Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami

kafka-sur-le-rivage-coverQuatrième de couverture

Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. Nakata, vieil homme simple d’esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse. Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus et un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et bien d’autres choses encore. Avant de voir leur destin converger inexorablement et de découvrir leur propre vérité.

Critique

Si vous vous attendez à une énième critique dithyrambique de ce livre, ce n’est pas le cas. Et oui, surprenamment, je n’ai pas autant apprécié ce livre que je ne l’aurais dû, au point que je l’ai trouvé… moyen. J’entends déjà les fans un peu extrêmes sortir de leur réserve pour balancer avec arrogance le fameux « Si tu n’as pas aimé le livre, c’est que tu n’as pas compris… » (oui, j’ai déjà lu ça à plusieurs reprises !) mais malheureusement pour eux, j’ai bien compris les réflexions de l’auteur. Et ça n’a pas été suffisant. (c’est même là que le bât blesse) Sans compter que cet argument que j’ai vu ressortir plusieurs fois, je le trouve non seulement stupide mais aussi véhiculant un certain mépris. Si je devais sortir ça à chaque personne qui n’a pas aimé L’Étranger de Camus, non seulement j’y passerais la journée (ahem) mais ce serait aussi extrêmement contreproductif, sans compter que chaque personne a ses raisons de ne pas aimer un livre. Et ce n’est pas parce que Murakami est admiré par des millions de lecteurs dans le monde que ça rend toute critique un peu négative de ses œuvres stérile. (même si je vous avoue que j’ai hésité à écrire cette chronique car je n’avais pas l’intention de me ramasser une pluie de merde sur la tronche)

Pourtant, j’étais partie avec l’idée que j’allais aimer, et j’avais effectivement bien apprécié le tout début du roman. J’avais apprécié les trois nouvelles que j’avais lu de lui (Sommeil, L’étrange bibliothèque et Les attaques de la boulangerie) et j’avais aussi beaucoup aimé le début de 1Q84. (qu’il faudrait que je lise définitivement un jour) Malheureusement, cette histoire n’a pas fonctionné sur moi. Je vais commencer par mentionner les points positifs.

Tout d’abord, l’écriture en elle-même est assez agréable, mais ça, je le savais déjà. C’est fluide, pas lourd et j’aime bien la façon de conter les choses de l’auteur, tout simplement. C’est d’ailleurs bien la raison pour laquelle j’ai terminé ce livre (oui, je comptais abandonner, incroyable !) car c’est finalement assez addictif de le lire, même s’il n’a pas une écriture à tomber par terre. Ensuite, j’ai bien évidemment retrouvé l’aspect fantastique que j’avais rencontré dans les œuvres précédemment citées avec plaisir. Là encore, on se retrouve dans un monde proche du réel, mais avec une frontière très floue avec les rêves. Cet onirisme a pu s’accorder avec les réflexions philosophiques que Murakami a distillé un peu partout dans son histoire. Car si la recherche de soi est au centre de ce livre, ça n’a pas empêché l’auteur d’aborder d’autres sujets.

Je trouve aussi que c’est assez bien construit. On pourrait croire que l’auteur va se perdre avec toutes ces références et surtout, ce monde onirique et mystérieux qu’on effleure sans vraiment le toucher, mais il a su maîtriser ces potentiels dangers sans tomber dedans.

Mais en fait, il n’y a pas que l’écriture qui m’a charmée. Deux personnages ont aussi remporté la palme d’or : Nakata et Hoshino. Pour être tout à fait honnête, quand Nakata était tout seul, je trouvais déjà le personnage attachant et un peu curieux, ce qui m’incitait largement à continuer ma lecture. Il est amnésique depuis son enfance et n’arrête pas de répéter qu’il n’est pas intelligent, ce qui lui a pourtant valu paradoxalement la sympathie de plusieurs personnages… et la mienne. Et celle de Hoshino aussi, qui sera son compagnon de route jusqu’à la fin. Un jeune homme qui est ma foi bien étonnant aussi. Et leur duo est très drôle. Voici un extrait d’une de leurs interactions (note utile : ils parlent d’une pierre) :

– Elle a bougé ! s’exclama Nakata. – Comme ça, au moins, on est sûrs qu’elle n’est pas clouée au sol, dit Hoshino. Mais ça ne suffit pas, je suppose ? – Non, il faut la retourner complètement. – Comme une crêpe ? – Tout à fait, tout à fait, dit Nakata en hochant la tête. Nakata aime beaucoup les crêpes. – Je suis bien content pour toi. Des crêpes préparées dans les cuisines de l’enfer, sûrement… Je vais te retourner ça en moins de deux, moi, tu vas voir.

Voilà un échantillon de ce que ce duo excentrique est capable de nous offrir. Et Hoshino avec sa manière d’accepter sans mot dire les étrangetés de Nakata est un personnage très rafraîchissant et sympathique.

Et alors, qu’est-ce qui ne va pas ? Tu as eu l’air d’aimer pourtant, alors pourquoi tu fais ta chieuse ? Bah, euuuuh… Si vous avez bien remarqué, je n’ai pas encore mentionné le personnage principal de ce roman, Kafka Tamura. Oui, je considère que c’est le personnage principal alors que pourtant, on alterne les chapitres avec l’histoire de Nakata, mais il est clair que quasiment tout ce qui se passe tourne autour de l’adolescent. Et non, ce n’est pas parce que je n’ai pas apprécié le personnage. (je l’aime bien, au contraire)

Si je trouve que l’auteur ne s’est pas perdu dans son schéma narratif, je pense par contre que la façon dont il amène le tout est assez surfaite. (préparez les tomates, je suis prête) Que c’est parfois assez bateau, que ses réflexions ne sont pas si originales que ça et j’ai même une ou deux fois levé les yeux au ciel, exaspérée. Et aussi que sa façon d’exploiter le mythe du complexe d’Oedipe est quand même un peu exagérée, au point que j’ai soupçonné l’auteur d’y développer un de ses fantasmes. (même pas mal, il va falloir passer aux pierres)

