très belle démonstration de la toxicité du monde du travail (un texte parfait pour une convertie comme moi). Mais ce n’est pas tout. Un texte se trouve à la suite de celui-ci : Camera Obscura. Dans ce dernier, l’autrice raconte tout ce qu’elle a vécu dans le monde petit et fermé du cinéma, à commencer par ses études. Il y avait déjà eu des signes que ça allait mal se passer, grosse confirmation une fois entrée sur le marché. Un élitisme et un copinage flagrants et insupportables… Sans compter que souvent, les relations sont assez superficielles, l’arrogance est acceptée, voire valorisée (vous savez, celle qui amène à la condescendance des « petits »). Deux récits touchants et fluides à lire.

Sororité (collectif dirigé par Chloé Delaume) Lire la chronique

La sororité est un concept que vous avez sûrement souvent vu revenir dans les milieux féministes, au moins par le nom. Mais on en a pas tou·te·s la même vision. Chloé Delaume a recueilli des textes de plusieurs femmes qui ont chacune abordé le sujet à leur façon, selon des angles différents. Un livre intéressant et accessible.


C’est un mois relativement court mais je n’en suis pas frustrée pour une fois, sûrement parce que je n’ai eu que de bonnes lectures. Je ne m’avance absolument pas pour le mois de juin, ni même pour les prochains, c’est l’incertitude.

Sinon, si ça vous intéresse, j’ai publié un article (probablement le premier d’une série) sur les personnes que j’admire. Dîtes-moi tout sur les vôtres !

Au mois prochain !

10 réflexions sur “Bilan lectures #48 – mai 2021

  1. Je te souhaite un très bon mois de juin pour commencer.

    Pour ce qui est de tes lectures, je ne peux pas trop rebondir sur Hunger Games car ce n’est pas trop ma came. J’ai juste vu les films à vrai dire et je n’ai pas ressenti le besoin de lire les livres.

    Pour Asadora, il me semble que le tome 5 va quand même arriver dans les prochains mois ! Il a été long à paraître au Japon mais Kana semble être réactif. Je sais que Urasawa fait beaucoup de poses dans la publication car il n’a plus la santé assez solide pour enchaîner. Quand je faisais des recherches sur Billy Bat, j’ai vu que déjà là il faisant des pauses régulières mais semblait les organiser pour toujours écrire de quoi faire un tome complet quand il se remettait au travail, pour ne pas trop frustrer les lecteurs et lectrices.

    Enfin pour Martin Winckler, on a pas mal de ses ouvrages à la médiathèque et j’avais déjà constaté qu’il travaillait beaucoup de questions autour de problématiques touchant les femmes (il me semble qu’il a notamment écrit sur l’avortement), cet ouvrage a des chances d’atterrir à la médiathèque.

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    • Merci beaucoup ! (et à toi aussi, évidemment)

      Pour Asadora, je n’ai qu’une chose à dire : youpi ! Je pensais ronger mon frein jusqu’à au moins décembre. Si ça sort avant, tant mieux ! Que le mangaka fasse des pauses, son métier a l’air éprouvant. Pas comme s’il n’y avait pas d’autre chose à lire en attendant !

      Oui, il a écrit quelques romans mais aussi des essais. Je ne suis pas au courant de tout mais il a l’air assez impliqué sur le sujet de l’avortement, oui.

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  2. Que de belles lectures !

    Je n’avais pas encore vu passer de critiques sur C’est mon corps, alors merci pour ton avis. C’est vraiment dommage cette transphobie sous-jacente. C’est bien que l’auteur n’oublie pas totalement les femmes trans, mais vu ce que tu dis on a vraiment l’impression que pour lui leur cas est finalement secondaire et marginal… Ca doit être violent pour une femme trans de lire un livre comme ça, qui promet de parler des femmes en général, mais qui en réalité se concentre sur les femmes cis.

    Pour le prequel d’Hunger Games je suis trop contente qu’il t’ait plu !! Moi aussi j’étais sceptique quand on a su que ce livre serait centré sur Snow… Mais finalement c’était une excellente idée ! Non seulement parce que ce personnage se révèle étrangement attachant, mais aussi parce que c’était sûrement la manière la plus judicieuse de nous montrer la naissance des Hunger Games. Concernant l’écriture c’est fort possible que son style ait évolué oui ! Globalement, ce tome est plus mature et plus profond que la trilogie.

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    • Oui, pour « C’est mon corps », c’est un très bon livre mais cet aspect est très dommageable, j’ai préféré prévenir pour que nos soeurs trans ne se fassent pas avoir.

      Oui, j’ai trouvé aussi que ce préquel était plus profond !

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  3. Je n’ai pas lu Se faire virer mais, en me basant sur ton propos, je suis quand même effarée par la naïveté dont semble faire preuve l’autrice : un « ami » dans le monde professionnel est une notion qui me laisse franchement perplexe et ce qu’elle semble découvrir sur le monde du cinéma, même vu de l’extérieur, j’aurais pu en dire autant (et m’abstenir de tester du coup). Bref, je crois quand même que certaines expériences et certains ressentis sont partiellement de la responsabilité de la personne qui se plaint.

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    • Aha, oui, pour « l’ami » directeur, j’ai ricané. Je suis même pas cynique : il y a très rarement de réelle amitié dans le monde du travail, et encore moins entre un supérieur et son employée. Ca n’existe clairement pas de façon sincère…
      Je ne pense pas que ce soit forcément sa responsabilité directe : beaucoup de personnes rêvent du monde du cinéma. L’envers du décor est souvent nié… Si elle était entourée de gens absolument pas prêts à dénoncer ça, à la révéler, c’est normal qu’elle soit tombée dedans au début. (bon, au moins, elle va changer de voie, si ce n’est pas déjà fait…)

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    • C’est même pas volontaire je pense (il en parle bien), c’est juste que comme il parle du corps des femmes cis et qu’il dit « les femmes » à chaque fois… Certains hommes ont aussi un corps féminin. Je sais pas trop sous quelle approche il aurait pu le faire pour blesser le moins de monde possible. C’est pour ça que j’ai préféré préciser à qui ça s’adressait.

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  4. Oh j’avais oublié ce prequel de Hunger Games, il faudrait que je le tente un jour 🙂 Et pour Martin Winckler, j’ai découvert ses messages à travers l’adaptation en BD du Choeur des Femmes et j’ai beaucoup aimé cette lecture, il va donc bien falloir que je m’attaque à ses livres prochainement !

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