Le non de Klara, de Soazig Aaron

le-non-de-klara-coverCe livre a été lu dans le cadre du mois relecture.

Ce livre, je l’ai lu pour la première fois durant mon adolescence, et je connaissais à peine l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je le considère comme une des œuvres majeures qui a traversé mon adolescence. J’avais très peur de le relire car je me suis dit qu’avec le recul, j’allais considérer ce roman plus sévèrement que je ne l’ai fait auparavant.

Et effectivement, j’ai eu plus de recul. Mais les émotions, très fortes durant ma première lecture, ont été une nouvelle fois au rendez-vous lors de cette relecture. Ce roman, c’est toujours la grosse dépression, mais avec un regard adulte et plus distant. Mais bon, même sans avoir pleuré une nouvelle fois, je n’en menais pas large quand même.

(je viens d’apprendre que je suis en réalité face à une autrice, française qui plus est, je ne savais pas)

C’est l’histoire de Klara, racontée du point de vue de sa meilleure amie, Angélika, dans un journal. Donc ne vous attendez pas à de la grosse littérature, mais tout ce qui y sera raconté sera placé sous le signe de la sincérité.

Et qui est donc Klara ? La femme du frère d’Angélika, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. A partir de 1942, Klara est déportée. Elle finira à Auschwitz, qu’elle refuse d’appeler par son nom allemand, et qu’elle désigne sous celui polonais, Oswiecim. (pareil pour dire Birkenau, elle utilisera Brzezinka) On reviendra sur ce refus d’employer l’allemand, même si je pense que vous vous doutez déjà de la raison.

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Libérées, de Titiou Lecoq – les livres féministes #13

Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale

libérées-titiou-lecoq-coverCertaines personnes m’ont dit qu’à la couverture, elles craignaient un livre pas si sérieux que ça. Alors si vous vous attendez à un essai universitaire, en effet, passez votre chemin. Par contre, j’ai trouvé ce livre très intelligent dans sa construction et son argumentation.

Pour commencer, comme vous avez déjà dû le comprendre, on va parler du ménage quotidien. Pas celui de s’installer à deux ou à plus dans un logement (quoique…), mais plutôt le ménage de ce même logement. Passer le balai, faire la vaisselle, bref, vous avez compris.

La situation est grave, les amis. Ne ricanez pas, c’est important ! En effet, on n’arrête pas de nous dire que ça y est, on a obtenu l’égalité, les hommes et les femmes sont traités pareils, youpi, on sort le champagne.

Range-moi cette bouteille tout de suite.

Nous aussi, les femmes, on y croit pour certains domaines. Le ménage en fait partie. On pense qu’on fait partie de la génération qui est éveillée à toutes ces problématiques, que les hommes participent aux tâches ménagères au même titre que les femmes, d’ailleurs la preuve, c’est que c’est mon ressenti aussi en tant que femme.

Tu as activé ma carte piège, Kaiba.

Pour revenir à un ton plus sérieux, il n’en est rien. La part des hommes aux tâches ménagères n’a pas sensiblement augmenté, et c’est encore pire quand un couple a des enfants. Plus un couple en a, moins un homme s’investit. Ah, j’ai oublié de le dire, mais l’autrice prévient aussi : cet essai se concentre sur des couples hétérosexuels. Et il y a un fort déséquilibre qui se joue entre l’homme et la femme pour des raisons diverses et variées, qui n’ont pas toujours de rapport avec les couples homosexuels.

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Les trois essais de Yuval Noah Harari, un auteur à lire

Je crois qu’on a deviné avec le titre que je vais les complimenter. Mais pas que, parce que ces essais ont aussi leurs défauts !

Je vais donc parler, dans l’ordre, de Sapiens, une brève histoire de l’humanité, d’Homo Deus, une brève histoire du futur, et du dernier écrit par l’auteur, 21 leçons pour le 21ème siècle.

