Le silence (forcé) des femmes dans deux livres de Rebbeca Solnit – les livres féministes #17

Non, ce n’est pas le titre du livre dont je vais vous parler – ou plutôt, des deux livres que je vais vous présenter. Rebbeca Solnit est surtout connu pour son livre de recueils d’articles (souvent publié dans le Harper’s Magazine) Ces hommes qui m’expliquent la vie mais un nouveau est sorti, La mère de toutes les questions. Ce sont ces deux-là que nous regarderons de plus près dans cet article.

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On va commencer par Ces hommes qui m’expliquent la vie. Naïve (j’avais pourtant lu l’avis de Flo lectrice !), je pensais que la majorité de son livre serait basé sur ce qu’on appelle le mansplaining (quand un homme nous explique un sujet qu’on connaît mieux que lui, souvent avec condescendance). Mais c’est une erreur : cela semble même plutôt futile comparé au reste de ce qui est abordé. Mais pas tant que ça : on verra que le mansplaining n’est finalement qu’une continuité logique du pire et qu’il sous-tend les autres violences faîtes au genre féminin.

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Braves bêtes – Animaux et handicapés, même combat ?, de Sunaura Taylor

braves-bêtes-coverQuatrième de couverture

Petite fille, Sunaura Taylor entend des enfants dire qu’elle marche comme un singe, mange comme un chien et que son handicap la fait ressembler à un animal. Elle, qui aime tant les animaux, s’étonne que cette comparaison soit péjorative car, après tout, l’être humain est un animal.

Bien entourée par sa famille pendant toute son enfance, Sunaura Taylor désire ardemment se mettre en lien avec le monde et vivre sa vie. Mais atteinte d’arthrogrypose, une maladie congénitale qui affecte les articulations, elle va s’apercevoir que la société est pensée par et pour les bien-portants, les seuls qu’elle valide et légitime.

Qu’est-ce qui nous autorise à déconsidérer certains êtres vivants jusqu’à parfois les déclasser ? Militante de longue date pour la cause animale, Sunaura Taylor montre combien la discrimination envers des personnes non valides procède du même mécanisme social et culturel que la maltraitance et l’exploitation des animaux. Personnes handicapées et animaux sont vus comme des êtres incapables, des fardeaux, dépourvus des facultés qui donneraient sa valeur à l’existence.

En partageant son expérience, nourrie par un corpus de connaissances, Sunaura Taylor signe un premier livre récompensé en 2018 par l’American Book Award et pour la première fois traduit en français.

Critique

Voilà un livre essentiel pour le raisonnement antispéciste. Pourquoi donc ? Les militants antispécistes ont tendance à reproduire des oppressions en voulant défendre les animaux. Quand ils sont validistes en plus de ça, ils ne défendent pas aussi bien les animaux qu’ils le croient.

Le sous-titre est parlant : est-ce que les droits des personnes handicapées et des animaux non-humains sont liés ? Pour quelle raison ?

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Bullshit Jobs, de David Graeber

bullshit-jobs-coverQuatrième de couverture

Dans la société moderne, beaucoup d’employés consacrent leur vie à des tâches inutiles et vides de sens. C’est ce que David Graeber appelle les « bullshit jobs » ou « jobs à la con ». L’auteur en cherche l’origine et en détaille les conséquences : dépression, anxiété, effondrement de l’estime de soi… Il en appelle à une révolte du salarié moderne ainsi qu’à une vaste réorganisation des valeurs, qui placerait le travail créatif et aidant au coeur de notre culture et ferait de la technologie un outil de libération plutôt que d’asservissement… assouvissant enfin notre soif de sens et d’épanouissement.

Critique

Qui c’est qui n’y croyait que moyennement avant de commencer ? C’est bibi ! Qui a changé d’avis ? C’est encore bibi !

