Écologie : la perte de temps n’est plus permise

Cet article sonnera un peu « donneur de leçons » à certain·e·s mais il faut être honnête et réaliste. Je me suis intéressée au sujet de l’écologie en 2018 à travers deux livres sur la décroissance qui étaient très bien, là n’est pas le problème. Le problème, c’est le reste : ce qu’on nous conseille (très fortement) de lire. Franchement, comme j’étais perdue au début, je pense m’être laissée avoir (et je ne suis probablement pas la seule).

Lire Pierre Rabhi (ok, ça, je n’ai jamais fait à part à travers des articles), des collapsos ou d’autres livres sur l’écologie individuelle (qui ne remettent pas en question le système politique), tout est inoffensif et quelque part, culpabilisant envers l’individu. Il faut quand même rappeler que le consommateur/citoyen est responsable entre 25% et 30% de ce qui arrive (je donne une fourchette car c’est différent selon les sources).

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Être femme en Asie, d’Anne Garrigue – les livres féministes #32

A la base, je tournais autour de sa première sortie en grand format mais je n’étais pas convaincue que je voulais payer ce prix-là (ce n’est pas une question de radinerie mais de pragmatisme – bon, un peu, si). Je l’ai donc en poche et par rapport au contenu, ça me satisfait.

Ce livre concentre donc des informations, principalement statistiques (et sourcées), sur l’évolution des droits des femmes en Asie, sur leur situation. Tout d’abord, l’ouvrage commence par un état des lieux général (niveau santé, éducation, politique), un peu comme une sorte d’introduction, puis parle de leur présence sur ce continent.

Il va forcément être question dans ce chapitre du fait que certains pays, comme la Chine et l’Inde, privilégient les foetus, bébés et enfants garçons et que ça crée un fossé dans le ratio filles/garçons naturel en faveur de ces derniers. Mais cela créera des problèmes sociaux dont on ne connaît pas encore l’étendue, bien qu’on perçoive déjà quelques dégâts : certains hommes vont acheter leurs femmes dans des pays étrangers. Je vous laisse imaginer les conditions… Et puis la dot, toujours présente dans certains pays, est une malédiction pour bon nombre de familles qui doivent payer. Du coup, quelle est la solution ? Avoir un garçon ! Et puis l’héritage, tout ça… Et même quand la dot n’existe plus, la tradition patriarcale est très forte…

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Tout le monde peut être féministe, de bell hooks – les livres féministes #31

Oui, ça fait neuf ans et demi que je suis féministe et je n’avais jamais lu bell hooks, lancez-moi des tomates. J’ai entamé ma découverte de l’autrice avec un livre qui me paraît, avec d’autres, faire partie de bonnes entrées au féminisme. C’était d’ailleurs le but avoué de l’autrice et c’est réussi.

Les chapitres parlent d’un sujet différent à chaque fois : le combat politique qu’est le féminisme, la sororité, le travail, la race et le genre, la violence patriarcale, les droits reproductifs, le mariage, etc.

Pour un livre sorti en 2000, la majorité du contenu de son livre est très actuelle, ce qui est assez triste en réalité, ça montre qu’énormément de choses n’ont pas changé en une vingtaine d’années. Que ce soit à cause des hommes (elle est assez sympa avec eux, on en reparlera) ou aussi à cause des femmes. Nous avons intériorisé le sexisme, le patriarcat et ce n’est pas parce que nous sommes des femmes et que nous vivons une oppression que nous sommes conscientes de tout et que nous ne pouvons pas la reproduire (y a pas mal de preuves de l’inverse).

Il faut aussi apprendre à déconstruire, surtout en tant que femme blanche, les rapports de race et de classe (et pas que mais je me contente de ce qu’elle dit ici) car ces derniers sont des entraves à la libération de toutes les femmes. Non, en parler ne détourne pas l’attention de vos chères valeurs de genre, c’est bon. Oui, c’est encore parfois un argument qu’on entend encore. (quand ce sont pas celles-là, ce sont les questions de classe dont les hommes blancs viennent nous rabattre les oreilles avec)

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La peur et la haine – enquête chez les survivalistes, de Mathieu Burgalassi

Résumé

« Et on s’est mis à hurler. A pleins poumons, sans aucune retenue. Des bruits d’animaux déchaînés et furieux. De l’autre côté, ils faisaient pareil, et tout tremblait sous les coups et les cris. Il n’y avait plus de civilisation ici. On était redevenus des singes, des putains de macaques. Quand la porte s’ouvrirait, on s’entretuerait jusqu’au dernier debout… »

Livre mutant, à la fois récit de voyage, essai politique et autobiographie, La Peur et la Haine est la chronique lucide et sans concessions de son obsession pour le survivalisme. Une enquête de quatre ans, insensée et furieuse, à la poursuite des peurs les plus enfouies de l’Occident moderne.

