Révolutionnaires, d’Atelier des passages – les livres féministes #34

Ceci est un recueil de six témoignages de militantes de tout horizon : Uruguay, Italie, France, Suisse, Allemagne. Elles ont commencé à la fin des années 50, ou pendant les années 60. Ces militantes racontent leur histoire, que les personnes qui ont recueilli leur parole ont dû se préparer à convaincre à en dire le plus possible. Vous connaissez cette tendance à penser qu’on n’a rien fait de remarquable ? Ces militantes n’échappent pas au syndrome de l’imposteur. Et puis elles n’ont rien fait de viril, donc forcément, c’est moins bien aux yeux de beaucoup…

Ceci dit, à part dans l’introduction, on ne ressent pas ce manque de confiance en elles lors des témoignages. En même temps, elles méritent mieux que ce qu’on retranscrive ça (c’est juste mon opinion).

Elles ont participé souvent à la lutte des classes mais pas que : féminisme, écologie, droits des migrants, etc. Elles vont parler de leur vie d’engagement qui m’encourage en partie (à part une, elles avaient toutes un contexte familial de gauche). C’est très instructif, et pas qu’à propos de l’extrême-droite. Ça mettait souvent des bâtons dans les roues à ses alliées pour ses intérêts personnels, car dans le fond, certaines personnes « de gauche » ne pensent qu’à elles et sont en réalité capitalistes (ça dénonce par ici !). Donc faut éviter de dire la vérité si ça met ton employeur en face en porte-à-faux, tu risques la placardisation. Ou d’être viré·e… On comprend leur fatigue, elles ont vécu ça pendant des dizaines d’années et parfois ce sont leurs vies entières qui ont été impactés. Les syndicats sont pointés du doigt, et en même temps leur rôle d’instruments est toujours dit nécessaire par ces militantes.

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Hilaria, d’Irene – les livres féministes #33

Si vous êtes sur Instagram, vous connaissez sûrement Irene (prononcez Iréné), mieux connue sous le pseudo @irenevrose. J’ai déjà parlé de son premier livre d’elle, La terreur féministe.

Voici le deuxième livre rédigé exclusivement par elle. Celui-ci va être divisé en quatre parties : le féminisme contre le capitalisme, le féminisme contre la prison, le féminisme contre le fascisme et le féminisme anarchiste. Tous ces chapitres seront rapprochés de l’histoire de son arrière-arrière-grand-mère, Hilaria, dont le livre porte le nom et ce n’est pas pour rien. L’histoire de cette femme peut traverser ces sujets sans problème : elle a fait de la prison (parce que ses fils étaient des « rouges »), a vécu directement le fascisme avec Franco, a subi les conséquences néfastes du capitalisme en tant que femme précaire, etc.

Ces éléments qui peuvent paraître anodins donnent de la matière, quelque chose de vivant, à des textes sur des problématiques connues pour certain·es d’entre nous. C’est un vrai travail de mémoire qu’a fait Irene (même si elle ne peut pas tout savoir, comme nous tou·tes à d’autres niveaux). Elle rappelle que l’Histoire n’est pas composée que de « grands » hommes (dont l’histoire est écrite par d’autres hommes) mais que des personnes du quotidien en sont aussi une bonne partie, et même une très bonne partie car sans elles, pas d’Histoire. J’ai trouvé ça très important de rappeler la valeur des « petits » car d’habitude, la majorité a été biberonnée à l’autre discours.

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Être femme en Asie, d’Anne Garrigue – les livres féministes #32

A la base, je tournais autour de sa première sortie en grand format mais je n’étais pas convaincue que je voulais payer ce prix-là (ce n’est pas une question de radinerie mais de pragmatisme – bon, un peu, si). Je l’ai donc en poche et par rapport au contenu, ça me satisfait.