David Graeber a écrit cet essai après le succès retentissant de son article On the Phenomenon of Bullshit Jobs publié dans le magazine Strike!. Dans celui-ci, il dénonçait la multiplication des emplois inutiles, en particulier au sein des administrations, publiques comme privées (et contrairement à ce qu’on pourrait croire, le champ public n’est pas le pire…). Ne pas confondre les « jobs à la con » (dont il parle) et les « jobs de merde ». Les « jobs à la con » sont inutiles, superflus et néfastes, à tel point que le salarié lui-même s’en rend compte (si ce n’est pas le cas, il y a aussi des raisons derrière ce déni). Les « jobs de merde » sont des boulots dénigrants, souvent fatigants et au bas de l’échelle sociale, et à tous les coups mal payés, alors qu’ils sont souvent les plus utiles. L’auteur relèvera cette contradiction entre des jobs super bien rémunérés alors qu’on peut souvent remettre en cause leur utilité (avant qu’on me dise que la médecine est utile : oui, merci, mais c’est très rare que ce soit le cas pour d’autres domaines) et des emplois qui le sont peu alors qu’ils servent à quelque chose (agent d’entretien et aide-soignant par exemple).

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La stratégie de l’émotion, d’Anne-Cécile Robert

la-stratégie-de-l'émotion-coverQuatrième de couverture

Les émotions dévorent l’espace social et politique au détriment des autres modes de connaissance du monde, notamment la raison. Certes, comme le disait Hegel, «rien de grand ne se fait sans passion», mais l’empire des affects met la démocratie en péril. Il fait régresser la société sous nos yeux en transformant des humains broyés par les inégalités en bourreaux d’eux-mêmes, les incitant à pleurer plutôt qu’à agir.

À la «stratégie du choc» qui, comme l’a montré Naomi Klein, permet au capitalisme d’utiliser les catastrophes pour croître, Anne-Cécile Robert ajoute le contrôle social par l’émotion, dont elle analyse les manifestations les plus délétères : narcissisme compassionnel des réseaux sociaux, discours politiques réduits à des prêches, omniprésence médiatique des faits divers, mise en scène des marches blanches, etc. Une réflexion salutaire sur l’abrutissante extension du domaine de la larme et un plaidoyer civique pour un retour à la raison.

Critique

Un livre qui parle de l’utilisation de l’émotion pour servir certains intérêts, ça m’intéressait beaucoup. Avouez que vous trouvez ça alléchant aussi. Et il y a effectivement des développements pertinents dans cet essai… et d’autres moins, voire carrément faux.

Ce livre a eu beaucoup de succès (à son petit niveau), et je n’en menais pas large moi non plus. Je tournais beaucoup autour en librairie, et puis un jour, j’ai craqué, son prix n’étant pas excessif et la couverture étant plutôt chouette (je n’ai pas dit que j’étais immunisée aux raisons superficielles d’acheter un livre). Mais bien mal m’en a pris… Nous allons voir ensemble ce qui n’allait pas dans cette lecture qui m’a passablement énervée.

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Métamorphoses du travail, d’André Gorz

A31537_Metamorph_Trav.inddQuatrième de couverture

Cela ne s’appelait pas encore la «mondialisation libérale», que déjà André Gorz, voilà bientôt vingt ans, en pionnier critique d’une rare intelligence analytique, dénonçait la croyance quasi religieuse que «plus vaut plus», que toute activité – y compris la maternité, la culture, le loisir – est justiciable d’une évaluation économique et d’une régulation par l’argent.
Gorz détermine les limites – existentielles, culturelles, ontologiques – que la rationalité économique ne peut franchir sans se renverser en son contraire et miner le contexte socioculturel qui la porte.
Le lecteur découvre pourquoi et comment la raison économique a pu imposer sa loi, provoquer le divorce du travail et de la vie, de la production et des besoins, de l’économie et de la société. Pourquoi, sous nos yeux, elle désintègre radicalement la société ; pourquoi nombre d’activités ne peuvent être transformées en travail rémunéré et en emploi, sans être dénaturées dans leur sens.

Critique

Un essai compliqué à lire, mais passionnant ! Faut dire qu’André Gorz est un philosophe autodidacte, et vous connaissez mon rapport à cette discipline… Là, on est sur quelque chose qui flirte avec la théorie politique et la critique sociale. Le vocabulaire m’était donc accessible, même si j’ai eu quelques moments de doute (on est sur un style universitaire après tout). Mais je ne regrette pas cette lecture !

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La libération animale, de Peter Singer

la-libération-animale-coverQuatrième de couverture

Les animaux souffrent. Comme nous. Ils ont donc des droits. Ce livre a changé notre regard sur les animaux. Il a déclenché le débat contemporain en éthique animale. Traduit dans une vingtaine de langues, il s’est vendu à plus d’un demi-million d’exemplaires.

