Bilan lectures #56 – février 2022

Franchement, un mois sympa niveau lectures ! Pour une fois que je ne râle pas… Bon, on voit bien que la tendance est toujours à une majorité de non-fictions mais j’ai redonné une chance à une autrice de romans et je ne regrette pas car c’était vraiment très bien !

Je vous laisse avec mes lectures (satisfaisantes) du mois !

Le Coeur cousu (Carole Martinez)

Je ne pensais pas aimer autant. J’avais lu Du domaine des murmures de la même autrice il y a 5 ans, voire plus, et j’avais trouvé ça bien mais pas de là à me dire que j’allais lui redonner une chance. Ce livre relance les dés. On suit Frasquita et sa ribambelle d’enfants, son enfance et adolescence d’abord, sa vie de famille avec un homme très égoïste, puis son voyage sur les routes avec ses mômes après avoir été joué par son mari. Un secret de famille, sur fond de fantastique, est transmis de mère en fille : un coffret en bois à ne pas ouvrir avant quelques mois après ce qu’on appelle l’Initiation, qui consiste à transmettre des prières qui ont des effets différents, mais surtout une durée de vie limitée pour éviter certains abus à mon avis. Frasquita a un don avec la couture (elle magnifie tout), ses enfants ont des talents différents, souvent liés à ce qu’il se trouvait dans la fameuse boîte. Une sorte de saga familiale que j’ai beaucoup aimé suivre, avec de la magie, de la lumière et du sombre, du soleil, de la poussière, du sable, la campagne espagnole (pas de date précisée mais vu certains évènements, je dirais début du XXe siècle). On voit aussi beaucoup le poids des superstitions et de la peur, conférant une aura maudite à Frasquita puis, plus tard, à ses enfants, un rejet clair de leur existence, alors que Frasquita est souvent utile pour les personnes qui la critiquent, l’hypocrisie est à l’œuvre. C’est très bien écrit mais je l’avais déjà remarqué avec le premier roman que j’ai lu d’elle. J’ai beaucoup aimé ce récit, n’hésitez pas à m’en conseiller d’autres de l’autrice !

Robespierre (Jean-Clément Martin)

Je voulais lire une biographie de ce révolutionnaire qui ne se positionne ni trop du côté positif ni trop du côté négatif (sa réputation de « monstre » est connue). Rien n’est objectif (et je repère, même s’ils sont très peu nombreux, les avis de l’auteur dans son analyse de la personne – je crois que c’est mon nouveau destin d’être tatillonne) mais cette biographie a l’avantage d’être juste et de ne pas surplomber toute l’histoire de Robespierre avec de l’opportunisme politique ou une volonté psychologisante (qui ne sert à rien d’autant plus qu’il n’y a aucun écrit valable sur ce qu’il a été sur le plan personnel). J’ai beaucoup aimé lire ce livre, sauf la période 1793-1794 qui est une torture en général tellement c’est souvent le foutoir mais elle est nécessaire à lire et assez éclairante aussi. Non, Robespierre n’était pas un monstre, c’était une fabrication opportune de l’époque qui existe encore plus de 200 ans après. Il était de gauche mais modéré, calmez-vous les révolutionnaires du dimanche. Je pense que sa plus grande qualité mais aussi son plus grand défaut, c’était son idéalisme : ça lui a permis de ne jamais être corrompu par les autres (d’où son surnom de « l’Incorruptible ») mais il était tellement tourné vers la théorie, tellement obtus sur ses idées (et c’est moi qui dit ça…), qu’il a fini par déconner si vous voulez mon avis. Bref, je ne conseille pas cette biographie si vous ne connaissez pas les faits et les acteurs de cette révolution, sauf si vous aimez passer du temps sur Internet en même temps que votre lecture (je pourrais vous conseiller un Youtubeur mais il n’est pas accessible pour tout le monde, au cas où, c’est Histony). La biographie est dense en informations : à moins d’être un·e passionné·e, vous n’allez clairement pas lire ça en moins d’une semaine. En tout cas, son point de vue se rapproche sûrement pas mal d’une forme de réalité, j’ai apprécié.

Tu verras, maman, tu seras bien (Jean Arcelin)

Ce livre est un témoignage d’un ancien directeur d’EHPAD qui a officié dans deux établissements dirigés par une même entreprise. Oui, c’était du privé. De ce que j’ai pu observer, il n’y a pas un secteur meilleur qu’un autre : des carences matérielles, entraînant des manquements humains, ont lieu partout. Jean Arcelin en témoigne, son livre est très instructif. Ça m’a confirmé certaines choses, j’en ai appris d’autres. Pour les personnes qui s’y connaissent moins sur leur fonctionnement, pas de panique, tout est vraiment bien décrit et expliqué. Des choses qui pourraient paraître nébuleuses pour certain·e·s sont très bien développées, les tenants et les aboutissants bien définis. La pression qui existe est démontrée par sa présence quasi quotidienne (pour les EHPADs privés en tout cas) et par l’étau dans lequel sont pris les directeurs et les directrices (qui n’y sont souvent pour rien quand on a un truc à reprocher, iels font avec les moyens du bord qu’on leur a alloué, ce genre de décisions vient de plus haut (pratique)). Pourtant, travailler au sein d’un EHPAD aurait de quoi plaire car c’est un travail très humain. L’auteur raconte des anecdotes touchantes sur les résidents qu’il côtoie (parfois tristes, parfois mignonnes, parfois drôles). Certain·e· résident·e·s m’en ont rappelé d’autres que j’ai fréquenté·e·s, ça m’a forcément émue. Le personnel est aussi remercié, reconnu à sa juste valeur, elles ne sont pas que des mains mécaniques qui lavent et habillent vos parents et grands-parents. Un témoignage accessible qui fait passer par tout un éventail d’émotions, en plus de nous apprendre des choses, j’ai beaucoup aimé.