Bref, j’ai trouvé que l’ensemble autour de Kafka Tamura était en-dessous du niveau que j’espérais. Au point que je me suis parfois ennuyée vu que je trouvais ça assez prévisible. Et quand j’arrive à deviner plus ou moins ce qu’il va se passer à plusieurs reprises, c’est très mauvais signe. Je ne remarque jamais rien, je suis très bon public car je laisse en général l’auteur m’amener là où il veut sans poser de questions. Et si j’arrive à percevoir quelque chose, ben…

Et c’est là que j’en viens au fait que j’ai failli abandonner ce roman. Je n’y voyais strictement plus aucun intérêt, en-dehors de l’appréciation que j’ai pu parfois avoir et dont j’ai déjà parlé auparavant. Ça me semblait parfois un peu trop stéréotypé et surjoué  et j’aurais aimé trouvé un peu plus de finesse. Et clairement, je n’ai juste pas accroché à ce développement, malgré ses qualités objectives.

J’ai vu que certaines personnes étaient déçues par la fin et ce n’est même pas mon cas. Quand j’y pense, c’est même assez logique qu’on n’en sache pas plus. C’est comme ça, et puis c’est tout, et ça colle plutôt bien au monde fantastique que Murakami nous a offert dans ce roman. Rien à signaler pour ma part, donc. Ma déception s’était déjà produite avant, de toute façon.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas convaincue par ma lecture. Ce n’est pas pour autant que ce livre m’empêchera de découvrir d’autres œuvres de Haruki Murakami. Mais je suis un peu plus sur mes gardes maintenant. Mon autre problème est qu’on m’a tellement saoulée avec Kafka sur le rivage que ça n’a pas dû trop aider. Je m’attendais aussi à quelque chose de mieux, de moins grossier. J’espère donc à la fois pas autant que d’habitude pour les prochains romans que j’ai de lui, mais aussi un petit peu plus car j’ai envie d’effacer cette semi-déception. T’as pas intérêt à me décevoir, Haruki Murakami.

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15 réflexions sur “Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami

  1. Je n’ai pas lu ce roman. En fait, j’ai tellement adoré « Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil » que je n’ose pas en lire d’autres, par peur d’être déçue. Et pourtant, je sais qu’un jour je vais craquer, et pourquoi pas avec celui que tu présentes, même si ta critique n’est pas très positive ? Je vais réfléchir…

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  2. Oh zut ! Ca m’ennuie de t’avoir encouragé à lire un livre qui t’a moyennement plu ^^ Je t’avoue que je n’ai que peu de souvenirs de l’histoire en soi, je sais que j’aimais beaucoup le personnage de Nakata et j’étais fascinée par les événements de son enfance, mais surtout c’est l’ambiance qui me marque toujours dans les livres de Murakami, cette pudeur dans l’expression des sentiments (prendre le mot « pudeur » avec des pincettes, il est capable d’un langage très cru quand il s’agit de sexe, je veux plutôt dire qu’il n’étale pas les émotions sur des pages et des pages, il nous dit que le personnage est triste sans avoir besoin de décrire ses larmes abondantes et la douleur qu’il ressent, du coup ça a un côté très calme qui me fait du bien). Et pour ce qui est du complexe d’Oedipe, ça ne m’a pas choquée plus que ça parce que la recette « je couche avec quelqu’un dans mon rêve et en fait c’était peut-être pour de vrai » il la reprend dans beaucoup de bouquins (il a peut-être effectivement un truc à extérioriser haha) du coup j’avais déjà l’habitude quand j’ai lu Kafka. 🙂
    Peut-être que c’était pas le livre à lire en premier, je me dis ! J’avais déjà lu les trois tomes de 1Q84 et j’étais déjà habituée à sa plume, du coup j’étais juste contente de la retrouver et de me replonger dans cette atmosphère qu’il est le seul à savoir installer, mais c’est possible que l’histoire de 1Q84 soit plus travaillée ! Je suis curieuse de voir ton avis si tu t’y plonges quand même 🙂

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    • Aha, t’inquiètes, j’allais le lire de toute façon, en plus il était dans ma PAL 🙂
      Je pense surtout que ça a été une déception occasionnelle pour celui-là comme je l’ai déjà dit, donc je pense avoir moins de critiques à faire pour 1Q84. 😉 (et Kafka sur le rivage a été le premier livre de Murakami pour beaucoup, alors je ne sais pas…)

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  3. Je n’ai pas apprécié ce livre , je l’ai abandonné ca fait presque 2 mois et a chaque fois j’essaye de lui accorder une deuxième chance je me trouve incapable de suivre l’histoire, j’étais decue surtout que ce livre est ma première lecture de haruki murakami

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    • Ah oui, ben je me sens moins seule, aha. Oui, ce qui est embêtant, c’est que c’est ta première lecture de l’auteur, alors je comprends que ça te rebute… Si un jour tu en as l’envie, tu peux redonner sa chance à un autre 🙂 (par contre, je découvre l’auteur, alors je ne peux pas vraiment te conseiller)

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  4. J’ai aimé tout ce que j’ai lu de Murakami mais je ne me suis jamais lancé dans celui ci parce qu’effectivement j’en ai entendu trop parlé. En plus j’en parlai avec une collègue la semaine dernière qui elle n’apprécie pas du tout son écriture.. donc tu n’es pas la seule à ne pas avoir accroché avec Kafka sur le rivage. Je me laisserai peut être tenté quand même un jour mais ce n’est pas ma priorité.

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