Ce livre concentre donc des informations, principalement statistiques (et sourcées), sur l’évolution des droits des femmes en Asie, sur leur situation. Tout d’abord, l’ouvrage commence par un état des lieux général (niveau santé, éducation, politique), un peu comme une sorte d’introduction, puis parle de leur présence sur ce continent.

Il va forcément être question dans ce chapitre du fait que certains pays, comme la Chine et l’Inde, privilégient les foetus, bébés et enfants garçons et que ça crée un fossé dans le ratio filles/garçons naturel en faveur de ces derniers. Mais cela créera des problèmes sociaux dont on ne connaît pas encore l’étendue, bien qu’on perçoive déjà quelques dégâts : certains hommes vont acheter leurs femmes dans des pays étrangers. Je vous laisse imaginer les conditions… Et puis la dot, toujours présente dans certains pays, est une malédiction pour bon nombre de familles qui doivent payer. Du coup, quelle est la solution ? Avoir un garçon ! Et puis l’héritage, tout ça… Et même quand la dot n’existe plus, la tradition patriarcale est très forte…

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Tout le monde peut être féministe, de bell hooks – les livres féministes #31

Oui, ça fait neuf ans et demi que je suis féministe et je n’avais jamais lu bell hooks, lancez-moi des tomates. J’ai entamé ma découverte de l’autrice avec un livre qui me paraît, avec d’autres, faire partie de bonnes entrées au féminisme. C’était d’ailleurs le but avoué de l’autrice et c’est réussi.

Les chapitres parlent d’un sujet différent à chaque fois : le combat politique qu’est le féminisme, la sororité, le travail, la race et le genre, la violence patriarcale, les droits reproductifs, le mariage, etc.

Pour un livre sorti en 2000, la majorité du contenu de son livre est très actuelle, ce qui est assez triste en réalité, ça montre qu’énormément de choses n’ont pas changé en une vingtaine d’années. Que ce soit à cause des hommes (elle est assez sympa avec eux, on en reparlera) ou aussi à cause des femmes. Nous avons intériorisé le sexisme, le patriarcat et ce n’est pas parce que nous sommes des femmes et que nous vivons une oppression que nous sommes conscientes de tout et que nous ne pouvons pas la reproduire (y a pas mal de preuves de l’inverse).

Il faut aussi apprendre à déconstruire, surtout en tant que femme blanche, les rapports de race et de classe (et pas que mais je me contente de ce qu’elle dit ici) car ces derniers sont des entraves à la libération de toutes les femmes. Non, en parler ne détourne pas l’attention de vos chères valeurs de genre, c’est bon. Oui, c’est encore parfois un argument qu’on entend encore. (quand ce sont pas celles-là, ce sont les questions de classe dont les hommes blancs viennent nous rabattre les oreilles avec)

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Je me pose des questions sur mes articles de livres féministes

Hey ! Un petit article car je me pose des questions depuis un moment sur mes chroniques de livres féministes et je vais demander votre contribution plus tard dans l’article. Tout d’abord, je vais exprimer mes doutes.

Je ne sais plus vraiment quelle est la ligne de cette série d’articles, dans le sens où ce n’est pas forcément que des conseils. Par exemple, pour Clit Révolution : Manuel d’activisme féministe (Sarah Constantin et Elvire Duvelle-Charles), je critique clairement l’hypocrisie et l’indulgence des autrices, surtout par rapport à leurs (pas si anciennes ?) fréquentations islamophobes et transphobes, et pourtant, j’en ai bien rédigé une chronique (même si j’y ai exprimé mes doutes). Le mythe de la virilité (Olivia Gazalé), je ne le conseille pas forcément non plus : en lisant la chronique, je pense que vous avez compris que l’autrice nous la faisait un peu à l’envers quand elle saute rapidement à la conclusion qui l’arrange alors que la réalité est beaucoup plus compliquée que ça. J’ai aussi souligné sa transphobie (vous pouvez aussi rajouter son islamophobie et sa putophobie à la liste, dont je ne parle pas, ça fait un peu trop tout ça). Bref, je ne les conseille pas.

