Reclaim, recueil de textes écoféministes, d’Emilie Hache – les livres féministes #16

reclaim-écoféminisme-coverCe livre aura été exigeant à lire. Pas forcément compliqué (à part un-deux textes), mais clairement, ce ne sera pas une promenade de santé pour quiconque n’est pas habitué à ce type de lectures.

Je ne sais pas vous, mais j’avais une image assez négative de l’écoféminisme. Ce livre a un peu nuancé la chose, tout de même.

D’ailleurs, qu’est-ce que l’écoféminisme ? La définition même de ce qu’on en sait est trompeuse. Grosso modo, comme on le sait souvent, c’est la lutte contre l’oppression patriarcale mais aussi celle contre l’oppression de la nature. Pourquoi spécifiquement l’écoféminisme alors que la destruction de la nature concerne tout le monde ? A cause de ce parallèle qui entretient encore son trou à l’heure actuelle pour justifier les deux oppressions : femme = nature, homme = culture, culture > nature, donc les hommes sont supérieurs aux femmes. Logique implacable, mais fausse.

Tout de suite, une accusation peut vous venir en tête : celle de l’essentialisation. Elle m’est venue (et est toujours présente) dans le cadre de la transidentité. Dire que femme = vagin, euh… C’est ce qu’on appelle la transphobie ? De plus, par rapport à ce que j’ai pu lire, l’écoféminisme n’est pas obligé d’être transphobe s’il adapte son raisonnement. Mais je n’ai rien trouvé de cela au fil des textes présents dans ce recueil (on y trouve des autrices comme Starhawk, Susan Griffin, Ynestra King…). Textes essentiellement américains à l’exception de l’Indienne Vandana Shiva, mais comme l’écoféminisme était très actif aux Etats-Unis durant les années 80, on y trouve essentiellement des textes d’autrices américaines.

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Ainsi soit-elle, de Benoîte Groult – les livres féministes #15

ainsi-soit-elle-coverBenoîte Groult, l’autrice de ce livre, est une féministe de la deuxième vague. Elle est assez connue par ces dernières, donc vous croiserez forcément son nom à un moment ou à un autre.

Elle a reconnu son féminisme assez tardivement : en tant que femme dans cette société patriarcale, même si on se rend compte de choses, on les réalise inconsciemment, et elle n’a pas dérogé à la règle. De plus, même entre femmes, on n’en parle pas, c’est tacitement interdit, contraire aux bonnes moeurs, etc.

C’est un sujet qu’elle dénoncera… parmi ceux qu’elle va aborder. En effet, les conséquences du patriarcat sur les femmes sont multiples. On pourrait croire que ce livre est daté (il est sorti en 1975) mais il est toujours tristement d’actualité sur certaines choses, notamment certains comportement des hommes à notre égard, le système forcément à notre détriment parce qu’on a un vagin entre les jambes, etc.

L’autrice va parler de tout en quelques 200 pages et elle réussit à aborder avec brio le problème du système pour les femmes, la haine des hommes (oui oui, la haine, la guerre des sexes n’est pas faite par les femmes à la base) à l’encontre des femmes, leur peur de nous dont découle cette volonté de garder le pouvoir à tout prix. Je n’ai pas encore lu Le mythe de la virilité d’Olivia Gazalé mais ça m’a donné très envie de le lire rapidement car Benoîte Groult parle du sujet de la virilité sans concession. Le sujet reste non exhaustif dans son livre en raison du nombre de pages mais il recense toutes les abominations qu’on a fait subir aux femmes sous des prétextes fallacieux… et qui sont toujours réelles dans certaines parties du monde.

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Les femmes et le pouvoir, de Mary Beard – les livres féministes #14

les-femmes-et-le-pouvoir-coverCeci est un petit livre, donc vous aurez une petite chronique. Mais c’est un livre très intéressant, qui remonte à la grande période grecque et romaine. Le pouvoir masculin qui entraîne la soumission féminine, et aussi l’incongruité et l’inexistence du pouvoir féminin, ça ne date pas d’hier.

Mary Beard est une universitaire britannique travaillant à l’université de Cambridge où elle est professeur d’humanités ainsi que professeur de littérature ancienne. Elle est connue dans son pays pour être l’une des grandes personnalités féministes du Royaume-Uni. Elle a connu le succès avec S.P.Q.R., un livre qui retrace l’histoire de l’ancienne Rome, de sa fondation à sa chute.