Fascisme fossile (Zetkin Collective)

Un essai hyper intéressant qui enquête sur la façon dont le fascisme traite les questions écologiques et ses accointances avec les énergies fossiles. Une chronique est à venir le mois prochain.

Éloge des fins heureuses (Coline Pierré)

Un petit livre qui n’a pas l’air comme ça mais qui foisonne de réflexions intéressantes. Vous pensez qu’avec le titre, il ne s’agit que de glorifier les fins positives ? C’est un peu présomptueux de penser ça et il y a de grosses chances que le mépris élitiste soit apparu dans vos têtes. C’est d’ailleurs quelque chose que l’autrice dénonce. Une fin positive n’est pas forcément une fin heureuse à tous les niveaux, mais bref. Elle rappelle la force, la puissance des émotions et leur pouvoir d’imaginer d’autres possibles que ce qu’on connaît d’habitude (les fins négatives, « réalistes »). C’est aussi une arme pour les personnes opprimées qu’on renvoie facilement au « réalisme », à la « rationalité ». Derrière tout ça, cette reconnaissance des émotions, il y a forcément une perspective féministe… Ce livre m’a beaucoup fait réfléchir. Si je ne suis pas d’accord avec tout (on est pessimiste ou on ne l’est pas), il a permis une réflexion sur mes propres manquements. Je passe mon temps à lire des bouquins tristes… Mais par contre, je ne pense pas (plus) avoir cette forme d’élitisme dont l’autrice parle. Un petit livre que je relirai pour bien m’en imprégner. J’aimerais bien le distribuer à nombre de personnes « rationnelles » mais je sais qu’elles ne le liront pas, alors que notre monde a besoin de ce qu’elle dit et non de leur mentalité…

Bartleby le scribe (Herman Melville)

J’ai attendu un peu avant d’écrire un avis sur ce livre, comprenez que ça m’a pas mal secoué. Il faut dire que je vivais une période propice à ce genre de réactions au moment de ma lecture parce qu’objectivement, il n’y a pas de quoi déprimer autant. Je dois aussi avouer que je ne m’attendais pas à ça. Avant d’atteindre la moitié de la nouvelle, je riais aux éclats : un employé dans un bureau, copiste, abattait son travail mais toutefois, il refusait catégoriquement certains ordres de son employeur : « J’aimerais autant pas ». Voir ce dernier s’arracher les cheveux à se demander comment se faire obéir, c’était drôle. Au début. Une fois que j’ai dépassé la moitié de l’ouvrage, je n’ai plus ri. Je ne peux rien dire pour ne pas tout dévoiler mais en gros, si on prend suffisamment de recul (ce qui n’est pas évident car l’auteur ne nous donne que le point de vue du narrateur/employeur), on voit bien tout ce qui ne va pas, la cruauté du monde capitaliste derrière les oripeaux de la dignité qu’elle essaie de se donner. Cependant, l’hypocrisie suinte… On sait déjà ce que l’on risque à ne pas suivre ce système (on y vit encore après tout) mais le voir écrit, savoir que l’auteur a été avant-gardiste à l’époque (la nouvelle date de 1853), ça a réveillé ma sensibilité à fleur de peau. Un livre bien écrit et bouleversant (mais de mon point de vue, vous pouvez aussi le considérer comme « bien mais sans plus »).

Zemmour contre l’histoire (Collectif)

C’est le n°34 des nouveaux tracts Gallimard, qui abordent différents sujets de société. Ils avaient d’abord publié une série de tracts au format numérique durant le début de la crise sanitaire mais ça continue. A l’intérieur de celui-là, de nombreux historiens (je vais éviter de tous les mentionner, ce serait trop long) démontent point par point les manipulations, les mensonges d’Eric Zemmour sur le plan historique pour faire coller l’Histoire à son idéologie. Cela va de Clovis à la Révolution française, de l’affaire Dreyfus à Pétain dans les années 1940, en passant par la guerre d’Algérie et Maurice Papon. Ça se présente ainsi : tout d’abord en gras, la date et l’annonce de ce qui va être démonté, en italique les propos de Zemmour et ensuite, en écriture normale, la remise en vérité de ce qu’il prétend. C’était assez instructif, j’ai bien aimé. Ne vous méprenez pas, ce document ne servira à rien face à un fan de Zemmour (ou de l’extrême-droite en général) : on l’a vu avec Trump en particulier, la vérité, ces gens s’en balancent. Non, cela s’adresse plutôt aux autres : rétablir les faits peut nous servir dans une pseudo-discussion (je dis « pseudo » car je sais d’expérience qu’on se fait gueuler dessus), nous donner plus de légitimité et de force face à ce qui est dit en face, tout en sachant que ce qu’on va répliquer ne servira pas à convaincre cette personne, mais peut-être la majorité silencieuse. Bref, c’était intéressant, fluide, accessible et on se sent mieux après l’avoir lu parmi tout ce flot de bêtises qu’on entend chaque jour.

