Radiations et révolution, de Sabu Kohso

Résumé

Des villages côtiers emportés par un tsunami, des réacteurs qui crachent des champignons atomiques, des populations déplacées par milliers, un quotidien hanté par la peur du becquerel: voilà ce que fut le désastre nucléaire de Fukushima au Japon. Radiations et révolution s’intéresse à la portée à la fois nationale, géopolitique et historique de cet événement. Pour Sabu Kohso, la catastrophe est à replacer dans le contexte d’un conflit entre la marche destructrice de l’économie mondiale, et les forces humaines et terrestres qui tentent de survivre et vivre. L’écrivain japonais réussit le tour de force de porter les mémoires de ces « vies-en-lutte », tout en retraçant les dynamiques politiques qui ont lié le destin du pays à l’énergie atomique dans les années d’après-guerre. Selon lui, l’Anthropocène est l’âge de la radiation: radiations nucléaires et irradiation des luttes. Un âge où il ne s’agit plus seulement de savoir Que faire ? Mais aussi « Comment vivre » ?

Chronique

(sur mon exemplaire, il y a bien un ‘s’ à « Radiations », ce n’est donc pas une faute dans le titre par rapport à la couverture postée)

Je pensais beaucoup aimer ce livre, je ne m’attendais pas à un coup de cœur non plus, et pourtant… Il n’est cependant pas révolutionnaire, comme son titre le laisserait penser, mais l’auteur y tient des propos très justes et que tout le monde doit entendre. Qu’est-ce que vous faîtes là, les pro-nukes scientistes ? Ça parle social ici.

Lire la suite

Un sujet passionnant, le journalisme, à travers deux livres

Je pense qu’il faut que je l’admette publiquement : le journalisme est un domaine qui m’a trotté dans la tête depuis le collège jusqu’au début de mes études supérieures. C’est surtout depuis le lycée que le sujet me passionne (avant, on était exclusivement sur une vision très idéaliste de la chose – je vous laisse imaginer que la chute a été rude). Pourquoi je n’y suis finalement pas alors ? Vous avez un début de réponse dans la parenthèse précédente, mais aussi des aspects financiers et des éléments de ma personnalité m’ont arrêté.

Bref, tout ça pour dire que le journalisme est un sujet qui m’attire particulièrement, même si je m’en suis éloignée ces dernières années pour des raisons personnelles. En plus de ça, je ne suis pas plongée dans la sauce Cnews ou BFMtv, donc je ne suis pas opportuniste et cynique. Ces deux livres étaient donc faits pour moi. Je vous en donne un aperçu assez bref, les contenus entiers sont bien meilleurs, j’espère juste attiser votre curiosité !

Lire la suite

Dix questions sur le féminisme, de Valérie Rey-Robert – les livres féministes #30

Je ne pense pas que les féministes qui viennent voguer par ici soient forcément intéressées par ce livre. Par contre, c’est un très bon guide pour les personnes qui n’y connaissent pas grand-chose sur le sujet ou qui ont des préjugés.

J’ai été agréablement surprise par cet ouvrage. Je le trouve très actuel dans ce qu’il aborde, je m’attendais à quelque chose de plus consensuel. Mais j’avais oublié qu’il avait été rédigé par Valérie Rey-Robert, autrice et tenante du blog Crêpe Georgette qui n’est plus à présenter pour les connaisseur·se·s.

Tout d’abord, l’introduction est très rapide (deux pages) où l’autrice donne une définition du sujet qui n’est pas bâclée comme on pourrait le croire. De plus, elle est ferme dans ses propos dès le début, ne laissant pas de place aux petits malins qui oseraient passer par là (on sait que non mais on ne sait jamais).

Le premier chapitre aborde l’histoire du féminisme (occidental, on ne va pas se mentir). Il permet de remettre les pendules à l’heure sur les rumeurs qui traînent… mais pas que sur l’histoire du mouvement. Ce sera le cas pour tous les autres sujets abordés sous le prisme du féminisme. Ça répond à l’argument « les féministes, c’était mieux avant ».

Lire la suite

Nos amours radicales – les livres féministes #29

Quand j’ai su qu’un tel livre allait être publié, je ne suis pas passée à côté. Huit personnes ont chacun.e écrit un texte sur leur vision de l’amour hétéropatriarcal. Ce dernier n’est pas aussi heureux qu’on ne veut nous le faire croire : c’est un lieu de reproduction des normes patriarcales après tout. De plus, il a tendance à être hiérarchisé au-dessus de tout type de relation, que dis-je, il y en aurait qu’une en plus (faux) : l’amitié qui, selon notre société, ne vaudrait pas grand-chose face à l’amour (hétéro, l’homophobie est une tradition dans ce pays).

