Reclaim, recueil de textes écoféministes, d’Emilie Hache – les livres féministes #16

reclaim-écoféminisme-coverCe livre aura été exigeant à lire. Pas forcément compliqué (à part un-deux textes), mais clairement, ce ne sera pas une promenade de santé pour quiconque n’est pas habitué à ce type de lectures.

Je ne sais pas vous, mais j’avais une image assez négative de l’écoféminisme. Ce livre a un peu nuancé la chose, tout de même.

D’ailleurs, qu’est-ce que l’écoféminisme ? La définition même de ce qu’on en sait est trompeuse. Grosso modo, comme on le sait souvent, c’est la lutte contre l’oppression patriarcale mais aussi celle contre l’oppression de la nature. Pourquoi spécifiquement l’écoféminisme alors que la destruction de la nature concerne tout le monde ? A cause de ce parallèle qui entretient encore son trou à l’heure actuelle pour justifier les deux oppressions : femme = nature, homme = culture, culture > nature, donc les hommes sont supérieurs aux femmes. Logique implacable, mais fausse.

Tout de suite, une accusation peut vous venir en tête : celle de l’essentialisation. Elle m’est venue (et est toujours présente) dans le cadre de la transidentité. Dire que femme = vagin, euh… C’est ce qu’on appelle la transphobie ? De plus, par rapport à ce que j’ai pu lire, l’écoféminisme n’est pas obligé d’être transphobe s’il adapte son raisonnement. Mais je n’ai rien trouvé de cela au fil des textes présents dans ce recueil (on y trouve des autrices comme Starhawk, Susan Griffin, Ynestra King…). Textes essentiellement américains à l’exception de l’Indienne Vandana Shiva, mais comme l’écoféminisme était très actif aux Etats-Unis durant les années 80, on y trouve essentiellement des textes d’autrices américaines.

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La stratégie de l’émotion, d’Anne-Cécile Robert

la-stratégie-de-l'émotion-coverQuatrième de couverture

Les émotions dévorent l’espace social et politique au détriment des autres modes de connaissance du monde, notamment la raison. Certes, comme le disait Hegel, «rien de grand ne se fait sans passion», mais l’empire des affects met la démocratie en péril. Il fait régresser la société sous nos yeux en transformant des humains broyés par les inégalités en bourreaux d’eux-mêmes, les incitant à pleurer plutôt qu’à agir.

À la «stratégie du choc» qui, comme l’a montré Naomi Klein, permet au capitalisme d’utiliser les catastrophes pour croître, Anne-Cécile Robert ajoute le contrôle social par l’émotion, dont elle analyse les manifestations les plus délétères : narcissisme compassionnel des réseaux sociaux, discours politiques réduits à des prêches, omniprésence médiatique des faits divers, mise en scène des marches blanches, etc. Une réflexion salutaire sur l’abrutissante extension du domaine de la larme et un plaidoyer civique pour un retour à la raison.

Critique

Un livre qui parle de l’utilisation de l’émotion pour servir certains intérêts, ça m’intéressait beaucoup. Avouez que vous trouvez ça alléchant aussi. Et il y a effectivement des développements pertinents dans cet essai… et d’autres moins, voire carrément faux.

Ce livre a eu beaucoup de succès (à son petit niveau), et je n’en menais pas large moi non plus. Je tournais beaucoup autour en librairie, et puis un jour, j’ai craqué, son prix n’étant pas excessif et la couverture étant plutôt chouette (je n’ai pas dit que j’étais immunisée aux raisons superficielles d’acheter un livre). Mais bien mal m’en a pris… Nous allons voir ensemble ce qui n’allait pas dans cette lecture qui m’a passablement énervée.

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Métamorphoses du travail, d’André Gorz

A31537_Metamorph_Trav.inddQuatrième de couverture

Cela ne s’appelait pas encore la «mondialisation libérale», que déjà André Gorz, voilà bientôt vingt ans, en pionnier critique d’une rare intelligence analytique, dénonçait la croyance quasi religieuse que «plus vaut plus», que toute activité – y compris la maternité, la culture, le loisir – est justiciable d’une évaluation économique et d’une régulation par l’argent.
Gorz détermine les limites – existentielles, culturelles, ontologiques – que la rationalité économique ne peut franchir sans se renverser en son contraire et miner le contexte socioculturel qui la porte.
Le lecteur découvre pourquoi et comment la raison économique a pu imposer sa loi, provoquer le divorce du travail et de la vie, de la production et des besoins, de l’économie et de la société. Pourquoi, sous nos yeux, elle désintègre radicalement la société ; pourquoi nombre d’activités ne peuvent être transformées en travail rémunéré et en emploi, sans être dénaturées dans leur sens.