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Yuval Noah Harari est un historien israélien, dont le sujet de base (l’histoire militaire médiévale) ne le prédestinait pas à rédiger ce genre d’ouvrages. Alors que l’université où il travaille demande à ce qu’on donne un cours sur la thématique de l’histoire de l’humanité, tous ses collègues ayant refusé, Harari s’y colle. S’ensuit un succès fou qui ira crescendo, en particulier après que Mark Zuckerberg et Barack Obama aient conseillé le livre. Livre qui aura essuyé une vingtaine de refus à la base, les maisons d’édition qui ne l’ont pas accepté doivent aujourd’hui s’en mordre les doigts. Sapiens est à l’origine sorti en 2011 en Israël, mais n’a connu le succès mondialement qu’autour de 2014-2015.

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Happycratie, d’Edgar Cabanas et Eva Illouz

happycratie-coverQuatrième de couverture

Le bonheur se construirait, s’enseignerait et s’apprendrait : telle est l’idée à laquelle la psychologie positive prétend conférer une légitimité scientifique. Il suffirait d’écouter les experts et d’appliquer leurs techniques pour devenir heureux. L’industrie du bonheur, qui brasse des milliards d’euros, affirme ainsi pouvoir façonner les individus en créatures capables de faire obstruction aux sentiments négatifs, de tirer le meilleur parti d’elles-mêmes en contrôlant totalement leurs désirs improductifs et leurs pensées défaitistes.
Mais n’aurions-nous pas affaire ici à une autre ruse destinée à nous convaincre que la richesse et la pauvreté, le succès et l’échec, la santé et la maladie sont de notre seule responsabilité ?
Et si la dite science du bonheur élargissait le champ de la consommation à notre intériorité, faisant des émotions des marchandises comme les autres ?

Critique

Je dois vous avouer m’intéresser de près à cette thématique. Je suis psychologiquement pas bien au moment où je rédige cette chronique, même si ça va mieux. Mais on m’exhorte à aller mieux d’une certaine manière, et pas autrement. Je me sens touchée par les problèmes de société qu’on traverse ? Rien à voir, tu réfléchis trop, t’es trop pessimiste.

Si, en effet, j’ai tendance à me déprécier, je ne vois pas en quoi être tout le temps positif règle les problèmes de la vie. Je les vois, les gens positifs et qui réussissent (les deux ne vont pas toujours ensemble d’ailleurs), ils ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes, et si tout va bien pour eux, tout va bien pour tout le monde. Ils vivent dans une autre réalité et disent qu’il faut souffrir, encore et encore, sans se plaindre de préférence, pour vivre bien.

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Drawdown, de Paul Hawken

Comment inverser le cours du réchauffement planétaire

drawdown-coverQuatrième de couverture

Nous savons qu’il nous reste peu de temps pour agir. Un nombre toujours plus important de scientifiques nous mettent en garde : dans quelques années, il sera trop tard. Le changement climatique menace de défaire le tissu social, de saper les fondations mêmes de la démocratie et de précipiter la disparition de nombreuses espèces. Dont l’être humain.
Fort de cette urgence, Drawdown propose une feuille de route à l’usage des gouvernements, des territoires, des villes, des entreprises et de chacun d’entre nous. Plutôt que de baisser les bras, ce livre veut nous aider à surmonter la peur, la confusion et l’apathie, pour passer à l’acte.
Drawdown désigne le point de bascule à partir duquel la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, après avoir atteint un pic, se met à diminuer d’une année sur l’autre.
L’objectif de ce livre est de nous aider à engager cette bascule.
Pour y parvenir, Paul Hawken et soixante-dix chercheurs ont élaboré un plan inédit : quatre-vingts solutions pour inverser le cours du changement climatique. En décrivant leurs impacts positifs sur le monde financier, les relations sociales et l’environnement, ils nous enjoignent à organiser notre action : commencer par ce qui aura le plus d’impact et construire une stratégie globale.
Nous disposons de tous les outils nécessaires, à nous de nous mettre au travail.