Cet amour hétérosexuel monogame apporterait soit-disant le bonheur. Pour qui ? Là est la question… Enfin, pas pour les féministes. Nous, on sait quoi répondre. En tant que femme (c’est différent pour les hommes), on nous le vend depuis notre plus tendre enfance comme le modèle ultime à atteindre. Il y a une réelle injonction à être en couple (sans compter qu’il faut aussi construire le reste avec : habiter ensemble, avoir une maison, des enfants…).

Ce schéma peut ne pas plaire à des hommes, me direz-vous, mais là n’est pas la question par contre. Qui est vraiment lésé par ce genre de relations ?

Je pense qu’il est important de critiquer l’hétérosexualité politique, lorsqu’on est une femme qui a du désir, de l’attirance (physique, romantique et/ou sexuelle) pour les hommes cisgenres. Il en va de notre survie et de notre émancipation, le désir ne suffit pas à rétablir la justice et à éliminer tous les systèmes d’oppression.

– Sharone Omankoy

Lire la suite

La guerre n’a pas un visage de femme, de Svetlana Alexievitch

Oui, je n’avais pas encore lu cet ouvrage emblématique de son œuvre ! (c’est le premier livre qu’elle a publié) Je m’y suis enfin collée cet été et je ne le regrette pas. Encore une très belle œuvre (nécessaire).

Dans ce livre, l’autrice a rassemblé des témoignages de personnes qui ont été essentielles pour la bonne marche de l’Armée rouge (celle de l’URSS) mais qu’on a cherché à faire taire et à effacer : les femmes. De plus, l’autrice avait une idée bien en tête : les laisser parler de leur guerre à elles, pas forcément le vécu des hommes et encore moins les faits. Il y a déjà beaucoup de livres sur ces éléments-là, ça devrait aller. Elle a passé sept années (il a été publié en 1985) à recueillir ces témoignages de femmes (vive le bouche à oreille). Ça n’a pas toujours été facile… Elles ne souhaitaient pas toutes parler, et même quand c’était le cas, elles n’ont pas tout dit, certains sujets sont passés sous silence (les viols au sein de l’Armée par exemple, qu’une femme a osé dévoiler rapidement).

Bien évidemment, son livre a été censuré dans son propre pays (citation d’une conversation avec un censeur) :

– Oui, la victoire nous a coûté bien des souffrances, mais vous devez chercher des exemples héroïques. Il s’en trouve par centaines. Or vous ne montrez de la guerre que la fange. Le linge sale. Avec vous, notre Victoire devient horrible… Quel but poursuivez-vous? – Dire la vérité. – Et vous pensez que la vérité, vous allez la trouver dans la vie ? Dans la rue ? Sous vos pieds ? Pour vous, elle est aussi basse que ça ? Aussi terre à terre ? Non, la vérité, c’est ce dont nous rêvons. Ce que nous voulons être !

Lire la suite

Scum Manifesto, de Valerie Solanas – les livres féministes #28

Je pense que les féministes en ont tou·te·s entendu plus ou moins parler : ce manifeste, sorti en 1968, est connu de par sa misandrie assumée et d’un projet qui va même au-delà de ça : renverser le patriarcat, quitte à tuer des hommes.

Valerie Solanas est passée pour une « folle » à l’époque, et beaucoup d’hommes, de femmes (et même de féministes !) ont fait en sorte que ça soit le cas. La postface de Lauren Bastide en parle bien. Seulement, comme cette dernière, je ne pense pas qu’il y ait matière à rire de ce livre ou à s’en moquer. Cette souffrance que j’ai entrevu dans les lignes de son manifeste, à travers la colère et la grossièreté, ce n’est pas drôle. Et je pense qu’il n’y a qu’une femme pour comprendre, même si elle désapprouve sa stratégie. Oui, désolée les alliés cis mecs, je pense que ça va être très difficile pour vous de prendre du recul sur ses propos, et pour les autres hommes, n’en parlons même pas. Ils sortiraient le briquet pour faire un feu de camp avec.

Les quatre premières pages m’ont un peu déplu mais la suite a été géniale. Je rejette tout le regard essentialiste qu’elle pose sur les hommes (et même les femmes, en renversant le paradigme négatif à notre encontre) mais si on analyse ses propos en remplaçant ce caractère fataliste par ce qu’on connaît de la construction sociale genrée, bah… Elle a raison en fait.

Lire la suite

La révolution du potager, de Béné

Quatrième de couverture

Vous êtes désemparé.e face au dérèglement climatique, à l’effondrement de la biodiversité et à l’agriculture intensive utilisant des pesticides ? Vous avez envie d’agir à échelle individuelle et/ou collective mais ne savez pas par où commencer ? Semez la révolution chez vous et autour de vous avec « La révolution du potager » !

Critique

Il a l’air d’être juste un livre de jardinage comme il y en a tant d’autres ? Hé bah loupé ! Il est un peu plus que ça et c’est ce qui fait qu’il sort du lot.