Critique

Un essai compliqué à lire, mais passionnant ! Faut dire qu’André Gorz est un philosophe autodidacte, et vous connaissez mon rapport à cette discipline… Là, on est sur quelque chose qui flirte avec la théorie politique et la critique sociale. Le vocabulaire m’était donc accessible, même si j’ai eu quelques moments de doute (on est sur un style universitaire après tout). Mais je ne regrette pas cette lecture !

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Ainsi soit-elle, de Benoîte Groult – les livres féministes #15

ainsi-soit-elle-coverBenoîte Groult, l’autrice de ce livre, est une féministe de la deuxième vague. Elle est assez connue par ces dernières, donc vous croiserez forcément son nom à un moment ou à un autre.

Elle a reconnu son féminisme assez tardivement : en tant que femme dans cette société patriarcale, même si on se rend compte de choses, on les réalise inconsciemment, et elle n’a pas dérogé à la règle. De plus, même entre femmes, on n’en parle pas, c’est tacitement interdit, contraire aux bonnes moeurs, etc.

C’est un sujet qu’elle dénoncera… parmi ceux qu’elle va aborder. En effet, les conséquences du patriarcat sur les femmes sont multiples. On pourrait croire que ce livre est daté (il est sorti en 1975) mais il est toujours tristement d’actualité sur certaines choses, notamment certains comportement des hommes à notre égard, le système forcément à notre détriment parce qu’on a un vagin entre les jambes, etc.

L’autrice va parler de tout en quelques 200 pages et elle réussit à aborder avec brio le problème du système pour les femmes, la haine des hommes (oui oui, la haine, la guerre des sexes n’est pas faite par les femmes à la base) à l’encontre des femmes, leur peur de nous dont découle cette volonté de garder le pouvoir à tout prix. Je n’ai pas encore lu Le mythe de la virilité d’Olivia Gazalé mais ça m’a donné très envie de le lire rapidement car Benoîte Groult parle du sujet de la virilité sans concession. Le sujet reste non exhaustif dans son livre en raison du nombre de pages mais il recense toutes les abominations qu’on a fait subir aux femmes sous des prétextes fallacieux… et qui sont toujours réelles dans certaines parties du monde.

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Ce qu’il reste de nos rêves, de Flore Vasseur

ce-qu'il-reste-de-nos-rêves-coverQuatrième de couverture

Brillant programmeur à la vision politique acérée, pour les pionniers du web, Aaron Swartz est un génie, pour les progressistes un sauveur, pour les autorités américaines, l’homme à broyer. Internet, miroir aux alouettes dans lequel l’humanité se noiera, doit rester un outil de contrôle des populations. Il faut arrêter Aaron.
Pris en tenaille sur Lee Street, il tombe de vélo, se retrouve couché sur le capot, mains dans le dos, ferré comme un criminel. Le gouvernement dégaine l’arme nucléaire : trente-cinq ans de prison, un million d’amende, l’interdiction de toucher à un ordinateur à vie. Aaron refuse toute négociation, veut un procès, laver son honneur et exposer l’injustice. Il est retrouvé pendu dans sa chambre à Brooklyn, à quelques semaines de l’ouverture de son procès, le 11 janvier 2013.

Critique

Ceci est une biographie d’Aaron Swartz, programmeur surdoué et activiste. Activiste de quoi ? De la liberté de création et de diffusion sur Internet, qu’il voulait sans aucune trace du commerce et de sa volonté de faire du chiffre partout. Sans corruption, qui a souvent pour but l’argent. Aaron Swartz n’était pas qu’un nerd, comme je l’avais beaucoup entendu dire, c’était aussi et surtout un très grand idéaliste, et parfois sur des sujets autres qu’Internet (je songe notamment à l’éducation).

Je n’ai pas l’habitude de lire des biographies, ceci dit, celle-ci a tout de même un air particulier. Normalement, une biographie est supposée être neutre, n’être qu’une accumulation de faits. Celle que j’avais lu sur Albert Camus l’était. Celle-là est dans une forme différente.

