L’atlas des femmes, de Joni Seager – les livres féministes #21

atlas-des-femmes-coverCe livre n’a l’air de rien mais il a été très intéressant à lire ! Ce n’est pas de la théorie à lire ou autre, plus des graphiques et des statistiques, donc cet article sera un peu plus court que les autres. Mais il vaut le coup que je vous en parle, avec quelques petites remarques.

L’atlas des femmes compilent des statistiques sous forme de graphiques ou de diverses illustrations. Mais ça ne vous ai pas balancé au hasard, tout est très bien structuré en catégories, que voici :

  • les femmes dans le monde (inégalités homme-femme, espérance de vie, droits des lesbiennes…)
  • maintenir les femmes à leur place (crimes « d’honneur », violences domestiques, féminicides, chantages à la dot…)
  • reproduction (contraception, mortalité maternelle, IVG…)
  • politiques du corps (sport, beauté, excision, traite sexuelle…)
  • santé (cancer du sein, VIH, toilettes…)
  • travail (inégalités de rémunération, chômage, travail des enfants, accès à l’eau…)
  • éducation et connectivité (niveaux d’étude, alphabétisme, Internet et réseaux sociaux…)
  • propriété et pouvoir (propriété foncière, extrême pauvreté, inégalités de richesse, comptes bancaires…)
  • pouvoir (droit de vote, femmes politiques, forces armées…)

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Éloge de l’abeille… et du ver de terre !

On pourrait croire avec le titre que c’est un article que je vais écrire sur l’abeille et le ver de terre, mais non, il s’agit bien d’une chronique ! Je vais vous parler de deux livres et je vais commencer par celui sur l’abeille, dernier sorti et donc, dernier lu.

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Cet essai a été écrit par Sylvie Corré et Christophe Gatineau. Ces deux auteurs sont d’une simplicité rafraîchissante et honnête. Cela va jouer un rôle dans mon appréciation de ces deux livres, et peut-être dans la vôtre aussi.

Éloge de l’abeille, si vous vous attendez à une glorification de cet insecte comme on peut parfois le voir dans certains milieux écolo, vous vous trompez. Il ne s’agit pas non plus de dire qu’on s’en fout des abeilles. Non : les auteurs démontent des idées reçues.

Tout d’abord, il a été important de rappeler que nous connaissons assez mal les insectes et que nous ne les aimons pas vraiment. En tant que phobique des insectes, je n’ai rien à redire là-dessus, c’est vrai. Même sans parler d’une peur paralysante, les gens ont un irrespect total pour ces animaux et les écrasent dès que ça les dérange, c’est-à-dire dès qu’ils remarquent leurs existences et qu’elles dérangent leur environnement immaculé.

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Le capitalisme patriarcal, de Silvia Federici – les livres féministes #20

capitalisme-patriarcal-coverJe pense qu’avec le titre, vous avez compris ? Je vais juste rajouter quelques mots : l’autrice nous montre comment le capitalisme a utilisé les logiques patriarcales pour son propre bénéfice et les a renforcées.

Combien coûterait de rémunérer le travail domestique et social ? Il n’y a pas de réponse chiffrée à cette question (le montant serait trop énorme) mais l’autrice nous en donne une idée dans son essai. Elle nous indique surtout pourquoi il n’est pas rémunéré. Et quels bénéfices cela sert. Ce n’est jamais vraiment dit explicitement dans une phrase « voilà pourquoi… » mais vu ce qui est raconté dans son livre, je pense qu’elle peut nous faire confiance pour en tirer les bonnes conclusions.

J’avoue avoir été surprise par l’accessibilité de ses propos qui se trouve être assez limité (je m’attendais à mieux). Disons que je ne conseillerais clairement pas ce livre pour commencer. Il y a des parties où vous vous sentirez perdues, même s’il y en a d’autres qui seront douloureusement limpides. Le livre n’est pas bien épais mais j’ai passé du temps sur les deux premières parties, avant que ça coule tout seul.

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Je vous présente 5 textes de Simone Weil !

(la philosophe, pas celle qui a défendu la loi sur l’IVG)

Si vous êtes sur le blog depuis assez longtemps, vous savez mon engouement pour le livre La Condition ouvrière de cette autrice. Depuis, je me suis dit que je voulais lire plus de choses d’elle.

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J’ai commencé petit avec 5 textes (les livres ne dépassent pas 80 pages chacun, à l’exception d’un qui en fait une petite centaine) sur des thématiques différentes, que ce soit la liberté, le travail, la politique, le colonialisme ou un thème plus philosophique que les autres et que vous découvrirez après.

Je tiens à tous vous les présenter si jamais ça vous intéresse de découvrir Simone Weil sans passer par un plus gros livre. Allez, c’est parti !

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Silence, on cogne, d’Alizé Bernard et Sophie Boutboul – les livres féministes #19

silence-on-cogne-coverCe n’est pas un livre qui a fait parler de lui alors qu’il est super important de documenter cette problématique. Le bandeau rouge de la couverture n’a pas l’air d’avoir suffi.