Bien évidemment, il y a des conseils de jardinage en permaculture, des recettes, réunies par saison : on commence avec le printemps, puis l’été, l’automne, et enfin l’hiver. Je trouve ça très intéressant car ça esquisse une idée de ce qu’une année au potager ou en respectant d’autres choses en rapport avec la biodiversité et le changement climatique (ou les deux si vous pouvez) peut donner. Je vous avoue que c’était flou dans ma tête parfois, surtout que je vois ce que ça donne concrètement seulement si je pratique et ce n’est pas le cas, je ne peux pas faire de jardinage pour de multiples raisons.

Lire la suite

Sororité, collectif dirigé par Chloé Delaume – les livres féministes #27

Ce livre a bien fait d’être construit sur la base de plusieurs textes écrits par différentes femmes. Il n’aurait pas pu en être autrement si les personnes qui ont proposé le projet voulaient un rendu juste. Une seule personne n’aurait pas pu expliquer à elle toute seule le concept de sororité. On n’est pas toutes d’accord là-dessus, alors on lui aurait sûrement dit « Tu te prends pour qui, toi, à dire que c’est ça et pas autrement ? ». On l’aurait sûrement mal pris, heureusement que c’est un livre écrit par plusieurs mains.

Liberté, égalité, sororité !

Vous avez remarqué le mot qui est remplacé par « sororité » ? On connaît tou·te·s la devise française, à moins que certain·e·s lecteur·rice·s ne soient pas de France : Liberté, Égalité, Fraternité. On entend cette devise depuis au moins l’école primaire. La partie pseudo-neutre mais qui est en réalité masculine (on connaît déjà ça dans le langage), c’est la fraternité. C’est la définition toute simple d’un lien affectif plutôt fort entre frères (et sœurs, théoriquement), et plus largement entre personnes liées par des valeurs et une passion commune, et la définition est encore plus élargie par notre République. Dans ce dernier cas, il s’agit de tou·te·s nous lier sur le point commun de faire partie de l’État français.

Lire la suite

Écologie sans transition, de Désobéissance Écolo Paris

Quatrième de couverture

Devant l’ampleur planétaire du désastre, un nouveau mouvement écologiste a émergé au fil des marches pour le climat, des grèves de la jeunesse et des actions de désobéissance. Mais sa stratégie se réduit encore à adresser une demande de transition à de supposés décideurs.

Pour Désobéissance Écolo Paris, collectif à l’origine des grèves scolaires dans la capitale, on a déjà perdu trop de temps à demander aux pyromanes d’éteindre l’incendie. L’inertie de ce monde n’appelle pas une transition, mais une rupture. Pratiquer une écologie sans transition consiste à interrompre dès maintenant l’œuvre destructrice de l’économie et à composer les mondes dans lesquels nous voulons vivre. Et cela, d’un même geste.

Critique

Je pense que vous l’avez compris : ce manifeste va aller à contre-courant de ce qu’on entend très souvent sur l’écologie et qui s’étend dans les oreilles de tout le monde. Les écolos ne vont pas sortir blanchis de tout ça non plus.

Il s’agit pour Désobéissance Écolo Paris de représenter une autre voie que celle qu’on nous vend habituellement : la transition écologique. Mais concrètement, ça veut dire quoi, la transition écologique ? Pour qui et comment ? Car le collectif va nous montrer qu’on n’est pas tous concerné·e·s de la même façon.

Lire la suite

Celui qui pourrait changer le monde, d’Aaron Swartz

Pour que je vous parle d’un livre avec un titre pareil, c’est que je l’ai adoré. Oui, il vaut mieux oublier cette proclamation prétentieuse et se contenter du contenu.

Aaron Swartz est connu, mais surtout dans un certain milieu : celui des ordinateurs, de la programmation, d’Internet. Il a participé à la création du flux RSS et des licences Creative Commons. Il est aussi un des cofondateurs du site Reddit (quand celui-ci est racheté par Condé Nast, il finit par quitter l’affaire en raison d’incompatibilité dans leurs visions).

Et en fait, on m’en avait surtout parlé pour ça, par des mecs un peu geek. Mais ce n’est pas tout le concernant.

Bon, il a aussi commencé tout ça à l’âge de 13 ans. Un petit génie, quoi (on dit qu’il était difficile à vivre mais parlons des gens « normaux » s’il-vous-plaît).

Il a beaucoup participé à la mobilisation contre la loi SOPA (Stop Online Piracy Act). D’ores et déjà, je pense que vous avez compris que c’était un activiste. Plus exactement, il l’a été concernant la culture libre, l’accès à l’information qui est un moyen pour lui d’émanciper, de développer une vraie démocratie et une justice digne de ce nom.

Lire la suite