Personnellement, je n’ai rien lu d’elle et n’en avait jamais entendu parler jusqu’à ce que ce livre fasse parler de lui. (si vous êtes dans les cercles féministes, la couverture vous dit au moins quelque chose)

Ce livre est très court, il recense deux conférences de l’autrice, « La voix publique des femmes » et « Les femmes et le pouvoir ». Elle va démontrer comment les femmes sont toujours tenues à l’écart du pouvoir dans notre monde contemporain mais aussi que ça date de bien plus longtemps que ça (la fameuse période grecque et romaine) et que les réflexes et structures s’inspirent toujours d’aussi loin pour faire comprendre aux femmes qu’elles doivent fermer la bouche, que leur parole n’est pas crédible et, par définition, moins valorisée et valorisante que celle d’un homme.

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Libérées, de Titiou Lecoq – les livres féministes #13

Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale

libérées-titiou-lecoq-coverCertaines personnes m’ont dit qu’à la couverture, elles craignaient un livre pas si sérieux que ça. Alors si vous vous attendez à un essai universitaire, en effet, passez votre chemin. Par contre, j’ai trouvé ce livre très intelligent dans sa construction et son argumentation.

Pour commencer, comme vous avez déjà dû le comprendre, on va parler du ménage quotidien. Pas celui de s’installer à deux ou à plus dans un logement (quoique…), mais plutôt le ménage de ce même logement. Passer le balai, faire la vaisselle, bref, vous avez compris.

La situation est grave, les amis. Ne ricanez pas, c’est important ! En effet, on n’arrête pas de nous dire que ça y est, on a obtenu l’égalité, les hommes et les femmes sont traités pareils, youpi, on sort le champagne.

Range-moi cette bouteille tout de suite.

Nous aussi, les femmes, on y croit pour certains domaines. Le ménage en fait partie. On pense qu’on fait partie de la génération qui est éveillée à toutes ces problématiques, que les hommes participent aux tâches ménagères au même titre que les femmes, d’ailleurs la preuve, c’est que c’est mon ressenti aussi en tant que femme.

Tu as activé ma carte piège, Kaiba.

Pour revenir à un ton plus sérieux, il n’en est rien. La part des hommes aux tâches ménagères n’a pas sensiblement augmenté, et c’est encore pire quand un couple a des enfants. Plus un couple en a, moins un homme s’investit. Ah, j’ai oublié de le dire, mais l’autrice prévient aussi : cet essai se concentre sur des couples hétérosexuels. Et il y a un fort déséquilibre qui se joue entre l’homme et la femme pour des raisons diverses et variées, qui n’ont pas toujours de rapport avec les couples homosexuels.

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Sorcières, de Mona Chollet – les livres féministes #12

sorcières-mona-chollet-coverTiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas sorti un article de cette série ! Et je pense que beaucoup d’entre vous ont entendu parler de la sortie de ce livre le mois dernier. Ayant beaucoup apprécié Beauté Fatale et Chez soi de la même autrice, je ne pouvais décemment pas louper celui-là. Après, pour le bien de mon porte-monnaie, je n’étais pas obligée de l’acheter aussi tôt, certes. (mais il a quand même failli bouter le nouveau livre d’Eric Zemmour de la première place des ventes, et ça, ça n’a pas de prix)

Comme vous vous en doutez, on va parler de sorcières… mais peut-être pas tout à fait de la manière que vous vous imaginez. En effet, l’autrice nous présentera un historique concis de l’image des sorcières qu’on a dans notre culture, mais aussi dans celles d’avant… qui était peu reluisante, il faut bien le dire. Elle prend d’ailleurs un exemple qui me parle, vu que ce personnage me terrifiait quand j’étais enfant, il s’agit… de la sorcière dans Blanche-Neige.

Elle va aussi mentionner d’autres exemples, mais on ne va pas s’appesantir là-dessus. Elle parlera aussi des fameuses chasses aux sorcières, qui ne sont pas forcément celles qu’on s’imagine. On pense à la magie, à l’herboristerie, etc, quand on pense aux sorcières. Il ne sera pas question de celles-là dans ce livre. Non, c’est beaucoup plus compliqué que cela.

