La promesse de l’aube, de Romain Gary

promesse-aube-coverQuatrième de couverture

– Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !

Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là.

Mais alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :

– Alors, tu as honte de ta vieille mère ?

Critique

Ce livre a été lu dans le cadre du mois relecture.

Si ma dernière relecture avant ce livre a été quelque peu décevante, celle-ci fut au contraire un enchantement !

Vous avez tous forcément entendu parler de Romain Gary, de ses deux prix Goncourt (alors que, logiquement, il n’aurait dû en avoir qu’un – je vous conseille de vous intéresser à cette petite entourloupe involontaire) et peut-être même de sa vie un peu dramatique.

La promesse de l’aube est une autobiographie de sa jeunesse. Étant né en Lituanie (la Russie à l’époque), il a grandi en Pologne, avant d’atterrir à Nice, en France. Sa vie fut assez remarquable, en raison d’un élément pas commode mais qui a su déplacer des montagnes pour son fils bien-aimé : sa mère.

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La porte des Enfers, de Laurent Gaudé

la-porte-des-enfers-coverCe livre a été lu dans le cadre du mois relecture.

Premier livre que je lis de Laurent Gaudé à l’époque. Gros coup de coeur. Je suis désolée (surtout pour moi-même) d’annoncer que la relecture de ce roman ne l’a pas été, par contre. On a même failli se diriger vers la déception : ça a assez mal commencé.

Situons le contexte : nous nous trouvons face à deux époques différentes. En premier lieu, on découvre la date avant de commencer à lire : 2002. Cette année, Filippo Scalfaro met à exécution sa vengeance. Celui-ci kidnappe un homme exécrable dans un café et le force à fouler le sol devant une tombe. Il lui fait lire l’inscription (son nom – tiens tiens ?), l’homme ne semble pas comprendre. Il lui coupe finalement les doigts des mains et le laisse gisant sur le sol du cimetière où il l’a trainé.

Ensuite, vient 1980. Que s’est-il passé ? Le fils de Matteo et Giuliana meurt lors d’une fusillade dans une rue alors que son père le mène à l’école. Ce dernier, Matteo, qui était présent et a tenté de faire de son corps un bouclier pour son fils, n’a finalement rien pu faire. Les parents ne se remettent pas de la mort de leur fils. Giuliana réclame vengeance, Matteo obtient le nom du responsable mais lors d’une nuit, est incapable de lui tirer dessus. Il revient tout penaud à leur appartement et il n’a rien besoin de dire, Giuliana sait rien qu’en regardant son visage qu’il a été lâche. Elle le quitte et laisse les souvenirs de son mari et de son fils derrière elle.

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Le non de Klara, de Soazig Aaron

le-non-de-klara-coverCe livre a été lu dans le cadre du mois relecture.

Ce livre, je l’ai lu pour la première fois durant mon adolescence, et je connaissais à peine l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je le considère comme une des œuvres majeures qui a traversé mon adolescence. J’avais très peur de le relire car je me suis dit qu’avec le recul, j’allais considérer ce roman plus sévèrement que je ne l’ai fait auparavant.

Et effectivement, j’ai eu plus de recul. Mais les émotions, très fortes durant ma première lecture, ont été une nouvelle fois au rendez-vous lors de cette relecture. Ce roman, c’est toujours la grosse dépression, mais avec un regard adulte et plus distant. Mais bon, même sans avoir pleuré une nouvelle fois, je n’en menais pas large quand même.

(je viens d’apprendre que je suis en réalité face à une autrice, française qui plus est, je ne savais pas)

C’est l’histoire de Klara, racontée du point de vue de sa meilleure amie, Angélika, dans un journal. Donc ne vous attendez pas à de la grosse littérature, mais tout ce qui y sera raconté sera placé sous le signe de la sincérité.

Et qui est donc Klara ? La femme du frère d’Angélika, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. A partir de 1942, Klara est déportée. Elle finira à Auschwitz, qu’elle refuse d’appeler par son nom allemand, et qu’elle désigne sous celui polonais, Oswiecim. (pareil pour dire Birkenau, elle utilisera Brzezinka) On reviendra sur ce refus d’employer l’allemand, même si je pense que vous vous doutez déjà de la raison.

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Libérées, de Titiou Lecoq – les livres féministes #13

Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale

libérées-titiou-lecoq-coverCertaines personnes m’ont dit qu’à la couverture, elles craignaient un livre pas si sérieux que ça. Alors si vous vous attendez à un essai universitaire, en effet, passez votre chemin. Par contre, j’ai trouvé ce livre très intelligent dans sa construction et son argumentation.

