Chez soi, de Mona Chollet

chez-soi-mona-chollet-coverQuatrième de couverture

Le foyer, un lieu de repli frileux où l’on s’avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l’on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir. Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l’état de  » famine temporelle  » qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question  » Qui fait le ménage ? « , persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l’on rencontre des modes de vie bien plus inventifs… Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d’y voir plus clair, et de se sentir mieux.

Critique

J’avais déjà commencé à connaître Mona Chollet grâce à son connu Beauté fatale, qui n’a pas convaincu tout le monde, mais quand tu t’inities au féminisme, c’est vraiment un bon livre. En 2015, j’ai donc lu Chez soi que je trouve bien meilleur.

Je l’ai relu et celui-ci n’a pas eu la même portée qu’à l’époque. Normalement, quand on relit un livre, on a un peu les pétoches, on se demande si celui-ci va toujours autant nous plaire qu’avant, si on ne va pas soudainement lui trouver des défauts qui vont gâcher notre lecture. Et non seulement il m’a parlé comme lors de ma première lecture, mais au vu des mes questionnements actuels, il a eu une portée supérieure.

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Le refus du travail, de David Frayne

le-refus-du-travail-coverComme je le dis à chaque fois que je présente ce livre quelque part : ce n’est pas un truc de feignasse ! Mais j’assume moins alors que je vis chez mes parents, je cache toujours la couverture… au cas où. Une incompréhension est si vite arrivée…

Mais revenons-en au livre ! Celui-ci ne prône pas la paresse, il n’est pas question de ça. Il remet plutôt en cause notre société basée sur le travail et plein d’autres domaines de notre vie qui sont grandement influencés par ce facteur. Et quand il entend « travail », il veut surtout dire « emploi ».

Dans ce livre, le sociologue David Frayne va diviser son livre en huit parties distinctes. Si vous avez des questions, vous pouvez être sûr qu’il va y répondre à un moment ou à un autre. En attendant, il fallait bien donner la définition du travail (ou de l’emploi, j’utiliserai le terme travail dans la suite de l’article), l’histoire derrière ce qui nous semble acquis de nos jours (et qui ne l’était pas forcément selon les époques), et donc, comment notre vision actuelle du travail a commencé. Jusque-là, il ne fait que poser les bases, mais si vous n’êtes pas trop au fait de ce sujet, vous risquez d’apprendre des choses.

Il parle aussi d’un sujet auquel nous pensons sans forcément nous attarder dessus, ni même penser que la chose doit changer, vu qu’elle est considérée comme normale : la politique du temps. Avec les progrès qu’on rencontre, ne devrions-nous pas avoir plus de temps pour nous ? Mais nous n’en avons finalement pas… Pourquoi donc ? Parce que le capitalisme a un principe simple : produire encore plus pour toujours plus de profit. Ce n’est donc pas dans l’intérêt des capitalistes que nous travaillions moins.

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La Condition ouvrière, de Simone Weil

La_condition_ouvriere.qxd:La condition ouvriere.qxdQuatrième de couverture

En décembre 34, Simone Weil entre comme « manœuvre sur la machine » dans une usine. Professeur agrégé, elle ne se veut pas « en vadrouille dans la classe ouvrière », mais entend vivre la vocation qu’elle sent être sienne : s’exposer pour découvrir la vérité. Car la vérité n’est pas seulement le fruit d’une pensée pure, elle est vérité de quelque chose, expérimentale, « contact direct avec la réalité ». Ce sera donc l’engagement en usine, l’épreuve de la solidarité des opprimés – non pas à leurs côtés mais parmi eux.

Critique

Vous voici devant l’essai d’une grand dame comme il y en a très rarement en un seul siècle. Simone Weil est une philosophe et autrice du début du XXème siècle, malheureusement décédée assez jeune en 1943. (à l’âge de 34 ans !) Et non, ce n’est pas une faute d’orthographe, Simone Weil et Simone Veil ne sont pas les mêmes personnes.

