Bilan lectures #61 – août 2022

A nouveau, ce mois-ci niveau lectures s’est bien passé. J’ai tenté de lire plus de romans, comparé à quelques mois où je n’en lisais pas du tout : c’est réussi !

Bref, le voici le voilà, le bilan d’août !

Une si longue lettre (Mariama Bâ)

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre et je restais sceptique en lisant le début, qui me paraissait juste raconter des traditions injustes de la sociéré sénégalaise, quelque chose de somme toute assez classique. Le reste s’est révélé plus intéressant. Dans ce roman, Ramatoulaye envoie des lettres à son amie, Aïssatou. Un échange épistolaire dont on ne lit que les lettres de Ramatoulaye. On y lit à travers son histoire et ses réflexions la place de la femme au Sénégal à travers leurs mariages, la vie avec leurs maris respectifs, de la polygamie, etc. La narratrice est à la fois douce et implacable dans ses francs commentaires. Elle confie à son amie ses émotions, ses joies, ses doutes et l’injustice qu’elle ressent et qui fait que son amie est d’ailleurs partie du pays… Si on me demande mon avis (personne ne me le demande mais comme c’est mon blog…), les hommes sont tous lamentables à leur niveau, même les « hommes biens ». Y en a un qui savait que ce qu’il faisait n’était vraiment pas une bonne chose mais je pense qu’inconsciemment, il savait qu’en étant un homme, il pouvait se permettre d’être médiocre et de céder à la facilité… Et il a voulu se donner une image de mec bien et se donner des excuses avec des arguments essentialistes… (on connaît la chanson) Bref, peut-être le personnage à qui vous en voudrait le moins mais pas moi. En tout cas, l’écriture de l’autrice colle bien au récit de son personnage principal et on prend plaisir à lire ce roman.

L’anarchie expliquée à mon père (Thomas Déri et Francis Dupuis-Déri)

Je pense qu’au début (peut-être moins après, je ne sais pas), il est cool de continuer à lire des ouvrages de base sur l’anarchisme, ça fait du bien, ça sert de révision aussi, on ne va pas se mentir, aha. Ceci est un dialogue entre Thomas Déri, le père, avec son fils, Francis Dupuis-Déri, chercheur et professeur à Montréal. Ce dernier est connu pour ses publications sur l’anarchisme et les masculinités entre autres. Alors, pour cet ouvrage, je confirme pour la révision mais j’ai aussi appris quelques trucs. Je le trouve aussi meilleur que les autres livres sur l’anarchisme que j’ai pu lire, bien que je trouve qu’ils sont différents et donc complémentaires. Disons que je trouve celui-ci plus clair de par son découpage par catégorie, qui ne coupe absolument pas la fluidité du dialogue. Si vous êtes novice sur le sujet, ne craignez pas d’être pris·e de haut, car Thomas Déri est comme nous : il n’y connaît pas grand-chose. Tout d’abord, les deux vont parler du concept de démocratie, ce qui me paraît être une mise au point plutôt sympa dans une société qui a une obsession vis-à-vis de ça et qui raconte n’importe quoi dessus. Bien évidemment, qui dit anarchisme dit pouvoir. Ce dernier sera abordé dans deux parties bien spécifiques, mais pas seulement : on recroisera forcément le sujet dans des sujets tels que l’État, la religion, le patronat, etc. La critique du capitalisme est aussi une base de l’anarchisme, donc oui, vous allez la retrouver dans ce petit essai. Il sera aussi question de nature humaine, d’anthropologie et des origines des communautés humaines, ce qui abat pas mal de préjugés qu’on a sur le sujet et de mieux comprendre le bien-fondé de l’anarchisme. Ça parle aussi d’écologie et de racisme mais j’ai préféré quand ça parlait d’anarcha-féminisme. J’ai trouvé que les deux premiers sujets pouvaient être mieux abordés. Bref, un très bon livre pour commencer sans prétention à se renseigner sur le sujet, qui n’est pas full feu et sang.

Insolations (Meryem Alqabar)

Un livre qui ne paye pas de mine et pourtant, j’ai beaucoup aimé le lire ! Ceci est un récit autobiographique, dans lequel l’autrice envoie des échanges à sa thérapeute, dont on ne voit pas les réponses. Ce n’est pas l’important (désolée pour la thérapeute). A l’intérieur de ce récit personnel, on y trouve son enfance, ses rapports difficiles avec son père, avec l’Algérie. Ses derniers ne sont pas forcément positifs… On se dit toujours ça quand on a des origines d’un autre pays mais dans son cas, c’est plus complexe que ça. Des choses qu’elle apprécie, d’autres qu’elle voudraient qui ne soient jamais arrivées. On y voit aussi ses liens avec sa mère, ses soeurs. Elle est surtout lesbienne, avec les craintes qui vont avec quand on vient d’une famille traditionaliste. Les évènements violents qu’elle raconte s’entremêlent pour donner des réflexions douloureuses mais franches. L’autrice ne cache rien, elle est assez honnête. L’écriture peut sembler plutôt neutre au premier abord mais elle contient des fulgurances poétiques qui magnifient le tout, qui m’ont ému et ont apporté un cachet certain à l’histoire. On va comparer ce livre à La petite dernière de Fatima Daas mais non : ce livre est bien mieux et je vous le recommande bien plus chaudement.

