Écologie sans transition, de Désobéissance Écolo Paris

Quatrième de couverture

Devant l’ampleur planétaire du désastre, un nouveau mouvement écologiste a émergé au fil des marches pour le climat, des grèves de la jeunesse et des actions de désobéissance. Mais sa stratégie se réduit encore à adresser une demande de transition à de supposés décideurs.

Pour Désobéissance Écolo Paris, collectif à l’origine des grèves scolaires dans la capitale, on a déjà perdu trop de temps à demander aux pyromanes d’éteindre l’incendie. L’inertie de ce monde n’appelle pas une transition, mais une rupture. Pratiquer une écologie sans transition consiste à interrompre dès maintenant l’œuvre destructrice de l’économie et à composer les mondes dans lesquels nous voulons vivre. Et cela, d’un même geste.

Critique

Je pense que vous l’avez compris : ce manifeste va aller à contre-courant de ce qu’on entend très souvent sur l’écologie et qui s’étend dans les oreilles de tout le monde. Les écolos ne vont pas sortir blanchis de tout ça non plus.

Il s’agit pour Désobéissance Écolo Paris de représenter une autre voie que celle qu’on nous vend habituellement : la transition écologique. Mais concrètement, ça veut dire quoi, la transition écologique ? Pour qui et comment ? Car le collectif va nous montrer qu’on n’est pas tous concerné·e·s de la même façon.

Lire la suite

Celui qui pourrait changer le monde, d’Aaron Swartz

Pour que je vous parle d’un livre avec un titre pareil, c’est que je l’ai adoré. Oui, il vaut mieux oublier cette proclamation prétentieuse et se contenter du contenu.

Aaron Swartz est connu, mais surtout dans un certain milieu : celui des ordinateurs, de la programmation, d’Internet. Il a participé à la création du flux RSS et des licences Creative Commons. Il est aussi un des cofondateurs du site Reddit (quand celui-ci est racheté par Condé Nast, il finit par quitter l’affaire en raison d’incompatibilité dans leurs visions).

Et en fait, on m’en avait surtout parlé pour ça, par des mecs un peu geek. Mais ce n’est pas tout le concernant.

Bon, il a aussi commencé tout ça à l’âge de 13 ans. Un petit génie, quoi (on dit qu’il était difficile à vivre mais parlons des gens « normaux » s’il-vous-plaît).

Il a beaucoup participé à la mobilisation contre la loi SOPA (Stop Online Piracy Act). D’ores et déjà, je pense que vous avez compris que c’était un activiste. Plus exactement, il l’a été concernant la culture libre, l’accès à l’information qui est un moyen pour lui d’émanciper, de développer une vraie démocratie et une justice digne de ce nom.

Lire la suite

Du libéralisme autoritaire, de Carl Schmitt et Hermann Heller

Quatrième de couverture

Le 23 novembre 1932, quelques semaines avant l’accession de Hitler au pouvoir, le philosophe Carl Schmitt prononce un discours devant le patronat allemand. Sur fond de crise économique, son titre annonce le programme : « État fort et économie saine ».
Mobilisant des « moyens de puissance inouïs », le nouvel État fort, promet-il, ne tolérera plus l’« émergence en son sein de forces subversives ». Ce pouvoir autoritaire musèlera les revendications sociales et verticalisera la présidence en arguant d’un « état d’urgence économique ».
Lorsqu’il lit ce texte de Schmitt, son adversaire de toujours, le juriste antifasciste Hermann Heller, ne saisit que trop bien de quoi il s’agit. Peu avant de prendre le chemin de l’exil (il mourra en Espagne l’année suivante), il laisse un court article qui compte parmi les plus clairvoyants de la période. Nous assistons là, analyse-t-il, à l’invention d’une nouvelle catégorie, un « libéralisme autoritaire ».
Ce recueil rassemble ces deux textes majeurs de la pensée politique, encore inédits en français, assortis d’une présentation qui éclaire les rapports méconnus entre Schmitt et les pères fondateurs du néolibéralisme.

