La femme gelée, d’Annie Ernaux

la-femme-gelée-coverQuatrième de couverture

Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un  » cadre « , mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c’est une femme gelée. C’est-à-dire que, comme des milliers d’autres femmes, elle a senti l’élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d’enseignante. Tout ce que l’on dit être la condition « normale » d’une femme.

Critique

J’ai un peu hésité à la rédiger, cette chronique. Difficile, quand on est une femme, de ne pas se sentir concernée par ce que l’autrice raconte. Même si on n’est pas mariées avec des enfants à gérer, on reconnaît pas mal de choses, notamment lors de l’enfance et de l’adolescence. Se dire qu’Annie Ernaux a vécu ça dans les années 50-60, et se faire la réflexion que certaines choses n’ont pas tellement changé. On nous rabâche que tout ceci a évolué, mais pas du tout, ou alors au compte-gouttes.

Mon évaluation est d’ailleurs peut-être un peu élevée par rapport à la valeur réelle de ce livre, mais il faut savoir que des livres qui nous parlent directement, sans fard, qui abordent notre réalité sans la normalité qui flotte au-dessus, ça ne court pas les rues ! Je vais être honnête, mais je n’ai rien appris, ça a été surtout un mémo de ce que j’ai vécu, et un rappel assez douloureux de ce que je vis en ce moment. Être soulagée de voir qu’on n’est pas la seule à trouver ça anormale.

Pour remettre les choses dans leur contexte, Annie Ernaux est connue pour ses récits autobiographiques, très tournés sur son enfance, son adolescence et le début de sa vie d’adulte, bien qu’elle ait écrit autre chose, toujours dans cette même veine autobiographique, comme les surprenants Les Années et Journal du dehors. Écrire sur la vie quotidienne, c’est un peu son dada. Surtout le sexisme et le classisme, certes.

Lire la suite

Publicités

Si Beale Street pouvait parler, de James Baldwin

beale-street-coverQuatrième de couverture

Si Beale Street pouvait parler, elle raconterait à peu près ceci : Tish, dix-neuf ans, est amoureuse de Fonny, un jeune sculpteur noir.
Elle est enceinte et ils sont bien décidés à se marier. Mais Fonny, accusé d’avoir violé une jeune Porto-Ricaine, est jeté en prison. Les deux familles se mettent alors en campagne, à la recherche de preuves qui le disculperont. Pendant ce temps, Tish et Fonny ne peuvent qu’attendre, portés par leur amour, un amour qui transcende le désespoir, la colère et la haine. Ce roman charmant, malgré sa violence pas toujours contenue, a le goût doux-amer des blues tant aimés de James Baldwin qui se montre ici égal à son prodigieux talent.

Critique

J’ai un peu la pression. Je ne sais pas si j’arriverais à retranscrire précisément ce que ce livre m’a fait ressentir. Pas que ce soit un des meilleurs livres de tous les temps, mais je comprends pourquoi on dit que James Baldwin a été un talent oublié – parce qu’indéniablement, il avait du talent. Je comprends pourquoi Toni Morrison a dit que James Baldwin était sa source d’inspiration. D’ailleurs, ça se voit. D’ailleurs, l’élève a dépassé le maître, mais ça, c’est encore autre chose.

Si vous avez lu le résumé, l’histoire peut sembler extraordinairement banale. Vue et revue. J’avais d’ailleurs un peu tiqué quand j’avais vu qu’il y avait une romance dans cette histoire, mais voulant absolument découvrir cet auteur, je n’avais pas trop rechigné en le prenant. Je n’avais d’ailleurs pas le choix, c’était le seul livre de l’auteur qui était disponible à ce moment-là dans ma librairie.

Lire la suite

Mon bilan lectures de l’année 2017

Le voici, le fameux bilan de toutes mes lectures de 2017. Des coups de cœur, des déceptions, comme une année de lecture se doit de l’être. Mais j’ai quand même eu la chance d’avoir eu beaucoup de livres que j’ai profondément aimé, et j’ai découvert des autrices et des auteurs qui m’ont l’air formidable, et que vous reverrez peut-être cette année.

bilan-lectures-2017

J’ai aussi complété mon challenge sur les auteurs de prix Nobel, ce qui m’a permis de fantastiques découvertes. Certains d’entre eux vont d’ailleurs se retrouver dans mes livres préférés de l’année.

