Nos amours radicales – les livres féministes #29

Quand j’ai su qu’un tel livre allait être publié, je ne suis pas passée à côté. Huit personnes ont chacun.e écrit un texte sur leur vision de l’amour hétéropatriarcal. Ce dernier n’est pas aussi heureux qu’on ne veut nous le faire croire : c’est un lieu de reproduction des normes patriarcales après tout. De plus, il a tendance à être hiérarchisé au-dessus de tout type de relation, que dis-je, il y en aurait qu’une en plus (faux) : l’amitié qui, selon notre société, ne vaudrait pas grand-chose face à l’amour (hétéro, l’homophobie est une tradition dans ce pays).

Cet amour hétérosexuel monogame apporterait soit-disant le bonheur. Pour qui ? Là est la question… Enfin, pas pour les féministes. Nous, on sait quoi répondre. En tant que femme (c’est différent pour les hommes), on nous le vend depuis notre plus tendre enfance comme le modèle ultime à atteindre. Il y a une réelle injonction à être en couple (sans compter qu’il faut aussi construire le reste avec : habiter ensemble, avoir une maison, des enfants…).

Ce schéma peut ne pas plaire à des hommes, me direz-vous, mais là n’est pas la question par contre. Qui est vraiment lésé par ce genre de relations ?

Je pense qu’il est important de critiquer l’hétérosexualité politique, lorsqu’on est une femme qui a du désir, de l’attirance (physique, romantique et/ou sexuelle) pour les hommes cisgenres. Il en va de notre survie et de notre émancipation, le désir ne suffit pas à rétablir la justice et à éliminer tous les systèmes d’oppression.

– Sharone Omankoy

Pour que ce raisonnement se fasse, il faut déjà connaître ce qu’est le système patriarcal et ce qu’il implique. Sans ça, vous passerez à côté.

Les auteur·ice·s ont tou·te·s un vécu différent et donc, des questionnements variés. Si vous croyez que ce livre ne représente que le point de vue d’une femme blanche hétéro cis, vous vous trompez. Ceci dit, il manque très clairement le témoignage d’une personne non-valide : toujours les grand·e·s oublié·e·s, j’ai l’impression. Pourtant, la problématique de l’AAH quand on est en couple n’est pas qu’une question de validisme : elle l’est mais elle renforce aussi des problématiques patriarcales.

Sinon, il y a des témoignages de personnes racisées et aussi deux personnes queer. J’ai trouvé ces histoires, ces argumentations très intéressantes. Quand on est une femme blanche hétéro cis, ça permet de se décentrer un peu. De penser à autre chose qu’à nous-mêmes. Les normes patriarcales sont une nouvelle fois à l’œuvre, avec le racisme comme allié sûr (il s’exprime souvent par le fétichisme, des stéréotypes sur les femmes selon leur origine, que ce soit au niveau du caractère ou au niveau de la dimension sexuelle).

L’homme trans qui témoigne apporte aussi des éléments pertinents. Ayant d’abord réalisé qu’il était lesbien, il a interrogé les représentations hétéropatriarcales d’une relation homosexuelle ou bisexuelle (spoiler : c’est faux et malsain), c’est toujours ramené d’une certaine façon à l’homme hétéro cis. Il soulève aussi la pression quotidienne à se plier au modèle du couple homme-femme. Et puis il a vu, comme nous tou·te·s, la pauvreté des schémas relationnels existants.

J’ai du mal à y croire parce qu’on m’a toujours appris qu’entre être ensemble et être séparé·e·s, il n’y avait rien de possible. Aujourd’hui, je comprends que c’est un mensonge de plus à ajouter à la longue liste des mensonges que la société nous fait avaler. Entre être ensemble et être séparé·e·s, il y a un monde de possibles. Il y a une infinité d’alternatives à construire, un espace sans limites à explorer, à partir du moment ou l’on s’octroie le droit d’être pleinement maître·sse de nos vies.

– Nanténé Traoré

Comme vous pouvez le voir, ce livre ne se contente pas de nos questionnements de femme blanche hétéro cis. Il offre différents points de vue qui se rejoignent sur un fait : le schéma de couple hétéropatriarcal n’est pas le seul existant, ni celui à souhaiter. Si vous êtes féministes comme moi, vous avez peut-être vécu en couple, vous avez observé les autres, vous en avez peut-être tiré les mêmes conclusions ou ne pouvez pas mettre de mots dessus, sur votre malaise.