La peur et la haine – Enquête chez les survivalistes (Mathieu Burgalassi)

Un récit hybride (ni un essai ni une simple histoire de vie) que l’auteur nous raconte, avec une vision personnelle et intéressante, sur ses enquêtes sur le survivalisme et ses relations précédentes avec. Une chronique est aussi à venir le mois prochain.


Et voilà, trop contente ! Je ne savais pas comment allait se passer ce mois-ci et je ne sais pas comment vont se passer les prochains non plus. C’est l’incertitude mais tant que ça penche du côté positif, on ne va pas se plaindre…

Les articles qui ne sont pas des chroniques et que j’ai publié ce mois-ci :

A la fin du mois de mars pour un prochain bilan lectures !

11 réflexions sur “Bilan lectures #56 – février 2022

  1. Coucou !! Waouh, t’as beaucoup lu, où trouves-tu le temps ??
    J’aime bien les vidéos d’Histony aussi 🙂
    Hâte de lire ta chronique sur Fascisme fossile, tu m’avais dit que tu galérais à l’écrire ! Mais je trouve que bloguer est un bel exercice, sans cesse renouvelé, entre vouloir tout dire et donner envie de lire ! C’est d’autant plus difficile quand on a beaucoup aimé le livre !! Depuis quelques mois j’essaie de m’astreindre à 8000 signes espaces comprises, et maintenant à 6000 (bon, ok je viens d’écrire ma chronique de L’Assommoir qui explose ces chiffres…) !
    Je n’ai pas lu Bartleby le scribe, mais il me fait de l’œil, justement parce qu’il est évoqué dans l’ouvrage que j’édite en ce moment, sur l’histoire du sabotage !
    Quant à l’ouvrage des historiennes et historiennes contre Zemmour, je trouve que c’est une belle initiative, probablement salutaire, en vue des élections à venir ! Il a l’air bien édité en plus, même si, j’en conviens, il servira à ses détracteurices lors des discussions (animées). Dommage, j’ai pas le temps de tout lire 😦
    A plus 😀

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    • J’ai pas d’emploi, le voilà le temps xD
      Sinon, merci pour ton passage ! La chronique sur Fascisme fossile arrive bientôt 😉 En effet, c’est dur, j’ai fait l’impasse sur beaucoup de choses mais pas le choix, puis je vais pas réécrire le livre non plus. En plus, on m’a dit plusieurs fois que ma chronique de « Radiations et révolution » était (trop) longue, alors j’ai voulu éviter cet écueil cette fois-ci, bien qu’on soit face à un livre du même calibre sur certains points.
      Ah, tu parles en termes de signes ? Moi, je regarde le nombre de mots… Du coup, je peux pas comparer.
      Bartleby le scribe, je n’aurais pas dû être autant touchée apparemment, donc je ne saurais prédire ta réaction face à ce livre…
      Oui, voilà, « Zemmour contre l’histoire », c’est clairement pour nous.
      Et à bientôt !

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      • Oui, je pense que c’est en faisant court qu’on a plus de chances de capter l’envie de nos visiteurs et visiteuses, mais c’est tout un défi ! C’est plus précis de compter les signes espaces comprises, y a la fonction sur word ou sur google doc ! On a nos sensibilités, y a des livres ou des films qui m’ont fait atrocement chialer, au-dessus de la moyenne, et alors ? 🙂
        A très vite !!

        Aimé par 1 personne

      • Ah ouais, je me rendais pas compte que c’était plus pertinent de compter les signes. Je vais essayer de voir ce que ça donne pour mes articles actuels.
        Tu nous diras bien ! 😉

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  2. Quel beau mois de lecture ! Je suis contente pour toi vu qu’il me semble que tu étais un peu frustrée du nombre de livres lus ces mois passés. Le coeur cousu est dans ma wish-list non urgente depuis des années, tu me donnes envie de franchir le cap !
    Sinon, même si je ne lirai jamais tous ces essais, tu offres un joli éventail dans des thématiques très diverses, c’est très intéressant à lire !

    Aimé par 1 personne

    • Aha, oui, bien vu, je suis contente pour cette fois. « Le coeur cousu » vaut plus le coup que je ne le pensais… Je sais pas si tu auras le même genre de conclusion mais j’ai beaucoup aimé lire ce livre. Et merci, oui, c’était cool ! 🙂

      Aimé par 1 personne

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