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Une bouche sans personne, de Gilles Marchand

une-bouche-sans-personne-coverQuatrième de couverture

Un homme vient tous les soirs dans le même bar pour y retrouver ses amis. Personne ne sait rien de lui, si ce n’est qu’il cache une cicatrice derrière son écharpe. Lorsqu’un jour, il décide de raconter son douloureux passé, la fantaisie prend le relais et nous emmène à la rencontre d’une galerie de personnages improbables : un éléphant dégonflé, une mouche qui danse, un voisin spéléologue, un trapéziste, un orchestre tzigane. Pourquoi ces détours et ce besoin d’imaginaire ? Que cachent cette écharpe et cette cicatrice ? Un premier roman pudique, poétique, humain, amical, drôle et douloureux aussi, servi par une plume allègre et ciselée.

Critique

Merci à Une vie, des livres pour la lecture commune ! On est à peu près sur la même longueur d’ondes pour ce livre, mais je vous conseille quand même d’aller lire sa chronique.

Encore une fois, Gilles Marchand me fait apprécier la lecture du genre de récits qui m’ennuie d’habitude et dont je me méfie comme de la peste. Avec lui, je crois qu’il n’y a pas besoin de prendre cette précaution !

On suit l’histoire du narrateur, un homme, qui va tous les soirs rejoindre Sam, Thomas et Lisa, la tenante du bar, et qui, il s’en rend compte durant un accident, sont devenus ses amis au fil des années. En effet, celui-ci porte toujours une écharpe, et d’habitude, on lui pose des tas de questions indiscrètes, on le juge, bref, il a fini par cacher cette cicatrice, sa différence et son histoire. Eux ne l’ont jamais vraiment embêté avec ça, ne faisant que discuter vite fait et jouer à la belote, mais un soir, il renverse du café sur son écharpe, qui devient trempée, et la soirée s’écourte ainsi car il doit rentrer chez lui, il ne peut pas rester ainsi et ne veut pas la dévoiler. Mais cette fois-ci, ils insistent un peu… Ne sont-ils pas amis après tout ?

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L’entraide, l’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

l'entraide-autre-loi-jungle-coverQuatrième de couverture

Dans cette arène impitoyable qu’est la vie, nous sommes tous soumis à la « loi du plus fort », la loi de la jungle. Cette mythologie a fait émerger une société devenue toxique pour notre génération et pour notre planète. Aujourd’hui, les lignes bougent. Un nombre croissant de nouveaux mouvements, auteurs ou modes d’organisation battent en brèche cette vision biaisée du monde et font revivre des mots jugés désuets comme « altruisme », « coopération », « solidarité » ou « bonté ». Notre époque redécouvre avec émerveillement que dans cette fameuse jungle il flotte aussi un entêtant parfum d’entraide… Un examen attentif de l’éventail du vivant révèle que, de tout temps, les humains, les animaux, les plantes, les champignons et les microorganismes – et même les économistes ! – ont pratiqué l’entraide. Qui plus est, ceux qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas forcément les plus forts, mais ceux qui s’entraident le plus. Pourquoi avons-nous du mal à y croire ? Qu’en est-il de notre tendance spontanée à l’entraide ? Comment cela se passe-t-il chez les autres espèces ? Par quels mécanismes les personnes d’un groupe peuvent-elles se mettre à collaborer ? Est-il possible de coopérer à l’échelle internationale pour ralentir le réchauffement climatique ? A travers un état des lieux transdisciplinaire, de l’éthologie à l’anthropologie en passant par l’économie, la psychologie et les neurosciences, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle nous proposent d’explorer un immense continent oublié, à la découverte des mécanismes de cette « autre loi de la jungle ».

Critique

Ce livre n’a pas été une claque, plutôt une confirmation de ce que je ressentais. On nous fait tout un foin autour de la compétition, valeur sur laquelle est basée notre société, mais ce n’est qu’une (petite) composante de la nature. On oublie beaucoup trop opportunément l’entraide, qui elle, est carrément la valeur qui nous a permis d’en être là où on est aujourd’hui ! (enfin, liée avec le fait qu’on se raconte des histoires, qui, quand elles sont communes, font que l’entraide est très puissante) Je l’avais déjà lu autre part (notamment dans Sapiens) mais sans jamais rentrer dans les détails.