Critique

Ce livre n’a pas été une claque mais la confirmation que le pressentiment que j’avais (et que d’autres bien plus intelligents que moi ont eu aussi) sur un sujet en particulier est juste.

Le gouvernement français actuel (mais pas que, c’est mondial) a une tendance à favoriser le libéralisme économique à tout prix, réprimant ainsi les contestations sociales, détruisant le service publique, and so on. Si vous connaissez la définition du libéralisme économique, vous voyez bien qu’il y a un truc qui cloche. Ce n’est pas du laisser-faire classique… Il y a bel et bien un interventionnisme, mais pas au sens social qu’on entend habituellement. Il s’agit de bloquer les revendications et protestations sociales (souvent violemment, comme on le voit aujourd’hui dans les manifestations) et d’opérer au niveau législatif pour favoriser les grandes entreprises (j’aurais pu dire l’économie mais je ne suis pas hypocrite à ce point, sachant que l’économie n’est pas néolibérale par nature comme on essaye de nous le faire croire) et leur croissance au détriment de beaucoup de choses (socialement, écologiquement, etc).

Lire la suite

Le mot est faible, collection des éditions Anamosa

Peut-être que si vous regardez un peu les nouvelles sorties en essais, celles-ci ne vous ont pas échappé. La collection « Le mot est faible » des éditions Anamosa attire l’œil avec ses couvertures noires et les grosses citations blanches à la verticale. Ça donne une impression d’élégance tout en n’étant pas non plus inaccessible. On retrouve d’ailleurs des citations ainsi en grand taille sur certaines pages des livres. Mais ça, c’est pour l’aspect esthétique, et je ne suis pas là pour ça : parlons du reste.

Cette collection n’a pas pour but l’objectivité (d’ailleurs, ça n’existe pas #débat) mais celui de remettre certains termes utilisés souvent à mauvais escient ou un peu n’importe comment. De les poser dans un contexte qui a trait à une certaine réalité, à dénoncer les manipulations qui gravitent autour, voire les utilisent carrément. Exemples avec les mots « Race », « Révolution », « Peuple »… Personnellement, j’en ai quatre : Race, Science, Histoire et Démocratie.

Lire la suite

La terreur féministe, d’Irene – les livres féministes #26

Ce livre est un peu particulier. Il a été auto-édité par @irenevrose sur Instagram et ne compte pas le rééditer tout de suite. Toutefois, j’espère qu’il trouvera preneur chez un éditeur car ce livre est important (et puis j’aimerais que vous puissiez lire un livre que je chronique quand même). J’apprends la veille au soir de la publication de cet article que les éditions Divergences vont l’éditer !

Le titre du livre peut paraître assez choquant, il fait écho à une expression banalisée par la revue Causeur, et bien plus récemment par Valeurs actuelles. Mais la « terreur féministe » n’existe pas tout à fait selon ce qu’ils imaginent. Bien sûr que le féminisme est effrayant pour les réactionnaires, il a pour but de faire effondrer le système patriarcal. Est-il aussi violent qu’ils le prétendent ?

Bah… Qu’entend-on par violence ? Il l’est nécessairement socialement, vu qu’il tente de remettre en cause le système établi et reconnu par tous. Violent physiquement, bah… Oui, ça peut parfois arriver. Mais ce n’est pas ce que l’on croit.

Le féminisme n’a-t-il vraiment jamais tué personne ? Est-il authentiquement pacifique ? Et surtout, faut-il brandir cette non-violence supposée comme valeur suprême ? Devons-nous perdre du temps à montrer patte blanche et à tenter de convaincre le monde de notre gentillesse et de notre inoffensivité ?