Celle-ci décide, en 1934, de vivre la vie d’ouvrier dans toute sa dureté, et ceci pendant un an. Elle veut savoir ce qu’il en est réellement, elle veut se rapprocher le plus possible de la réalité souvent minimisée des travailleurs en usine, ne pas se barricader dans une aura d’élitisme propre à son milieu. Pour elle, il faut le vivre pour le comprendre et l’analyser. De plus, il y a un trait de sa personnalité qui m’a sacrément impressionnée pour une intellectuelle. On en reparlera car cela fait d’elle une personne à part. Ses écrits ont d’ailleurs été publiés dans la collection Espoir de Gallimard par un certain Albert Camus. (je vous assure que je ne le fais pas exprès)

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Un funambule sur le sable, de Gilles Marchand

funambule-sur-le-sable-coverQuatrième de couverture

C’est l’histoire de Stradi qui naît avec un violon dans le crâne. A l’école, il va souffrir à cause de la maladresse ou de l’ignorance des adultes et des enfants. A ces souffrances, il va opposer son optimisme invincible, héritage de ses parents. Et son violon s’avère être un atout qui lui permet de rêver et d’espérer. Roman de l’éducation, révérant la différence et le pouvoir de l’imagination.

Critique

Je m’attendais à un traitement plus sérieux, pas forcément à l’histoire d’une vie. Est-ce que cela a finalement influencé mon opinion dans le mauvais sens ? Pas vraiment. Au contraire, ce livre m’a un peu servi de pansement mais on reparlera plus tard.

C’est l’histoire de Stradi (surnom donné par ses camarades de classe parce que Stradi = Stradivarius, un des meilleurs violons existants), un jeune garçon très attachant, dont on suivra son évolution en tant qu’adolescent, puis dans sa vie d’adulte. Et des complications, il va en avoir dès le début de sa vie : naître avec un violon dans la tête, ce n’est pas banal, et ça en fait un sujet de questionnements très intéressants pour la médecine… qui n’en mène de toute façon pas large. Faut-il l’opérer pour lui enlever ce violon ? N’est-ce pas un peu trop dangereux ? Faut-il lui donner un traitement ? Finalement, les médecins opteront pour le laisser grandir avec ce violon dans la tête pour ne pas perturber sa croissance. (et puis jamais personne n’a enlevé un violon d’une boîte crânienne)

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Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino

si-par-une-nuit-italo-calvino-coverQuatrième de couverture

Vous, lecteur, vous, lectrice, vous êtes le principal personnage de ce roman, et réjouissez-vous : c’est non seulement un des plus brillants mais aussi un des plus humoristiques qui aient été écrits dans ce quart de siècle.
Vous allez vous retrouver dans ce petit monde de libraires, de professeurs, de traducteurs, de censeurs et d’ordinateurs qui s’agitent autour d’un livre. Vous allez surtout vous engager dans des aventures qui vous conduiront chaque fois au point où vous ne pourrez plus retenir votre envie d’en savoir davantage, et là, ce sera à vous de continuer, d’inventer. Bon voyage.

Critique

En voilà un livre atypique ! Il m’aura bien surpris de par son thème, et surtout, sa structure. Je l’ai lu en lecture commune avec La viduité, merci à lui 🙂

En effet, nous suivons des réflexions à propos de la lecture, des livres, des lecteurs, des librairies, des éditeurs, des censeurs… Il y a eu pas mal de choses qui m’ont parlé, notamment celle-ci :

Écouter quelqu’un qui lit à haute voix, ce n’est pas la même chose que lire en silence. Quand tu lis, tu peux t’arrêter, ou survoler les phrases : c’est toi qui décides du rythme. Quand c’est un autre qui lit, il est difficile de faire coïncider ton attention avec le tempo de sa lecture : sa voix va ou trop vite ou trop lentement.

Bien évidemment, en tant que lecteur/lectrice, les remarques sont multiples et correspondant pour la plupart à notre vécu parmi les livres. Elles sont un vrai plaisir durant cette lecture, elles nous ramènent forcément à quelque chose que l’on connaît, grâce auquel l’auteur crée une sorte de lien de connivence, de compréhension, avec nous, les lecteurs. Ces passages m’ont souvent fait sourire, c’est une vraie régalade. En tant que lectrice, je me suis forcément sentie concernée.

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Auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro

auprès-de-moi-toujours-coverQuatrième de couverture

Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes.

Critique

Voici un livre qui, je le pense, ne fera pas l’unanimité : je suis tout à fait consciente des défauts qu’on peut lui trouver, tout en pensant que ceux-ci étaient justement ce que je recherchais dans un récit en ce moment.

