Clit Révolution : Manuel d’activisme féministe – les livres féministes #24

Rajoutons les noms des deux autrices (car sinon, ça faisait un titre à rallonge) : Sarah Constantin et Elvire Duvelle-Charles. Le livre a été illustré par Alice Des. Les deux premières susmentionnées sont aussi les créatrices de la websérie, en replay sur France tv, Clit Révolution. Celle-ci décomplexifie les sujets autour du sexe féminin. Ça vous dit peut-être quelque chose maintenant.

Les autrices ont décidé de répondre à une demande croissante chez les personnes féministes : comment agir concrètement ? Quelles actions militantes entreprendre ? Comment être bien préparée ?

Elles vont donc donner des pistes d’actions, qui ne seront pas forcément applicables pour tout, mais ce sera à vous de réfléchir et d’agir en fonction. Mais avant tout, il faut, comme elles le disent, « se révolutionner soi-même ».

C’est-à-dire ? Changer d’avis sur soi-même au-delà des règles imposées chaque jour par le patriarcat (donc sur son corps, souvent). Oser s’affirmer (le plus dur, je pense que quelques-unes d’entre vous seront d’accord avec moi, c’est un travail qui peut prendre du temps). Changer aussi sa conception du consentement (on a trop tendance à faire des concessions qui tombent souvent dans la fameuse « zone grise » du viol). Bref, se changer soi et son intimité car c’est ça qui nous rendra plus forte pour militer.

Lire la suite

Moi, les hommes, je les déteste, de Pauline Harmange – les livres féministes #23

(la couverture n’est pas sensée être violette ?)

Vous n’avez déjà pas envie de lire ma chronique à cause du titre du livre ? Ben allez-vous-en, vous ne serez pas une grosse perte. Un véritable allié du féminisme ne s’arrêterait pas à ça.

Il fallait que je joue la provocation aussi. C’est sûrement ce que vous pensez du titre, non ? Que c’est de la provocation ? Baaah… Oui et non.

Oui, dans le sens où cela va effectivement attirer votre attention. Non, car il s’agit bien de détester les hommes et qu’encore une fois, non, ce n’est pas une déclaration ironique.

Je vous sens déjà sceptique. Voici une citation qui explique un peu mieux ce qu’implique l’accusation de misandrie (détester les hommes, donc) :

L’accusation de misandrie est un mécanisme de silenciation : une façon de faire taire la colère, parfois violente mais toujours légitime, des opprimées envers leurs oppresseurs. S’offusquer de la misandrie, en faire une forme de sexisme comme les autres et tout aussi condamnable (comme si le sexisme était condamné…), c’est balayer sous le tapis avec malveillance les mécanismes qui font de l’oppression sexiste un phénomène systémique, appuyé par l’histoire, la culture et les autorités. C’est prétendre qu’une femme qui déteste les hommes est aussi dangereuse qu’un homme qui déteste les femmes – et prétendre qu’elle n’a aucune raison de ressentir ce qu’elle ressent, que ce soit de l’hostilité, de la méfiance, ou du mépris.

(je suppose que je déteste les hommes vu que je m’en méfie)

Lire la suite

Backlash, de Susan Faludi – les livres féministes #22

Ce livre est très connu, au moins de nom, dans la sphère féministe. Il a été publié en 1991, donc il peut paraître daté. Mais ce n’est pas tout à fait le cas. Malheureusement pour les femmes, si, en effet, les stratégies décrites ont eu des conséquences qui peuvent sembler extrêmes par rapport à aujourd’hui, j’ai eu parfois malheureusement l’impression qu’on nous tendait un miroir.

Susan Faludi est une féministe américaine, c’est donc aux Etats-Unis que ses recherches et sa démonstration ont lieu. Inutile donc de faire un parallèle avec la France, même s’il y a des similarités, d’où mon impression que peu de choses ont réellement changé.

Tout d’abord, il faut le dire : ce livre est extrêmement fourni. Plus d’une centaine de pages de sources. Difficile de trouver des faits qui remettent en question les siens, elle parle de quelques-uns et je ne doute pas qu’elle en a plein d’autres à nous soumettre si on le désire (ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas avec l’anecdote d’une femme à qui vous avez dû payer le resto que vous allez prouver quoi que ce soit). Les chiffres qu’elle donne sont implacables, elle ne donne pas n’importe quelle source de n’importe quel média. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas nos alliés, comme elle le montrera… On en reparlera.

Lire la suite

L’atlas des femmes, de Joni Seager – les livres féministes #21

atlas-des-femmes-coverCe livre n’a l’air de rien mais il a été très intéressant à lire ! Ce n’est pas de la théorie à lire ou autre, plus des graphiques et des statistiques, donc cet article sera un peu plus court que les autres. Mais il vaut le coup que je vous en parle, avec quelques petites remarques.