On va donc quand même parler des chasses aux sorcières (celles qui ont causé la mort de dizaines de milliers de morts en Europe à partir du 16ème siècle). Lesquelles alors ? Les sorcières en question sont… des femmes. C’est pas très clair, une précision peut-être ? En effet, il ne s’agit pas de n’importe quelles femmes : les conformistes, aucun problème, malgré la peur qui devait dévorer leur estomac assez régulièrement, elles s’en sont sorties. Par contre, celles qui ont fait preuve d’une certaine autonomie, elles ont pris cher. L’autrice va donc parler des femmes célibataires, des femmes sans enfants ainsi que des femmes âgées, dans trois parties qui détaillent ces cas (dont je fais d’ailleurs partie sur au moins deux éléments, ravie d’apprendre qu’on m’aurait torturée, violée et tuée à l’époque).

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Filles + Sciences = une équation insoluble ? – spécial FeminiBooks #11

filles-sciences-coverMe voici de retour pour le FeminiBooks ! Je vous en avais déjà parlé dans cet article en novembre (j’y participais pour la première fois car les blogs pouvaient participer) et j’ai décidé de vous présenter un autre livre féministe très utile. (bien qu’il ne soit pas exempt de défauts, mais pour celles et ceux qui suivent mon blog, ils savent que j’en parlerai bien à un moment ou à un autre, aha)

Je vous présente un livre sur la présence de filles dans les études de sciences, co-écrit par Marianne Blanchard, Sophie Orange et Arnaud Pierrel. C’est un sujet qui fait encore énormément débat et sur lequel on peut parfois perdre pied car si les réponses nous semblent évidentes, on n’a pas forcément les réponses exactes, on ne sait pas trop comment se dépêtre du débat en lui-même et on finit souvent par « perdre » alors que l’autre en face a des arguments en carton, mais des arguments tout de même.

Filles + Sciences = une équation insoluble ? nous aide donc à y voir plus clair. Cet essai étudie plus précisément les classes préparatoires scientifiques.

Les autrices nous expliquent donc que les filles font donc bien leur percée dans le monde scientifique… mais pas n’importe où. Comme pour le reste des professions, on retrouve des aspirations féminines et masculines, et elles ne se construisent pas au hasard. Les parents, les professeurs, leur entourage n’y sont pas forcément pour rien.

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Non, c’est non, d’Irene Zeilinger – les livres féministes #10

Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire

non-c'est-non-coverVoici bien la preuve qu’il y a bel et bien des initiatives des féministes pour se défendre soi-même et qu’on ne fait pas juste que chouiner. Bien qu’on préfèrerait aussi que les situations conflictuelles et violentes du genre n’arrivent tout simplement pas, mais apparemment, la vie n’est pas facile, il y a des cons partout, c’est comme ça, il faut apprendre à se défendre au lieu de chialer.

… Bon, ben d’accord.

Je rassure bon nombre de gens faibles comme moi, il ne s’agit pas d’apprendre à se défendre physiquement dès le début en mode karateka, genre l’autre vient me faire chier en m’insultant de connasse et se prend un kick dans les bourses vite fait bien fait. Non non non, la vie ne fonctionne pas comme ça. (et heureusement !)

Il est d’abord sujet de se détacher des normes sociales pour chaque genre. Si les hommes n’auront aucun mal, si le besoin en est, de se battre, ce n’est clairement pas le cas des femmes. (bien que dans chaque groupe, il y ait des exceptions !) Si, en effet, on est vite conditionnées à ne pas utiliser la violence et même à la réprouver, ce n’est pas forcément le cas pour les hommes. Pensée à ces bagarres entre cousins auxquelles tu ne pouvais participer sans être sévèrement punie tmtc (alors que les garçons ne s’en sortaient finalement pas si mal !).

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Manuel de résistance féministe, de Marie-Eve Surprenant – spécial FeminiBooks #9

femini-books-banAvant d’en venir au sujet principal, il faut que vous sachiez ce qu’est le FeminiBooks ! C’est une initiative de Ninon de la chaîne Opalyne, où, pendant un mois, elle propose aux Booktubeuses de faire une vidéo par jour pour parler d’un bouquin féministe ou à tendance féministe, que ce soit une fiction, un essai… D’ailleurs, vous pouvez aujourd’hui aller sur la chaîne de Il était une fois Perseneige, c’est elle qui a une vidéo à vous proposer aujourd’hui.