Chronique

Ce livre est un peu particulier. Si vous vous attendez à un essai explicatif sur le survivalisme, passez votre chemin. Non, le ton de l’auteur est accessible, comme s’il s’adressait directement à nous, sur un ton qui me parle en tant que jeune. Mais la grande particularité de ce récit, c’est que l’auteur raconte des éléments pertinents de sa vie pour analyser ce qui va suivre… et comment lui-même a donné du crédit au survivalisme.

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Affirmer notre prise de parole

Cet article va être particulier. Certes, vous vous en doutez, je vais parler de livres sur le sujet (deux pour être plus exacte) mais pour donner plus de concret à cet article, je vais aussi parler de mon expérience, en tant qu’ancienne timide qui n’ouvrait la bouche qu’en présence de personnes de confiance (et ça dépendait sur quel sujet).

La prise de paroles, donc s’exprimer à l’oral, n’est pas forcément évidente, même pour ce qu’on appelle du small talk. Je vais vous parler de deux ouvrages qui peuvent vous aider, le premier en particulier.

Oser prendre la parole (Aurore Debierre)

Ce livre, très pédagogique, est présentée d’une manière avenante, aérée, avec des illustrations, des citations. D’ailleurs, la première BD illustre très bien comment on en vient à ne plus prendre la parole : dénigrement permanent de notre parole (famille, professeurs…), cette dernière est souvent coupée dans des discussions de tout bord, parfois supposément plus accueillantes.

Il y a des parties dont la première resitue bien les choses : pourquoi prendre la parole ? Quel est l’intérêt ? D’abord pour vous : ça vous permet de ne pas vivre une certaine mort… Celle de votre personnalité, de vos envies, de vos opinions.

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Radiations et révolution, de Sabu Kohso

Résumé

Des villages côtiers emportés par un tsunami, des réacteurs qui crachent des champignons atomiques, des populations déplacées par milliers, un quotidien hanté par la peur du becquerel: voilà ce que fut le désastre nucléaire de Fukushima au Japon. Radiations et révolution s’intéresse à la portée à la fois nationale, géopolitique et historique de cet événement. Pour Sabu Kohso, la catastrophe est à replacer dans le contexte d’un conflit entre la marche destructrice de l’économie mondiale, et les forces humaines et terrestres qui tentent de survivre et vivre. L’écrivain japonais réussit le tour de force de porter les mémoires de ces « vies-en-lutte », tout en retraçant les dynamiques politiques qui ont lié le destin du pays à l’énergie atomique dans les années d’après-guerre. Selon lui, l’Anthropocène est l’âge de la radiation: radiations nucléaires et irradiation des luttes. Un âge où il ne s’agit plus seulement de savoir Que faire ? Mais aussi « Comment vivre » ?

Chronique

(sur mon exemplaire, il y a bien un ‘s’ à « Radiations », ce n’est donc pas une faute dans le titre par rapport à la couverture postée)

Je pensais beaucoup aimer ce livre, je ne m’attendais pas à un coup de cœur non plus, et pourtant… Il n’est cependant pas révolutionnaire, comme son titre le laisserait penser, mais l’auteur y tient des propos très justes et que tout le monde doit entendre. Qu’est-ce que vous faîtes là, les pro-nukes scientistes ? Ça parle social ici.

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Un sujet passionnant, le journalisme, à travers deux livres

Je pense qu’il faut que je l’admette publiquement : le journalisme est un domaine qui m’a trotté dans la tête depuis le collège jusqu’au début de mes études supérieures. C’est surtout depuis le lycée que le sujet me passionne (avant, on était exclusivement sur une vision très idéaliste de la chose – je vous laisse imaginer que la chute a été rude). Pourquoi je n’y suis finalement pas alors ? Vous avez un début de réponse dans la parenthèse précédente, mais aussi des aspects financiers et des éléments de ma personnalité m’ont arrêté.

Bref, tout ça pour dire que le journalisme est un sujet qui m’attire particulièrement, même si je m’en suis éloignée ces dernières années pour des raisons personnelles. En plus de ça, je ne suis pas plongée dans la sauce Cnews ou BFMtv, donc je ne suis pas opportuniste et cynique. Ces deux livres étaient donc faits pour moi. Je vous en donne un aperçu assez bref, les contenus entiers sont bien meilleurs, j’espère juste attiser votre curiosité !

