Le mot est faible, collection des éditions Anamosa

Peut-être que si vous regardez un peu les nouvelles sorties en essais, celles-ci ne vous ont pas échappé. La collection « Le mot est faible » des éditions Anamosa attire l’œil avec ses couvertures noires et les grosses citations blanches à la verticale. Ça donne une impression d’élégance tout en n’étant pas non plus inaccessible. On retrouve d’ailleurs des citations ainsi en grand taille sur certaines pages des livres. Mais ça, c’est pour l’aspect esthétique, et je ne suis pas là pour ça : parlons du reste.

Cette collection n’a pas pour but l’objectivité (d’ailleurs, ça n’existe pas #débat) mais celui de remettre certains termes utilisés souvent à mauvais escient ou un peu n’importe comment. De les poser dans un contexte qui a trait à une certaine réalité, à dénoncer les manipulations qui gravitent autour, voire les utilisent carrément. Exemples avec les mots « Race », « Révolution », « Peuple »… Personnellement, j’en ai quatre : Race, Science, Histoire et Démocratie.

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La terreur féministe, d’Irene – les livres féministes #26

Ce livre est un peu particulier. Il a été auto-édité par @irenevrose sur Instagram et ne compte pas le rééditer tout de suite. Toutefois, j’espère qu’il trouvera preneur chez un éditeur car ce livre est important (et puis j’aimerais que vous puissiez lire un livre que je chronique quand même). J’apprends la veille au soir de la publication de cet article que les éditions Divergences vont l’éditer !

Le titre du livre peut paraître assez choquant, il fait écho à une expression banalisée par la revue Causeur, et bien plus récemment par Valeurs actuelles. Mais la « terreur féministe » n’existe pas tout à fait selon ce qu’ils imaginent. Bien sûr que le féminisme est effrayant pour les réactionnaires, il a pour but de faire effondrer le système patriarcal. Est-il aussi violent qu’ils le prétendent ?

Bah… Qu’entend-on par violence ? Il l’est nécessairement socialement, vu qu’il tente de remettre en cause le système établi et reconnu par tous. Violent physiquement, bah… Oui, ça peut parfois arriver. Mais ce n’est pas ce que l’on croit.

Le féminisme n’a-t-il vraiment jamais tué personne ? Est-il authentiquement pacifique ? Et surtout, faut-il brandir cette non-violence supposée comme valeur suprême ? Devons-nous perdre du temps à montrer patte blanche et à tenter de convaincre le monde de notre gentillesse et de notre inoffensivité ?

Que se passerait-il si la Terreur féministe devenait réelle ? Si les hommes commençaient vraiment à avoir peur ? Une peur intense, profonde, viscérale. Puisque la raison, l’empathie et la honte ne permettent pas de mettre fin à la violence misogyne, à l’oppression patriarcale, aux viols, aux agressions sexuelles et aux féminicides, la seule issue pourrait être de susciter la crainte.

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Le génie lesbien, d’Alice Coffin – les livres féministes #25

Je me doutais bien que ce qu’en disait les médias, que ce qu’aurait prétendûment dit Alice Coffin – « éliminer les hommes » – était faux, et je vous le confirme. Mais en plus de ça, le livre est meilleur que ce que je pensais.

Bon, on va commencer par démonter ce cliché qui colle à la couverture de ce livre, en transcrivant la vraie citation :

Il ne suffit pas de nous entraider, il faut, à notre tour, les éliminer. Les éliminer de nos esprits, de nos images, de nos représentations. Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques. J’essaie, du moins. […] Les productions des hommes sont le prolongement d’un système de domination. Elles sont le système. L’art est une extension de l’imaginaire masculin. Ils ont déjà infesté mon esprit. Je me préserve en les évitant. Commençons ainsi. Plus tard, ils pourront revenir.

Wahou, quelle déclaration meurtrière absolument immonde, je n’en reviens pas de tant de violence. Quelle manipulation des médias, surtout. Qui composent majoritairement les médias, d’ailleurs ? Les hommes ! Et sachant que les femmes peuvent faire preuve de sexisme intériorisé… On n’a pas la tête sortie du sable. Avant de couper sans aucun remords ni aucune prudence ce passage, ils ont dû être choqués qu’on puisse ne plus vouloir les voir, les écouter. Si seulement c’étaient les seuls problèmes des femmes ! Si seulement ils ne faisaient pas déjà subir ça aux femmes !

Bref, maintenant que la vérité est rétablie, nous pouvons parler du livre, le vrai.