L’atlas des femmes compilent des statistiques sous forme de graphiques ou de diverses illustrations. Mais ça ne vous ai pas balancé au hasard, tout est très bien structuré en catégories, que voici :

  • les femmes dans le monde (inégalités homme-femme, espérance de vie, droits des lesbiennes…)
  • maintenir les femmes à leur place (crimes « d’honneur », violences domestiques, féminicides, chantages à la dot…)
  • reproduction (contraception, mortalité maternelle, IVG…)
  • politiques du corps (sport, beauté, excision, traite sexuelle…)
  • santé (cancer du sein, VIH, toilettes…)
  • travail (inégalités de rémunération, chômage, travail des enfants, accès à l’eau…)
  • éducation et connectivité (niveaux d’étude, alphabétisme, Internet et réseaux sociaux…)
  • propriété et pouvoir (propriété foncière, extrême pauvreté, inégalités de richesse, comptes bancaires…)
  • pouvoir (droit de vote, femmes politiques, forces armées…)

Lire la suite

Le capitalisme patriarcal, de Silvia Federici – les livres féministes #20

capitalisme-patriarcal-coverJe pense qu’avec le titre, vous avez compris ? Je vais juste rajouter quelques mots : l’autrice nous montre comment le capitalisme a utilisé les logiques patriarcales pour son propre bénéfice et les a renforcées.

Combien coûterait de rémunérer le travail domestique et social ? Il n’y a pas de réponse chiffrée à cette question (le montant serait trop énorme) mais l’autrice nous en donne une idée dans son essai. Elle nous indique surtout pourquoi il n’est pas rémunéré. Et quels bénéfices cela sert. Ce n’est jamais vraiment dit explicitement dans une phrase « voilà pourquoi… » mais vu ce qui est raconté dans son livre, je pense qu’elle peut nous faire confiance pour en tirer les bonnes conclusions.

J’avoue avoir été surprise par l’accessibilité de ses propos qui se trouve être assez limité (je m’attendais à mieux). Disons que je ne conseillerais clairement pas ce livre pour commencer. Il y a des parties où vous vous sentirez perdues, même s’il y en a d’autres qui seront douloureusement limpides. Le livre n’est pas bien épais mais j’ai passé du temps sur les deux premières parties, avant que ça coule tout seul.

Lire la suite

Silence, on cogne, d’Alizé Bernard et Sophie Boutboul – les livres féministes #19

silence-on-cogne-coverCe n’est pas un livre qui a fait parler de lui alors qu’il est super important de documenter cette problématique. Le bandeau rouge de la couverture n’a pas l’air d’avoir suffi.

Silence, on cogne parle des violences conjugales dans un cadre particulier : celui des foyers de gendarmes et de policiers. Quand l’homme est un représentant de cette autorité, il a un pouvoir supplémentaire. Et c’est ce que les autrices vont nous montrer.

Alizé Bernard est une ex-conjointe de gendarme et raconte son vécu quand elle était encore avec son compagnon. Il a su user, pour camoufler les méfaits psychologiques et physiques qu’il faisait subir à sa compagne, de son statut, de la sympathie qu’il inspirait à ses collègues, de sa connaissance des lois et des recours, etc. Ces chapitres alternent avec ceux plus factuels de Sophie Boutboul, qui a enquêté sur la situation des femmes mariées à des hommes de ce corps de métier.

Le témoignage d’Alizé Bernard est glaçant tellement cela a été compliqué pour elle, que ce soit au niveau administratif comme avec son ex-compagnon. Un véritable parcours du combattant, ponctué par les révélations de Sophie Boutboul, des témoignages qu’elle a récolté de son côté, du peu de statistiques qu’elle a pu trouver (les violences conjugales commises par un homme policier ou gendarme ne sont pas étudiées en France).

Lire la suite

Le mythe de la virilité, d’Olivia Gazalé – les livres féministes #18

le-mythe-de-la-virilité-coverJ’aurais dû faire cet article plus tôt mais le manque d’envie et de temps se sont ligués contre moi. Dans cette chronique, bien que je l’ai fait dans d’autres, la différence homme-femme qui pourrait sembler essentialisante l’est dans ce livre, mais c’est une composante de l’essai, nous en reparlerons.

Je l’ai trouvé, comme la majorité d’entre vous, très bien… mais aussi avec ses défauts. Je préviens d’avance, cette lecture aura besoin d’une certaine prise de recul ! Et ce ne sera pas toujours facile, comme on va le voir.

L’autrice amène le concept de la virilité et de sa construction de façon chronologique. On ne sait pas vraiment quand est-ce que ce qu’elle appelle le viriarcat (et non le patriarcat) a commencé mais on en a une idée. La période grecque antique est souvent avancée. Auparavant, il était très probable que les sociétés aient été matrilinéaires (à ne pas confondre avec le matriarcat) où la transmission du nom et de privilèges se faisaient par la mère. Là encore, aucune preuve, même si on aurait apparemment retrouvé des statuettes de femmes enceintes de cette époque antérieure, ce qui laisserait entendre que les femmes avaient une meilleure place du fait de leur capacité d’être enceintes.