Et en ce mois de novembre, Opalyne a décidé de faire participer les blogueuses et blogueurs, j’ai donc naturellement décidé d’y participer, ça me semblait tout à fait en accord avec ma propre série d’articles sur le sujet. (et même sans ça, j’y aurais participé)

Voilà un des livres les plus utiles que je vous ai présenté dans ma sélection de livres féministes jusqu’à présent ! Pourquoi utile ? Vous allez le découvrir bientôt, et croyez-moi, vous allez l’adopter car il va personnellement me servir plusieurs fois au cours des prochaines années.

Tout d’abord, si vous êtes du genre à avoir une mémoire pitoyable (je ne m’aventurerai pas à insulter les poissons rouges, il paraît qu’il ne faut pas les sous-estimer) et à évoluer dans un environnement sexiste qui a voulu vous apprendre subtilement votre condition inférieure de femme et qui continue à essayer de le faire, ce livre est carrément fait pour vous.

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Girls will be girls, d’Emer O’Toole – les livres féministes #8

girls-will-be-girls-coverMais… C’est quoi ce titre super cliché ? Et cette couverture stéréotypée ? Pas de panique, c’est bien un livre féministe, en dépit des apparences.

Et plus exactement, c’est un livre sur le genre. Mais commençons d’abord par présenter l’autrice : Emer O’Toole est irlandaise, un pays pas très connu pour être ouvert d’esprit sur les droits des femmes. (vous balancez pas des fleurs, la France non plus) A l’heure actuelle, elle publie dans The Guardian et The Irish Times et est surtout professeure d’université et maître de conférences à Montréal en théâtre irlandais. Retenez bien ce dernier point, car mine de rien, il est important pour la suite.

Me concernant, je n’ai pas appris grand-chose avec ce livre. Vous pourriez vous dire que ça commence mal, mais ayant fait la majeure partie de mon éducation féministe sur Internet, des points tels que celui-ci abordés de manière globale ne me surprennent pas vraiment. Cependant, si j’en parle, c’est que je l’ai trouvé intéressant.

Tout d’abord, pour celles et ceux qui ne s’y connaissent pas sur le genre ou qui ont effleuré vraiment de très loin le sujet, ce livre a l’avantage de ne pas être très théorique et est donc une introduction sympathique sur le sujet. L’autrice parle de façon assez décomplexée et a eu tout le long de ma lecture l’étiquette de « fille super sympa » collée sur le front. Cela pourrait être un défaut aussi, ce fait pouvant être considéré comme un manque de sérieux. Mais ce n’est pas le cas. Elle a bien bossé son sujet, et cela se voit dans les références qu’elle utilise. Pour la grande majorité anglophones, vu qu’elle l’est. Si vous pensiez vous intéresser au genre à travers des publications françaises, désolée de vous décevoir.

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Chère Ijeawele, de Chimamanda Ngozi Adichie – les livres féministes #7

Chere-Ijeawele-ou-un-manifeste-feministe-cover… ou un manifeste pour une éducation féministe. C’est le sous-titre. Mais il était trop long à rajouter dans le titre.

Et c’est justement grâce à ce même sous-titre que vous avez très probablement compris de quoi il s’agissait.

Chimamanda Ngozi Adichie nous offre un manifeste féministe au même titre que Nous sommes tous des féministes, mais sous une autre forme : celle d’une lettre à une amie. Cette dernière demande des conseils pour élever sa fille de façon féministe et l’autrice avoue très clairement que, à chaud, elle n’en sait rien. Mais elle se reprend vite et nous offre tout un panel de conseils (quinze points en tout) et ça commence et se termine surtout par le même, sous des angles différents : le plus important est que sa fille se sente bien dans sa peau. Qu’elle puisse réaliser ce qu’elle a envie.

Pour être tout à fait honnête, elle commence par un conseil qui s’applique avant tout à la mère, et qui est bénéfique à la fois pour elle et pour sa fille :

Sois une personne pleine et entière.

Ça ne veut rien dire pour vous ? Trop vague ? Et pourtant, ça signifie plein de choses. De ne pas se définir seulement en tant que mère. De s’épanouir, à travers le travail, son rôle de mère ou même autrement, parce que personne n’est pareil. De ne pas écouter les injonctions des autres si elles vont à l’encontre de qui l’on est, de ce en quoi l’on croit.

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