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Deux livres relatant des expériences alternatives

Je me suis abonnée pour l’année aux éditions du Commun (je vais probablement réitérer). Parmi les quelques livres que j’ai reçu, deux comptent des expériences alternatives : Cravirola de Jérémie Lefranc et Faire (l’)école du collectif Les archéologues d’un chemin de traverse. L’un raconte l’histoire d’une coopérative rurale, l’autre narre l’expérience d’un collège alternatif.

Peut-être êtes-vous habitué à ce genre de récits ou vous en avez déjà lu au moins un. Ce n’est absolument pas mon cas, je découvrais totalement. Je vous en fais un retour dans cet article !

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Clit Révolution : Manuel d’activisme féministe – les livres féministes #24

Rajoutons les noms des deux autrices (car sinon, ça faisait un titre à rallonge) : Sarah Constantin et Elvire Duvelle-Charles. Le livre a été illustré par Alice Des. Les deux premières susmentionnées sont aussi les créatrices de la websérie, en replay sur France tv, Clit Révolution. Celle-ci décomplexifie les sujets autour du sexe féminin. Ça vous dit peut-être quelque chose maintenant.

Les autrices ont décidé de répondre à une demande croissante chez les personnes féministes : comment agir concrètement ? Quelles actions militantes entreprendre ? Comment être bien préparée ?

Elles vont donc donner des pistes d’actions, qui ne seront pas forcément applicables pour tout, mais ce sera à vous de réfléchir et d’agir en fonction. Mais avant tout, il faut, comme elles le disent, « se révolutionner soi-même ».

C’est-à-dire ? Changer d’avis sur soi-même au-delà des règles imposées chaque jour par le patriarcat (donc sur son corps, souvent). Oser s’affirmer (le plus dur, je pense que quelques-unes d’entre vous seront d’accord avec moi, c’est un travail qui peut prendre du temps). Changer aussi sa conception du consentement (on a trop tendance à faire des concessions qui tombent souvent dans la fameuse « zone grise » du viol). Bref, se changer soi et son intimité car c’est ça qui nous rendra plus forte pour militer.

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Moi, les hommes, je les déteste, de Pauline Harmange – les livres féministes #23

(la couverture n’est pas sensée être violette ?)

Vous n’avez déjà pas envie de lire ma chronique à cause du titre du livre ? Ben allez-vous-en, vous ne serez pas une grosse perte. Un véritable allié du féminisme ne s’arrêterait pas à ça.

Il fallait que je joue la provocation aussi. C’est sûrement ce que vous pensez du titre, non ? Que c’est de la provocation ? Baaah… Oui et non.

Oui, dans le sens où cela va effectivement attirer votre attention. Non, car il s’agit bien de détester les hommes et qu’encore une fois, non, ce n’est pas une déclaration ironique.

Je vous sens déjà sceptique. Voici une citation qui explique un peu mieux ce qu’implique l’accusation de misandrie (détester les hommes, donc) :

L’accusation de misandrie est un mécanisme de silenciation : une façon de faire taire la colère, parfois violente mais toujours légitime, des opprimées envers leurs oppresseurs. S’offusquer de la misandrie, en faire une forme de sexisme comme les autres et tout aussi condamnable (comme si le sexisme était condamné…), c’est balayer sous le tapis avec malveillance les mécanismes qui font de l’oppression sexiste un phénomène systémique, appuyé par l’histoire, la culture et les autorités. C’est prétendre qu’une femme qui déteste les hommes est aussi dangereuse qu’un homme qui déteste les femmes – et prétendre qu’elle n’a aucune raison de ressentir ce qu’elle ressent, que ce soit de l’hostilité, de la méfiance, ou du mépris.

(je suppose que je déteste les hommes vu que je m’en méfie)

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Éloge de l’abeille… et du ver de terre !

On pourrait croire avec le titre que c’est un article que je vais écrire sur l’abeille et le ver de terre, mais non, il s’agit bien d’une chronique ! Je vais vous parler de deux livres et je vais commencer par celui sur l’abeille, dernier sorti et donc, dernier lu.

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Cet essai a été écrit par Sylvie Corré et Christophe Gatineau. Ces deux auteurs sont d’une simplicité rafraîchissante et honnête. Cela va jouer un rôle dans mon appréciation de ces deux livres, et peut-être dans la vôtre aussi.

Éloge de l’abeille, si vous vous attendez à une glorification de cet insecte comme on peut parfois le voir dans certains milieux écolo, vous vous trompez. Il ne s’agit pas non plus de dire qu’on s’en fout des abeilles. Non : les auteurs démontent des idées reçues.