Et oui, comme l’année dernière, je fais un top 10 des livres que j’ai adoré et un flop 5. Pour les départager afin de pouvoir faire un classement, ce ne fut pas simple, mais j’y suis arrivée ! Contrairement au bilan précédent, je vais tout de même rédiger deux ou trois lignes sur chaque livre et ne pas vous balancer une liste et puis hop, démerdez-vous. Non non, un peu de respect.

Je suis donc très fière de vous présenter tout d’abord mes 10 livres préférés.


Top 10

10. La lettre écarlate (Nathaniel Hawthorne) – American Psycho (Bret Easton Ellis)

la-lettre-ecarlate-coverDépartager un classique et un contemporain, ce n’était pas possible ! Ils m’ont chacun marqué à leur façon. La lettre écarlate pouvait avoir un côté vieillot pour certains (je lis d’autres chroniques sur les livres que je lis après avoir balancé ce que j’avais à dire dans la mienne histoire de tester la température) et difficile à lire pour d’autres, mais ce fut tout l’inverse pour moi, je l’ai trouvé assez moderne et facile à lire. J’ai dévoré ce livre, et le relire ne me dérangerait absolument pas, c’est une histoire brillante.

american-psycho-coverQuant à American Psycho, il est effrayant de réalisme sur notre réalité contemporaine. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il faut absolument le lire car il faut s’accrocher (certaines scènes sont juste écœurantes), mais bon… Il fait indéniablement partie de ceux qui nous l’avaient bien dit, et même plus, car il dépeint sans tabou une réalité déjà existante à l’époque. (le début des années 90) Et puis bon, on y trouve Trump comme référence de Patrick Bateman, ça ne vend pas vraiment du rêve sur le personnage… Mais c’est dingue de se dire qu’en fait, les Américains savaient déjà plus ou moins la vérité sur ce sinistre personnage.

Lire la suite

Non, c’est non, d’Irene Zeilinger – les livres féministes #10

Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire

non-c'est-non-coverVoici bien la preuve qu’il y a bel et bien des initiatives des féministes pour se défendre soi-même et qu’on ne fait pas juste que chouiner. Bien qu’on préfèrerait aussi que les situations conflictuelles et violentes du genre n’arrivent tout simplement pas, mais apparemment, la vie n’est pas facile, il y a des cons partout, c’est comme ça, il faut apprendre à se défendre au lieu de chialer.

… Bon, ben d’accord.

Je rassure bon nombre de gens faibles comme moi, il ne s’agit pas d’apprendre à se défendre physiquement dès le début en mode karateka, genre l’autre vient me faire chier en m’insultant de connasse et se prend un kick dans les bourses vite fait bien fait. Non non non, la vie ne fonctionne pas comme ça. (et heureusement !)

Il est d’abord sujet de se détacher des normes sociales pour chaque genre. Si les hommes n’auront aucun mal, si le besoin en est, de se battre, ce n’est clairement pas le cas des femmes. (bien que dans chaque groupe, il y ait des exceptions !) Si, en effet, on est vite conditionnées à ne pas utiliser la violence et même à la réprouver, ce n’est pas forcément le cas pour les hommes. Pensée à ces bagarres entre cousins auxquelles tu ne pouvais participer sans être sévèrement punie tmtc (alors que les garçons ne s’en sortaient finalement pas si mal !).

Lire la suite

Bilan du #BookChallengeNobel

Je l’ai fait ! Je ne pensais plus y arriver au mois d’octobre, mais une semaine de vacances m’a pas mal aidé, et j’ai enchaîné mes lectures dans ce cadre en novembre. J’ai terminé le challenge le 1er décembre, autrement dit un mois avant sa fin, et je dois avouer que, vu comment mon mois de décembre s’est déroulé, ça m’a pas mal arrangée.

Je n’ai pas fait des chroniques pour toutes mes lectures, par manque d’envie et de temps, donc je vous mettrai les liens des bilans lectures si jamais il y a besoin. (je n’ai pas envie de me répéter)

bookchallengenobel

J’ai parlé de ce challenge pour la première fois ici si vous suivez ce blog depuis peu de temps. (et celui-ci a été lancé par Celestine-Aude sur Twitter) Vous remarquerez que je n’ai pas tout à fait suivi la liste : Albert Camus est absent car le livre que je souhaitais lire de lui est un essai philosophique et que j’ai besoin d’un contexte non anxiogène pour lire ce genre d’ouvrages. (vous pouvez aussi traduire par : cette fille lit de la philo comme un escargot)

En attendant, voici une liste des lectures effectuées pour ce challenge !