Que se passerait-il si la Terreur féministe devenait réelle ? Si les hommes commençaient vraiment à avoir peur ? Une peur intense, profonde, viscérale. Puisque la raison, l’empathie et la honte ne permettent pas de mettre fin à la violence misogyne, à l’oppression patriarcale, aux viols, aux agressions sexuelles et aux féminicides, la seule issue pourrait être de susciter la crainte.

Lire la suite

Le génie lesbien, d’Alice Coffin – les livres féministes #25

Je me doutais bien que ce qu’en disait les médias, que ce qu’aurait prétendûment dit Alice Coffin – « éliminer les hommes » – était faux, et je vous le confirme. Mais en plus de ça, le livre est meilleur que ce que je pensais.

Bon, on va commencer par démonter ce cliché qui colle à la couverture de ce livre, en transcrivant la vraie citation :

Il ne suffit pas de nous entraider, il faut, à notre tour, les éliminer. Les éliminer de nos esprits, de nos images, de nos représentations. Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques. J’essaie, du moins. […] Les productions des hommes sont le prolongement d’un système de domination. Elles sont le système. L’art est une extension de l’imaginaire masculin. Ils ont déjà infesté mon esprit. Je me préserve en les évitant. Commençons ainsi. Plus tard, ils pourront revenir.

Wahou, quelle déclaration meurtrière absolument immonde, je n’en reviens pas de tant de violence. Quelle manipulation des médias, surtout. Qui composent majoritairement les médias, d’ailleurs ? Les hommes ! Et sachant que les femmes peuvent faire preuve de sexisme intériorisé… On n’a pas la tête sortie du sable. Avant de couper sans aucun remords ni aucune prudence ce passage, ils ont dû être choqués qu’on puisse ne plus vouloir les voir, les écouter. Si seulement c’étaient les seuls problèmes des femmes ! Si seulement ils ne faisaient pas déjà subir ça aux femmes !

Bref, maintenant que la vérité est rétablie, nous pouvons parler du livre, le vrai.

Lire la suite

Deux livres relatant des expériences alternatives

Je me suis abonnée pour l’année aux éditions du Commun (je vais probablement réitérer). Parmi les quelques livres que j’ai reçu, deux comptent des expériences alternatives : Cravirola de Jérémie Lefranc et Faire (l’)école du collectif Les archéologues d’un chemin de traverse. L’un raconte l’histoire d’une coopérative rurale, l’autre narre l’expérience d’un collège alternatif.

Peut-être êtes-vous habitué à ce genre de récits ou vous en avez déjà lu au moins un. Ce n’est absolument pas mon cas, je découvrais totalement. Je vous en fais un retour dans cet article !

Lire la suite

Les raisins de la colère, de John Steinbeck

Quatrième de couverture

« Le soleil se leva derrière eux, et alors… brusquement, ils découvrirent à leurs pieds l’immense vallée. Al freina violemment et s’arrêta en plein milieu de la route. – Nom de Dieu ! Regardez ! s’écria-t-il. Les vignobles, les vergers, la grande vallée plate, verte et resplendissante, les longues files d’arbres fruitiers et les fermes. Et Pa dit : – Dieu tout-puissant !… J’aurais jamais cru que ça pouvait exister, un pays aussi beau ! »

Critique

Oui, le résumé de la quatrième de couverture de l’édition Folio est une citation du roman, comme pour beaucoup de classiques. Celle-ci retranscrit bien l’émerveillement de la famille Joad quand ils arrivent en Californie… avant la désillusion.

Bon, on va quand même partir du début, parce que là, ça vous dit juste qu’une famille américaine se rend en Californie… Mais pourquoi, en fait ?