Après tout, celui-ci offre une écriture qui peut être considérée comme assez froide. A titre personnel, je n’ai pas trouvé, ça posait une certaine distance, mais pas non plus fataliste. J’ai trouvé que les descriptions de l’auteur (prix Nobel 2017, certes, mais non, je ne continue pas le #BookChallengeNobel) ont parfaitement retranscris les émotions que pouvaient ressentir les personnages – et nous aussi, face à ces situations en apparence normales, mais qui ne l’étaient pas.

En effet, le malaise grandit au fur et à mesure du récit. Il est juste palpable légèrement, même quand celui-ci se renforce, jusqu’à la troisième partie du roman, où le choc est assez terrible à mon sens. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages mais d’une certaine manière, ce n’est pas plus mal. Par contre, je me suis amarrée à leurs histoires, un peu comme une sorte de sangsue. Je n’ai pas décroché un seul instant et j’ai pris un réel plaisir à les lire.

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Découverte : la décroissance

Le mois dernier, j’ai découvert deux essais sur la décroissance, un sujet dont j’avais beaucoup entendu parler mais sans rien savoir de concret. Curieuse, j’ai voulu en avoir le coeur net.

Bon, en fait, c’est à moitié un mensonge : sur les deux livres que je vais vous présenter, j’en ai juste croisé un à la librairie dont la couverture m’a attiré l’oeil. Mais plus que ça, c’est un des visages sur la couverture qui a éveillé mon attention : Albert Camus ! Si, effectivement, j’aime beaucoup sa simplicité, son amour pour la nature, sa revendication d’une certaine intégrité et le devoir de ne pas aller trop loin, je ne l’avais jamais relié à la décroissance. Lui non plus ne l’a jamais formulé ainsi, mais on verra ça plus tard dans l’article. En attendant, une petite explication s’impose.

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Qu’est-ce que la décroissance ? Il est difficile d’en donner une définition précise. En effet, cette idée s’est construite sur la base de plusieurs grilles de lectures, qui vont favoriser l’aspect écologique, économique, politique, éthique ou social selon ceux qui vont dénoncer ce qui ne va pas dans notre mode de vie industriel. Je crois, avec le peu de ce que je viens de dire et le nom « décroissance » lui-même, que vous avez peu ou prou deviné de quoi il s’agit : l’idée est de vouloir faire disparaître la production et la croissance. Ces dernières sont connues dans le contexte libéral actuel pour être la porte au bien-être d’un pays, mais aussi des gens qui y vivent. Seulement, la décroissance démontre l’inverse : au contraire, la société capitaliste est génératrice d’inégalités et de pollution. Que la croissance pourra bien provoquer des conflits encore plus importants qu’aujourd’hui, voire pire : l’extinction de l’humanité.

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L’Assommoir, d’Emile Zola

assommoir-zola-coverQuatrième de couverture

Qu’est-ce qui nous fascine dans la vie « simple et tranquille » de Gervaise Macquart ? Pourquoi le destin de cette petite blanchisseuse montée de Provence à Paris nous touche-t-il tant aujourd’hui encore? Que nous disent les exclus du quartier de la Goutte-d’Or version Second Empire? L’existence douloureuse de Gervaise est avant tout une passion où s’expriment une intense volonté de vivre, une générosité sans faille, un sens aigu de l’intimité comme de la fête. Et tant pis si, la fatalité aidant, divers « assommoirs » – un accident de travail, l’alcool, les « autres », la faim – ont finalement raison d’elle et des siens. Gervaise aura parcouru une glorieuse trajectoire dans sa déchéance même. Relisons L’Assommoir, cette « passion de Gervaise », cet étonnant chef-d’oeuvre, avec des yeux neufs.

Critique

Encore une fois, Zola a prouvé qu’il était LE maître. Bien que j’ai été moins emballée que pour Germinal (qui restera un de mes livres préférés pour un long moment), L’Assommoir est une preuve de son travail gigantesque et de son talent d’écriture.