Silence, on cogne parle des violences conjugales dans un cadre particulier : celui des foyers de gendarmes et de policiers. Quand l’homme est un représentant de cette autorité, il a un pouvoir supplémentaire. Et c’est ce que les autrices vont nous montrer.

Alizé Bernard est une ex-conjointe de gendarme et raconte son vécu quand elle était encore avec son compagnon. Il a su user, pour camoufler les méfaits psychologiques et physiques qu’il faisait subir à sa compagne, de son statut, de la sympathie qu’il inspirait à ses collègues, de sa connaissance des lois et des recours, etc. Ces chapitres alternent avec ceux plus factuels de Sophie Boutboul, qui a enquêté sur la situation des femmes mariées à des hommes de ce corps de métier.

Le témoignage d’Alizé Bernard est glaçant tellement cela a été compliqué pour elle, que ce soit au niveau administratif comme avec son ex-compagnon. Un véritable parcours du combattant, ponctué par les révélations de Sophie Boutboul, des témoignages qu’elle a récolté de son côté, du peu de statistiques qu’elle a pu trouver (les violences conjugales commises par un homme policier ou gendarme ne sont pas étudiées en France).

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Les hommes lents, de Laurent Vidal

les-hommes-lents-coverRare, mais ça arrive, pas de quatrième de couverture cette fois-ci ! Elle empièterait trop sur ma chronique, ça m’agace.

J’ai beaucoup hésité avant de prendre ce livre. Je ne cessais de tourner autour à la librairie, mais j’ai attendu quelques jours avant de l’acheter afin de faire des recherches dessus. Je me suis décidée, je l’ai acheté, je l’ai lu et je ne regrette pas !

Quand je l’avais feuilleté sur place, je ne voyais pas la cohérence de la structure car les chapitres sont petits et semblent parler de choses différentes sans aucun rapport les uns avec les autres, mais c’est complètement faux ! Au contraire, tout est limpide et coule de source.

L’auteur nous retrace l’évolution de la définition de la lenteur au fil de l’histoire et comment on en est venu à quelque chose d’aussi péjoratif au point que ça en devienne une discrimination. Tout se déroule donc de façon chronologique.

Il y a longtemps, le mot « lenteur » signifiait plusieurs choses : « flexible », « mou », « visqueux », souvent en rapport avec le végétal… D’autres définitions sont apparus, notamment au début du Moyen-Âge, dont « faible », « manque de rapidité » et « apathique ». Tiens, on se rapproche dangereusement de ce que l’on connaît aujourd’hui… C’est à partir du XIIIème siècle qu’un tournant va être franchi avec l’entrée de la paresse au sein des fameux péchés capitaux.

Oui, le christianisme est dans le coin ! Que ce soit chez les catholiques comme chez les protestants, la valeur travail est d’abord valorisée comme déférence vis-à-vis de Dieu, avant qu’elle ne soit considérée comme nécessaire par ces mêmes religieux pour un fonctionnement optimal de la société. Dès ce moment-là, la lenteur est liée à la paresse, qualifiée péjorativement.

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Japonais, lignes de vie d’un peuple, de Raphaël Languillon-Aussel

japonais-lignes-de-vie-coverQuatrième de couverture

Si le Japon fascine, les Japonais semblent insaisissables. Sans jugement ni interprétation, Raphaël Languillon-Aussel est allé à la rencontre de ce peuple que l’on croit à tort homogène. Il nous entraîne avec lui dans les rues des grandes métropoles de l’île de Honshu comme sur les petites îles reculées. On y rencontre Kotaro et son parcours singulier de salaryman, Mme Jitsuo et sa discrète communauté de chrétiens, ou M. Nakazato qui nous parle, depuis Okinawa, des peuples colonisés par les Japonais.

Surpeuplé ou dépeuplé, ce pays des extrêmes offre une diversité infinie avec ce peuple qui semble toujours hésiter entre repli sur soi et ouverture sur le monde. Ce livre est une invitation à rencontrer les Japonais, à entendre leurs témoignages et, surtout, à poursuivre le voyage par soi-même au pays du Soleil-Levant.

Critique

Bien que je n’aime pas pratiquer d’interactions sociales (ahem), j’aime bien lire des passages de vie de tous les jours ou découvrir des profils de personnes lambda. C’est pour ça que j’avais beaucoup aimé Journal du dehors d’Annie Ernaux, même si peu de personnes connaissent ce livre ou l’ont aimé.

Raphaël Languillon-Aussel a recueilli dans cet ouvrage des témoignages de personnes japonaises toutes très différentes des autres. L’auteur a d’ailleurs compilé leurs profils dans des catégories qui reflètent des aspects distincts du pays. Bien évidemment, il va commencer par montrer que la société japonaise n’est pas aussi homogène que ça, à travers cinq entretiens.