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Lire la suite

Bilan lectures #12 (novembre-décembre 2017)

Voici mon dernier bilan de l’année, et je dois avouer en être assez fière ! En plus d’avoir terminé le #BookChallengeNobel, j’ai lu pas mal de livres ces deux derniers mois, en tout cas plus que je ne l’espérais.

Les lunes de Jupiter (Alice Munro) #BookChallengeNobel Lire la chronique

Quartier perdu (Patrick Modiano) #BookChallengeNobel Lire la chronique

discours-de-suède-camus-coverDiscours de Suède (Albert Camus)

J’avais déjà lu ce discours une dizaine de fois sur Internet (vous pouvez trouver l’audio et la transcription écrite) mais quand j’ai vu que Folio le rééditait dans un poche pas trop mal foutu et en édition limitée, j’ai cédé face au marketing et je l’ai commandé le jour même de sa sortie. Je suis irrécupérable, il n’y a bien que pour cet auteur que je fais des coups de folie comme ça. Le discours de la réception du Nobel était parfait, comme d’habitude, et il y a aussi celui qu’il a fait lors d’une de ses deux conférences là-bas et une postface de Carl Gustav Bjurström. J’ai, ma foi, beaucoup aimé relire ça.

1001-vies-urgences-coverAlors voilà : les 1001 vies des urgences (Baptiste Beaulieu)

Un livre qui a l’air léger, mais finalement pas tant que ça ! Baptiste Beaulieu est médecin et raconte dans ce livre son quotidien quand il était interne à l’hôpital. Des journées très intenses, et ça on le comprend rapidement. On rit sur certaines anecdotes et sur d’autres, on est juste choqués… Oui, on passe du rire aux larmes très facilement et ça fait la force de ce livre ! Malgré une écriture anecdotique (et ça se comprend, ce n’est pas un romancier mais un docteur, et ça peut toujours être sujet à améliorations), ce livre est très intéressant si on se demande à quoi ressemble le quotidien d’un médecin dans un hôpital, et surtout aux urgences. Un livre qui m’a fait du bien malgré des passages prenants mais un ton plus léger après d’autres lectures fortes en émotions.

Lire la suite

Letter Bee, de Hiroyuki Asada

letter-bee-tome-1-cover.jpgQuatrième de couverture

Dans des territoires peuplés de monstres-insectes et plongés dans une nuit éternelle vivent et travaillent, au péril de leur vie, des agents postaux très spéciaux : les Letter Bees ! Le jeune Lag porte sur lui un bon de livraison : Lag est le premier colis que Gauche, le Letter Bee, doit livrer ! L’aventure ne fait que commencer !

Critique

Je suis sûre que les amateurs de seinen et ceux qui sont réfractaires aux mangas en général se sont dits en lisant le résumé « Encore un shonen… » en ne pouvant dissimuler un soupir. Vous vous fourrez le doigt dans l’oeil : on est bien sur un shonen, mais si vous commencez déjà à le comparer à Naruto, Bleach ou tout autre gros shonen très populaire, vous êtes à côté de la plaque !

Ce manga n’est clairement pas assez connu, et c’est bien dommage, il mérite largement plus que sa réputation actuelle, qui ne dépasse pas de beaucoup le minimum nécessaire. On doit être quelques rares fans dans le coin, proclamant ce manga comme un des meilleurs de tous les temps. Vous trouvez que j’exagère ? Peut-être mais c’est parce que vous ne l’avez pas encore lu. Mais selon mon point de vue, ce n’est pas une exagération, et je vais vous le prouver tout de suite. Vous aussi, vous aurez envie de découvrir ce manga magnifique et méconnu. (qui comporte 20 tomes, une moyenne correcte)

Lire la suite

TAG – Code de la route

Alors ce TAG, depuis le temps que je me suis fait taguer par La Récolteuse de mots, c’est un peu du gros foutage de gueule de le voir débarquer que maintenant, mais comme on dit, mieux vaut tard que jamais.

Je ne sais pas trop ce que j’aurais encore le temps de publier, donc ça fait un petit quelque chose à se mettre sous la dent comme on dit.

sticker-decoratif-pile-de-livresParking – Combien de livres as-tu dans ta PAL ?