Une écologie décoloniale (Malcom Ferdinand) Lire la chronique

Un essai super intéressant sur un sujet super intéressant, l’écologie décoloniale, qui montre à quel point la colonisation, l’esclavage et l’écologie sont liées. Ce livre permet de prendre un recul nécessaire sur l’humanité et la société dans laquelle on a grandi.

Ecofascismes (Antoine Dubiau) Lire la chronique

Dans ce petit essai, l’auteur explique en quoi le fascisme peut s’attribuer quelques arguments de l’écologie, que l’écologie n’est pas naturellement de gauche et que cette dernière tend même des bâtons pour se faire battre. En quoi l’écofascisme est un danger potentiel.

Sur la plage de Chesil (Ian McEwan)

C’est l’histoire d’un couple hétéro fraîchement marié depuis quelques heures lors de leur nuit de noces. L’auteur réussit à analyser avec justesse les émotions de chacun et leurs craintes qui ne sont pas les mêmes : si l’homme veut bien faire l’amour (ce qu’il attend depuis des mois), il a peur de ne pas être à la hauteur. Quant à la femme, elle est clairement sur le spectre de l’asexualité : tout ce qui a trait à la sexualité, et même à une pénétration comme la langue dans la bouche, la dégoûte énormément. Elle sait qu’elle doit y passer (les conventions sociales toujours d’actualité d’ailleurs) donc elle essaie de faire un effort, mais ça ne va pas se passer comme prévu… Le roman est aussi parsemé d’extraits de leur passé à chacun afin de mieux comprendre où iels ont grandi, comment, là où iels ont fait leurs études, comment iels se sont rencontrés. Afin de mieux cerner à qui on a affaire. On a l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce récit mais c’est parce que la description de quelque chose peut être assez longue. En tout, ça m’a pas mal embarqué, même si je pense que ça ne parlera pas à tout le monde. En tout cas, ça m’a beaucoup touché. Des pensées et des analyses encore d’actualité malgré l’époque de l’histoire (les années 60).

La Panique woke (Alex Mahoudeau)

Cet essai, que je n’ai pas trouvé brillant mais intéressant (probablement parce que je connais assez bien le sujet), porte sur une panique morale conservatrice qui a pris différents noms avant mais qui est toujours la même. Je pense que si vous naviguez pas mal sur Internet (ou que vous regardez Cnews et BFMtv et que vous avez écouté assidûment les membres du gouvernement, en particulier notre ancien ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer), vous avez sûrement entendu parler du « wokisme ». A l’origine, ça vient des personnes éveillées aux Etats-Unis, en particulier pendant Black Lives Matter à ses débuts. Toujours en train d’accuser l’américanisation des personnes qu’iels dénoncent mais en tirent aussi de là-bas leur éléments « d’analyse »… Bref, passons. Objectivement, ce livre recense plutôt bien les différents évènements autour de l’accusation de « wokisme » et les conséquences que ça a entraîné au niveau politique, avec la participation pleine de zèle des médias. Ce livre analyse bien ce qu’il en est mais je suis restée sur ma faim, sans pouvoir mettre le doigt dessus.


Un bon mois de lectures. Que dis-je, un très bon mois de lectures, ayant lu un de mes coups de coeur de l’année (Une écologie décoloniale). Et globalement, j’ai aussi fait des lectures encourageantes pour la suite. Je suis contente de mes quelques romans lus, j’espère continuer sur cette voie le reste de l’année. Il faut que je trouve cet équilibre entre lectures d’essais (prioritaires maintenant, vous le savez) et lectures de romans, qui m’apporte de la réflexion et du bien-être (oui, même quand c’est triste).

Bref, au mois prochain où j’espère bien présenter un bilan qui me satisfait à nouveau.

5 réflexions sur “Bilan lectures #61 – août 2022

  1. Je dois avouer que l’ouvrage sur le « wokisme » m’intrigue, même avec les réserves que tu as. C’est surtout le sujet en lui-même qui m’intéresse, compte tenu de la façon dont est traitée la question « woke » sur les réseaux ou dans les médias.

    Le roman Sur la plage de Chesil aussi a l’air vraiment intéressant.

    Quoi qu’il en soit, excellent mois de septembre à toi !

    Aimé par 1 personne

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