Critique

En voici un livre dense ! (très dense) Tout le monde est au courant de la catastrophe écologique qui se déroule en ce moment même. Ce livre parle donc de l’aspect dont il est d’ailleurs le plus question dans les médias quand ils ne font pas de micro-trottoirs avec les gens ravis de ces températures à la plage : le réchauffement climatique.

Celui-ci n’est évidemment pas que de notre ressort : la planète se réchauffe toute seule, notamment à travers l’activité des volcans, la variation des rayonnements solaires, etc. Le problème, c’est que le réchauffement va beaucoup plus vite qu’il ne le devrait naturellement et c’est là qu’entre en jeu notre responsabilité. Nos activités pour nous permettre un certain confort, en plus de ne profiter qu’à certains, mettent en danger l’entièreté de la planète. Et pas seulement les humains : la faune et la flore, qu’on a eu tendance à dénigrer ces dernières décennies et à exploiter sans vergogne.

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Sorcières, de Mona Chollet – les livres féministes #12

sorcières-mona-chollet-coverTiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas sorti un article de cette série ! Et je pense que beaucoup d’entre vous ont entendu parler de la sortie de ce livre le mois dernier. Ayant beaucoup apprécié Beauté Fatale et Chez soi de la même autrice, je ne pouvais décemment pas louper celui-là. Après, pour le bien de mon porte-monnaie, je n’étais pas obligée de l’acheter aussi tôt, certes. (mais il a quand même failli bouter le nouveau livre d’Eric Zemmour de la première place des ventes, et ça, ça n’a pas de prix)

Comme vous vous en doutez, on va parler de sorcières… mais peut-être pas tout à fait de la manière que vous vous imaginez. En effet, l’autrice nous présentera un historique concis de l’image des sorcières qu’on a dans notre culture, mais aussi dans celles d’avant… qui était peu reluisante, il faut bien le dire. Elle prend d’ailleurs un exemple qui me parle, vu que ce personnage me terrifiait quand j’étais enfant, il s’agit… de la sorcière dans Blanche-Neige.

Elle va aussi mentionner d’autres exemples, mais on ne va pas s’appesantir là-dessus. Elle parlera aussi des fameuses chasses aux sorcières, qui ne sont pas forcément celles qu’on s’imagine. On pense à la magie, à l’herboristerie, etc, quand on pense aux sorcières. Il ne sera pas question de celles-là dans ce livre. Non, c’est beaucoup plus compliqué que cela.

On va donc quand même parler des chasses aux sorcières (celles qui ont causé la mort de dizaines de milliers de morts en Europe à partir du 16ème siècle). Lesquelles alors ? Les sorcières en question sont… des femmes. C’est pas très clair, une précision peut-être ? En effet, il ne s’agit pas de n’importe quelles femmes : les conformistes, aucun problème, malgré la peur qui devait dévorer leur estomac assez régulièrement, elles s’en sont sorties. Par contre, celles qui ont fait preuve d’une certaine autonomie, elles ont pris cher. L’autrice va donc parler des femmes célibataires, des femmes sans enfants ainsi que des femmes âgées, dans trois parties qui détaillent ces cas (dont je fais d’ailleurs partie sur au moins deux éléments, ravie d’apprendre qu’on m’aurait torturée, violée et tuée à l’époque).

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La supplication, de Svetlana Alexievitch

la-supplication-coverQuatrième de couverture

« Des bribes de conversations me reviennent en mémoire… Quelqu’un m’exhorte :
– Vous ne devez pas oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n’êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main ! »
Tchernobyl. Ce mot évoque dorénavant une catastrophe écologique majeure. Mais que savons-nous du drame humain, quotidien, qui a suivi l’explosion de la centrale nucléaire ?
Svetlana Alexievitch nous fait entrevoir un monde bouleversant : celui des survivants, à qui elle cède la parole. L’évènement prend alors une toute autre dimension.
Pour la première fois, écoutons les voix suppliciées de Tchernobyl.

Critique

Je crois que certains se sont souvenus de mon choc à la lecture d’un livre de la même autrice, La fin de l’homme rouge. On se trouve au même niveau avec celui-ci.