Il n’y a pas que les questions de féminicide, d’égalité salariale. Je ne sais pas si les hommes qui me lisent s’en rendent compte mais les exigences envers vous sont très basses. Vous faîtes une (petite) partie du ménage et on vous félicite pour ça ? La charge mentale (penser à le faire et quoi et quand le faire) est quasi toujours pour la femme. On coupe la parole plus souvent à des femmes, elles ne sont pas autant représentées médiatiquement que les hommes (quand elles le sont, c’est souvent parce qu’elles représentent des idées fascistes, néolibérales ou qui ne secouent pas trop le statut quo – et parce qu’elles sont dans les normes de beauté). Si une femme dit la même chose que vous, vous serez privilégié, c’est vous qu’on retiendra, vous qui serez félicité, que la femme soit en couple avec vous ou non n’y changera rien. Vous penserez peut-être que c’est dommage mais vous ne ferez rien.

Je suis mauvaise ? Il y a des statistiques pour ça, qui complètent mes observations. Il y a assez de livres, de podcasts, d’articles, de vidéos sur ces sujets, alors ne me demandez pas des comptes ou vous aurez la réponse que vous méritez. (et si vous pensez que je ne fais que râler à titre personnel, ne lisez pas cet ouvrage alors)

Je serais violente car je fais des généralités. J’ai passé les premières années à tout rédiger de la façon la plus évasive possible qui soit, dans le seul et unique but de ne pas les braquer. Et malgré cela, inlassablement, ils m’accusent tous de les mettre dans le même panier. J’ai essayé, persisté, changé de stratégie à l’infini… puis j’ai fini par leur donner ce qu’ils semblaient réclamer à cor et surtout à cris. Après tout, si vous y tenez, messieurs ! Pourquoi me fatiguer à vous brosser dans le sens du poil, armée d’une brosse en crin de poney, alors qu’un courant d’air vous décoiffe à vie ?

– Anaïs Bourdet

Le ras-le-bol est partagé (féministe depuis 2012, vous allez rien m’apprendre). Il est dangereux d’être en couple avec un homme, que ce soit sur le plan physique ou psychologique (à plus ou moins forte dose).

En effet, les mecs en couple, bien que « gentils », se contentent de trop peu. C’est bien de parler de domination, de capitalisme, il faudrait songer à réfléchir à l’intersection de tout ça, de la propriété privée, avec le patriarcat. C’est souvent un élément qui fout en l’air des couples. Il ne peut pas y avoir de relation honnête dans ce genre de configurations. Notre beauté physique et d’autres éléments de soumission seront supérieurs au reste car nous avons plus de valeur en tant que trophée qu’en tant qu’être humain qui n’ouvre pas la bouche dans le but de ne pas vous vexer à tout prix.

Ce livre m’a fait beaucoup de bien, j’ai vu à travers ces huit textes que mon ressenti, mes doutes, ma colère, étaient partagé·e·s. Ils ne sont pas tous égaux, que ce soit en terme d’écriture comme de contenu, mais concernant ce dernier point, ça va sûrement dépendre des lecteur·ice·s, les textes que j’ai aimés le texte de Lou Eve, mon préféré) ne seront pas les mêmes pour vous. Il permet de se désillusionner de pas mal des croyances qu’on a voulu nous inculquer (souvent avec succès car c’est bien incrusté en nous !) et remet au centre quelque chose qu’on a voulu nous faire oublier : la confiance en soi.

Si vous croyez encore plus en vous-même, cela vous aidera à prendre vos distances avec l’idée d’être en couple à tout prix. Vous le serez en votre âme et conscience, si vous en avez envie et avec la bonne personne. Les compromis seront ceux que vous accepterez et ça ne diminue pas votre qualité de féministe pour autant. J’espère aussi que ce recueil de textes vous fera un bien fou comme il m’en a fait à moi.

Mais la vérité est qu’il n’y a pas d’âme soeur, pas de moitié parfaite qui nous complète. Juste nous. Nous sommes le facteur commun à toutes nos histoires. Nous sommes seulement conditionné·e·s à croire que si nous pouvions trouver la bonne personne, tous nos problèmes disparaîtraient. Mais c’est un mensonge. Personne d’autre que nous-mêmes ne peut guérir nos blessures. Combler nos besoins affectifs.

– Axelle Jah Njiké

Les auteur·ice·s de l’ouvrage (+ les pseudos Instagram) :

  • Sharone Omankoy (@/le_kitambala_agite)
  • Léane Alestra (@/mecreantes)
  • Emanouela Todorova (@/disbonjoursalepute)
  • Lou Eve (@/la.charge.raciale)
  • Axelle Jah Njiké (@/axelle_jah_njike)
  • Nanténé Traoré (@/feministangst)
  • Sabrina Erin Gin (@/olympereve)
  • Anaïs Bourdet (@/mauvaisecie)

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