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La Formule préférée du professeur, de Yôko Ogawa

la-formule-préférée-du-professeur-coverQuatrième de couverture

Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d’une soixantaine d’années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l’autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes. Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter – le professeur oublie son existence d’un jour à l’autre – mais c’est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d’attention qu’elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur… Un subtil roman sur l’héritage et la filiation, une histoire à travers laquelle trois générations se retrouvent sous le signe d’une mémoire égarée, fugitive, à jamais offerte…

Critique

Si je vous dis « mathématiques », certains d’entre vous ont envie de partir ? Je comprends, ce serait mon cas aussi. Mais ne partez pas, cette histoire est intéressante tout de même.

On suit une aide-ménagère chez une personne âgée d’une soixantaine d’années, un ancien professeur de mathématiques. La particularité de celui-ci, c’est que, suite à un accident, sa mémoire ne dure que 80 minutes… Je vous laisse donc comprendre que ce fait va compliquer les choses. Il ne se souvient jamais de son aide-ménagère le lendemain et lui pose les mêmes questions (parfois bizarres, comme sa pointure de chaussures) matin après matin. Même s’il vit une belle journée, il ne s’en souviendra pas le jour d’après. Vous allez comprendre durant un évènement à quel point tout ceci est dramatique. Il a des papiers attachés à sa veste afin d’avoir toujours sur lui des faits dont il ne se souviendra pas et dont il faut qu’il se rappelle. L’aide-ménagère en fait partie.

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Le mythe de la virilité, d’Olivia Gazalé – les livres féministes #18

le-mythe-de-la-virilité-coverJ’aurais dû faire cet article plus tôt mais le manque d’envie et de temps se sont ligués contre moi. Dans cette chronique, bien que je l’ai fait dans d’autres, la différence homme-femme qui pourrait sembler essentialisante l’est dans ce livre, mais c’est une composante de l’essai, nous en reparlerons.

Je l’ai trouvé, comme la majorité d’entre vous, très bien… mais aussi avec ses défauts. Je préviens d’avance, cette lecture aura besoin d’une certaine prise de recul ! Et ce ne sera pas toujours facile, comme on va le voir.

L’autrice amène le concept de la virilité et de sa construction de façon chronologique. On ne sait pas vraiment quand est-ce que ce qu’elle appelle le viriarcat (et non le patriarcat) a commencé mais on en a une idée. La période grecque antique est souvent avancée. Auparavant, il était très probable que les sociétés aient été matrilinéaires (à ne pas confondre avec le matriarcat) où la transmission du nom et de privilèges se faisaient par la mère. Là encore, aucune preuve, même si on aurait apparemment retrouvé des statuettes de femmes enceintes de cette époque antérieure, ce qui laisserait entendre que les femmes avaient une meilleure place du fait de leur capacité d’être enceintes.

Et on en vient au premier défaut de ce livre : l’autrice formule souvent les choses comme si ça coulait de source, que ça avait été démontré, alors que pas forcément ! Je l’ai vu avec cet exemple : une théorie prétendrait que la différence de taille aussi grande entre les hommes et les femmes viendrait d’une alimentation inégalitaire entre eux. Tous pour les hommes, ce qui reste pour les femmes (et pas les meilleurs morceaux, évidemment). Nutritionnellement, les hommes auraient donc été avantagés et des millénaires de cette logique se seraient inscrits dans les gênes.

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Martin Eden, de Jack London

martin-eden-coverQuatrième de couverture

Martin Eden, le chef-d’oeuvre de Jack London, passe pour son autobiographie romancée. Il s’en est défendu. Pourtant, entre l’auteur et le héros, il y a plus d’une ressemblance : Martin Eden, bourlingueur et bagarreur issu des bas-fonds, troque l’aventure pour la littérature, par amour et par génie. Mais sa chute sera à la mesure de son ascension vers le succès : vertigineuse et tragique…

Critique

Lu dans le cadre du challenge 12 mois, 12 amis, 12 livres.

Vous êtes face à ce qui est mon coup de cœur ultime de l’année. Il fait partie de mes romans préférés de tous les temps tellement je l’ai trouvé excellent. Je vais donc vous présenter un sacré bouquin.

Martin Eden est de la basse condition sociale : il fait des travaux n’importe où mais travaille surtout en mer sur des bateaux (il est marin avant tout), aime la bagarre et l’alcool, vit dans une certaine pauvreté tout en s’en sortant un minimum. Seulement, un jour, il sauve un certain Arthur Morse d’une rixe et se retrouve invité chez sa famille et lui en remerciement… Arthur est d’une classe sociale supérieure, et cela se voit quand Martin s’y rend : tout est beau, précieux et fragile. Il s’y sent mal à l’aise, lui qui est d’une corpulence imposante et n’a pas de gestuelle gracile. Il a peur de casser des choses… Il va finalement se rabattre sur des livres en attendant ses hôtes dans le salon et est subjugué par sa lecture. Un déclic a lieu.

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