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Dix questions sur le féminisme, de Valérie Rey-Robert – les livres féministes #30

Je ne pense pas que les féministes qui viennent voguer par ici soient forcément intéressées par ce livre. Par contre, c’est un très bon guide pour les personnes qui n’y connaissent pas grand-chose sur le sujet ou qui ont des préjugés.

J’ai été agréablement surprise par cet ouvrage. Je le trouve très actuel dans ce qu’il aborde, je m’attendais à quelque chose de plus consensuel. Mais j’avais oublié qu’il avait été rédigé par Valérie Rey-Robert, autrice et tenante du blog Crêpe Georgette qui n’est plus à présenter pour les connaisseur·se·s.

Tout d’abord, l’introduction est très rapide (deux pages) où l’autrice donne une définition du sujet qui n’est pas bâclée comme on pourrait le croire. De plus, elle est ferme dans ses propos dès le début, ne laissant pas de place aux petits malins qui oseraient passer par là (on sait que non mais on ne sait jamais).

Le premier chapitre aborde l’histoire du féminisme (occidental, on ne va pas se mentir). Il permet de remettre les pendules à l’heure sur les rumeurs qui traînent… mais pas que sur l’histoire du mouvement. Ce sera le cas pour tous les autres sujets abordés sous le prisme du féminisme. Ça répond à l’argument « les féministes, c’était mieux avant ».

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Nos amours radicales – les livres féministes #29

Quand j’ai su qu’un tel livre allait être publié, je ne suis pas passée à côté. Huit personnes ont chacun.e écrit un texte sur leur vision de l’amour hétéropatriarcal. Ce dernier n’est pas aussi heureux qu’on ne veut nous le faire croire : c’est un lieu de reproduction des normes patriarcales après tout. De plus, il a tendance à être hiérarchisé au-dessus de tout type de relation, que dis-je, il y en aurait qu’une en plus (faux) : l’amitié qui, selon notre société, ne vaudrait pas grand-chose face à l’amour (hétéro, l’homophobie est une tradition dans ce pays).

Cet amour hétérosexuel monogame apporterait soit-disant le bonheur. Pour qui ? Là est la question… Enfin, pas pour les féministes. Nous, on sait quoi répondre. En tant que femme (c’est différent pour les hommes), on nous le vend depuis notre plus tendre enfance comme le modèle ultime à atteindre. Il y a une réelle injonction à être en couple (sans compter qu’il faut aussi construire le reste avec : habiter ensemble, avoir une maison, des enfants…).

Ce schéma peut ne pas plaire à des hommes, me direz-vous, mais là n’est pas la question par contre. Qui est vraiment lésé par ce genre de relations ?

Je pense qu’il est important de critiquer l’hétérosexualité politique, lorsqu’on est une femme qui a du désir, de l’attirance (physique, romantique et/ou sexuelle) pour les hommes cisgenres. Il en va de notre survie et de notre émancipation, le désir ne suffit pas à rétablir la justice et à éliminer tous les systèmes d’oppression.

– Sharone Omankoy

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Scum Manifesto, de Valerie Solanas – les livres féministes #28

Je pense que les féministes en ont tou·te·s entendu plus ou moins parler : ce manifeste, sorti en 1968, est connu de par sa misandrie assumée et d’un projet qui va même au-delà de ça : renverser le patriarcat, quitte à tuer des hommes.

Valerie Solanas est passée pour une « folle » à l’époque, et beaucoup d’hommes, de femmes (et même de féministes !) ont fait en sorte que ça soit le cas. La postface de Lauren Bastide en parle bien. Seulement, comme cette dernière, je ne pense pas qu’il y ait matière à rire de ce livre ou à s’en moquer. Cette souffrance que j’ai entrevu dans les lignes de son manifeste, à travers la colère et la grossièreté, ce n’est pas drôle. Et je pense qu’il n’y a qu’une femme pour comprendre, même si elle désapprouve sa stratégie. Oui, désolée les alliés cis mecs, je pense que ça va être très difficile pour vous de prendre du recul sur ses propos, et pour les autres hommes, n’en parlons même pas. Ils sortiraient le briquet pour faire un feu de camp avec.