Tout d’abord, il a été important de rappeler que nous connaissons assez mal les insectes et que nous ne les aimons pas vraiment. En tant que phobique des insectes, je n’ai rien à redire là-dessus, c’est vrai. Même sans parler d’une peur paralysante, les gens ont un irrespect total pour ces animaux et les écrasent dès que ça les dérange, c’est-à-dire dès qu’ils remarquent leurs existences et qu’elles dérangent leur environnement immaculé.

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Je vous présente 5 textes de Simone Weil !

(la philosophe, pas celle qui a défendu la loi sur l’IVG)

Si vous êtes sur le blog depuis assez longtemps, vous savez mon engouement pour le livre La Condition ouvrière de cette autrice. Depuis, je me suis dit que je voulais lire plus de choses d’elle.

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J’ai commencé petit avec 5 textes (les livres ne dépassent pas 80 pages chacun, à l’exception d’un qui en fait une petite centaine) sur des thématiques différentes, que ce soit la liberté, le travail, la politique, le colonialisme ou un thème plus philosophique que les autres et que vous découvrirez après.

Je tiens à tous vous les présenter si jamais ça vous intéresse de découvrir Simone Weil sans passer par un plus gros livre. Allez, c’est parti !

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Silence, on cogne, d’Alizé Bernard et Sophie Boutboul – les livres féministes #19

silence-on-cogne-coverCe n’est pas un livre qui a fait parler de lui alors qu’il est super important de documenter cette problématique. Le bandeau rouge de la couverture n’a pas l’air d’avoir suffi.

Silence, on cogne parle des violences conjugales dans un cadre particulier : celui des foyers de gendarmes et de policiers. Quand l’homme est un représentant de cette autorité, il a un pouvoir supplémentaire. Et c’est ce que les autrices vont nous montrer.

Alizé Bernard est une ex-conjointe de gendarme et raconte son vécu quand elle était encore avec son compagnon. Il a su user, pour camoufler les méfaits psychologiques et physiques qu’il faisait subir à sa compagne, de son statut, de la sympathie qu’il inspirait à ses collègues, de sa connaissance des lois et des recours, etc. Ces chapitres alternent avec ceux plus factuels de Sophie Boutboul, qui a enquêté sur la situation des femmes mariées à des hommes de ce corps de métier.

Le témoignage d’Alizé Bernard est glaçant tellement cela a été compliqué pour elle, que ce soit au niveau administratif comme avec son ex-compagnon. Un véritable parcours du combattant, ponctué par les révélations de Sophie Boutboul, des témoignages qu’elle a récolté de son côté, du peu de statistiques qu’elle a pu trouver (les violences conjugales commises par un homme policier ou gendarme ne sont pas étudiées en France).

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Les hommes lents, de Laurent Vidal

les-hommes-lents-coverRare, mais ça arrive, pas de quatrième de couverture cette fois-ci ! Elle empièterait trop sur ma chronique, ça m’agace.

J’ai beaucoup hésité avant de prendre ce livre. Je ne cessais de tourner autour à la librairie, mais j’ai attendu quelques jours avant de l’acheter afin de faire des recherches dessus. Je me suis décidée, je l’ai acheté, je l’ai lu et je ne regrette pas !

Quand je l’avais feuilleté sur place, je ne voyais pas la cohérence de la structure car les chapitres sont petits et semblent parler de choses différentes sans aucun rapport les uns avec les autres, mais c’est complètement faux ! Au contraire, tout est limpide et coule de source.

L’auteur nous retrace l’évolution de la définition de la lenteur au fil de l’histoire et comment on en est venu à quelque chose d’aussi péjoratif au point que ça en devienne une discrimination. Tout se déroule donc de façon chronologique.

Il y a longtemps, le mot « lenteur » signifiait plusieurs choses : « flexible », « mou », « visqueux », souvent en rapport avec le végétal… D’autres définitions sont apparus, notamment au début du Moyen-Âge, dont « faible », « manque de rapidité » et « apathique ». Tiens, on se rapproche dangereusement de ce que l’on connaît aujourd’hui… C’est à partir du XIIIème siècle qu’un tournant va être franchi avec l’entrée de la paresse au sein des fameux péchés capitaux.

Oui, le christianisme est dans le coin ! Que ce soit chez les catholiques comme chez les protestants, la valeur travail est d’abord valorisée comme déférence vis-à-vis de Dieu, avant qu’elle ne soit considérée comme nécessaire par ces mêmes religieux pour un fonctionnement optimal de la société. Dès ce moment-là, la lenteur est liée à la paresse, qualifiée péjorativement.

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