Peter Singer, philosophe australien, est professeur de bioéthique à l’université Princeton (Etats-Unis). Time Magazine l’a présenté comme le plus influent des philosophes actuels.

Critique

Je m’étais dit que c’était risqué de faire une chronique sur un livre parlant des droits des animaux et du végétarisme comme solution première. Je ne lis pas beaucoup de livres de ce genre, je suis déjà végétarienne, mais je reste distante de la communauté végétarienne/vegan. Le sujet fait énormément parler, en bien ou en mal. Si j’ai décidé de parler de celui-ci, c’est parce que je le trouve assez impressionnant. Et puis pour un livre d’un philosophe, il est assez accessible (ce qu’on lui a reproché, mais laissons les élitistes rester dans leur coin comme ils le souhaitent eux-mêmes et ignorons-les).

De toute façon, comme le dit lui-même Peter Singer, comment mobiliser du monde sur cette cause si on garde une manière de s’exprimer et d’expliquer les choses obscure ? Cette cause est bien trop importante pour ça.

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Le syndrome de l’autruche, de George Marshall

Pourquoi notre cerveau veut ignorer le changement climatique

le-syndrome-de-l'autruche-coverQuatrième de couverture

Dans cet essai, le sociologue et philosophe américain George Marshall propose une nouvelle approche à l’une des plus épineuses questions de notre temps : alors que le réchauffement climatique se manifeste par un nombre croissant de signaux, comment se fait-il que nous puissions encore ignorer son impact sur notre planète ? Il a découvert que nos valeurs, nos opinions, nos préjugés ont leur vie propre. Par le biais d’histoires vécues et sur la base de longues années de recherches, Marshall soutient que ce qui nous amène à nier notre responsabilité dans les changements climatiques repose sur la manière dont nos cerveaux sont formatés. Après avoir assimilé ce qui stimule et menace notre intellect et nos motivations, l’auteur nous amène à envisager le changement climatique comme un problème soluble.

Critique

La problématique, vous l’avez compris, c’est pourquoi on ignore encore le changement climatique comme s’il n’existait pas alors que des tas d’études scientifiques prouvent le contraire ? Ce livre, je tournais autour depuis quelques mois sans l’acheter. J’avais peur d’être déçue (pouvons-nous aussi parler du prix des livres Actes Sud ?) et de regretter cet achat. Finalement, j’ai craqué et si je ne regrette pas cette lecture, je comprends un peu mieux mon hésitation.

Ça n’a pas été un livre agréable à lire. J’ai été de nombreuses fois en colère, je l’ai aussi trouvé à de nombreuses reprises intéressant. Bref, des sentiments parfois mitigés. Mais du coup, ce livre m’a fait m’interroger sur moi-même et ma conception du monde. Je ne me considère pas écolo mais je réagis souvent comme eux, me confrontant donc à l’incompréhension face aux opinions opposées. C’est un peu ce que reproche l’essai parfois. A raison ou à tort ? C’est la question que je me pose encore, bien que je penche plus pour la première réponse que la deuxième aujourd’hui.

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L’entraide, l’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

l'entraide-autre-loi-jungle-coverQuatrième de couverture

Dans cette arène impitoyable qu’est la vie, nous sommes tous soumis à la « loi du plus fort », la loi de la jungle. Cette mythologie a fait émerger une société devenue toxique pour notre génération et pour notre planète. Aujourd’hui, les lignes bougent. Un nombre croissant de nouveaux mouvements, auteurs ou modes d’organisation battent en brèche cette vision biaisée du monde et font revivre des mots jugés désuets comme « altruisme », « coopération », « solidarité » ou « bonté ». Notre époque redécouvre avec émerveillement que dans cette fameuse jungle il flotte aussi un entêtant parfum d’entraide… Un examen attentif de l’éventail du vivant révèle que, de tout temps, les humains, les animaux, les plantes, les champignons et les microorganismes – et même les économistes ! – ont pratiqué l’entraide. Qui plus est, ceux qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas forcément les plus forts, mais ceux qui s’entraident le plus. Pourquoi avons-nous du mal à y croire ? Qu’en est-il de notre tendance spontanée à l’entraide ? Comment cela se passe-t-il chez les autres espèces ? Par quels mécanismes les personnes d’un groupe peuvent-elles se mettre à collaborer ? Est-il possible de coopérer à l’échelle internationale pour ralentir le réchauffement climatique ? A travers un état des lieux transdisciplinaire, de l’éthologie à l’anthropologie en passant par l’économie, la psychologie et les neurosciences, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle nous proposent d’explorer un immense continent oublié, à la découverte des mécanismes de cette « autre loi de la jungle ».