Nous suivons donc Gervaise, une blanchisseuse, qui s’est enfui de chez elle avec son amant de l’époque, Gustave Lantier, dont elle a deux enfants. Ils emménagent ensemble à Paris dans un petit appartement dans un immeuble miteux et la vie n’est pas joyeuse. Ils ont des difficultés à joindre les deux bouts, sans compter que le mari est un bon à rien qui court les autres femmes. Il finira d’ailleurs par partir avec une autre donzelle, laissant Gervaise seule avec leurs deux enfants. (dont un certain Etienne Lantier, personnage principal de Germinal – Claude sera aussi au coeur d’un autre roman, L’Oeuvre)

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Les derniers jours de Rabbit Hayes, d’Anna McPartlin

les-derniers-jours-de-rabbit-hayes_coverQuatrième de couverture

Quand Mia, que l’on surnomme affectueusement Rabbit, entre en maison de repos, elle n’a plus que neuf jours à vivre, même si elle refuse de l’accepter, tout comme ses proches qui assistent, impuissants, au déclin de leur fille, sœur, mère ou amie. Tous sont présents à ses côtés pour la soutenir : Jack et Molly, ses parents, incapables de dire adieu à leur enfant ; Davey et Grace, son frère et sa sœur, qui la considèrent toujours comme la petite dernière de la famille ; Marjorie, sa meilleure amie et confidente ; et enfin Juliet, sa fille de 12 ans, qu’elle élève seule. À mesure que les jours passent et que l’espoir de sauver Rabbit s’amenuise, sa famille et ses amis sont amenés à s’interroger sur leur vie et la manière dont ils vont se construire sans cette femme qui leur a tant apporté. Rabbit est au cœur de ce petit groupe et des préoccupations de chacun de ses membres. Si elle a perdu la bataille, celle-ci ne fait que commencer pour son entourage. Et Rabbit a quelques idées bien particulières pour leur faciliter la tâche. Mais très peu de temps pour les mettre en œuvre…

Critique

Les personnes qui me suivent sur Twitter ou Instagram savent que cette chronique ne sera pas là pour balancer des fleurs à ce livre. J’ai été sacrément en rogne contre ce roman, alors que je partais simplement pour le considérer comme étant moyen. J’ai hésité à en rédiger une, j’ai même fait un sondage sur les réseaux sociaux pour demander si c’était une bonne idée. (la réponse globale était oui, il va falloir assumer, les gens) Ça me titille de ne voir aucune critique négative et pourtant, un détail en particulier m’a rendue furieuse.

Qu’est-ce qui s’est donc passé ? Je ne vais pas tout de suite m’arrêter sur ce fameux détail et plutôt expliquer en quoi c’était moyennement parti.

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Essais sur la situation des Américains noirs, par James Baldwin et Toni Morrison

J’ai eu trois lectures qui se sont pas mal suivis au niveau du thème, et qui plus est des essais écrits ou énoncés devant un auditoire par deux auteurs renommés : James Baldwin et Toni Morrison.

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Toni Morrison et James Baldwin.

Si les deux auteurs ont en commun une lucidité et une intelligence énormes et qu’il est très intéressant de les lire, ils ont aussi une différence qui peut paraître majeur : l’époque à laquelle ils s’expriment. Il est donc intéressant de comparer ce qu’ils ont à dire et surtout de réaliser… qu’on en est toujours au même point, malgré quelques petites concessions par-ci par-là. Que les lois, c’est bien, que le changement des mentalités, c’est mieux. Ils abordent et analysent des choses différentes, mais qui se rejoignent.

Mon but dans cet article ne sera pas forcément de réaliser un parallèle, mais de récapituler ce que chaque livre a à apporter. Si vous voulez effectuer un rapprochement, ce sera avec votre voix personnelle. Je pense que chacun y verra des choses qui le marqueront, alors que d’autres lecteurs s’attarderont sur d’autres éléments. Je décris juste ce qu’ils contiennent afin de vous donner une idée… et de vous inviter à les lire, bien sûr.

Une petite présentation rapide de ces auteurs s’impose. James Baldwin est un auteur du milieu du XXe siècle, et un américain noir, ce qui va énormément influencer son oeuvre. (j’explique comment j’ai découvert ce formidable monsieur ici) Celui-ci sera un des modèles de Toni Morrison, qui aura surtout publié des livres à la fin du XXe siècle (et elle aura obtenu le prix Nobel en 1993, première femme noire à remporter la distinction) mais est toujours présentement active, notamment avec son recueil de textes que je vais aussi vous présenter.

Allez, c’est parti !

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