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Nos amours radicales – les livres féministes #29

Quand j’ai su qu’un tel livre allait être publié, je ne suis pas passée à côté. Huit personnes ont chacun.e écrit un texte sur leur vision de l’amour hétéropatriarcal. Ce dernier n’est pas aussi heureux qu’on ne veut nous le faire croire : c’est un lieu de reproduction des normes patriarcales après tout. De plus, il a tendance à être hiérarchisé au-dessus de tout type de relation, que dis-je, il y en aurait qu’une en plus (faux) : l’amitié qui, selon notre société, ne vaudrait pas grand-chose face à l’amour (hétéro, l’homophobie est une tradition dans ce pays).

Cet amour hétérosexuel monogame apporterait soit-disant le bonheur. Pour qui ? Là est la question… Enfin, pas pour les féministes. Nous, on sait quoi répondre. En tant que femme (c’est différent pour les hommes), on nous le vend depuis notre plus tendre enfance comme le modèle ultime à atteindre. Il y a une réelle injonction à être en couple (sans compter qu’il faut aussi construire le reste avec : habiter ensemble, avoir une maison, des enfants…).

Ce schéma peut ne pas plaire à des hommes, me direz-vous, mais là n’est pas la question par contre. Qui est vraiment lésé par ce genre de relations ?

Je pense qu’il est important de critiquer l’hétérosexualité politique, lorsqu’on est une femme qui a du désir, de l’attirance (physique, romantique et/ou sexuelle) pour les hommes cisgenres. Il en va de notre survie et de notre émancipation, le désir ne suffit pas à rétablir la justice et à éliminer tous les systèmes d’oppression.

– Sharone Omankoy

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La guerre n’a pas un visage de femme, de Svetlana Alexievitch

Oui, je n’avais pas encore lu cet ouvrage emblématique de son œuvre ! (c’est le premier livre qu’elle a publié) Je m’y suis enfin collée cet été et je ne le regrette pas. Encore une très belle œuvre (nécessaire).

Dans ce livre, l’autrice a rassemblé des témoignages de personnes qui ont été essentielles pour la bonne marche de l’Armée rouge (celle de l’URSS) mais qu’on a cherché à faire taire et à effacer : les femmes. De plus, l’autrice avait une idée bien en tête : les laisser parler de leur guerre à elles, pas forcément le vécu des hommes et encore moins les faits. Il y a déjà beaucoup de livres sur ces éléments-là, ça devrait aller. Elle a passé sept années (il a été publié en 1985) à recueillir ces témoignages de femmes (vive le bouche à oreille). Ça n’a pas toujours été facile… Elles ne souhaitaient pas toutes parler, et même quand c’était le cas, elles n’ont pas tout dit, certains sujets sont passés sous silence (les viols au sein de l’Armée par exemple, qu’une femme a osé dévoiler rapidement).

Bien évidemment, son livre a été censuré dans son propre pays (citation d’une conversation avec un censeur) :

– Oui, la victoire nous a coûté bien des souffrances, mais vous devez chercher des exemples héroïques. Il s’en trouve par centaines. Or vous ne montrez de la guerre que la fange. Le linge sale. Avec vous, notre Victoire devient horrible… Quel but poursuivez-vous? – Dire la vérité. – Et vous pensez que la vérité, vous allez la trouver dans la vie ? Dans la rue ? Sous vos pieds ? Pour vous, elle est aussi basse que ça ? Aussi terre à terre ? Non, la vérité, c’est ce dont nous rêvons. Ce que nous voulons être !

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Scum Manifesto, de Valerie Solanas – les livres féministes #28

Je pense que les féministes en ont tou·te·s entendu plus ou moins parler : ce manifeste, sorti en 1968, est connu de par sa misandrie assumée et d’un projet qui va même au-delà de ça : renverser le patriarcat, quitte à tuer des hommes.

Valerie Solanas est passée pour une « folle » à l’époque, et beaucoup d’hommes, de femmes (et même de féministes !) ont fait en sorte que ça soit le cas. La postface de Lauren Bastide en parle bien. Seulement, comme cette dernière, je ne pense pas qu’il y ait matière à rire de ce livre ou à s’en moquer. Cette souffrance que j’ai entrevu dans les lignes de son manifeste, à travers la colère et la grossièreté, ce n’est pas drôle. Et je pense qu’il n’y a qu’une femme pour comprendre, même si elle désapprouve sa stratégie. Oui, désolée les alliés cis mecs, je pense que ça va être très difficile pour vous de prendre du recul sur ses propos, et pour les autres hommes, n’en parlons même pas. Ils sortiraient le briquet pour faire un feu de camp avec.

Les quatre premières pages m’ont un peu déplu mais la suite a été géniale. Je rejette tout le regard essentialiste qu’elle pose sur les hommes (et même les femmes, en renversant le paradigme négatif à notre encontre) mais si on analyse ses propos en remplaçant ce caractère fataliste par ce qu’on connaît de la construction sociale genrée, bah… Elle a raison en fait.

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