La famille Joad, en Oklahoma, est composée de deux grands-parents, des parents, et d’une tripotée d’enfants (Tom, Noah, Al, Rose, Ruthie et Winfield). Il y a aussi l’oncle John, dévoré par la culpabilité et la honte de n’avoir pas pu sauver sa femme alors qu’elle était enceinte, de ne pas avoir pris ses douleurs au sérieux. L’histoire commence avec Tom Joad, un des fils de la famille Joad, qui sort de prison pour meurtre involontaire. Sur son chemin du retour, il va croiser Casy, un ancien pasteur (ses réflexions seront intéressantes par la suite quand on y réfléchira). Tous les deux décident de faire le chemin ensemble jusqu’à la ferme des Joad. Problème : quand ils arrivent, la maison est vide…

Lire la suite

Les besoins artificiels, de Razmig Keucheyan

Quatrième de couverture

Le capitalisme engendre des besoins artificiels toujours nouveaux. Celui de s’acheter le dernier iPhone, par exemple, ou de se rendre en avion dans la ville d’à côté. Ces besoins sont non seulement aliénants pour la personne, mais ils sont écologiquement néfastes. Leur prolifération sous-tend le consumérisme, qui lui-même aggrave l’épuisement des ressources naturelles et les pollutions.

À l’âge d’Amazon, le consumérisme atteint son « stade suprême ». Ce livre soulève une question simple : comment couper court à cette prolifération de besoins artificiels ? Comment sortir par là même du consumérisme capitaliste ? La réflexion s’appuie sur des chapitres thématiques, consacrés à la pollution lumineuse, à la psychiatrie de la consommation compulsive ou à la garantie des marchandises, pour élaborer une théorie critique du consumérisme. Elle fait des besoins « authentiques » collectivement définis, en rupture avec les besoins artificiels, le cœur d’une politique de l’émancipation au XXIe siècle.
Chemin faisant, le livre évoque la théorie des besoins de Karl Marx, André Gorz et Agnes Heller. Pour ces auteurs, les besoins « authentiques » ont un potentiel révolutionnaire. Comme disait Marx, « une révolution radicale ne peut être que la révolution des besoins radicaux ».

Critique

Ce livre est une occasion de prendre du recul sur l’espèce humaine, ou du moins une partie de sa vie. Les besoins qu’on connait tous à l’heure actuelle viennent-ils tous de nous ? Si les anti-consuméristes du coin se diront « lol, facile », peut-être ne connaîtront-ils pas tout. Pas la peine de se percher sur un piédestal.

L’introduction de l’auteur peut paraître assez curieuse au premier abord : il y parle de la pollution lumineuse. On se demande ce qu’il fabrique à ne pas aborder le sujet de manière frontale, on se demande où il veut en venir.

Lire la suite

Clit Révolution : Manuel d’activisme féministe – les livres féministes #24

Rajoutons les noms des deux autrices (car sinon, ça faisait un titre à rallonge) : Sarah Constantin et Elvire Duvelle-Charles. Le livre a été illustré par Alice Des. Les deux premières susmentionnées sont aussi les créatrices de la websérie, en replay sur France tv, Clit Révolution. Celle-ci décomplexifie les sujets autour du sexe féminin. Ça vous dit peut-être quelque chose maintenant.

Les autrices ont décidé de répondre à une demande croissante chez les personnes féministes : comment agir concrètement ? Quelles actions militantes entreprendre ? Comment être bien préparée ?

Elles vont donc donner des pistes d’actions, qui ne seront pas forcément applicables pour tout, mais ce sera à vous de réfléchir et d’agir en fonction. Mais avant tout, il faut, comme elles le disent, « se révolutionner soi-même ».

C’est-à-dire ? Changer d’avis sur soi-même au-delà des règles imposées chaque jour par le patriarcat (donc sur son corps, souvent). Oser s’affirmer (le plus dur, je pense que quelques-unes d’entre vous seront d’accord avec moi, c’est un travail qui peut prendre du temps). Changer aussi sa conception du consentement (on a trop tendance à faire des concessions qui tombent souvent dans la fameuse « zone grise » du viol). Bref, se changer soi et son intimité car c’est ça qui nous rendra plus forte pour militer.

Lire la suite