On parle donc des victimes de Tchernobyl en Biélorussie. Ou plutôt, on les laisse parler, 10 ans après cette catastrophe. Les voix des victimes de Tchernobyl qu’on n’entend jamais.

L’autrice a donc choisi d’explorer les conséquences humaines de cette catastrophe. On a eu des chiffres, des faits, mais les victimes ? Oubliées, niées, méprisées. On ne sait pas réellement ce qu’il s’est passé pour ces personnes, et vu comment, à l’époque, on a essayé de faire croire que le nuage radioactif s’était arrêté à la frontière de la France (LOL), autant vous dire que des choses se sont sûrement dîtes sans savoir vraiment. Déformées, surtout silenciées.

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Dans la forêt, de Jean Hegland

dans-la-forêt-coverQuatrième de couverture

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses. Considéré comme un véritable choc littéraire aux États-Unis, ce roman sensuel et puissant met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

Critique

Ceci n’est pas un roman post-apocalyptique à proprement parler ! Je préfère prévenir, surtout si vous êtes un habitué du genre et que vous vous attendez plus ou moins à une certaine façon de mener la barque. Oubliez ça, ce n’est sûrement pas ce que vous vous imaginez.

Vous l’avez compris, ça ne va pas être drôle. Ça va aussi, si ce n’est pas déjà fait, vous interroger sur notre monde actuel. Après tout, Nell et Eva sont deux jeunes filles qui en font partie, bien qu’elles aient déjà une situation bien particulière. Elles vivent en pleine campagne avec leurs parents et ont été scolarisées à domicile, leur maison étant située à côté d’une forêt. Ce n’est déjà pas banal comme vie.

Celles-ci ont déjà une mentalité à part, mais qui reste très proche de n’importe quel citoyen d’un monde capitaliste. Elles sont donc habituées (et nous encore plus) à un certain confort, l’essence et l’électricité étant premiers du classement.

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La Chute, d’Albert Camus

la-chute-camus-coverQuatrième de couverture

« Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation. […] J’avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j’entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s’éteignit brusquement. »

Critique

Aaah, c’est comme pour L’Étranger, ça vous intrigue cette quatrième de couverture ? Hé bien contrairement à celui-ci, vous allez assez vite l’oublier pour vous plonger dans la lecture. Le narrateur et personnage principal aura tôt fait de vous distraire, car sa personnalité et ses propos vous surprendront (et vous exaspèreront sûrement) dès le début.

Ce n’est pas une lecture facile à aborder. Je l’ai lu à un moment où je n’étais pas bien dans ma vie et ça a été un véritable choc pour moi. Pas que ça aille mieux aujourd’hui mais j’ai plus de recul. C’est pour cette raison que j’ai décidé de le relire le mois dernier. Oui, je ne l’avais lu qu’une fois, n’osant pas me replonger dans un tel récit. Je vous conseille donc de ne pas le lire si vous vous sentez au fond du trou, conseil d’ami.

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Chez soi, de Mona Chollet

chez-soi-mona-chollet-coverQuatrième de couverture

Le foyer, un lieu de repli frileux où l’on s’avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l’on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir. Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l’état de  » famine temporelle  » qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question  » Qui fait le ménage ? « , persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l’on rencontre des modes de vie bien plus inventifs… Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d’y voir plus clair, et de se sentir mieux.

Critique

J’avais déjà commencé à connaître Mona Chollet grâce à son connu Beauté fatale, qui n’a pas convaincu tout le monde, mais quand tu t’inities au féminisme, c’est vraiment un bon livre. En 2015, j’ai donc lu Chez soi que je trouve bien meilleur.

Je l’ai relu et celui-ci n’a pas eu la même portée qu’à l’époque. Normalement, quand on relit un livre, on a un peu les pétoches, on se demande si celui-ci va toujours autant nous plaire qu’avant, si on ne va pas soudainement lui trouver des défauts qui vont gâcher notre lecture. Et non seulement il m’a parlé comme lors de ma première lecture, mais au vu des mes questionnements actuels, il a eu une portée supérieure.

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