Ce livre se base essentiellement sur des faits qui ont été prouvés scientifiquement, et parfois historiquement. Voilà qui va en boucher un coin à certains ! L’anthropologie, l’éthologie et la psychologie, entre autres, seront à l’honneur.

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La promesse de l’aube, de Romain Gary

promesse-aube-coverQuatrième de couverture

– Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !

Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là.

Mais alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :

– Alors, tu as honte de ta vieille mère ?

Critique

Ce livre a été lu dans le cadre du mois relecture.

Si ma dernière relecture avant ce livre a été quelque peu décevante, celle-ci fut au contraire un enchantement !

Vous avez tous forcément entendu parler de Romain Gary, de ses deux prix Goncourt (alors que, logiquement, il n’aurait dû en avoir qu’un – je vous conseille de vous intéresser à cette petite entourloupe involontaire) et peut-être même de sa vie un peu dramatique.

La promesse de l’aube est une autobiographie de sa jeunesse. Étant né en Lituanie (la Russie à l’époque), il a grandi en Pologne, avant d’atterrir à Nice, en France. Sa vie fut assez remarquable, en raison d’un élément pas commode mais qui a su déplacer des montagnes pour son fils bien-aimé : sa mère.

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La porte des Enfers, de Laurent Gaudé

la-porte-des-enfers-coverCe livre a été lu dans le cadre du mois relecture.

Premier livre que je lis de Laurent Gaudé à l’époque. Gros coup de coeur. Je suis désolée (surtout pour moi-même) d’annoncer que la relecture de ce roman ne l’a pas été, par contre. On a même failli se diriger vers la déception : ça a assez mal commencé.

Situons le contexte : nous nous trouvons face à deux époques différentes. En premier lieu, on découvre la date avant de commencer à lire : 2002. Cette année, Filippo Scalfaro met à exécution sa vengeance. Celui-ci kidnappe un homme exécrable dans un café et le force à fouler le sol devant une tombe. Il lui fait lire l’inscription (son nom – tiens tiens ?), l’homme ne semble pas comprendre. Il lui coupe finalement les doigts des mains et le laisse gisant sur le sol du cimetière où il l’a trainé.

Ensuite, vient 1980. Que s’est-il passé ? Le fils de Matteo et Giuliana meurt lors d’une fusillade dans une rue alors que son père le mène à l’école. Ce dernier, Matteo, qui était présent et a tenté de faire de son corps un bouclier pour son fils, n’a finalement rien pu faire. Les parents ne se remettent pas de la mort de leur fils. Giuliana réclame vengeance, Matteo obtient le nom du responsable mais lors d’une nuit, est incapable de lui tirer dessus. Il revient tout penaud à leur appartement et il n’a rien besoin de dire, Giuliana sait rien qu’en regardant son visage qu’il a été lâche. Elle le quitte et laisse les souvenirs de son mari et de son fils derrière elle.

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Le non de Klara, de Soazig Aaron

le-non-de-klara-coverCe livre a été lu dans le cadre du mois relecture.

Ce livre, je l’ai lu pour la première fois durant mon adolescence, et je connaissais à peine l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je le considère comme une des œuvres majeures qui a traversé mon adolescence. J’avais très peur de le relire car je me suis dit qu’avec le recul, j’allais considérer ce roman plus sévèrement que je ne l’ai fait auparavant.

Et effectivement, j’ai eu plus de recul. Mais les émotions, très fortes durant ma première lecture, ont été une nouvelle fois au rendez-vous lors de cette relecture. Ce roman, c’est toujours la grosse dépression, mais avec un regard adulte et plus distant. Mais bon, même sans avoir pleuré une nouvelle fois, je n’en menais pas large quand même.

(je viens d’apprendre que je suis en réalité face à une autrice, française qui plus est, je ne savais pas)

C’est l’histoire de Klara, racontée du point de vue de sa meilleure amie, Angélika, dans un journal. Donc ne vous attendez pas à de la grosse littérature, mais tout ce qui y sera raconté sera placé sous le signe de la sincérité.

Et qui est donc Klara ? La femme du frère d’Angélika, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. A partir de 1942, Klara est déportée. Elle finira à Auschwitz, qu’elle refuse d’appeler par son nom allemand, et qu’elle désigne sous celui polonais, Oswiecim. (pareil pour dire Birkenau, elle utilisera Brzezinka) On reviendra sur ce refus d’employer l’allemand, même si je pense que vous vous doutez déjà de la raison.

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