Pour commencer, comme vous avez déjà dû le comprendre, on va parler du ménage quotidien. Pas celui de s’installer à deux ou à plus dans un logement (quoique…), mais plutôt le ménage de ce même logement. Passer le balai, faire la vaisselle, bref, vous avez compris.

La situation est grave, les amis. Ne ricanez pas, c’est important ! En effet, on n’arrête pas de nous dire que ça y est, on a obtenu l’égalité, les hommes et les femmes sont traités pareils, youpi, on sort le champagne.

Range-moi cette bouteille tout de suite.

Nous aussi, les femmes, on y croit pour certains domaines. Le ménage en fait partie. On pense qu’on fait partie de la génération qui est éveillée à toutes ces problématiques, que les hommes participent aux tâches ménagères au même titre que les femmes, d’ailleurs la preuve, c’est que c’est mon ressenti aussi en tant que femme.

Tu as activé ma carte piège, Kaiba.

Pour revenir à un ton plus sérieux, il n’en est rien. La part des hommes aux tâches ménagères n’a pas sensiblement augmenté, et c’est encore pire quand un couple a des enfants. Plus un couple en a, moins un homme s’investit. Ah, j’ai oublié de le dire, mais l’autrice prévient aussi : cet essai se concentre sur des couples hétérosexuels. Et il y a un fort déséquilibre qui se joue entre l’homme et la femme pour des raisons diverses et variées, qui n’ont pas toujours de rapport avec les couples homosexuels.

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Le mois relecture

Me voilà de retour pour un mois spécial en décembre qui me tient à cœur ! Et vous aussi, ça doit vous parler personnellement : qui n’a jamais eu envie de relire des livres ? A moins que vous fassiez partie de ces gens qui n’aiment pas les relire.

Et ça fait longtemps que j’y songe, à relire des livres dont les souvenirs de lecture sont flous. Je sais que certains m’ont énormément marqué, que je les ai aimé, voire adoré, et j’ai envie de les redécouvrir, même si j’avoue avoir les pétoches. Et si jamais je ne les aimais pas comme avant ? C’est certain que je n’en aurai pas la même perception, mais une frayeur plus importante me vient à l’esprit. Je sais que je suis devenue plus critique, plus difficile, et j’ai peur qu’un de mes anciens amours subissent ma déception. Sortir de cette idéalisation n’est pas une idée très plaisante.

Je prends donc un risque, mais j’ai terriblement envie de les redécouvrir, avec un œil souvent plus adulte. Donc je me dirige vers ces relectures avec impatience et appréhension.

Voici une liste non exhaustive de ce que j’aimerais relire.

Ce qui est certain :

le-non-de-klara-coverLe non de Klara (Soazig Aaron) : j’en garde un très grand souvenir, mais serais-je plus critique, aurais-je plus de recul en le relisant aujourd’hui ? De plus, la dernière fois que je l’ai lu, je devais avoir 14 ans, ça fait un bail. J’avais pas mal souffert en le lisant (ce n’était pas une lecture joyeuse pour moi, loin de là, ça m’a foutu dans un état de blues assez impressionnant), aurai-je le même niveau d’émotion ?

la-porte-des-enfers-coverLa Porte des enfers (Laurent Gaudé) : j’adore cet auteur au cas où vous ne l’auriez pas déjà compris. Cependant, j’ai un peu peur d’être déçue par mon coup de coeur immense, c’est-à-dire ce livre. Je ne l’espère vraiment pas, j’adore trop cet auteur pour me permettre de tomber d’aussi haut.

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Les livres qui ont marqué ma vie – vie adulte

Cet article sera très personnel, vous risquez de voir pourquoi j’en suis à l’heure actuelle avec ces lectures-là en particulier, mes questionnements… Ça répondra peut-être à vos interrogations.

Vous risquez aussi de voir des livres dans cette liste que vous avez peut-être déjà vu en chronique ici. Avoir suspendu la lecture pendant 6 ans, ce n’est pas rien, ça raréfie les lectures… (si j’avais su que je raterai mes études, j’aurais tout balancé et je me serais enfermée chez moi à lire des livres, quelle perte de temps) Donc il y aura des livres peu nouveaux pour vous, aha.


beauté-fatale-cover2Beauté Fatale (Mona Chollet)

Vers 2012, j’ai commencé à m’intéresser au féminisme à travers des articles qui abordait ce qu’on appelle souvent avec méchanceté le « féminisme 101 » et qui est pourtant bien utile pour celles et ceux qui n’y connaissent rien au sujet. Ce n’est pas parce que je me suis intéressée soudainement au sujet que je suis devenue incollable et parfaite sur le sujet en une semaine et c’est pareil pour les autres. (toujours pas parfaite d’ailleurs)

Mais ce n’est pas le sujet. Mes recherches sur le féminisme m’ont conduite sur le chemin, encore étroit à l’époque, qui mène à Mona Chollet, journaliste chez Le Monde diplomatique. Celle-ci avait publié Beauté Fatale au début de l’année et malgré mon faible budget d’étudiante, je l’ai acheté. C’était mon premier livre féministe !