Les quatre premières pages m’ont un peu déplu mais la suite a été géniale. Je rejette tout le regard essentialiste qu’elle pose sur les hommes (et même les femmes, en renversant le paradigme négatif à notre encontre) mais si on analyse ses propos en remplaçant ce caractère fataliste par ce qu’on connaît de la construction sociale genrée, bah… Elle a raison en fait.

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Sororité, collectif dirigé par Chloé Delaume – les livres féministes #27

Ce livre a bien fait d’être construit sur la base de plusieurs textes écrits par différentes femmes. Il n’aurait pas pu en être autrement si les personnes qui ont proposé le projet voulaient un rendu juste. Une seule personne n’aurait pas pu expliquer à elle toute seule le concept de sororité. On n’est pas toutes d’accord là-dessus, alors on lui aurait sûrement dit « Tu te prends pour qui, toi, à dire que c’est ça et pas autrement ? ». On l’aurait sûrement mal pris, heureusement que c’est un livre écrit par plusieurs mains.

Liberté, égalité, sororité !

Vous avez remarqué le mot qui est remplacé par « sororité » ? On connaît tou·te·s la devise française, à moins que certain·e·s lecteur·rice·s ne soient pas de France : Liberté, Égalité, Fraternité. On entend cette devise depuis au moins l’école primaire. La partie pseudo-neutre mais qui est en réalité masculine (on connaît déjà ça dans le langage), c’est la fraternité. C’est la définition toute simple d’un lien affectif plutôt fort entre frères (et sœurs, théoriquement), et plus largement entre personnes liées par des valeurs et une passion commune, et la définition est encore plus élargie par notre République. Dans ce dernier cas, il s’agit de tou·te·s nous lier sur le point commun de faire partie de l’État français.

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La terreur féministe, d’Irene – les livres féministes #26

Ce livre est un peu particulier. Il a été auto-édité par @irenevrose sur Instagram et ne compte pas le rééditer tout de suite. Toutefois, j’espère qu’il trouvera preneur chez un éditeur car ce livre est important (et puis j’aimerais que vous puissiez lire un livre que je chronique quand même). J’apprends la veille au soir de la publication de cet article que les éditions Divergences vont l’éditer !

Le titre du livre peut paraître assez choquant, il fait écho à une expression banalisée par la revue Causeur, et bien plus récemment par Valeurs actuelles. Mais la « terreur féministe » n’existe pas tout à fait selon ce qu’ils imaginent. Bien sûr que le féminisme est effrayant pour les réactionnaires, il a pour but de faire effondrer le système patriarcal. Est-il aussi violent qu’ils le prétendent ?

Bah… Qu’entend-on par violence ? Il l’est nécessairement socialement, vu qu’il tente de remettre en cause le système établi et reconnu par tous. Violent physiquement, bah… Oui, ça peut parfois arriver. Mais ce n’est pas ce que l’on croit.

Le féminisme n’a-t-il vraiment jamais tué personne ? Est-il authentiquement pacifique ? Et surtout, faut-il brandir cette non-violence supposée comme valeur suprême ? Devons-nous perdre du temps à montrer patte blanche et à tenter de convaincre le monde de notre gentillesse et de notre inoffensivité ?

Que se passerait-il si la Terreur féministe devenait réelle ? Si les hommes commençaient vraiment à avoir peur ? Une peur intense, profonde, viscérale. Puisque la raison, l’empathie et la honte ne permettent pas de mettre fin à la violence misogyne, à l’oppression patriarcale, aux viols, aux agressions sexuelles et aux féminicides, la seule issue pourrait être de susciter la crainte.

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