Critique

Ce livre n’a pas été une claque, plutôt une confirmation de ce que je ressentais. On nous fait tout un foin autour de la compétition, valeur sur laquelle est basée notre société, mais ce n’est qu’une (petite) composante de la nature. On oublie beaucoup trop opportunément l’entraide, qui elle, est carrément la valeur qui nous a permis d’en être là où on est aujourd’hui ! (enfin, liée avec le fait qu’on se raconte des histoires, qui, quand elles sont communes, font que l’entraide est très puissante) Je l’avais déjà lu autre part (notamment dans Sapiens) mais sans jamais rentrer dans les détails.

Ce livre se base essentiellement sur des faits qui ont été prouvés scientifiquement, et parfois historiquement. Voilà qui va en boucher un coin à certains ! L’anthropologie, l’éthologie et la psychologie, entre autres, seront à l’honneur.

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Les trois essais de Yuval Noah Harari, un auteur à lire

Je crois qu’on a deviné avec le titre que je vais les complimenter. Mais pas que, parce que ces essais ont aussi leurs défauts !

Je vais donc parler, dans l’ordre, de Sapiens, une brève histoire de l’humanité, d’Homo Deus, une brève histoire du futur, et du dernier écrit par l’auteur, 21 leçons pour le 21ème siècle.

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Yuval Noah Harari est un historien israélien, dont le sujet de base (l’histoire militaire médiévale) ne le prédestinait pas à rédiger ce genre d’ouvrages. Alors que l’université où il travaille demande à ce qu’on donne un cours sur la thématique de l’histoire de l’humanité, tous ses collègues ayant refusé, Harari s’y colle. S’ensuit un succès fou qui ira crescendo, en particulier après que Mark Zuckerberg et Barack Obama aient conseillé le livre. Livre qui aura essuyé une vingtaine de refus à la base, les maisons d’édition qui ne l’ont pas accepté doivent aujourd’hui s’en mordre les doigts. Sapiens est à l’origine sorti en 2011 en Israël, mais n’a connu le succès mondialement qu’autour de 2014-2015.

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Happycratie, d’Edgar Cabanas et Eva Illouz

happycratie-coverQuatrième de couverture

Le bonheur se construirait, s’enseignerait et s’apprendrait : telle est l’idée à laquelle la psychologie positive prétend conférer une légitimité scientifique. Il suffirait d’écouter les experts et d’appliquer leurs techniques pour devenir heureux. L’industrie du bonheur, qui brasse des milliards d’euros, affirme ainsi pouvoir façonner les individus en créatures capables de faire obstruction aux sentiments négatifs, de tirer le meilleur parti d’elles-mêmes en contrôlant totalement leurs désirs improductifs et leurs pensées défaitistes.
Mais n’aurions-nous pas affaire ici à une autre ruse destinée à nous convaincre que la richesse et la pauvreté, le succès et l’échec, la santé et la maladie sont de notre seule responsabilité ?
Et si la dite science du bonheur élargissait le champ de la consommation à notre intériorité, faisant des émotions des marchandises comme les autres ?

Critique

Je dois vous avouer m’intéresser de près à cette thématique. Je suis psychologiquement pas bien au moment où je rédige cette chronique, même si ça va mieux. Mais on m’exhorte à aller mieux d’une certaine manière, et pas autrement. Je me sens touchée par les problèmes de société qu’on traverse ? Rien à voir, tu réfléchis trop, t’es trop pessimiste.

Si, en effet, j’ai tendance à me déprécier, je ne vois pas en quoi être tout le temps positif règle les problèmes de la vie. Je les vois, les gens positifs et qui réussissent (les deux ne vont pas toujours ensemble d’ailleurs), ils ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes, et si tout va bien pour eux, tout va bien pour tout le monde. Ils vivent dans une autre réalité et disent qu’il faut souffrir, encore et encore, sans se plaindre de préférence, pour vivre bien.

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