Le sujet m’a instantanément parlé. Mona Chollet montre comment les médias et les industries cosmétiques et de la mode nous inculquent une certaine vision de la féminité à avoir, surtout aux bénéfices de ces dernières. Pour être belle et féminine, il faut utiliser du maquillage, bien se coiffer, s’habiller selon les dernières tendances, s’épiler… L’autrice nous révèle aussi les conséquences délétères de ces pressions, les contradictions du traitement de notre apparence comparé à celui des hommes, etc… J’en parle dans cette chronique. (une des premières de mon blog, alors bonjour la qualité)

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Les trois essais de Yuval Noah Harari, un auteur à lire

Je crois qu’on a deviné avec le titre que je vais les complimenter. Mais pas que, parce que ces essais ont aussi leurs défauts !

Je vais donc parler, dans l’ordre, de Sapiens, une brève histoire de l’humanité, d’Homo Deus, une brève histoire du futur, et du dernier écrit par l’auteur, 21 leçons pour le 21ème siècle.

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Yuval Noah Harari est un historien israélien, dont le sujet de base (l’histoire militaire médiévale) ne le prédestinait pas à rédiger ce genre d’ouvrages. Alors que l’université où il travaille demande à ce qu’on donne un cours sur la thématique de l’histoire de l’humanité, tous ses collègues ayant refusé, Harari s’y colle. S’ensuit un succès fou qui ira crescendo, en particulier après que Mark Zuckerberg et Barack Obama aient conseillé le livre. Livre qui aura essuyé une vingtaine de refus à la base, les maisons d’édition qui ne l’ont pas accepté doivent aujourd’hui s’en mordre les doigts. Sapiens est à l’origine sorti en 2011 en Israël, mais n’a connu le succès mondialement qu’autour de 2014-2015.

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Les deux ans du blog : que dire ? + TAG Les coulisses du critique

Deux ans que mon blog existe, il faut fêter ça ! Plus sérieusement, je suis assez impressionnée par ma propre constance, ce n’est clairement pas le cas en règle générale. Je suis du genre à me décourager et à abandonner très vite, et le fait de ne pas l’avoir fait sur ça m’indique que mon implication pour ce blog est réel et sérieux.

2 ans du blogJ’ai quelque chose à vous confier… On est donc le 13 novembre. Je ne vous explique pas forcément à quoi correspond cette date, on le sait malheureusement bien tous : les attentats à Paris. A titre personnel, ces attentats m’ont énormément choquée, j’ai regardé la télé jusqu’à 2h du matin, prostrée sur mon lit. (sans compter que je connais vite fait le groupe qu’il y avait ce soir-là au Bataclan, Eagles of Death Metal – je regrette leurs propos par la suite…) Exceptionnellement, je regardais le match entre la France et l’Allemagne (le foot et moi…) et je les avais entendu, ces « boom » curieux. Mais comme tout le monde, ça ne m’avait pas marqué sur le coup. C’est par la suite que nous avons tous compris…

Moi qui ne suis pas croyante (je suis athée), j’ai, pour la première fois depuis des années (j’ai un passé de catholique), allumé une bougie et l’ai mise sur le rebord de la fenêtre de ma chambre, et tout ça pendant trois soirs d’affilée. Avant que vous vous disiez que c’est stupide et que ça ne sert à rien, en effet, ça n’a aucune utilité, et on fait en général ça parce que ça nous touche et qu’on ne sait pas quoi faire d’autre. Parce qu’on n’oublie pas cette horreur, jamais. (je ne dis pas que les autres attentats ne m’ont pas marqué, mais pas de la même façon – et je sais, il y a des choses plus graves dans la vie que des attentats terroristes qui ne font que peu de victimes par rapport aux accidents de la route)

Quel est le rapport avec ce blog ? En 2016, un an après ces attentats, j’avais le blues, je m’ennuyais car je ne voyais pas trop quoi faire en ce jour de deuil. Et ça faisait un moment que je me disais qu’il allait falloir que je fasse quelque chose de mes lectures. Ainsi, j’ai créé mon blog. Pas très joyeux tout ça, mais ça m’a permis de partager mes lectures, de découvrir les vôtres. Ça, c’est quand même mieux.