Et on en vient au premier défaut de ce livre : l’autrice formule souvent les choses comme si ça coulait de source, que ça avait été démontré, alors que pas forcément ! Je l’ai vu avec cet exemple : une théorie prétendrait que la différence de taille aussi grande entre les hommes et les femmes viendrait d’une alimentation inégalitaire entre eux. Tous pour les hommes, ce qui reste pour les femmes (et pas les meilleurs morceaux, évidemment). Nutritionnellement, les hommes auraient donc été avantagés et des millénaires de cette logique se seraient inscrits dans les gênes.

Lire la suite

Le silence (forcé) des femmes dans deux livres de Rebbeca Solnit – les livres féministes #17

Non, ce n’est pas le titre du livre dont je vais vous parler – ou plutôt, des deux livres que je vais vous présenter. Rebbeca Solnit est surtout connu pour son livre de recueils d’articles (souvent publié dans le Harper’s Magazine) Ces hommes qui m’expliquent la vie mais un nouveau est sorti, La mère de toutes les questions. Ce sont ces deux-là que nous regarderons de plus près dans cet article.

rebecca-solnit-livres

On va commencer par Ces hommes qui m’expliquent la vie. Naïve (j’avais pourtant lu l’avis de Flo lectrice !), je pensais que la majorité de son livre serait basé sur ce qu’on appelle le mansplaining (quand un homme nous explique un sujet qu’on connaît mieux que lui, souvent avec condescendance). Mais c’est une erreur : cela semble même plutôt futile comparé au reste de ce qui est abordé. Mais pas tant que ça : on verra que le mansplaining n’est finalement qu’une continuité logique du pire et qu’il sous-tend les autres violences faîtes au genre féminin.

Lire la suite

Reclaim, recueil de textes écoféministes, d’Emilie Hache – les livres féministes #16

reclaim-écoféminisme-coverCe livre aura été exigeant à lire. Pas forcément compliqué (à part un-deux textes), mais clairement, ce ne sera pas une promenade de santé pour quiconque n’est pas habitué à ce type de lectures.

Je ne sais pas vous, mais j’avais une image assez négative de l’écoféminisme. Ce livre a un peu nuancé la chose, tout de même.

D’ailleurs, qu’est-ce que l’écoféminisme ? La définition même de ce qu’on en sait est trompeuse. Grosso modo, comme on le sait souvent, c’est la lutte contre l’oppression patriarcale mais aussi celle contre l’oppression de la nature. Pourquoi spécifiquement l’écoféminisme alors que la destruction de la nature concerne tout le monde ? A cause de ce parallèle qui entretient encore son trou à l’heure actuelle pour justifier les deux oppressions : femme = nature, homme = culture, culture > nature, donc les hommes sont supérieurs aux femmes. Logique implacable, mais fausse.

Tout de suite, une accusation peut vous venir en tête : celle de l’essentialisation. Elle m’est venue (et est toujours présente) dans le cadre de la transidentité. Dire que femme = vagin, euh… C’est ce qu’on appelle la transphobie ? De plus, par rapport à ce que j’ai pu lire, l’écoféminisme n’est pas obligé d’être transphobe s’il adapte son raisonnement. Mais je n’ai rien trouvé de cela au fil des textes présents dans ce recueil (on y trouve des autrices comme Starhawk, Susan Griffin, Ynestra King…). Textes essentiellement américains à l’exception de l’Indienne Vandana Shiva, mais comme l’écoféminisme était très actif aux Etats-Unis durant les années 80, on y trouve essentiellement des textes d’autrices américaines.

Lire la suite

Ainsi soit-elle, de Benoîte Groult – les livres féministes #15

ainsi-soit-elle-coverBenoîte Groult, l’autrice de ce livre, est une féministe de la deuxième vague. Elle est assez connue par ces dernières, donc vous croiserez forcément son nom à un moment ou à un autre.

Elle a reconnu son féminisme assez tardivement : en tant que femme dans cette société patriarcale, même si on se rend compte de choses, on les réalise inconsciemment, et elle n’a pas dérogé à la règle. De plus, même entre femmes, on n’en parle pas, c’est tacitement interdit, contraire aux bonnes moeurs, etc.

C’est un sujet qu’elle dénoncera… parmi ceux qu’elle va aborder. En effet, les conséquences du patriarcat sur les femmes sont multiples. On pourrait croire que ce livre est daté (il est sorti en 1975) mais il est toujours tristement d’actualité sur certaines choses, notamment certains comportement des hommes à notre égard, le système forcément à notre détriment parce qu’on a un vagin entre les jambes, etc.

L’autrice va parler de tout en quelques 200 pages et elle réussit à aborder avec brio le problème du système pour les femmes, la haine des hommes (oui oui, la haine, la guerre des sexes n’est pas faite par les femmes à la base) à l’encontre des femmes, leur peur de nous dont découle cette volonté de garder le pouvoir à tout prix. Je n’ai pas encore lu Le mythe de la virilité d’Olivia Gazalé mais ça m’a donné très envie de le lire rapidement car Benoîte Groult parle du sujet de la virilité sans concession. Le sujet reste non exhaustif dans son livre en raison du nombre de pages mais il recense toutes les abominations qu’on a fait subir aux femmes sous des prétextes fallacieux… et qui sont toujours réelles dans certaines parties du monde.

Lire la suite