Une bonne cinquantaine. On n’arrête pas de me dire d’aller emprunter des nouveautés à la bibliothèque mais quand je vois les piles de bouquins qui menacent de s’effondrer, je me dis qu’il faut que je prenne mes responsabilités et que j’arrête mes caprices. Les nouveautés seront toujours là quand je voudrai les lire.

Limitation de vitesse – Quelle limitation donnes-tu à ta PAL ?

… Pourquoi en donner une alors que je la dépasserai ?

Route prioritaire – Quel livre est ta prochaine priorité ?

J’aimerais bien lire un des livres que j’ai obtenu à La Foire du Livre et je pense que Bakhita de Véronique Olmi sera le premier. En plus d’en avoir beaucoup entendu parler, l’autrice était vraiment très sympathique. Et c’est bientôt Noël et j’ai demandé deux livres sur des correspondances de Camus, il est certain qu’ils feront partie de mes prochaines priorités aussi.

orgueil-et-préjugés-coverRéservé aux camions – Quel pavé liras-tu prochainement ?

Je viens d’en terminer un… Je crois que ce ne sera pas pour tout de suite, aha. Mais si pavé il doit y avoir, ce sera sûrement un classique, j’ai L’île mystérieuse de Jules Verne qui m’attend, L’assommoir de Zola qui me rappelle que ça fait douze ans que je l’ai dans ma PAL, et Orgueil et Préjugés de Jane Austen qui me toise du regard dans son coin. Je vais y réfléchir.

Lire la suite

La stratégie du choc, de Naomi Klein

stratégie-du-choc-coverQuatrième de couverture

Œuvre majeure donnant une vision unifiée de la période partant de la fin des années cinquante jusqu’à 2006. Malgré les raccourcis de raisonnement présenté et souvent leur simplicité. La stratégie du choc soulève chez le lecteur une saine interrogation sur le pourquoi de bien des événements marquants de notre époque. Les explications du pourquoi de tous ces événements catastrophiques sont sans doute beaucoup plus complexes, mais la thèse de Madame Klein doit néanmoins être prise au sérieux. La crise économique que nous vivons en ce moment, est une conséquence des actions politiques dénoncées dans ce livre.
La thèse de Madame Klein doit déranger beaucoup au point que The Economist a ignoré complètement l’œuvre alors qu’il a abondamment parlé de son livre No LOGO et de ses impacts.

Critique

On m’a dit que ce livre pouvait changer une vie, et je m’accorde aussi à le penser. En effet, je connaissais déjà la nature réelle de certains évènements, et j’en ai découvert d’autres, qui m’ont fait tomber de haut.

Car tout ce qui est relaté au sein de ce livre vous glace pas mal le sang, vous fait vous interroger sur le devenir de notre pays (déjà pas très glorieux) et surtout, se trouve au sein d’un système global, que nous avons parfois du mal à cerner dans notre cocon du quotidien. Pour les personnes qui me suivent sur Instagram, elles savent que ce livre m’a pas mal secouée vu que je les ai spammé avec des extraits…

Lire la suite

M.I.A. – tout en musique #4

Peut-être que certains d’entre vous la connaissent déjà : M.I.A. est une artiste mélangeant électro, hip-hop et ce qu’on appelle à tort « musiques du monde ». (je veux dire, y a pas différents genres officiels et ça qui sert de fourre-tout pour les musiques ne provenant pas des pays occidentaux…) Je dois avouer que le hip-hop n’est pas vraiment mon genre préféré…

Je conçois complètement que ses chansons ne plaisent pas à tout le monde, ayant moi-même eu du mal avec son premier album la première fois. (et ce n’est pas mon préféré…)

photo_mia_300rgb-1-_danielsannwald

Elle a un ton assez militant et parfois provocateur dans les paroles de ses chansons (dommage que ça ne s’applique pas dans sa vie privée), ce qui en a fait une artiste atypique et reconnue.

Ses premier et troisième albums sont ceux que j’ai le moins préféré, au point que je n’écoute même pas le troisième. Peut-être devrais-je lui redonner une chance, mais je dois vous avouer avoir peu envie. Je ne parlerai d’ailleurs pas de cet album, je n’ai rien à vous proposer d’intéressant.

Lire la suite