Et depuis, cette date est à la fois un élément de tristesse et de fierté.

Mais je ne suis pas très inventive en ce moment… Alors j’ai piqué une idée à un autre blog, celui de Fictionista. Pour les deux ans de son blog, elle a elle-même participé à ce TAG, et du coup, je lui prends l’idée (qu’elle a elle-même prise sur un autre blog, les TAG sont faits pour tourner de toute façon). Les coulisses du critique vous parleront ainsi de la blogueuse que je suis. (en attendant de trouver une idée pour les trois ans, peut-être)

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Albert Camus, un écrivain brillant et un homme intègre

Aaah, il fallait bien qu’il vienne un jour, celui-là ! Comme beaucoup de monde le sait, Albert Camus est mon auteur préféré. Je fais savoir à maintes occasions que c’est le cas et il était temps de faire cet article-déclaration d’amour ! Je souhaitais faire un article plus ambitieux, mais c’est pas plus mal de le faire plus court. (après l’avoir entièrement écrit, je me dis que c’est une vaste blague et je vous conseille d’ailleurs de le lire en plusieurs fois…)

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Et aujourd’hui, le jour de sa publication, nous sommes le… 7 novembre ! Le jour de sa naissance. D’ailleurs, un petit résumé de sa vie (rien de barbant, je vous rassure) est de la plus grande utilité.

Avant ça, le menu de cet article sera fort utile pour savoir si vous allez zapper cet article, n’en lire que quelques parties ou y aller en fonçant tête la première.

Tout d’abord, comme vous l’avez compris, on va parler un peu de ce qu’a été sa vie. ses oeuvres marquantes à mes yeux, ce qu’il représente pour moi. On parlera de son défaut majeur à mes yeux mais aussi ce qu’on lui reproche le plus souvent et qui me laisse mitigée… Et dans la dernière partie, la plus courte d’ailleurs, je parle de mes doutes quant à la récupération de l’auteur par certains. (attendez-vous à ce que je rage dans cette partie)

Mais quoi qu’il en soit, cet auteur reste l’homme brillant et exemplaire qu’il est à mes yeux. Pas besoin de perfection, je suis et resterai toujours en admiration.

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Muse, partie 1 – tout en musique #9

Leur nouvel album (déjà le 8ème !) va sortir dans quelques jours (qui c’est qui va se précipiter le jour même pour l’acheter ? C’est bibi) et c’est pour moi l’occasion de vous parler de ce groupe qui est… mon préféré de tous les temps.

Ce groupe est composé de trois hommes, Matthew Bellamy (au chant, à la guitare et au piano), Dominic Howard (batterie et percussions) et Christopher Wolstenholme (à la basse, l’harmonica et aussi le chant – il sait aussi jouer d’autres instruments, le génie).

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Je sais ce que certains vont dire : « Oui, mais si tu les écoutes encore, ça veut dire que t’aimes encore ce qu’ils font alors que c’est devenu commercial, les seuls albums qui valent le coup sont les deux premiers, blablabla ». Hé bien oui ! J’aime TOUS leurs albums ! Leur évolution, je l’ai complètement accepté. Comme je l’ai déjà dit dans de précédents articles, j’écoute de tout, donc je ne ressens aucune honte à ça. Il y a des groupes qui prennent un chemin qui me plaît moins, et ça n’a pas forcément toujours à voir avec le super argument du « pff, c’est commercial ». Si ça l’est, c’est une coïncidence. Ce n’est pas le cas de Muse.

Donc, je le dis par avance : si vous êtes des anciens fans qui vous accrochez encore aux deux premiers albums, ben… Tournez la page, sérieux. Vous êtes toujours là à chaque sortie de nouvel album, à dire que c’est de la merde, à cracher sur les nouveaux fans qui seraient moins biens que vous dans les commentaires Youtube, ce qui me fait généralement conclure que vous êtes aigris. Faut passer à autre chose au bout d’un moment.

Je vais diviser cet article en deux parties. Comme c’est mon groupe préféré, je vais forcément me briser le cœur en me restreignant sur le nombre de chansons que je vais partager, donc hors de question d’avoir les 7 albums de sortis d’un coup dans un article. (la fille qui ne sait pas départager)

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