Dix questions sur le féminisme, de Valérie Rey-Robert – les livres féministes #30

Je ne pense pas que les féministes qui viennent voguer par ici soient forcément intéressées par ce livre. Par contre, c’est un très bon guide pour les personnes qui n’y connaissent pas grand-chose sur le sujet ou qui ont des préjugés.

J’ai été agréablement surprise par cet ouvrage. Je le trouve très actuel dans ce qu’il aborde, je m’attendais à quelque chose de plus consensuel. Mais j’avais oublié qu’il avait été rédigé par Valérie Rey-Robert, autrice et tenante du blog Crêpe Georgette qui n’est plus à présenter pour les connaisseur·se·s.

Tout d’abord, l’introduction est très rapide (deux pages) où l’autrice donne une définition du sujet qui n’est pas bâclée comme on pourrait le croire. De plus, elle est ferme dans ses propos dès le début, ne laissant pas de place aux petits malins qui oseraient passer par là (on sait que non mais on ne sait jamais).

Le premier chapitre aborde l’histoire du féminisme (occidental, on ne va pas se mentir). Il permet de remettre les pendules à l’heure sur les rumeurs qui traînent… mais pas que sur l’histoire du mouvement. Ce sera le cas pour tous les autres sujets abordés sous le prisme du féminisme. Ça répond à l’argument « les féministes, c’était mieux avant ».

Là où on en revient à l’aspect actuel du livre, c’est que son chapitre sur les concepts du féminisme décortiquent des termes largement usités dans la sphère féministe de notre temps et qui sont souvent l’objet de mécompréhensions, de jugements erronés parce que certains médias mainstream et autres acteurs pas bienveillants sur le sujet répandent de fausses idées dessus.

Valérie Rey-Robert mentionne des chiffres à foison sur des sujets aussi divers que les violences physiques et sexuelles, la contraception, la précarité menstruelle, la politique, la présence féminine dans les médias, etc. Je me dis que cette partie-là pourra paraître lourde pour les novices (après tout, c’est l’équivalent de pas mal de baffes dans la tronche si on est naïf·ve·s) mais c’est à ces dernier·ère·s de le dire.

Je me dis que pas mal d’hommes pourrait lire ce livre (plutôt que ceux écrits par des hommes qui plagient les féministes oklm – ça dénonce par ici) de manière générale mais une partie risque de les pousser dans leurs retranchements de mauvaise foi : celle sur la famille hétérosexuelle qui reproduit les dynamiques oppressives patriarcales. Ça va freiner des quatre fers chez la majorité de la gente masculine mais les faits sont là, déso pas déso. Chez certaines femmes aussi, la réalisation risque de faire mal…

Le cinquième chapitre évoque un sujet qui est soit nié, soit minimisé : la pauvreté et la précarité chez les femmes. Leurs conditions économiques. Les inégalités salariales (je ne vous ai pas appelés ici, les mascus !). Le court format du livre ne permet pas forcément d’aborder toutes les sources mais ce chapitre est un des plus fournis. Oui, il y a des inégalités sur le congé parental, la retraite, les emplois précaires qui emploient plus de femmes, etc.

Le prochain traite d’un sujet qu’on n’imagine que sous un seul angle : les violences envers les femmes commises par des hommes. On se dépeint très souvent les violences physiques et conjugales, mais il n’y a clairement pas que ça, c’est même l’arbre qui cache la forêt. On trouve aussi les violences médicales, les oppressions à l’encontre d’autres femmes opprimées que des femmes blanches hétéro cis (lesbophobie, grossophobie, transphobie…), les violences économiques, le cyberharcèlement, et ainsi de suite.

La suite n’est pas plus réjouissante mais le prochain point abordé permet, je trouve, de faire aussi un lien avec les précédents chapitres : celui sur l’éducation genrée. Là aussi, on a pas mal de chiffres. Ce qu’on y lit, quand on n’est pas féministe, c’est sûrement une remise en cause de tout ce qu’on a vécu. Et ça commence dès qu’on est bébé, l’éducation genrée ! Trop de gens pensent que ça commence dès la primaire et que ce qui a été exprimé avant n’est que le souhait, vierge de toute idéologie, de l’enfant… Ahaha, le patriarcat vous remercie de votre naïveté (et de la mienne à l’époque).

Je pensais que cette énumération viendrait plus tôt, mais c’est vrai qu’il y avait plus urgent à aborder avant cela : les différents courants féministes. A force d’entendre « LES féministes », je me demande desquelles on parle tellement il y en a plein. Celles qui sont les plus critiquées à l’heure actuelle, ce sont les féministes intersectionnelles… et on met toutes les autres dans le même bateau, sauf les « féministes » essentialistes, islamophobes et transphobes (mon point de vue sera sûrement considéré comme extrémiste mais je considère qu’elles ne le sont pas, féministes…) qui défendent ce patriarcat cher au coeur des hommes sans en avoir trop l’air. En tout cas, cette partie montre la diversité des mouvements, et on peut même se reconnaître dans plusieurs, ou ne pas souhaiter se mettre une étiquette (soit parce qu’on ne veut pas, soit parce qu’on n’est pas sûres, soit parce qu’on n’en a rien à faire).

Le prochain chapitre répond aux idées reçues sur le féminisme, comme « Les féministes vont trop loin », « Il y a des combats plus importants » ou encore « Le féminisme est victimaire ». Le dernier mentionne les controverses qui traversent les mouvements féministes, comme la prostitution, la pornographie et l’opposition universalisme/intersectionnalité.

Petit article pour petit livre. Ce guide n’est pas nécessaire pour les féministes (à part le terme « d’escalator de verre », j’ai rien appris) mais c’est une très bonne idée cadeau. C’est pour ça que je l’ai décortiqué chapitre par chapitre, pour vous montrer un peu de quoi ça parle. C’est plus un livre à offrir si vous vous y connaissez déjà sur le sujet qu’un livre à lire. Si vous pensez avoir des lacunes sur le sujet, très bon choix aussi !

5 réflexions sur “Dix questions sur le féminisme, de Valérie Rey-Robert – les livres féministes #30

  1. Coucou !! Effectivement, je pense que cet ouvrage n’est pas destiné à celles et ceux qui ont déjà lu plusieurs ouvrages sur le sujet ! C’est pourquoi je l’avais un peu mis de côté de mon radar « livres à lire », mais vu ce que tu en dis, je me le note comme une idée de cadeau à des hommes de mon entourage qui cherchent à être bienveillants et à changer. Et puis, ses deux précédents ouvrages m’ont semblé essentiels dans la pensée féministe (sur les violences sexuelles, puis sur la masculinité). Merci beaucoup pour ton article !

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